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Coke en Stock (CCLXIV) : de la coke, des pistes partout et des armes de guerre

 

Il n’y a pas que le trajet, allongé jusque le Guatemala, qui a changé pour les arrivages de coke partis du Venezuela ou de Colombie. Les tonnages étant plus gros, la somme transportée plus rondelette, les avions emportent aussi avec eux plus d’armes qu’auparavant, depuis quelques mois.

De véritables arsenaux de guerre, comportant des armes de plus en plus lourdes, jamais vues avant à bord de ces aéronefs. La surprise étant qu’au Guatemala même, ces armes ont été parfois fournies par… le frère du Président !!! Les avions de tous types atterrissent un peu partout le long des innombrables pistes clandestines ou semi-clandestines du pays, des endroits peu (ou mal) surveillés en tout cas, faute d’une aviation militaire inexistante (1).

 

Les plus petits appareils venant des pays voisins, tels le Costa-Rica, le Salvador ou le Nicaragua, entré lui aussi dans la danse, malgré les dénégations de ses dirigeants qui ferment les yeux sur le trafic (on se doute un peu pourquoi) .  Avec ce déplacement du marché, celui de l’augmentation des homicides, qui se calque à l’identique (2).  Avec en plus un désastre écologique annoncé !

 

L’avion de l’autoroute et son engin de guerre à bord

On quitte provisoirement le Guatemala mais on ne va pas très loin pour autant. Car comme ça n’a jamais de fin, le jour même où le Gulfstream décrit à l’épisode précédent est arrivé, on a assisté vers Chetumal-Mérida, au Mexique, à la hauteur de Bacalar, près de la ville de Nuevo Israel (près de Quintana Roo, la zone en gris tout au nord de notre carte) à un autre phénomène sidérant : l’atterrissage sur une route d’un bimoteur de taille respectable. L’avion a été suivi de près par l’avion d’observation Cessna des douanes mexicaines, qui l’ont photographié dans leur viseur posé sur le bord de la route (ici à droite). L’avion s’est posé de plus de nuit, comme le montre le tout premier cliché de sa découverte, fait par le passager d’une voiture l’ayant croisé sur son passage sur le bord de la route (ici à gauche)  C’est un Beechcraft C90 (faussement) immatriculé N2204 qui semble avoir connu un atterrissage délicat, son aile gauche enfoncée à l’emplanture du moteur comme s’il avait heurté un poteau (l’extrémité de l’aile droite est aussi tordue, et surtout une hélice côté gauche est complètement pliée comme on peut le voir ci-dessous).

Il s’est posé en plein trafic routier, des camions restant bloqués devant lui… à peine posé, un intense échange de tirs soutenus a eu lieu et quatre militaires ont été blessés (dont le commandant général José Luis Vázquez Araiza), et l’un d’entre eux, le caporal Emiliano Medina Ramírez, est décédé peu après. C’était le chauffeur du commandant de la 34e zone militaire de Quintana Roo. En face, ce sont deux « gardiens » de l’avion protégeant le déchargement de drogue vers une camionnette (Germán Gómez Castruita et Benjamín Contreras Rangel) qui ont ouvert aussitôt le feu, ils ont été arrêtés. Et pas avec n’importe quelle arme non plus : une énorme calibre 50, approvisionnée par une dizaine de chargeurs !! Un Bushmaster BMG 50, pas moins (ici à gauche) ! Il faut bien ça pour protéger une telle somme de coke ! Après la reddition des deux trafiquants, l’armée a entrepris des recherches alentour. Elle a découvert sans trop de surprise un vrai arsenal : « des armes haut de gamme, des gilets anti-balles, du matériel de radiocommunication et des lampes stroboscopiques (pour illuminer la route pour l’atterrissage fait de nuit) ; dont le montant n’a pas encore été quantifié – ont été retrouvés cachés sous des branches d’arbres tandis que le personnel de la Garde nationale 
effectuait des opérations de renseignement et de patrouille à 15 kilomètres de la où a atterri, lundi dernier, un avion à la hauteur de la communauté de New Israel ».

La TV locale montrant ces découvertes (ici à droite) : un véritable matériel de guerre ! Dans les camionnettes (un banal Ford Transit et un pick-up Ford Lobo) est retrouvée une tonne de cocaïne, répartie en 26 colis différents.  Il y en a en effet pour 20 millions de dollars !!!

D’où l’arsenal pour protéger la somme que cela représente !!! Comme pour les transferts de fonds à la banque, en quelque sorte !!!  A droite, une arme nouvelle retrouvée lors d’une saisie chez les trafiquants au Gutatemala  : il s’agît en effet d’un lance-grenades !

Un type d’appareil bien connu des trafiquants

Le modèle d’avion est ancien: c’est un de ceux qui a le axiale et écope d’air supplémentaire sous les fuseaux moteurs , du type « Model C90 King Air », celui décrit dans cet article (un modèle postérieur au modèle 317, à arrière « plat » donc). L’engin a été modifié en prime par Cutter Aviation, avec des moteurs Pratt & Whitney Blackhawk-135A à la place des originaux (d’où les pipes d’échappement vers le haut) et des hélices quadripales Quiet Turbofan Propellers Raisbeck-Hartzell. On apprendra en questionnant les deux prisonniers faits que l’événement avait été prévu de longue date à cet endroit précis, car la logistique de l’atterrissage avait décidé de découper systématiquement toutes les branches des arbres qui se trouvaient dans la zone d’arrivée de l’avion, celles qui auraient pu frapper l’aile de l’appareil : visiblement il en restait quelques unes ! Un appareil qui contrairement aux habitudes s’était posé de jour, en plein après-midi ! Il avait été vu avant à Monterrey, Tampico, Toluca et Chetumal. Ils avait tout prévu, les trafiquants y compris de mettre sur les côtés des panneaux de prévention (!) et de kilométrage sur plus d’un kilomètre, sur la route fédérale afin qu’ils n’endommagent pas l’avion une fois posé, le tronçon de route ayant été choisi car de construction récente !!! La police relevant que le choix de cet endroit particulier correspondait à un changement de tactique des trafiquants selon elle: « comme on le sait, après que des éléments de l’armée mexicaine et du Belize ont blindé la frontière entre les deux pays, pour empêcher l’atterrissage d’aéronefs transportant des drogues en provenance d’Amérique du Sud, les trafiquants de drogue ont dû chercher des zones d’atterrissage en dehors de la zone qu’ils utilisaient » (habituellement) dans les municipalités d’Othón P. Blanco et Bacalar, à Quintana Roo, et dans les quartiers Orange Walk et Corozal du côté bélizien, ils ont donc dû se déplacer vers le centre-ville de Quintana Roo, en essayant de quitter l’encerclement que les forces armées leur ont tendu, en sélectionnant une autoroute fédérale comme piste d’atterrissage clandestine, pour pouvoir décharger la drogue ». Ils s’adaptent donc à tout ces trafiquants, y compris à un redéploiement de militaires mexicains ou de Belize et de la frontière autour de Chetumal, position l en ce moment de tout le trafic ! Il faut attendre le lendemain pour que la route – très fréquentée- soit réouverte, une fois l’avion, placé sous scellés, poussé sur le côté (ici à droite). En attendant de venir le chercher… une fois démonté, comme on avait pu le faire avec cet exemplaire (ici à droite) qui avait lui été découvert sur un chemin de Bacalar en mars 2017 déjà (et donc  presqu’au même endroit, régulièrement fréquenté par les trafiquants (ci-dessous) ! :

Je vous avais conté cette arrivée ici-même dans l’épisode Coke en stock (CXC), en vous décrivant sa particularité à celui-là:  il disposait à son bord de réservoirs d’essence souples, une première dans le genre, qui démontrait qu’il était venu de loin… celui-là, découvert en plein territoire Mennonite (on y reviendra aussi) !!!  Dans le Beechcraft de Bacalar on pense que près d’une tonne de cocaïne avait été transportée…

D’autres exemplaires du même type

Ce n’est pas le premier Beechcraft 90 découvert à  cet endroit, ou presque à San Luis, le 

Un procès mémorable en 2016

Ce type d’avion de « tonnage moyen », qui se satisfait de pistes relativement courtes ou herbeuses (cf un excellent exemple ici en 2014, en Colombie avec le N85PC, un C90A, le LJ-1262, de Mark Solomon (3), disons, il circule depuis pas mal d’années dans le secteur.  Historiquement, en tout cas, on a pu assister à un procès intéressant et plein d’enseignements à Richmond en Virginie, le 3 mars 2016, avec la comparution d’un trafiquant âgé de 36 ans à peine. L’homme avait été suivi de près par Karl C. Colder, le « Special Agent » responsable  de la Drug Enforcement Administration’s (DEA) , section Washington Field Division. Lisons ce qui a été dit lors de ce procès, à savoir les deux appareils utilisés pour rapport la drogue de l’Apure au Venezuela : « le premier avion acheté par Chang-Monroy, un Beechcraft King Air C90 («King Air C90»), a été vendu à une organisation hondurienne connue de trafic de drogue en échange d’un pourcentage de la vente de la cocaïne qui a été transportée avec succès sur l’avion et distribué plus tard. Le 27 octobre 2013 ou vers cette date, le King Air C90 s’est envolé pour l’Apure, au Venezuela, où 1000 kilogrammes de cocaïne ont été chargés dans l’avion, puis transportés avec succès à Limon, au Honduras » cette première expédition je vous l’avais décrite ici, sans connaître à l’époque son utilisateur réel : « un Beechraft s’était posé et avait ensuite été incendié après avoir été délesté de son contenu de drogues.  En 2013, le 28 octobre un avion similaire avait été retrouvé incendié le long d’une piste clandestine.  Il portait le numéro d’immatriculation N895AC c’était un Beech C90 appartenant à Global Ventures Inc de Wilmington dans le Delaware. Direct Global Ventures, Inc, dirigé par le guatémaltèque Michael Zureikat, détenait aussi un Learjet 55, le N890AC, ex ambulance AeroCare, cédé depuis à Mark Solomon Trustee. Visiblement, il s’intéresse aux avions…  » Comme on peut le voir, le C-90 n’avait même pas été repeint (on retrouve les coloris repérables parmi les débris). On aura noté le propriétaire… guatémaltèque ! L’avion (LJ-414) était celui en fait revendu par Banyan Air (en très bon état comme on peut le voir).

« Le deuxième avion acheté par Chang-Monroy, un Beechcraft King Air E90 («King Air E90»), a été vendu à une organisation colombienne de trafic de drogue en échange des dollars US , afin de préparer le King Air E90 à ses activités illégales, Chang-Monroy a organisé plusieurs vols d’essai pour garantir sa navigabilité, peint l’avion pour dissimuler son identité et sélectionné des pilotes pour utiliser l’avion pendant son voyage pour transporter la cocaïne. Le 2 mars 2014 ou vers cette date, le King Air E90 s’est envolé pour l’Apure, au Venezuela, et a été chargé de 1 000 kilogrammes de cocaïne. Avant le départ, en voyant des avions militaires vénézuéliens au-dessus, le pilote du King Air E90 a refusé de décoller. En raison de ce retard, la cocaïne a été déchargée du King Air E90 et l’avion militaire vénézuélien a détruit le King Air E90. Le 10 décembre 2015, Chang-Monroy (ici à droite) a été arrêté à Guatemala City, au Guatemala, et extradé vers les États-Unis le 1er décembre 2015. »  Il ne restera de visible que la queue calcinée de l’avion difficilement reconnaissable. Le jour de l’accident, survenu dans l’Etat de Zulia, l’ineffable Vladimir Padrino López, « Comando Estratégico Operacional de la Fuerza Armada nacional Bolivariana (CEOFANB) » décrira l’appareil comme étant un Piper 23 ayant « survolé l’espace national »… Toujours aussi précis, le Vlad !!!  La thèse de l’avoir abattu ne tenant pas longtemps : il avait en fait été incendié au sol par l’armée, une fois les trafiquants échappés, comme tous les autres dans le pays. Les pilotes s’appelaient Felipe Ruiz, et El Perro.

Le fournisseur en chef des armes : le propre frère du Président !

Monroy, lui, arrêté alors qu’il était armé, était en contact constant et étroit avec « El Rojo” (Victor Hugo Diaz Morales (4), comme chef du trafic, tenu responsable par la DEA d’avoir envoyé aux USA pas moins de 140 tonnes de coke pendant 12 ans de 2004 à 2016, ce qui ne l’avait pas empêché d’avoir été nommé député au Honduras, de 2014 à 2018 !!!  Il avouera avoir commis 18 assassinats.  Selon sa déposition, Tony Hernandez se fournissait chez « El Cinco », trafiquant colombien, qui imprimait toutes ses plaquettes de coke des deux lettres T et H, en hommage selon lui à la marque  de Tommy Hilfiger (vérif. ici) dont El Rojo était un fervent admirateur !!!  La première fois que ce sigle de fabrication avait été observé c’était en 2008 dans le département de Santa Barbara, à la frontière avec le Guatemala.

Et l’affaire ne s’arrête pas là, car lors du procès  de Tony Hernandez, le frère du président du Honduras, (ici à gauche) accusé de trafic de cocaïne, ce dernier fera un bel aveu : il s’était auparavant vanté de pouvoir trouver n’importe quel type d’armes pour les trafiquants, et Monroy en avait donc reçu venant de lui. Le trafiquant avait aussitôt noté que les munitions portaient des numéros par lots, ce qui était étrange, car cela indiquait qu’elles provenaient d’une ou de plusieurs institutions gouvernementales et non d’un commerce illicite. Hernandez  lui avait en fait revendu 40 fusils M-16  sortis tout droit de l’arsenal du pays, que Monroy s’était empressé de revendre  au cartel de Sinaloa, au Mexique !!! Lors du procès, Monroy aura un drôle de mot au sujet de cette vente, quand on lui reprochera de ne pas l’avoir avoué avant : « J’ai eu peur parce que je suis comme les autres trafiquants de drogue qui sont violents, mais aucun autre trafiquant de drogue n’a de frère qui est le président d’un pays qui contrôle la police et l’armée. » Tout avait été dit là… le 2 octobre 2019, Tony Hernandez était déclaré coupable de trafic de drogue... en photo à droite une des photos d’armes retrouvées dans le téléphone d’Hernandez lors de sa capture à Miami en 2018 : c’était bien des M16qu’il proposait à la vente.

Le 10 octobre 2019, le journal Heraldo a sorti un article précisant cet arsenal mis à disposition aux trafiquants par le propre frère du Président : il est plus conséquent qu’on ne l’imaginait au départ. Le journal cite cinq licences différentes d’importation retrouvées chez lui. Les photos des armes retrouvées dans son téléphone portable. Certaines photos laissent augurer de fournisseurs individuels, mais en général les armes retenues sont avant tout fort récentes. Figure dans ces choix l’inévitable Glock (ici à droite) mais aussi un plus étonnant FN F2000 aux formes si particulières et hautement reconnaissables ; comme ceux trouvés en Libye chez les rebelles anti-Kadhafi, empruntées aux stocks de l’armée régulière du dictateur, principalement pour la 32 eme compagnie Libyenne (un contrat notamment de 5,3 millions d’euros pour 2000 engins de ce genre avait été signé) une arme très répandue… en Slovénie. Un engin de ce type, capable d’utiliser les chargeurs standards du M16, se négocie dans les 2300 dollars pièce, à l’état neuf et rarement en dessous de 1500 en occasion. Il n’y a pas que la drogue qui rapportait au frère du Président !  Le cas de Tony Hernandez s’est encore agréé avec une autre découverte : celle d’une arme de poing meurtrière dernier-cri, siglé au nom présidentiel (« JUAN ORLANDO HERNANDEZ« ) et exhibée lors de son procès sous le numéro de preuve 203-R4 !!! Un CZ Scorpion EVO 3 S1 d’origine… tchèque !!! L’arme des hold-up, qui a supplanté l »Uzi : une mitrailleuse de poing, en quelque sorte !

Epidémie de « Beech » autour d’Izabal 

Izabal, c’est aussi un lac…

… et c’est même le plus grand du Guatemala (il fait 589,6 km2), appelé aussi Golfo Dulce là-bas, situé à peine à 30 km de la Mer des Caraïbes (à l’Est). Sur un lac, les avions que l’on rencontre plutôt sont des… hydravions, des avions plus rarement utilisés par les trafiquants, à vrai dire. En 2015 on en avait trouvé un, remarquez. Mais en Australie, retrouvé abandonné sur la plage de Patonga Beach, au Sud-Est du continent (ici à gauche). Un drôle d’engin en fait : un Seawind 3000 biplace, le recordman de vitesse pour un hydravion avec 322 km/h, construit en composites au Canada à Haliburton, dans l’Ontario à partir de 1982 (le modèle américain, le Seawind 300C étant construit à Kimberton, en Pennsylvanie). Il avait été amené là par l’ancien champion de parachutisme Bernhard Stevermuer, 43 ans, qui avait avoué avoir transporté avec de la drogue. Il peut emporter 500 kilos au total. L’engin est rare car il a de la peine a obtenu sa certification, compliquée par des crashs notoires de prototypes : en septembre 2007 il n’y avait que 13 Seawind 2000 et 3000 de construits !

Cela devrait donner des idées à d’autres, s’était-on dit alors. Et effectivement. Deux mexicains, Jonathan Murphy Pinedo et Oscar Alberto Flores Serrano; ainsi que deux guatémaltèques, Jorge Mario Mejía Juárez et Marlon Alexis Palacios River, notamment qui font la une des journaux télévisés le lendemain de lendemain de leur arrestation (ici à droite). Quatre personnes arrêtées le 2 novembre 2017 sur une plage du lac d’Izabal alors les quatre venaient juste de descendre d’un… hydravion Seawind 3000, cette fois tout bleu, (bleu très foncé, l’avion est effectivement un quadriplace, cf la photo à gauche), Bleu foncé, donc, une couleur inhabituelle sur ce modèle de tourisme, en général plutôt blanc. Aurait-on aussi cherché à le rendre moins visible sur l’eau ?  C’est possible : la piste suivie par la police était la bonne, l’avion contenant des mallettes fermées avec dedans plusieurs paquets noirs, des téléphones portables,  une tablette tactile, des radios communicant à haute fréquence, une arme à feu (un 9 mm, l’inévitable Glock) et même un casque de vision de nuit (ci-dessous à gauche) !  L’hydravion avait des habitudes nocturnes il semble bien (il a été arrêté de nuit, effectivement) !  Et ses utilisateurs n’étaient pas venus en touristes !!! Dans les paquets noirs pas de drogue cette fois mais … 1,270 million de dollars en billets (?), qui, étalés sur la plage par la police occupent plusieurs mètres carrés (ici à droite et ci-dessous à gauche). A côté sont découvertes deux barques dont une appelée Ashlie Sarai, une barque touristique visiblement, à plusieurs bancs.
L’avion devait logiquement donc amener le cash pour qu’il soit ensuite amené ailleurs via ces barques traditionnelles (qui mènent vers l’Atlantique et Livingston, un fief narco comme on le sait ?).
Le paiement d’un (gros) contrat pour la livraison de drogue, il semble bien !

On ignore en tout cas l’investissement exact des narcos dans l’affaire ; neuf, un Seawind est vendu 1/2 million de dollars, le marché de l’occasion en offre à moins de 200 000, voire moins si l’on est bricoleur comme cette offre à 8500 seulement d’un « avion construit à 70% ».. et qui requiert encore pas mal d’huile de coude (idem pour celui-ci). Celui d’Izabal semble en revanche bien être le N521GR (le N°51 certainement, à l’origine tout blanc, mais ici on lui attribue le N°23), dont on aurait tout simplement peint le dessus en bleu-nuit (avec donc la volonté évidente de le rendre moins visible, donc) ! Mais quel intérêt, pour les trafiquants, d’investir dans un engin aussi rare sur le marché, qui vous fait repérer tout de suite partout où il se pose ? Il y a de quoi s’étonner, parfois, sur la stratégie des narcos ! L’avion cité est ici pris en photo (à droite) en mars 2017 à Las Vegas. A quand un Canadair à coke, sur le lac Izabal ?

Des pistes clandestines un peu partout

Ou celle-ci, une belle piste herbeuse en bordure sud du lac d’Izabal, inratable pour ses utilisateurs avec le deux bâtiments similaires marquant son entrée dans une propriété !!! Inratable !
Parmi les pistes recensées par les journalistes, celle aussi de l’imposant complexe minier d’El Estor  dédié à l’extraction du Nickel, celle de Compañía Guatemalteca de Níquel (CGN) de Solway (groupe suisse) qui ose manifestement problème. Elle possède une longue piste en dur de 1500 mètres et large d’une centaine, à proximité, pour y emmener ses cadres et ses ouvriers. Or on a pu y voir des engins tels qu’un Dash 7 quadrimoteur, très certainement celui d’Avcom venu effectuer un remplacement de lige en 2006. Selon les journalistes, elle est incluse dans les piste clandestines car il n’y a ni gestion ni contrôle des atterrissages qui sont à cet endroit plus faciles qu’ailleurs. La présence d’un modèle Dash 7 commercial laisse bien sur entendre qu’un engin similaire bien connu, le Crazyhawk, toujours en service, puisse aussi s’en servir… au nom de la CIA.  On l’a croisé pendant des années en Colombie… et on l’avait revu en Ukraine en 2014. Il sillonne toujours le monde, et a été aussi aperçu en Libye.  C’est lui qui avait permis de localiser et d’abattre le 23 septembre 2010, El Mono Jojo, leader des Farcs. Une telle piste en dur est fort attractive pour les jets de trafiquants, comme le révèle un crash voisin que nous allons étudier bientôt…
Parfois c’est aussi la police qui nous révèle un emplacement, sans qu’au départ on ait pu imaginer l’endroit. Vous vous souvenez de l’hélicoptère de l’ex-première ministre, récupéré par l’organisation de secours et devenu FAG 117  (Rescate) ? Et bien pour en vanter les mérites, on a diffusé ce placard ici à gauche. Il raconte que cet hélico a servi à récupérer une partie des 6 tonnes de coke saisies de l’année (il y en aura 18 au final), avec comme exemple une saisie survenue à l’est d’El Naranjo. Si l’extrait de la pub est un peut petit, on retrouve la piste grâce à Google Earth : elle fait au moins 800 mètres et divise en deux une plantation indéterminée arrosée régulièrement de façon circulaire (du made ?). C’est situé au 13° 55.515’N et 91° 0.279’O sur la côte Pacifique bien sûr.

De très longues pistes tracées au bulldozer !

En mars, l’armée avait découvert une sidérante piste clandestine en cours d’élaboration au bulldozer, carrément, près de la commune d’El Pato, située près de Sayaxché (ici à droite, incroyable, avec son engin de terrassement abandonné au milieu !). Elle jouxtait même une antenne de balise radio installée pour guider les avions !!! Il avaient tout prévu ! Le secteur est l’objet de convoitises particulières car c’est celui de la présence dans le sol d’une veine d’or importante à cet endroit  : il est donc aussi logique d’y trouver facilement des engins de chantier à détourner de leur usage habituel !!! La confirmation des trajets arrive peu après sur le rôle des avions dans le secteur : « selon des enquêtes menées par des entités anti-stupéfiants, après avoir débarqué des expéditions de drogue dans le pays, elles sont transférées par voie terrestre ou maritime au Mexique. » 

Une deuxième piste était aussi visible (ici à droite), beaucoup plus longue que la première (idéale pour accueillir les Gulfstream ou les Hawker !!

Ces longues pistes sont donc pleinement visibles sur Google Earth (ce qui est inquiétant pour la police et l’armée guatémaltèques qui paraissent bien démunies à ne même pas pas les VOIR : on a retrouvé facilement la première, qui jouxte effectivement une entreprise d’extraction rocheuse, fort visible à côté et installée pleinement à quelques centaines de mètres de là. C’est tout une infrastructure industrielle de mobilisée alors que le pays, comme un bon nombre d’Etats Centre et Sud Américains manque cruellement de routes et d’autoroutes, voire de chemin de fer ! Et elle fait effectivement 1 km de long !!! Elle est situé au 16°06’46 » N et 89°59’28 W (N 16°04.385, W89°59.44) selon Google Earth (la photo date de mai 2019), vous pouvez aisément le vérifier. Sa construction a commencé fin 2016, et en janvier 2017 200 mètres à peine avaient été faits. En 2014 il n’y avait rien encore. Le village (une fort petite bourgade miséreuse), le plus proche est en fait San Diego, à 7 km à l’Ouest (photo ici à droite), il est installé de deux côtés du Rio de la Pasion

Le pays regorge de pistes fort peu contrôlées qui ne sont pas toutes clandestines. Certains sont mêmes répertoriées sur Google Earth, telle cette incroyable trace visible de satellite à proximité d’une vielle appelée Nueva Jerusalem (lire ici l’étonnant lien entretenu entre Israel et le Guatemala et l’activité d’une communauté catholique évangélique favorable à Israel à Escuintla). Idem pour celle découverte dans la Finca Las Tinajas, à Panzos, dansl’Alta Verapaz et déduite à l’explosif par l’armée en septembre 2109 :

Ou bien celle de 4 km de long (?) indiquée sur les cartes, près de Nueva Jerusalem, décrite comme un « aéroport » sur Google Earth (sous le nom de Playa Grande Airport, PKJ (GT-PKJ)) situé au 15°59′55″N 90°44′30″W :

Historiquement c’est de là qu’en novembre 1998 un DC-3 des Living Water Teaching Ministries, le N3FY s’était envolé pour aller s’écraser dans les montagnes près du Quetzaltenango Airport, noyé dans le brouillard est le pluie battante amenée jusque là par la dépression Mitch. Il  y a avait eu 11 morts sur 18 occupants, tous des missionnaires de Christian Agua Viva. Le DC-3 a longtemps été la bête de somme dans tour le pays, utilisé par l’armée… comme par les trafiquants !

Des vols narcos réguliers entre le Costa-Rica et le Guatemala (sur la côte sud)

Il y en a d’autres encore, notamment au Sud qui reçoit le flux d’avions survolant un temps le Pacifique et venant désormais de l’Equateur, nouveau participant au trafic comme « envoyeur » de cocaïne, devenu une  véritable « autoroute »pour la coke colombienne en quelques années. A l’autre bout du Guatemala, dans la chaîne d’approvisionnement ou de relais pour les plus petits appareils, à savoir au Costa-Rica voisin, ce n’est guère mieux ; on y a recensé en effet pas moins de 105 pistes clandestines en 2018. Et là-bas, le problème est d’ordre juridique (moyen simple de dire qu’on n’a pas les moyens techniques pour lutter).  Ce sont des propriétés privées, et le problème demeure donc insoluble : « La plupart d’entre eux sont situés dans des propriétés privées dans le Pacifique Nord et Sud, ceci parce que les conditions qui s’y trouvent, telles que la météo, sont plus favorables pour de tels vols. Cependant, la police est liée entre les mains avant l’existence de ces zones d’atterrissage, car selon Michael Soto, ministre de la Sécurité publique, il n’existe actuellement aucune loi leur permettant d’entrer dans ces propriétés pour les désactiver. Fréquemment, la Section de la surveillance aérienne effectue des visites dans le pays pour détecter ces traces, documenter les photos et les coordonnées, mais une fois qu’elles sont localisées, tout ce qu’elles peuvent faire est, avec le personnel de l’Aviation civile, rechercher le propriétaire, l’informer et lui recommander de le désactiver. «Nous n’avons pas les outils légaux pour, par exemple, demander à notre personnel d’entrer dans cet endroit et de le désactiver ou d’utiliser un tracteur pour faire des trous, mettre des obstacles ou le dynamiter si nécessaire ».

« Dans la législation, il n’y a pas de règle expresse qui autorise cela parce que nous parlons d’une propriété privée, ce qui est généralement fait, ce qui est le processus autorisé par la loi, est d’en informer le propriétaire », a-t-il expliqué. Dans une grande partie des cas, les propriétaires s’assurent que ce sont des routes qu’ils utilisent dans leur travail quotidien dans leurs propriétés, comme le transfert de bétail, et qu’ils n’ont autorisé personne à lui donner cet usage. Dans de nombreux autres, il a été établi que les propriétaires sont liés à des organisations de narco. Cependant, pour le même vide juridique, rien ne peut être fait contre eux ». En juin 2017 déjà le quotidien La Prensa avait noté ce changement de route aérienne avec le relais costaricien renforcé, le trafic maritime Pacifique qui occupait alors plus de 90% du trafic devenant de plus en plus surveillé par les garde-côtes (qui avaient depuis complètement « serré » celui de l’Atlantique, côté maritime). Mais à l’époque encore c’était le Mexique qui était visé en premier et non la côte sud du Guatemala, désormais envahie par les atterrissages clandestins à répétition.

L’exemple typique du Cessna de Cardenas

L’un des exemples récents là-bas (le 19 octobre dernier) est le cas de celui du Cessna (faussement) immatriculé N2103S qui a atterri près d’une route qui relie la communauté de Colon au secteur agricole d’El Toro, au sud de Cárdenas (au Costa Rica donc). À cet endroit l’attendait un pick-up gris (immatriculé du Costa Rica CL 284004), prêt à transférer la cocaïne vers le Mexique. L’armée ayant repéré le vol à basse altitude de l’avion s’était vite rendue sur place, à terre, pour arrêter cinq trafiquants de drogue – trois Mexicains, dont Melquisevel Rocha Martínez, 38 ans; Mario Alberto Cárdenas López, 35 ans, et deux Costariciens (Juan Miguel Castro Zuniga et Lindón Aguiluz Retana), ce qui n’est pas fait sans mal, des échanges de tir ayant eu lieu. Un des mexicains, Edgar Leonel Rojo López, 31 ans étant décédé dans les coups de feu. Aux côtés de l’avion, on a retrouvé plusieurs bidons d’essence et dans l’appareil de la drogue (à gauche l’arrestation de quatre hommes, les survivants, ci-dessus à droite le lot de cocaïne extrait de l’avion pour être déposé dans un pick-up.. L’immatriculation du Cessna était fausse : l’original, visible ici est un Centurion (C210) du San Diego Flying Club Inc !

D’autres avions que les jets se sont posés ou ce sont écrasés sur ces pistes clandestines, en 2019 et les mois précédents encore, comme de gros Beechraft 350 mais aussi des plus petits tels les sempiternels et inamovibles Cessna 210 des trafiquants effectuant de longs voyages plus ou moins suicidaires avec d’énormes charges emportées (600kg !) et un avion bourré d’essence à ras bord. Un journal (ci-dessous) a rédigé la liste de ces atterrissages à répétition au Guatemala seul (Belize n’est pas inclus): pour la seule année 2019, il est terrifiant : 55 avions ont été répertoriés, dont 25 rien que pour la région de Peten !!! Nous y reviendrons bien sûr, sur ces autres atterrissages, un peu de patience, tant il y en a à répertorier…
Un désastre écologique en cours
Des atterrissages à répétions, un par semaine en moyenne statistiquement, qui ont un autre effet inattendu encore, nous avait expliqué LeMonde le 28 février 2014: « celle sur les paysages, ravagés par des culture envahissantes qui sont aussi celles du blanchiment des narcos. Coauteure d’une étude inédite sur le fléau méconnu de la « narco-déforestation », Kendra McSweeney, géographe à l’université d’Etat de l’Ohio, aux Etats-Unis, ne mâche pas ses mots (voir ici le reportage du National Geographic à ce propos et son brillant exposé : au milieu à 7’30 du débit elle projette les noms des responsables narcos du désastre : Los Cachiros. Selon elle, « le narcotrafic provoque un désastre écologique en Amérique centrale ». « Vues du ciel, les forêts tropicales du Honduras, du Guatemala et du Nicaragua sont balafrées par les pistes d’atterrissage et autres routes clandestines construites par les narcotrafiquants pour acheminer la drogue vers les Etats-Unis, premier marché mondial. « Ces zones écologiques protégées sont devenues les plaques tournantes de la cocaïne en provenance d’Amérique du Sud », s’inquiète Kendra McSweeney, qui précise que la déforestation annuelle a plus que quadruplé au Honduras entre 2007 et 2011, alors que le trafic de drogue s’y intensifiait. Rien qu’en 2011, 183 km2 de forêts ont été détruits à l’est du pays, notamment dans la réserve de biosphère de Rio Platano, patrimoine mondial de l’Unesco. « Le phénomène accentue les pertes de couverture végétale liées notamment à l’exploitation forestière illégale », souligne-t-elle » (exemple ci-contre à droite, extrait de son exposé). « Pire, les narcotrafiquants blanchissent leurs profits illicites dans l’élevage de bétail et la production intensive d’huile de palme. « Il est pourtant interdit de construire des fermes au sein d’aires protégées », rappelle Mme McSweeney, qui dénonce la corruption des fonctionnaires locaux et la faiblesse des institutions publiques. Mêmes ravages dans les réserves et parcs nationaux du nord du Guatemala et du nord-est du Nicaragua : « Les gardes forestiers sont trop peu nombreux et mal équipés pour affronter la force de frappe des narcotrafiquants dans ces régions reculées et pauvres, propices aux trafics illicites, déplore Matthew Taylor, un autre auteur du rapport (à gauche ici c’est en Colombie même). D’autant que l’argent sale des cartels dope l’activité des spéculateurs fonciers et des trafiquants de bois ».  L’usage immodéré des pesticides, par seul souci de rentabilité des cultures intensives, fabrique un autre désastre, comme celui dénoncé au Brésil (5):  une catastrophe sanitaire, comme l’a été celui de la culture de la banane dans les Antilles. Les palmeraies dissimulent toutes ou presque des aires d’atterrissage de « fumigation », ce que j’ai vivement dénoncé ici-même dans plusieurs articles. Ce montage réalisé directement sur Google Earth est éloquent : regardez donc la progression fulgurante de la déforestation en quelques années seulement dans une zone minée  par le narcotrafic… celle autour de San Andres, au Nord du Guatemala, au bord du lac Peten Itza. C’est dans ce secteur que l’on a trouvé le fameux Gulfstream de brousse… celui laissé derrière la forêt abattue !!!
En plus de la hausse de la criminalité, voici le désastre écologique qui suit l’extension de la progression vers le nord en Amérique Centrale, jusqu’au bord de la frontière du Mexique des transferts par avion de la cocaïne !
(1) le Guatemala possède bien une aviation militaire, mais elle est fort démunie, se résumant à des hélicoptères, dont certains saisis aux trafiquants ou aux anciens ministres indélicats (cf l’épisode précédent), des Bell Twin Huey plus grands, mais dont l’entretien laisse à désirer, de vieux DC-3 remotorisés par Basler, des étonnants IAI 201 Arava israéliens, des petits Piper Seneca quelques Cessna 208B de liaison et aucun avion d’observation. Sa flotte d’avion armés, des Pilatus PC-7 est obsolète comme les sont ces Cessna T-37. La photo symbole de ces manques étant en effet celle d’un Pilatus hors service (sous l’aile d’un Arava)… Je reviendrai plus loin sur les autres manquements dans la lutte aérienne anti-drogue du pays.
(2) c’est flagrant sur cette carte de 2018 : là où il y a plus de drogue, on s’entre-tue davantage. La cocaïne exerce un facteur politique de déstabilisation à tous les étages de la société.
(3) c’est lui qui a racheté le Learjet 55, le N890AC, ex ambulance AeroCare, du guatémaltèque Michael Zureikat.
(4) ce denier n’avait pas hésité à fire tirer sur des agents de la CIA a San Pedro Sula, en octobre 2016 : voici les impacts de l’attaque sur leur voiture (heureusement dotée de vitres blindées).
(5) Lire ici l’excellent article de Martine Valo dans le Monde du 20 février dernier, reprenant l’étude de la géographe Larissa Mies Bombardi. « Le Brésil consomme, à lui seul, 20 % des pesticides commercialisés dans le monde. En quinze ans, les tonnages ont augmenté de presque 300 %, accompagnant le boum des cultures génétiquement modifiées. Son corollaire, le glyphosate, arrive du coup très largement en tête des ventes. » . « Sur les dix substances les plus vendues au Brésil, trois sont interdites dans l’Union européenne : l’acéphate, l’atrazine et le paraquat », précise-t-elle dans son atlas  écrit l’article. Affligeant !
Nota ; on peut relire ceci :
https://www.centpapiers.com/coke-en-stock-cxxii-le-bresil-a-invente-la-piste-clandestine-officielle/
Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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