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Coke en Stock (CCLX) : les prédécesseurs du M-Fish

Après quelques escapades dans le milieu de la politique délétère, celle de Donald Trump, nous revoici dans le domaine des jets privés transporteurs de drogue, cette série débutée en… 2009.  Il y en a eu d’autres, de transferts de cocaïne, avant notre fameux M-Fish estival (celui qui s’est fait prendre à Mulhouse avec plus de 600 kilos de coke à bord  rappelez-vous).  Je vais vous en rappeler aujourd’hui quelques uns, histoire de vous remettre dans l’ambiance.  Revue de détail des dernières affaires du genre…

Le principe même d’amener de la cocaïne par jet privé directement d’Amérique du Sud, à savoir de Colombie par exemple, a connu diverses variantes ces derniers mois. L’un des cas qui avait retenu notre attention est bien entendu celui de l’appareil qui s’est posé à Farnborough en février 2018 avec à bord pas moins de 500 kg de cocaïne, soit 513 briques d’hydrochloride portant le logo de Superman, rangées sagement dans divers sacs et valises (15 au total !). Descendues d’un engin imposant (il fait 30 mètres de long et 28,5 d’envergure !) venu directement de Bogota (cet appareil peut en effet voler 9 630 km d’affilée), puisqu’il s’agissait cette fois d’un grand Bombardier Global Express 5000 enregistré en… Autriche, chez Tyrolean Jet Services (depuis 2003) ; une société vite mis hors de cause, les malfaiteurs l’ayant tout simplement loué à Diamonte Jets qui avait requis ensuite à la volée celui de Tyrolean, qui était alors disponible.  L’appareil N°9099, datant de 2001, était immatriculé (en bout de queue) en effet OE-IEL.

Les occupants avaient davantage intrigué les policiers : ils présentaient tous des emplois bien éloignés des critères de la jet-set, l’un d’entre eux étant… maçon.  Ils étaient partis de Luton le 26 janvier, pour un trajet payé 128,500 livres (en cash), retour compris 3 jours plus tard.  Deux étaient de Bornemouth : Allessandro Iembo, un italien, barman de profession, présumé organisateur du réseau (ici à droite), ayant des relations mafieuses, l’espagnol Victor Franco-Lorenzo, Martin Neil, un anglais, marié à une thaïlandaise appelée Ratklaw (son frère Stephen étant aussi dans le coup, c’était l’un des deux maçons), qui était de Poole dans le Dorset, et Miguelez-Botas, un second espagnol de Valladolid.  La police découvrira après coup qu’ils n’en étaient pas à leur coup d’essai : ils avaient déjà effectué le trajet le 11 décembre 2017 « sans être détectés » (mais en rapportant aussi un grand nombre de valises, ce qui laisse supposer que leur second vol avait lui été pisté par les policiers). Au départ de Bogota, ils avait bénéficié d’une complicité : celle d’un faux policier avec un faux-chien détecteur qui avaient « inspecté les bagages » (ici à gauche) et laissé passé le lot. Le choix d’atterrir à Farnborough n’était pas un hasard : l’aéroport, autrefois haut lieu des shows aériens des premiers avions à réaction, est de taille modeste désormais, là où les contrôles sont moins suivis. Le phénomène avait pourtant déjà été largement décrit et décrié dès 2012. Les policiers retomberont sur leurs préparatifs en décryptant les vidéos de surveillance de l’appartement de Fontibón où il étaient descendus, pour se rendre après au hangar d’ El Dorado : un document frappant, dans lequel on voyait justement le faux maître-chien partir avec les malfaiteurs. L’opération avait été pilotée sur place par Carlos Muñoz Garavito

Ensemble, il seront condamnés à 92 ans de prison au total.  Rien n’a filtré sur la distribution du chargement réceptionné, mais selon le quotidien El Espectador, « trois des suspects étaient entrés en Colombie avec un visa de tourisme en novembre 2017 dans l’intention d’acheter de la cocaïne pour le compte de la «mafia de la N’drangheta» en Italie », L’endroit où vivaient les deux maçons et les liens avec deux espagnols rappellent plutôt la filière découverte lors de l’accident d’Emiliano Sala : à Bornemouth, là où le corps de l’infortuné footballeur avait été ramené.  Mais aussi un port relié à un trafic vers l’Espagne et les Canaries, tournant autour de Nottingham, et le mafieux anglais Gary Hardy, lui-même issu de toute une mafia connue (celle de Robert Dawes, étant lié lui à la Camorra) : le voilier Pepper Sauce arrêté à Newquay (pointe sud, côté ouest) le 26 juin 2018 avec 1800 kilos de coke à bord avait un skipper connu de Lanzarote, on vient d’étudier son cas à l’épisode précédent. Un autre voilier, le lendemain, étant arrêté à Torquay (proche de Plymouth) avec cette fois un skipper croate à bord.  Lors de la présentation des responsables communs du trafic, on avait cité le cas de plusieurs avions transporteurs dont le Hawker M348C, qui  nous ramenait à un autre, le Challenger N600AM dont on va reparler un peu plus loin dans cette étude.

En France aussi

L’autre précédent, je vous en ai déjà parlé : c’est le cas de ce Gulfstream venu visiter Bayonne, venu directement de Carthagène, sur la côte septentrionale de la Colombie.  Si l’appareil, (c’est un Gulfstream IV, immatriculé N277GM, appartenant à Rozzi Business inc, société inscrite au Panama) avait été autorisé à redécoller, les policiers avaient filé les malfaiteurs ayant rapidement déposé tout un lot de valises sur le tarmac pour aller tout aussi rapidement les dissimuler dans un hangar proche. Cette fois, il y en avait pour une tonne de coke !!! Dix hommes de nationalité variée ont alors été arrêtés: il y a des colombiens, des espagnols, des néerlandais et des français. Côté avion, ce n’est pas une location cette fois et son propriétaire est davantage soupçonné, comme je vous l’ai indiqué ici : « l’avion avait même été photographié au petit matin à Farnborough le 29 décembre(ici à gauche, tiens lui aussi, comme le OE-IEL) le 30 juillet 2017, il avait été photographié à Puerto-Rico, et il avait été  aperçu au même endroit le 4 février 2017.  A son départ de Biarritz, il était parti se poser… Le Gulfstream est allé se reposer à .. Bilbao, soit à 95 km seulement de là !!!  Pour repartir le 2 vers… Le Bourget.  Des mouvements erratiques qui laissent plutôt entendre un vol « contrôlé », à savoir sous surveillance de la … la DEA et non par les trafiquants eux-mêmes !!!  En creusant l’affaire, l’ami Falcon en découvre de belles : l’avion n’est pas le seul dans la flotte de « Rozzi Business ». Il y en a plusieurs, inscrits avec des noms des sociétés qui sont tout simplement le numéro de série des avions accolés au leur (SN = Serial Number).  Elles sont toutes à la même adresse dans le Delaware,  inscrites à « Wilton Manors », en Floride, et toutes gérées par un dénommé James Torrey. Il possède en effet le N651TW  le CJ3 SN 0217 LLC, le N200LC; le  GIV SN 1067 LLC, le N177BB, un GIV SN 1073 LLC, le N385PD, un GIV SN 1088 LLC, le N277GM; un GIV SN 1124 LLC basé à Teterboro qui traverse souvent l’Atlantique, le N186DS, le GIV SN 1154 LLC, le N640QS, un Cessna 560XL (en 2016 chez NetJets), et enfin le N472QS, un GIV SN 1372 LLC… Torrey, marié à Estefania Rumbos-Torrey, dirige aussi Jimmy Jets  et FBO Professionnels Group, Inc (dont le site internet n’existe déjà plus !). James Torrey étant aussi lié à Banyan Air Service, développant visiblement des liens avec le Nigeria, ce qui n’est pas vraiment fait pour rassurer, le trafic y prenant là-bas des formes surprenantes.

L’étonnant périple de la passagère unique d’un Gulfstream

Le périple d’une femme, seule passagère d’un jet, explique aussi assez bien comment s’organisent ces trajets de transport aérien de coke en jet privé. C’est le pilote Karl Lückert, commandant de bord d’un Bombardier Global Express immatriculé 9H-FED de chez Hyperion Aviation (enregistrée à Malte, elle n’a rien à voir avec la société de Jeffrey Epstein, et dont le patron s’appelle Eric Wiesskopf) qui a raconté son histoire à Der Spiegal, celle du commandant de bord du grand avion (ici à gauche), capable de parcourir jusqu’à 11 390 kilomètres (7 080 milles) sans escale et d’emporter jusqu’à 19 passagers. L’homme était employé en 2012 d’une compagnie de charter qui avait été retenue par Princess Aviation, société basée à Beyrouth, pour effectuer un vol qui va s’avérer cauchemardesque pour lui. Un voyage de trois jours qui devait l’emmener du Maroc à Trinité-et-Tobago dans les Caraïbes, puis au Venezuela, avant de revenir normalement au Bénin, en Afrique. pour un tarif  convenu de 186 000 euros, un des moins chers sur ce long trajet.

Or au lieu de voir monter plusieurs passagers, comme il pouvait s’y attendre, notre commandant de bord, son copilote et son hôtesse n’en ont vu qu’un seul arriver, à leur grande surprise (malgré leur habitude du métier) : une femme, appelée Ryma Taouk, âgée de 37 ans, c’est une libano-australienne au look de femme d’affaires, prétendue « architecte d’intérieur », assez loquace, mais qui va vite se montrer fort exigeante.  A Trinité-et-Tobago, lors du premier arrêt de l’avion, la voici qui fait tout un pataquès pour obtenir un autre hôtel que celui qu’on lui propose.  Rebelote au Venezuela, où là se produit un autre événement plus troublant, Tahouk étant alors descendue au deuxième arrêt dans un nouvel hôtel.  « Alors qu’elle s’y rend, le pilote allemand fait le plein de 19 000 litres de kérosène, pour repartir, mais un employé de l’aéroport exige au talkie-walkie que le pilote oriente pour ce faire l’avion à 180°, une demande plutôt inhabituelle, appuyée au téléphone par la designer. Le pilote ne se rendra compte que plus tard que ce faisant la porte de l’avion ne tombait plus dans le champ des caméras de surveillance de l’aéroport. Puis elle demande à l’équipage d’aller dormir à l’hôtel, ce que ce dernier refuse, ne désirant pas laisser l’avion valant plusieurs millions de dollars sans surveillance. Il restent donc à trois à bord pour y dormir. Mais à deux heures du matin, ils sont réveillés par des hommes en armes qui sont à la porte de l’appareil et qui apportent à bord des sacs en plastique blancs tissés portant des croix rouges. En 20 minutes à peine, l’avion est rempli par une noria de militaires avec pas moins de 47 de ces sacs et les hommes repartent aussitôt, l’occasion pour le pilote allemand d’appeler son patron suisse pour expliquer ce qui se passe exactement. Des militaires, sur le tarmac, indiquent par gestes aux deux pilotes que s’ils tentent quoi que ce soit, l’avion sera détruit par des tirs d’armes automatiques dans les réservoirs. Le décollage s’impose donc, ce à quoi se réduit l’équipage en pensant même pouvoir jeter les sacs en vol : à peine en l’air, un téléphone satellitaire menace l’équipage de représailles familiales s’il ne se dirige pas vers le Bénin et non le Brésil comme initialement convenu : les trafiquants ont manifestement lu les passeports des pilotes et de l’hôtesse et connaissent très bien leurs adresses personnelles. Au bout du téléphone, c’est la voix de… Ryma Taouk, qui se veut rassurante, malgré tout, à condition que l’équipage suive ses ordres qui consistent à mener l’avion en Afrique ! » Pendant le vol, un autre coup de fil de la dame avertit l’équipage, pris en otage à distance, de se rendre cette fois au Burkina Faso et non plus au Bénin.

Le pilote, adroitement, finit par lui indiquer qu’il n’a pas assez de carburant à bord et qu’il doit se poser impérativement aux Canaries, pour ravitailler, non sans avoir réussi via des appels discrets à sa propre famille à alerter Interpol qui cueille l’avion dès son arrivée. On décharge donc sur place les 47 sacs de la Croix-Rouge, qui contiennent pas moins de 1 588 kilos de cocaïne pure au total.

La suite toute aussi abracadabrantesque

« L’histoire n’est pas pour autant terminée. A peine libérés, les membres d’équipage apprennent une étrange nouvelle. A Beyrouth, une femme est venue se livrer à la police. C’est la fameuse Ryma Taouk, qui affirme aux policiers qu’elle a été l’objet d’un deal mafieux : on lui a promis 30 000 euros si elle réussissait à amener en Afrique un chargement « illégal » dont elle dit ne pas avoir su la teneur exacte. Mais ce n’est pas le plus important de sa déposition. Selon elle, son « employeur » d’un temps s’appellerait Ali Koleilat Dalbi… or l’homme est justement un très, très, gros poisson du trafic de drogue.. mais aussi du trafic d’armes : en 2003, il aurait ainsi fourni Charles Taylor en Kalachnikovs et en munitions (lui ou son beau-frère), ce que confirment des policiers allemands, qui évoquent également son nom pour un trafic de cocaïne en la République dominicaine en 2011, où une tonne attendait de partir vers l’aéroport de Deurne, près d’Anvers ». L’aveu est saisissant, car l’individu cité est un homme de poids en matière de trafics, en effet. Ou plutôt toute sa famille… (2)

Des trafiquants connus agissant en Belgique et en Afrique

Et ce n’est pas fini, car c’est en effet tout la famille de Koleilat qui retient l’attention (et ses relations politiques) : « Ali Koleilat (ici à droite) est loin d’être le seul membre de sa famille connu de la justice. En mars 2013, le tribunal de Bordeaux a en effet condamné Yehia Kleilat Delbi en Nagi Koleilat, deux autres membres de sa famille, à 8 et 5 ans de prison ainsi qu’à une amende de 1 213 050 euros pour les rôles de premier plan qu’ils avaient tenus dans une opération de blanchiment d’argent provenant d’un trafic de drogue entre l’Amérique latine et le Moyen-Orient, via l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et la Grande-Bretagne. Lors de son procès, Yehia Kleilat avait par ailleurs affirmé avoir acquis sa fortune en travaillant pour le dictateur libérien Charles Taylor ». Enfin, Zakaria, le frère d’Ali Koleilat, est actuellement incarcéré en Belgique dans l’attente de son extradition vers les Etats-Unis. En mai dernier, une équipe de la police fédérale l’a arrêté dans un hôtel anversois. Son arrestation s’est faite sur base d’une demande des Etats-Unis qui avaient Zakaria depuis longtemps dans le collimateur. D’après la DEA, il serait impliqué dans des opérations de blanchiment de fonds provenant d’un trafic de drogue entre Amsterdam, New York et le Nigeria. Zakaria Koleilat était également sur le point de mettre en place un trafic de cocaïne entre la Colombie et le Bénin, à destination de l’Europe et des Etats-Unis. Le mandat d’arrêt de Zakaria Koleilat a été prolongé le 8 août dernier par la chambre du conseil d’Anvers mais il a interjeté appel et comparaîtra prochainement devant la chambre des mises accusation. » L’homme sera au final renvoyé, mais non sans avoir causé de sérieux problèmes aux belges. En décembre 2014, on avait en effet constaté que sa famille préparait deux avions pour empêcher son extradition : attaquer la prison de Vorst (ici à droite) où il était enfermé ou enlever des magistrats pour en faire des otages à échanger !!!

Et le final en beauté de Tarek

L’histoire n’en est pas encore à sa fin.  La capture du Gulfstram va être l’objet d’une mise en scène, d’un show, à l’endroit d’où il était parti.  C’est signé Tarek El Assaimi, devenu le second du pouvoir vénézuélien, et dont la famille d’origine est on le rappelle libanaise. « Tareck el Aissami, d’origine syro-libanaise, rappelons-le, explique qu’il détient l’explication de ce qui s’est passé. Il donne pour cela une conférence et explique avec force tableau et photos que l’avion a décollé de l’aéroport d’Arturo Michelena International, situé dans la ville de Valencia, en pleine nuit, sans que les pistes ne soient allumées laissant entendre que l’avion a clairement été volé. Il annonce également que des personnes ont déjà été arrêtées, selon lui, dont neuf gardes de la Bolivarian National Guard (GNB) et un membre des services secrets de la Sebin. Pour lui, l’affaire est close, les responsables ayant été (promptement) découverts par ses service ». Or l’avion, on vient de le voir n’a manifestement pas été volé !!! Pourquoi donc cette intervention cousue de fil blanc ? Parce que ce n’est pas, tout simplement, la première du genre signée Aissami, devenu le spécialiste du genre pour affirmer sans sourciller que l’Etat vénézuélien n’y est pour rien, à chaque fois que des avions quittent le territoire bourrés de cocaïne ou vient candidement expliquer que ses services ont abattu un appareil alors que tout le monde sait qu’il a été incendié après s’être posé au sol et que son contenu a disparu comme par magie… Ici à gauche, il présente le Beechcraft N555DX, qui venait d’être mis en vente chez Ridge Air, qui avait été retrouvé vide sur une piste clandestine près de la ville d’Ortiz, dans la municipalité de San José de Tiznados où il a été abandonné par l’équipage qui avait fui. Tarek était venu ce jour là raconter une énième fable, comme quoi l’avion avait été « détecté par les radars de la Maiquetía » et « qu’il avait envoyé deux avions F16  pour le forcer à atterrir à Guárico ».  Il avait ensuite été conduit à la base aérienne Francisco de Miranda à La Carlota où des traces de cocaïne restantes avaient été détectées à bord. Ce n’était pas son premier « show », il avait été précédé d’une explication fort oiseuse de l’arrestation d’un autre Beechcraft (YV-2531) plein de coke dans lesquels des policiers avaient été mêlés jusqu’au cou.  La mise en scène ayant été plus grandiose ce jour-là (cf ici à gauche et à droite).

On avait appris après coup que El Assaimi avait eu des contacts avec… Koleilat : « Koleilat Dalbi est considéré comme l’un des principaux responsables du transport de 1 100 kg. de cocaïne en 2011 en provenance du Venezuela, qui a été intercepté dans un aéroport de la République dominicaine et une autre cargaison de 1 588 kg de cocaïne au départ de l’aéroport Arturo Michelena de Valence (Venezuela) capturés le 12 août 2012 aux îles Canaries en Espagne. Au Venezuela, Koleilat a maintenu des contacts étroits avec Tareck El Aissami, l’actuel vice-président du Venezuela (il a été remplacé depuis par Delcy Rodriguez) , qui aurait été chargé de lui fournir le passeport vénézuélien, alors qu’il était à la tête du bureau d’identification sous le gouvernement Hugo Chávez. » Difficile à partir de là de se faire le chantre de la lutte antidrogue, pour Assaimi !!! Un Assaimi ayant des liens également avec… les russes  : « le 8 mars 2019, le gouvernement américain a de nouveau accusé El Aissami et son associé, Samark López Bello, d’avoir violé les sanctions imposées par Washington deux ans auparavant. Le ministère américain de la Justice a déclaré que les deux hommes avaient échappé aux sanctions et avaient voyagé entre le Venezuela et la Russie afin de mener des transactions commerciales illicites sur des plans privés fournis par des sociétés basées aux États-Unis ». Voyager en Russie ? Voilà qui rappelle nos épisodes précédents sur les voiliers … et l’emprise de plus en plus forte de la mafia russe ! Lopez Bello, détenteur d’un énorme yacht de 62m de long, le Yaku, valet 50 millions de dollars, d’un autre, le Trinity Yaku de 42 mètres, d’une villa de 16 millions à Coral Gables en Floride, et d’un Gulfstream G200 immatriculé N200VR fréquemment utilisé par El-Assaimi. L’avion a été depuis bloqué par le « Kingpin Act », (ci-dessous les liens entre El Aissami et Bello, via les sociétés écrans comme Yakima) :

Le transplanteur planté 

Le 2 janvier 2011, un  Challenger 600, immatriculé N600AM, (N°5345) atterrit sur l’aéroport principal d’El Prat International à Barcelone, en Espagne. Personne ne s’en offusque : c’est un avion de Medical Jet qui fait des trajets régulièrement comme transporteur d’organes.  Ce jour-là, il revient du Cap-Vert, de l’île d’El Sal. Les douaniers, au grand dam de deux pilotes argentins, effectuent quand même ce jour-là une inspection de routine et tombent ébahis sur 900 kilos de cocaïne fort peu dissimulée dans l’appareil. Les enquêteurs découvrent vite qu’il survolait aussi dans les jours qui précédaient la côte africaine et se serait même posé « près de la côte du Sénégal ». Et découvrent aussi que les deux pilotes sont les deux fils du général de brigade Joseph Julia, l’ancien commandant des forces aériennes argentines, sous la présidence de Carlos Menem !!! Le troisième à bord, et le co-pilote effectif lors de l’atterrissage à Barcelone, n’est autre que Gaston Miret, le propre fils du général de brigade José Miret, qui était secrétaire de la planification au cours de la dictature de Jorge Videla !

Un avion qui n’avait pas les droits d’effectuer ce travail

L’appareil de Barcelone aurait dû être surveillé depuis longtemps : cela faisait plus de 10 ans que la firme qui l’employait avait eu maille à partir avec la justice américaine, notamment en Floride, son lieu de résidence d’origine.  Il n’avait en fait même pas le droit d’effectuer son service de transport d’organes, n’ayant pas reçu les autorisations nécessaires de la part du gouvernement argentin ! « La Quatrième District Court of Appeals a mis en défaut pour violation de contrat le propriétaire de l’aéronef argentin avec Signature Flight Support. Medical Jet avait allégué auprès de Signature Flight Support qu’il pouvait travailler avec cet avion, car le propriétaire argentin de l’aéronef avait paraît-il obtenu la certification émanant de l’autorité des aéronefs nationaux et de réglementation argentine (La Dirección Nacional de Aeronavetabilidad ou « ADN « ). Juste après la signature du contrat par MedicalJet et l’inspection et la préparation de vol de l’avion qui a suivi, ​​le 23 avril 1998, Medical Jet a pris la direction de l’Argentine. Or le 14 mai 1999, l’avion n’avait toujours pas été accepté par l’autorité de vol US parce que son inspection annuelle chez Signature Flight Support n’avait pas reçu une attestation d’ADN valable, quand l’appareil à été inspecté et remis à neuf . L’avion aurait par la suite dû être maintenu à terre, avec interdiction de voler », précise la juridiction. Ce qui signifie qu’en 2011, cela faisait 13 ans que l’appareil était hors-la-loi aux USA… tout en sillonnant régulièrement… les USA (3). L’appareil, saisi, entreposé mais non entretenu, sera proposé à la revente « en l’état » et « pour pièces » en 2013.  Triste fin.

Le Hawker oublié de Moron

Quand on coince les deux frères Julia et leur Challenger, on ne s’aperçoit pas tout de suite qu’ils n’en étaient pas à leur premier transfert de coke via l’Atlantique. Ce n’est qu’en décortiquant leurs activités que l’on découvre un autre avion avec lequel ils ont trafiqué.  Ou plutôt avec lequel ils ont testé à plusieurs reprises la viabilité de leurs trafic de cocaïne entre l’Argentine et l’Espagne, le Challenger étant leur plus gros « coup ». Un Hawker 800 XP bien classique, comme avion, loué à une compagnie de Fort Lauderdale, et immatriculé N348MC, chez International Auto Brokers Inc, c’est un ex Monsanto (ici à droite à Medellin le 31 août 2011, il a été repeint cette année-là) dans lequel ils ont effectué plus de 20 vols, tous en direction de la base de Moron en Espagne. Entre le 16 et le 18 avril 2010 par exemple, ce fameux Hawker a atterri à l’aéroport Viru Viru de Santa Cruz de la Sierra, en Bolivie (plusieurs fois cité ici comme autre fief de drogue). Les 9 et 30 juin, le même Hawker (dans son ancienne livrée) est parti de Murcie en Espagne avec à bord trois Argentins et un Colombien, parmi lesquels le Colombien Wilson Diaz Velez et l’Argentin Daniel Amitrano comme a pu le constater la police sur le registre de bord. La police reliant Diaz Velez et Amitrano directement avec la narco-trafiquante Angie Sanclemente Valencia (la « narco Barbie »). Le deuxième vol du 30 juin avait été le plus suspicieux, l’avion faisant escale à l’aéroport de Reus, l’aéroport de secours de celui d’El Prat de Barcelone.  Cinq jours plus tard, l’avion, sans raison apparente (aucune panne ni de modifications n’étant à faire dessus), est resté immobilisé pendant 12 jours sur la base de Moron, ce qui leur a coûté 35,000 dollars de droits de location d’emplacement. Ce n’est que le 29 juin à 16h09, que le Hawker N348MC, piloté par Eduardo Juliâ, est reparti (à gauche le document compromettant : l’avion – portant encore ses anciennes couleurs – stationné sur la base de Moron en juin 2010). « Selon le rapport «Operation Volare», envoyé par la Garde civile à différentes forces de sécurité argentines, 80 kg de drogue auraient été transportés sur chacun de ces vols. C’était l’opération avant l’expédition des 944 kilos de cocaïne  qui, selon le juge, auraient été déchargées à Moron ». « Le 30 août 2010, les Julia sont entrées à Moron, où ils sont restées jusqu’au 12 septembre, avant de ramener le Hawker à Miami. Moron n’était pas simplement un parking, c’était l’endroit où se trouvaient les « propriétaires ». Là, dans des hangars sans contrôle, ils ont déchargé le Challenger. Ils n’avaient eu auparavant aucun problème avec le Hawker. Le mercredi 7, ils sont partis pour l’aéroport civil de Torrejon (connu sous le nom de Base aérienne de Torrejon de Ardoz). Le 9 juillet, ils sont partis pour Malaga, où il ne leur restait que quelques heures avant de rentrer en Argentine ».

Le quatrième larron de l’affaire était… russe !

Le journal El Tiempo, qui a ses sources, indique à propos du vol du Challenger « qu’ un procureur expert du renseignement, qui a l’habitude de décrypter les données n’a pas donné d’avis sur l’avion venu de l’étranger vers le Cap-Vert. Mais ses sources suivent la piste d’un cadre supérieur du magnat russe David Yakobashvili, qui, selon le magazine russe des Finances, est co-propriétaire de l’entreprise Wimm-Bill-Dann. Yakobashvili est le propriétaire d’un avion Gulfstream GV-SP, évalué à 45 millions de dollars et d’un Bombardier Challenger 604, donné pour 28 millions de dollars : un modèle identique à celui utilisé par Julia de Buenos Aires pour rejoindre les îles du Cap-Vert l’Afrique, puis vers Barcelone ». Un faussaire, aussi : son musée, contenant beaucoup d’instruments de musique mécanique et de pendules rares, ne contiendrait pas assez d’originaux !!! Il a été récemment fouillé par le FSB et depuis, Yakobashvili, ne souhaite plus remettre les pieds en Russie !!! Le magnat russe, réfugié en France, a pour partenaire Gavril Yushvaev, qui lui ressemble beaucoup dans son ascension sociale comme on va le voir. Le Gulfstream de Yakobashvili étant le grand M-BHBH, visible ici récemment en train d’effectuer le trajet Tel-Aviv – Moscou le 12 avril 2019.

Milliardaires et surtout mafieux

Les deux sont décrits en mots très durs par L’OCCRP dans un article sur les anciens gardes du corps de Poutine récompensés  : « En Russie, la dernière décennie du 20ème siècle est communément appelée «les années 90 sauvages», et pour cause. Presque toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, ont eu affaire à des gangsters qui recherchaient de l’argent ou de l’influence. C’est pourquoi il est difficile d’imaginer qu’un entrepreneur peu connu, tel que Troshkov, serait capable d’acheter indépendamment des milliers d’hectares de terres près de Moscou. Il aurait eu besoin d’alliés puissants et influents. Il se trouve qu’il les a eus. Troshkov était employé par une société par action appelée Trinity, qui devint par la suite l’un des principaux copropriétaires de la ferme Gorki-2, aux côtés de Klinovsky.
Derrière Trinity se trouvaient deux hommes d’affaires ayant de graves relations criminelles, David Yakobashvili
(ici à gauche) et Gavriil Yushvaev (ici à droite). Après dilution des actions des travailleurs et des retraités, David Yakobashvili, Gavriil Yushvaev et Timofei Klinovsky sont devenus les principaux actionnaires de la ferme Gorki-2. Au milieu de 1999, Klinovsky possédait près de 8% de la société, selon des rapports trimestriels. À travers Trinity, Yakobashvili et Yushvaev en possédaient 19,5%. Le dernier rapport disponible date de 2015, lorsque Yushvaev détenait directement 35% de l’entreprise, Yakobashvili près de 29% et Klinovsky, avec son épouse, près de 36%. La première entreprise sérieuse de la société a été la vente de voitures d’occasion des États-Unis. L’un de ses premiers exploitants, Vladislav Vanner, dirigeait le gang criminel Bauman, un groupe influent à Moscou à l’époque. Vanner a été abattu par un autre gangster en 1994. «Nous étions amis», a déclaré Yakobashvili à propos de sa relation avec Vanner dans une interview accordée en 2004 au russe Forbes. « Je l’ai aidé et il m’a aidé », a-t-il déclaré. «S’il a grandi dans le district de Bauman, cela ne veut pas dire qu’il était à la tête d’un groupe [criminel]. Et de toute façon, quel est le groupe criminel Bauman? La presse ne comprend pas beaucoup de choses. Ils ont vu trop de films mafieux. «  Le deuxième partenaire de Yakobashvili et copropriétaire de Trinity, Yushvaev, est également connu pour son passé criminel. Yushvaev a été reconnu coupable de vol qualifié en 1980 et a passé neuf ans dans des camps de prisonniers soviétiques. À sa libération, il est devenu le partenaire de Yakobashvili à Trinity et au célèbre casino de Moscou, Metelitsa. Aujourd’hui, Forbes estime à 1,5 milliard de dollars la fortune de Yushvaev. Il est l’une des cent personnes les plus riches du pays ». Et possède une villa en France à St Jean Cap Ferrat. « le lieu de villégiature le plus cher au monde,  » « La villa Primavera, elle, avait été achetée 10 millions d’euros en 2000 par un Suédois et s’est vendue en 2008, devant notaire cette fois, 115 millions à un Russe. »

Un lobby russe pro-Trump !

Des hommes influents ? Pour sûr : Le talentueux site Mother Jones a ainsi retrouvé la trace d’un lobbyiste américain un peu oublié. Il avait signé un contrat avec la Vnesheconombank, alias VEB, une banque russe fort proche de Poutine pour lui éviter des sanctions US. Le responsable de la banque, Sergey Gorkov, avait même eu des contacts directs avec Jared Kushner, le gendre de Trump, fort entrepreneur avec les russes, comme on le sait, qui ont été visés par Robert Mueller. « La révélation de la réunion a fait naître des soupçons que Kushner espérait que la banque renflouerait un immeuble chargé de dettes, le 666 Fifth Avenue, appartenant à sa famille ». (Chez les Trump, tout se joue dans l‘immobilier et le gendre, dans ce cas est pire encore que son beau-père comme gestionnaire. Le bâtiment accumulateur des dettes abyssales depuis des décennies. Le bâtiment avait été payé fin 2007 par Kushner 1,8 milliard de dollars (environ 2,2 milliards de dollars en 2018) soit le prix le plus élevé jamais payé pour un immeuble individuel à Manhattan.)« L’objet exact de la réunion reste flou. VEB affirme que la réunion était purement commerciale, liée au travail immobilier de Kushner. Kushner a dit au bureau de Mueller que c’était diplomatique ». Mais il y avait aussi cette révélation de taille :  « Sweeney fait partie d’un petit groupe d’initiés de Trump qui sont devenus des lobbyistes pour des sociétés russes et des intérêts connexes. Bryan Lanza, ancien collaborateur de Trump (et de CNN !!!) dans la campagne et la transition, est désormais lobbyiste chez Mercury Public Affairs, où il a représenté le groupe EN +, une entreprise d’aluminium fondée par Oleg Deripaska, un oligarque proche de Poutine » (on sait aujourd’hui que ce même Deripaska est un élément clé des liens russes de Trump, un Trump qui protège visiblement ce même Derispaka, fort lié à Paul Manafort, aujourd’hui en prison. Deripaska, mis en cause par une escorte girl qui a été emmenée de force à Moscou après avoir menacé de révéler quelques histoires compromettantes croustillantes (5 ). « Lanza et Mercury ont aidé l’entreprise à obtenir un allègement des sanctions américaines. Brian Ballard, qui avait auparavant exercé des pressions en faveur de Trump en Floride et a depuis établi une pratique florissante à Washington, a représenté David Yakobashvili, un oligarque russe ayant des intérêts dans l’industrie du gaz et de l’alimentation. Yakobashvili s’identifie en tant que président du Conseil russo-américain de coopération commerciale, un groupe qui dit avoir été créé à la demande de Poutine pour stimuler les échanges commerciaux entre les pays. » Sweeney, est aussi un ancien alcoolique en rédemption, ce qu’on a rappelé ici en montrant l’image de son arrestation le jour où il conduisait saoul sa voiture. Son alcoolisme chronique n’avait empêché en rien son ascension politique chez les républicains !

L’avion utilisé appartenait au départ à la société South Aviation Inc, et ces derniers tests en vol ont eu lieu à Morón, le 18 décembre:  ils ont été effectués par Eduardo Juliá Noceti au nom de la société Federal Insurance Company. A El Moron, une base… militaire espagnole (dont le responsable sera déplacé peu de temps après) ! « En Floride, South Aviation Inc était déjà une minuscule structure, dirigée par un pilote, Fred Machado (un ancien pilote de Skyhawk argentin ayant combattu aux Malouines), et un avocat Conrad S. Kulatz (retenons ce nom !!!).

« L’homme a créé en 2007 une nouvelle société appelée Executive Jet Charters, avec exactement la même flotte que celle annoncée comme étant de South Aviation. Essentiellement une douzaine d’appareils annoncés, dont surtout trois visibles sur le site de la société : un Hawker 800, un Hawker 700, un Gulfstream IIB… et dans la liste encore, un Challenger 601. Ses avions semblent davantage servir de support de photos pour mannequins qu’à autre chose. Une coquille qui semble bien vide… »

L’avion de Felix

L’image parle d’elle-même : c’est celle d’un Gulfstream d’un type ancien (modèle G-1159, bien reconnaissable), d’immatriculation N522HS, abandonné et qui se détériore, sur l’aéroport de Puerto Plata Gregorio Luperón, en en République dominicaine. La photo prise en 2017: ce la fait 3 ans que l’avion est là et n’a pas bougé d’un pouce. Il y est depuis 2014 en effet, année où il a été saisi. Son propriétaire, le consortium Lifestyle Holidays Vacation Club, dirigée par Markus Wischenbart (qui reçoit aussi des émirs comme Rashid Al Habtoor (voir le chapitre suivant) n’est jamais venu le chercher, malgré les injonctions de l’Etat. « En raison de la restriction imposée par le bureau du procureur de Puerto Plata, l’avion n’a pas pu recevoir l’entretien sur place et a été complètement endommagé, perdant ainsi le capital investi par la société hôtelière après avoir été racheté par l’homme d’affaires Carlos Osoria. »
Lifestyle Holidays, Osaria, Secure Aircorp Inc, cité également, on s’y perd dans les propriétaires du Gulfstream avec lequel des enfants jouent, désormais, à décoller ses étiquettes d’avion abandonné…

Un avion qui a changé d’étiquette, justement, comme le raconte ici Kathryn’s report dans un saisissant article sur les graves manquements de la FAA US qui ne sait pas où sont passés certains avions ou qui ignore totalement à quoi ils appartiennent. « Les « kingpins » (les chefs de gangs) colombiens ne sont pas les seuls utilisateurs suspects d’aéronefs immatriculés auprès de sociétés créées par l’avocat de Floride, Conrad  Kulatz. Son épouse et lui sont nommés officiers de la société Secure Aircorp Inc., basée au Delaware, qui est propriétaire de l’avion à réaction américain Gulfstream II saisi en 2014 par la République dominicaine, selon les dossiers de la FAA. Le N522HS a été saisi dans le cadre d’une enquête du département anticorruption du ministère de la Justice de la République dominicaine sur un possible blanchiment d’argent et détournement de fonds par l’un des sénateurs du pays, Felix Bautista. Selon les médias dominicains, les autorités ont indiqué que M. Bautista avait tenté d’éviter les poursuites et la confiscation de son avion en modifiant le numéro de la queue de l’avion environ deux mois avant son inculpation. Tandis que les entreprises et les particuliers peuvent demander des numéros de queue spécifiques pour agir comme des plaques de vanité, les criminels utilisent cette tactique pour échapper à la détection, un peu comme si on changeait une plaque d’immatriculation d’une voiture ». « Les responsables de la FAA ont déclaré dans une déclaration que ces modifications de numéro étaient courantes: « Le registre ne refuse généralement pas les demandes de modification de numéro », en partie parce qu’ils peuvent toujours suivre les avions par leur numéro de série. »  Celui-là, avant de devenir N522HS avait été N16YY et auparavant mexicain en XA-GEG et XB-LHW (numéro de série N°253).

Un beau cas d’espèce, niveau corruption

«Dans le cadre de l’enquête financière sur la corruption illégale et le blanchiment de capitaux, à laquelle le sénateur Félix Ramón Bautista Rosario est impliqué, le ministère public indique que parmi les avoirs acquis avec le produit de l’argent illicite obtenus à la suite des crimes commis contre le L’État dominicain a acquis l’avion d’immatriculation N-16YY de la marque GULFSTREAM, modèle G-1159, série n ° 253, immatriculé jusqu’à récemment avec un enregistrement étranger avant les États-Unis d’Amérique, au nom de la société Secure Aircorp Inc., appartenant apparemment à l’accusé Carlos Manuel Ozoria Martínez, ami et collaborateur intime de l’ingénieur Félix Ramón Bautista Rosario », a déclaré Guerrero Pelletier. »

De l’argent pour s’acheter le vieux Gulfstream, Bautista n’en manquait pas. « Selon une enquête bien documentée menée par le bureau du procureur du pays et renvoyée à la Cour suprême en octobre 20145, Bautista a mis en place un réseau de plus de 35 sociétés qu’il a finalement contrôlées. Avec le soutien d’associés proches, il a utilisé ces sociétés pour accéder aux marchés publics passés par le bureau des travaux publics qu’il dirigeait à l’époque. Dans un des cas, Bautista a confié à une société étrangère une série de projets de travaux publics d’une valeur supérieure à 130 millions de dollars US, mais une partie des fonds et la responsabilité de la fourniture d’une partie du travail initialement sous-traité auraient été transférées à une société liée à Bautista. Il aurait transféré son argent sur des comptes bancaires en République dominicaine et à l’étranger et aurait acquis des intérêts dans plus de 150 propriétés locales – y compris des appartements de luxe, des villas et des usines d’asphalte – ainsi qu’un jet privé et plusieurs stations de radio ».

L’homme avait, il est vrai, des « amis  »  aussi peu recommandables que lui : « Bautista a été confronté à des allégations similaires dans le passé. En 2012, il a été accusé d’avoir corrompu le président haïtien Michel Martelly afin d’obtenir des contrats et fait actuellement l’objet d’une enquête au Pérou en raison de possibles contributions de campagne illégales à l’ancien président péruvien, Alejandro Toledo ». Réussir à corrompre Martelli, lui-même accusé de trafics divers (Bautista état impliqué dans l’affaire PetroCaribe), avouez que ce n’était pas très difficile !!!  Bautista avait en fait détourné l’aide à la reconstruction du pays… ceci, très certainement de mèche avec Martelli (qui aurait touché 2,6 millions de dollars de pots de vins en la circonstance de la main de Bautista  !!! « Après le séisme de 2010, les entreprises de Bautista ont reçu plus de 200 millions de dollars américains de contrats controversés, sans appel d’offres, du gouvernement haïtien pour qu’elles reconstruisent des ministères, des bâtiments administratifs détruits et construisent des logements sociaux. Le Miami Herald souligne que très peu de ces projets ont été exécutés, la mauvaise qualité des travaux de construction et l’abandon des chantiers par les firmes dominicaines ». « Le gouvernement haïtien a versé à l’une de ces entreprises de construction susmentionnées, Constructora Hadom SA, 10 millions de dollars d’un contrat de 14,7 millions de dollars pour construire le bâtiment du ministère des Affaires étrangères qui s’est effondré pendant le tremblement de terre. Le bâtiment n’a jamais été construit, rapporte le Miami Herald ». En juin 2018, les USA gelaient (enfin) tous les avoirs du sénateur, selon la célèbre « Magnitsky law », un sénateur proche de l’ex-président Leonel Fernández Reynarappelons-le.  Bautista détiendrait aujourd’hui une fortune de 40 milliards de pesos dominicains (plus de 900 millions de dollars américains) !!!

La Conrad connection 

Conrad Kulatz (vous vous rappelez du nom ?), au sein de Secure Aircorp Inc avait servi en fait pour enregistrer auprès de la FAA des avions pour les propriétaires étrangers, dont des trafiquants de drogue notoires. A Aruba en 2015, le 29 janvier, le pouvoir vénézuélien avait clamé avoir abattu un appareil chargé de paquets de cocaïne qui s’étaient répandus partout en mer (ici à droite et à gauche une fois rassemblés en partie). Un homme, Jeroen Lucas, avait filmé la chute de l’avion, un moteur visiblement en feu, qui ne montrait pas d’autres appareils autour ou le poursuivant. L’avion était un Challenger 600 immatriculé N214FW, qui appartenait en fait à deux responsables de gangs de dealers colombiens connus, Dicson Penagos-Casanova et Juan Gabriel Rios Sierra, qui l’avaient enregistré sous le nom discret de Dinama Aircorp Inc., inscrit (bien sûr) au Delaware. Une société gérée par Conrad Kulatz !!! « L’engin disparu en mer devant l’île d’Aruba pose question, pour plusieurs raisons. Par son cursus tout d’abord : l’appareil a connu pas moins de 27 inscriptions au registre de l’aviation depuis son premier vol en juillet 1983… et changé 8 fois de numérotation pour finir chez Dinama Corp, immatriculé N214FW (et précédemment N710GA, voir ici à droite photographié en 2010 sur l’aéroport Fernando Ribas Dominicci de Puerto Rico). Une société nébuleuse enregistrée relativement récemment (en août 2013) « et comme il se doit » dans le domaine des trafiquants (voir ici et là, et là encore) dans le Delaware, à Dover exactement… L’engin avait été un temps proposé à la vente par Lone Mountain Aircraft Sales, un broker de Las Vegas plutôt spécialisé dans le Pilatus PC-12 ou le Cirrus, habituellement. » L’avion, avant de se cracher aurait été aperçu ayant réussi à se poser en plein Apure… sur l’herbe ! Gag supplémentaire, indiqué déjà à l’époque par l’ami Falcon : « le Challenger 601-1A N214FW dont vous parlez au début de l’article appartenait à un certain Elmer Figueroa, un chanteur et acteur portoricain plus connu sous son nom de scène de Chayanne. Il y a eu 3 morts dans le crash de cet avion. Du coup, une rumeur de la mort de Chayanne s’est répandue sur Twitter le 1er février. Heureusement pour lui, il n’était pas à bord de son avion le 29 janvier, mais il va devoir tout de même expliquer comment son avion a été abattu avec 400 paquets de drogue à son bord … » Ici, pour faire taire la rumeur, il monte à bord du N752CS d’Aeroservices Trust Corp Trustee (devenu depuis N218RX, qui a changé de livrée pour être proposé en charter. partagé chez Windsor Jet.  L’avion a été aperçu à Aruba et Saint Domingue ou sur l’aéroport Generál José Antonio Anzoátegui International, au Venezuela..

D’autres dossiers d’immatriculation douteuse remontaient jusqu’à la société écran du Delaware gérée par Conrad Kulatz (ici à droite la longue liste de ses créations d’entreprises), un avocat de Fort Lauderdale, retraité, âgé de plus de 70 ans. « Des agents fédéraux enquêtant sur des sociétés enregistrées aux États-Unis et portant les marques du trafic de drogue en 2013 ont constaté que trois d’entre eux avaient été illégalement enregistrés là au nom d’un ressortissant mexicain. Il avait dupé la FAA simplement en citant l’adresse d’un centre commercial du Texas proche de la frontière mexicaine
et en prétendant être citoyen américain. Au début de l’année, des responsables américains ont qualifié le vice-président du Venezuela, Tareck El Aissami, roi des stupéfiants étrangers, de bloquer l’accès à ses actifs américains, y compris un avion de luxe. Le ministère des Finances a déclaré que l’avion, immatriculé auprès de la FAA au nom d’une société écran, était en réalité sous le contrôle d’El Aissami, qui, outre le trafic de drogue, était également accusé d’avoir aidé des extrémistes islamistes. Mais, à la FAA, l’immatriculation du jet reste valable au nom de 200G PSA Holdings ».
L’avion incriminé était le N200VR,n° de série 133, un Gulfstream G200, aujourd’hui remis en vente. Le voici en 2017 à droite en train de se poser sur l‘aéroport de Guyana,(Manuel Carlos Piar) desservant Ciudad Guayana et Puerto Ordaz dans l’État de Bolívar. Nous voici revenus au Venezuela et dans un secteur d’intense trafic de cocaïne !!!

Le copain d’Harry, au temps où ce dernier était encore célibataire 

Al Habtoor, cité plus haut, c’est aussi le Habtoor group, avec Khalaf, le père, fan de polo qui organise un tournoi en Angleterre pour la famille royale, et Mohammed le fils et son ami liban-américain (il est né à Beyrouth) et flambeur appelé Fidelio Cavalli (organisateur de soirées fort arrosées en Grèce ou à Las-Vegas pour sa dulcinée du moment, Sheyla Rojas, héroïne d’émission de TV-réalité péruvienne qui semble déjà remplacée), créateur du Royal Advisors Group, basé à Dubaï. Le roi des jet-setters, copain de l’ineffable prince Harry, récent papa, qui nous ramène aux Canaries, car il est aussi cité dans l’affaire des 47 sacs de la Croix-Rouge descendus du Challenger pris en otage à distance. Selon une accusation, l’avion aurait été « chartérisé »  par Macair (au départ vous avez vu, c’était Princess Aviation qui avait été cité), qui aurait ensuite contacté « Hyperion Air à Malte pour  obtenir un avion plus grand pour Cavalli », selon un de ces anciens amis, Khalil Milan. La plainte provenant de Najib Khoury, 58 ans, ami lui-même du responsable de Macair (ex Komar Aviation Group). Selon l’info, la drogue amenée au Canaries à la place du Bénin aurait été destinée au Hezbollah. Or l’émirati Khalaf Al Habtoor est un farouche opposant au Hezbollah, qui parle même de l’éliminer. Aurait-on affaire à une entreprise de déstabilisation avec ce lien avec le sulfureux Cavalli ???

La grosse affaire russe oubliée

C’est à nouveau une affaire de coke. Et ça commence fin février 2018 par un avion… inattendu : un gros quadriréacteur Ilyushin-96 immatriculé RA-96023 (marqué sur la porte du train avant) appartenant au Special Flight Detachment Rossiya, à savoir un avion de la flotte officielle des avions VIPs qui font le tour du monde ou des ambassades, pour délivrer notamment les courriers diplomatiques ou pour transporter les plus hauts responsables de l’État.  Et pas n’importe lesquels : il se trouvait par exemple à Munich le jour où le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a assisté à une conférence sur la sécurité, ou il a transporté le Premier ministre Dmitri Medvedev dans le cadre de sa tournée en Asie.

Il est en service depuis le 30 décembre 2016. Le 6 décembre 2017, cet Ill-96  était effectivement à l’aéroport de Buenos Aires. Le 7 décembre, il était au Cap Vert, d’où il s’était envolé pour Moscou. Le 20 mars 2018, il avait déjà empli du service : il emportait alors des diplomates russes expulsés de Londres, après l’affaire de l’empoisonnement de Sergei Skripal et de sa fille Julia !

Celui-là se rendait donc à Moscou, quand la police argentine lui est tombée dessus à Buenos Aires
en filmant ce qu’on fourrait ce jour-là dans sa soute. Douze valises fort colorées, scotchées de ruban indiquant qu’il s’agissait de courriers d’ambassade, avec dedans … 389 kg de cocaïne, pleines à ras bord. De la coke coupée contenant 88% de cocaïne mélangée à 12% de lévamisole, un produit pour en augmenter les effets. Certains paquets de coke arborant… une étoile à 5 branches.  Le flagrant délit est donc avéré… Tout avait en fait été surveillé et piégé : le 13 décembre 2016, un des employés de la mission diplomatique russe avait découvert des valises similaires contenant de la cocaïne dans un réduit de l’école de l’ambassade de Buenos Aires, située à 500 mètres de là.  La police argentine, aidée par celle de Russie, mises au courant toutes les deux du trafic, avait réussi à remplacer la coke par de la farine et avait équipé des valises de balises GPS pour pister leur trajet. Les valises avait été surnommées les « douze reines » chez les policiers, comme langue codé.  A partir de la fameuse, école, au sein même de l’ambassade, dans des locaux placés pourtant sous la surveillance constante du FSB, selon ses professeurs.
C’est l’ambassadeur de Russie en Argentine en personne, Viktor Koronelli, qui avait informé les services secrets argentins.  Le « piégeage » avait failli échouer, les passeurs avaient tenté de retirer la cocaïne de l’école de l’ambassade au moins 4 fois :  si elles avaient été placées comme valises diplomatiques, c’est que des tentatives précédentes d’envoi par bateau ou d’autres avions avaient échoué paraît-il.  Ci-dessous prise par un bloggueur, la photo de la présence de l’Ill-96 au moment des faits à Buenos-Aires.

Premières arrestations 

La première personne arrêtée est Ali Abyanov, un ancien surintendant intérimaire d’ambassade,  rentré en Russie en août 2016.  Il avait le droit de ranger sa voiture dans la cour de l’école et il lui avait été facile d’y déposer les sacs de coke.  Son épouse Gyulnara aurait travaillé à l’école de l’ambassade en tant qu’enseignante. Le 13 décembre, les russes arrêtent donc de leur côté : Ali Abyanov, Ishtimir Khudzhamov et Vladimir Kalmykov.  Khudzhamov et Kalmykov (ici à droite en prison) avaient rapporté les bagages reçus à l’aéroport à la résidence d’Abyanov, située au 11 rue Vasilisy Kozhinoi (ici leur voiture avec les ballots déchargés du coffre).  En Argentine, à l’autre bout, ces sont les policiers Ivan Blizniuk, formateur lui-même de policiers, et le mécanicien Alexander Chikalo, ancien mécanicien de marine à Vladivostok, travaillant à Ultrapetrol S.A. qui ont été arrêtés (ils avaient tous les deux la double nationalité russo-argentine).  Ce sont eux qui ont organisé la logistique du transport de drogue.  Selon Crime Russia « d’importantes sommes d’argent en dollars et en euros, ainsi que des bijoux en or et des objets de valeur, avaient été saisis au cours des perquisitions effectuées au domicile (de Chikalo) ». En fait, tous sont des petits mains, des lampistes, comme  d’habitude, dirait-on :  les policiers, en charge des écoutes téléphoniques et de leurs transcriptions, avaient noté un autre responsable placé au-dessus d’eux, appelé «  Señor K » dans les messages de préparatifs (à gauche Chikalo, à droite ci-dessous Blizniuk). Ils avaient vite découvert qui il était :  c’était Andrei Kovalchuk, un résidant d’Hambourg, responsable là-bas de Habanos Tobacco Company et représentant de Bossner Cigars utilisé par la société allemande Golden Mile Gmbh. Mais aussi un ancien responsable de l’ambassade russe à Berlin, paraissait-il. Les enquêteurs qui avaient aussi entendu en particulier que « l’Uruguay avait été mentionné à plusieurs reprises dans les conversations téléphoniques interceptées; la police locale a ouvert sa propre enquête après les publications dans les médias argentins ». Selon le mécanicien Chikalo, « Kovalchuk, selon ses propres mots, connaissait personnellement Viktor Koronelli, l’ambassadeur de Russie en Argentine. » Ci-contre à droite, une des rencontres filmées entre Ivan Blizniuk et Andrei Kovalchuk. Crime Russia découvrira surtout avec surprise que Kovalchuk, plutôt adroitement, n’avait pratiquement laissé aucune trace derrière lui.

Le mystère Kovalchuk

Selon l’enquête, c’était bien Kovalchuk, en effet (ici à droite) qui avait commandé à Abyanov de placer les 12 valises dans l’une des salles aux de l’école. «  Le gestionnaire n’a également «pris aucune mesure pour dissimuler» cette cargaison » a précisé l’avocat d’Abyanov.  Ce qui laisse augurer que tout le monde sur place savait ce qui se tramait !!!  Au cours du second semestre de 2016, Abyanov et son épouse sont repartis en Russie.  Les valises ont été laissées dans l’école et Abyanov a prévenu le nouveau magasinier: « Il a déclaré que Kovalchuk viendrait les chercher. » Ce remplaçant s’appelle Igor Rogov, et il a lui confirmé la chose, mais ajouté une précision importante :  « le responsable des approvisionnements et de la maintenance de l’ambassade de Russie en Argentine, Igor Rogov, qui a remplacé l’un des accusés dans le trafic de cocaïne Ali Abyanov, en 2016, a déclaré que Kovalchuk était arrivé à Buenos Aires en octobre 2017 dans un avion privé, accompagné de l’organisateur du vol, Ishtimir Khudzhamov et deux inconnus, vraisemblablement résidents de la Lettonie. » « Selon SPARK, Vladimir Kalmykov était directeur général du Center of Legal Services LLC jusqu’au 17 janvier 2018. En outre, Kalmykov du 25 décembre 2015 au 8 février 2017 était le directeur général de la société Yurin, exerçant une activité de commerce de gros contre rémunération ou sur base contractuelle. Selon Interfax, Khudzhamov s’occupait des ventes en gros dans l’une des sociétés de la capitale et Abyanov, après son retour du voyage en Argentine, figurait comme étant au chômage. Il a été signalé que, dès le moment de sa détention, Kalmykov a participé à l’enquête et a fourni « un témoignage véridique et cohérent ». On apprendra plus tard que « M. K » avait quitté l’Argentine le 18 octobre dernier (en 2017 donc) dans un Cessna 750 Citation X, modèle 2007 à deux moteurs et appartenant à Viennajets. À bord, il était accompagné: un Britannique de 43 ans; un letton, de 64 ans et un autre Letton, âgé de 35 ans. Ishtimir Khudzhamov, un russe de 28 ans, a été arrêté avec deux complices alors qu’il tentait de retirer les valises de l’aéroport de Moscou. » L’avion était très certainement le OE-HUB.  Il est vu ici en tain d’atterrir tous inverseurs sortis à Fortaleza au Brésil, le 18 octobre : c’était donc certainement le même qui avait amené à Buenos Aires Kovalchuk et Khudzhamov !!! Vienna Jets, un broker, possède aussi le OE-HUB, un second Cessna Citation 750 X. Le 2 mars 2018, Kovalchuk était finalement arrêté à Berlin. Il clamait toujours son innocence, racontant que les valises ne contenaient que du café et qu’on y avait mis de la coke à la place à son insu !!!  Le 30 juin il était extradé vers la Russie.  A l’occasion, The Moscow Times avait rappelé qu’un des hommes arrêté avec lui avait indiqué qu’il avait payé Kovalchuck 12 000 000 de roubles (193 000 dollars) « pour qu’il lui achète un lot d’excellent café »…

Le travail d’un simple imposteur, au final ?

Les autorités russes en Argentine se seraient-elles fait berner par un escroc de haut-vol, ou par un individu de la trempe de note fameux « réceptionniste »  aux multiples appellations ? Kovalchuk ne serait-il qu’un «  Michael Hilton-Dokovich » bis ?  C’est possible en effet…  car « Vorobiev a déclaré que Kovalchuk lui avait été présenté en tant qu’officier du département de la sécurité lors d’une réception à l’ambassade organisée pour accueillir une délégation du ministère des Affaires étrangères. Au cours de leur conversation, Vorobiev a eu l’impression que Kovalchuk connaissait bien d’anciens chefs d’ambassade et des fonctionnaires actuels du ministère des Affaires étrangères ». Certes, mais n’avait-il pas lui aussi berné tout le monde ?  D’autres témoins ont également confirmé que Kovalchuk était bien connu dans de nombreuses ambassades russes, pas seulement en Argentine. Tout le monde le connaissait en tant qu’officier du département de la sécurité du ministère des Affaires étrangères et le considérait comme un «superviseur» représentant les services secrets. Par exemple, Oleg Vorobiev, premier secrétaire de l’ambassade de Russie en Argentine (ici à droite)
« Devant un verre de bière, Kovalchuk avait parfois partagé des souvenirs de ses services passés. S’il avait besoin de parler à un diplomate de haut rang, Kovalchuk se présentait comme un officier de divers ministères ou agences russes. Par exemple, Viktor Koronelli, ambassadeur de Russie en Argentine, a admis avoir eu une conversation avec Kovalchuk qui avait mentionné le nom de personnalités de premier plan ». Quelqu’un doté d’une bonne mémoire et d’un bon bagout aurait pu faire de même en effet !!  Pas la peine d’évoquer un coup de la CIA, comme les russes l’ont clamé, bien sûr.  C’est plutôt ici une action individuelle, en dehors de la célèbre mafia.  Mais souvenons nous que notre « réceptionniste » de Mulhouse aux noms multiples avait derrière lui… celle des Balkans !!!  En revanche, on s’explique fort mal la passivité du FSB à laisser aussi longtemps et de façon visible ces ballots de drogue sans surveillance… et si c’était Koronelli, qui, justement avait laissé faire Kovalchuk en électron libre, et avait en cas laissé la procédure de poursuite policière se faire, une fois le procédé éventé et découvert afin de disculper l’ambassade ? Un fort doute subsiste, dans cette affaire : comment donc un avion de cette importance a-t-il pu embarquer pareil chargement sans complicités internes ? La CIA se nourrit bien du trafic depuis des lustres, et le FSB ferait de même ? Ce ne serait pas une surprise !

Le doute se confirmant un peu plus tard en ce qui concerne le principal intéressé : «  selon une source bien informée, l’enquête a dû accepter la version évidente – bien qu’incroyable – de Kovalchuk: il n’a jamais eu de statut officiel et n’a été qu’un fraudeur. En d’autres termes, un étranger a réussi à avoir accès à des locaux restreints et à établir des relations dans les ambassades russes du monde entier ». Un bel exploit voisin des frasques de notre modèle américain coincé en Suisse avec la saisie du M-Fish !!!  Car au final, on ne sait rien de l’individu : « On sait peu de choses sur Kovalchuk jusqu’à présent. Il est né en 1968 à Hertsa, dans la région de Tchernivtsi, en République socialiste soviétique d’Ukraine. Service militaire obligatoire dans les forces militaires internes – dans une brigade distincte à désignation opérationnelle, déployée à Sofrino. Puis un enseignement technique secondaire. Marié, a un enfant de moins de trois ans. N’a jamais eu un enregistrement résidentiel en Russie. Jamais il n’a été impliqué dans des transactions immobilières; il n’a jamais acheté de voitures. Il a reçu un passeport russe seulement en 2013.  Selon ce passeport, Kovalchuk est une personne sans abri; on ignore pour quelles raisons le passeport lui a été délivré. Il réside en Allemagne sans la citoyenneté. Ses lieux de travail sont inconnus. Dans l’ensemble, une personne assez mystérieuse … conclut sobrement l’article alors que c’est… surréaliste, un « sans abri » volant en jet privé Citation X !!!!

Au final, le trafic de coke n’a cessé de s’étendre en effet et l’Europe est désormais inondée de cocaïne, principalement par containers, plutôt, l’Angleterre étant particulièrement gâtée comme on vient de s’en apercevoir : « Les États membres de l’UE ont saisi 140 tonnes de cocaïne en 2017, le niveau le plus élevé jamais enregistré, avec un prix de vente moyen dans la rue compris entre 55 et 82 euros (62-92 USD) le gramme dans l’UE. La Belgique a enregistré la plus forte proportion de saisies de cocaïne (45 tonnes), suivie de l’Espagne (41 tonnes). Une augmentation du trafic via des conteneurs maritimes est un « défi majeur », a-t-il déclaré. Les transactions en ligne sur « les médias sociaux, les marchés darknet et les techniques de cryptage » constituent également un problème croissant, a-t-on déclaré. » L’autre constatation étant l’emprise de plus en plus forte de la mafia russe, celle des oligarques sans foi ni loi dont le seul souci est de faire au plus vite le maximum d’argent, en ruinant de la sorte l’économie de leur propre pays. En ce sens, vous allez le voir bientôt, notre fameux M-FISH est bien représentatif de la tendance. Il est ici photographié à Petropavlovsk-Yelizovo en juin 2016. C’est dans le Kamtchatka au pays des crabes géants (le « crabe royal »), souvenez-vous…

(1) il est en effet immatriculé 9H-FED  chez une société d’aviation suisse (Hyperion Aviation), enregistrée à Malte : Hyperion Aviation a sa base opérationnelle à Malte (Europe), mais ses services sont à Glattbrugg, en Suisse.

(2) bingo : »L’extradition de Koleilat s’est déroulée rapidement à destination des États-Unis, car elle portait atteinte à de très sérieuses menaces contre les juges et les autorités belges qui le maintenaient en détention. En revanche, Koleilat a révélé son intention de s’échapper de la prison de Vorst. Au cours de la première semaine de décembre 2014, il a été embarqué dans un avion privé à destination de New York, où il a été poursuivi et condamné à une peine de prison dans le district sud de New York. Koleilat Dalbi est considéré comme l’un des principaux responsables du transport de 1 100 kg. de cocaïne en 2011 en provenance du Venezuela, qui a été intercepté dans un aéroport de la République dominicaine et une autre cargaison de 1 588 kg de cocaïne au départ de l’aéroport Arturo Michelena de Valence (Venezuela) capturée le 12 août 2012 aux îles Canaries en Espagne. Au Venezuela, Koleilat a maintenu des contacts étroits avec Tareck El Aissami, l’actuel vice-président du Venezuela, qui aurait été chargé de lui fournir le passeport vénézuélien, alors qu’il était à la tête du bureau d’identification sous le gouvernement Hugo Chávez. »

(3) cela nous ramène au formidable rapport de Kathryn sur l’incompétence coupable de la FAA sur les vols privés de cocaïne (il n’y a pas que pour le cas du Boeing 737 Max que la FAA est montrée du doigt !) :

http://www.kathrynsreport.com/2017/09/part-1-of-2-secrets-in-sky.html

Les sociétés incriminées sont « Plane Fun Inc » de Snellville, Georgie, dirigée par Kenneth  Schumacher, qui a enregistré par exemple 200 avions, Aircraft Guaranty,au Texas et en Oklahoma, déjà dénoncé ici à plusieurs reprises, aujourd’hui tenu par Debbie Mercer-Erwin et… Conrad Kulatz.  En Angleterre, on y ajoutera Southern Aircraft Consultancy Limited, qui a joué un rôle majeur dans l’accident qui a tué Emiliano Sala.

On notera que l’article cité n’est que la reprise de celui du Boston Globe aux saisissantes photos, qui commence par le crash du 28 avril 2008, dont j’ai aussi parlé en 2011, du N6463L intitulé aussi dès 2008 « the mother of all scandals »par Hopsicker. L’avion, qui s’était écrasé en plein faubourg de Caracas, avait été enregistré par les narcos chez Aircraft Guaranty, la société créée en 1997 à Houston par le“Doctor” Connie Woods.  L’avion en plus des occupants avait tué trois personne et en avait blessé cinq, dont des enfants.

 

on peut relire :

Coke en Stock (CCLV) : l’Uruguay, comme un goût de déjà vu

Coke en Stock (CCLVI) : le laxisme multinational et l’incroyable réceptionniste de Mulhouse :

Coke en Stock (CCLVII) : par bateaux, aussi…

Coke en Stock (CCLVIII) : direction les Canaries

Coke en Stock (CCLIX) : l’inventeur du trafic évincé par les russes

 

 

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