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Coke en Stock (CCCXXXVIII) : en Equateur, beaucoup (trop) de pistes clandestines

Depuis l’arrestation en 2019 de Larrea Cruz, ancien directeur de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) de l’Équateur dans l’administration de l’ex-président Rafael Correa comme trafiquant notoire avec son entreprise d’aviation Sky Jet Elite, on a un peu oublié le pays, il est vrai.

Et pourtant, durant la pandémie, des décollages quasi hebdomadaires de Cessna ont eu lieu, certains interceptés par les Super Tucanos de l’armée de l’air, fort efficaces en la matière. Mais leur présence n’a pas fait faiblir le rythme des atterrissages et des décollages, dans un pays dans lequel prolifèrent partout désormais des pistes clandestines.


Nous sommes alors en avril en Equateur, et le ciel vient de vrombir du bruit à la fois de moteurs à pistons et d’avions à hélice à turbine. « A l’aube du mardi 28 avril 2021, deux avions ont été détectés par le système radar de la Force aérienne équatorienne (FAE), ce qui a conduit au déploiement immédiat d’une opération par voie aérienne et terrestre. Les avions ont survolé le canton de Marcelino Maridueña, à Guayas, où ils ont été acculés par les avions militaires Tucano. C’est pourquoi ils ont décidé de changer de destination et d’atterrir sur une route irrégulière, au milieu de quelques champs de canne à Milagro. Ces 25 kilomètres, entre la destination des avions et l’endroit où ils ont atterri, étaient essentiels pour empêcher les trafiquants de drogue de livrer la drogue et de recevoir de l’argent, puisque le plan des trafiquants de drogue sur le terrain n’a pas pu être exécuté en raison de la présence policière.  Sur les lieux, la police a retrouvé l’avion, 67 fûts de carburant et quatre véhicules (deux camions et deux fourgonnettes), qui contribuaient à éclairer le chemin d’une sucrerie pour permettre l’atterrissage. De plus, les agents ont saisi un téléphone satellite, 3 téléphones portables, 3 GPS, un pneu d’avion, un émetteur radio, de la peinture en aérosol, des entonnoirs, des bouteilles d’eau, des sacs avec des outils, de l’huile à moteur et d’autres preuves ».  Ci- dessous un des Super Tucano A-29B, des forces équatoriennes, ayant contraint les deux Cessna à se poser. On distingue très bien dépassant de son aile gauche un des arguments sérieux pour contraindre les trafiquants poursuivies à suivre ses ordres: une de ses deux mitrailleuses de calibre.50. L’Equateur en possède 18 exemplaires, et ils sont donc l’air efficaces dans les interceptions !

Masquage et maquillage au menu

Ce sont deux Cessna type Centurion visiblement qui s’étaient ainsi posés sous la contrainte, dont le second, argenté et noir, semblait fraîchement repeint. Ils étaient immatriculés respectivement N2013S et N9008G. Si le second reprenait l’immatriculation d’un Cessna 182N qui s’est écrasé au Texas le 12 avril 2008, le premier nous en rappelait un autre, immatriculé pareil : un  Cessna 210L de 1975 plutôt défraîchi (sans sièges arrières, aux commandes fort fatiguées, cf la photo ci-dessous à gauche) mis en vente à la même époque encore au nom de Yeli Aircraft LLC en 2015 (ici à droite). Or ce nom venu de San Antonio Texas, nous rappelle quelque chose en effet : c’est le nom de la société de Xochil S. Figueroa et de Reyes Adriel Acevedo souvenez-vous, tous deux d’origine mexicaine. Les deux impliqués dans une affaire d’avion de cocaïne retrouvé dissimulé sous des feuillages en Guyana, à Yupukari !!! « Regardons donc maintenant de plus près nos deux lascars acheteurs de l’avion de Yupukari. L’un habite dans un préfabriqué  (à Boerne), l’autre dans un appartement situé à deux pas de l’aéroport de San Antonio Et un troisième membre de la famille habite à Guadalajara… Maintenant, vous avez tout ce qu’il faut pour comprendre ce à quoi ils pouvaient s’adonner ou non, selon ce que vous pensez de cette affaire.  Il est évident en tout cas que l’avion découvert à Yupuraki et qu’ils avaient acheté s’apprêtait à charger une cargaison de cocaïne, très certainement, pour rejoindre Guadalajara, ou une autre ville du Mexique » avais-je alors écrit (il y a 4 ans déjà !). Est-ce le même avion, c’est possible en effet, vu l’état apparent: mais de toutes façons ces immatriculations étaient certainement fausses, car les trafiquants avaient même prévu d’en changer encore (certainement pour le retour) pour en faire des avions mexicains. Ils avaient tout ce qu’il fallait à bord pour ça ! Dans le noir et gris, on a trouvé des auto-collants XB-PVF et des petits drapeaux mexicains, accolés habituellement à l’aplomb des portes !!! Tout le nécessaire pour un « fake aircraft » parfait ! « Selon un communiqué de la police, les deux avions volaient avec des plaques d’immatriculation altérées. On suppose qu’ils venaient du Mexique et étaient destinés à l’Amérique centrale. Ce ne serait pas la première fois que les domaines de Milagro soient utilisés comme « pistes » improvisées pour les « narco-avions ». Au cours des derniers mois, un autre aéronef a également atterri sur les lieux et ses occupants, avant de s’échapper, avaient tenté de l’incinérer. »

Et en effet. Celui-là était atterri le 10 août 2020 dans le secteur de Los Lomas et on avait clairement essayé de l’incendier sans y parvenir, en effet. Il était en partie encore noirci. La tentative avait eu lieu après que l’avion posé ait semble-t-il perdu sa roue gauche et ensablé son train avant (à moins que ce soit son pneu qui ait fondu). Celui-ci portait un gros autocollant sur le côté N54094, là aussi une fausse immatriculation (c’est celle d’un Skyhawk appartenant à une société de l’Arizona, Mustang Sally Aviation LLC.  !). J’ai évoqué son cas ici-même le 24 août 2020. Celui-là présentait le même modus operandi que les deux autres, avec bidons d’essence à bord et… auto-collants « mexicains » de camouflage (XB-NJM cette fois ), prêts à servir pour le retour, montrant par l’exemple une filiation directe avec ses deux successeurs de 2021. C’est donc très certainement le même négociant de coke (mexicains) qui est à l’origine de l’apparition en Equateur de ces 3 appareils successifs ! Pour ce qui est de la coke manquante des deux arrivants simultanés, on a fini par la retrouver : 40 bidons de cocaïne liquide, balancés dans un canal adjacent d’irrigation de la sucrerie près de laquelle ils s’étaient posés. Une pelleteuse amenée sur place permettra de les récupérer (ici à gauche). Une belle pêche, visiblement !!!

Trop lourd !!!

Et ce n’était pas tout comme début d’année bien chargée en coke. « Au cours de cette 2021, la police a saisi au moins quatre autres avions. Les avions ont été confisqués à Esmeraldas, Santa Elena et Guayas » nous dit la presse locale. Celui de Santa Elena/ Dos Mangas avait bien entendu retenu immédiatement notre attention, le 2 mars dernier, en raison d’une photo assez saisissante :

Posé sur la piste de Manglaralto, au nord-nord est de Salinas, l’avion (un Cessna 310 fort reconnaissable avec son look de voiture de sport ailée, on le surnomme parfois « le Learjet à hélices« ) arrivé en bout de piste, bascule aussitôt vers l’arrière : il est visiblement trop chargé ! Tout l’arrière est en effet occupé par des bidons d’essence ou de grands sacs de toile rose et gris contenant de la coke, montant jusqu’au plafonnier  (cf ici à gauche) : la drogue fait 440 kilos une fois pesée à part !! Le modèle 310 est donné au départ pour emporter au maximum 565 livres de charge utile : 256 kilos (l’avion a une charge totale acceptable de 806 kilos mais c’est carburant non compris). Les trafiquants étaient largement au-dessus de cette norme, même en enlevant les sièges arrière !! Des trafiquants qui ont réussi à s’échapper, hélas : « selon des témoins, plusieurs hommes se sont enfuis sur l’une des routes près de la piste dans une une camionnette noire. Quelques secondes auparavant, ils avaient laissé un véhicule gris à l’abandon » révèle la presse… L’appareil arborait sur ses flancs un gros auto-collant blanc marqué HC-CLI , soit le marquage d’un avion équatorien. Mais c’est l’immatriculation d’un plus gros, un Cessna 421C Golden Eagle servant d’ambulance aérienne à Macas, qui est devenu depuis baladeur à touristes chez Alpha Wings,. Une fois l’adhésif décollé, on distingue parfaitement son origine réelle ; l’avion était bel et bien immatriculé au Mexique (XB-LKA) ! C’est l’ex N36842 de 1979, le 310R1599, de Pan American Produce Co, exporté dès 2009, qui avait été repeint avec plus de goût que lors de son arrivée dans le pays… Une découverte « mexicaine » qui est donc encore une fois sans trop de surprise !

Lui aussi avait été suivi : « lors d’une conférence de presse ce mercredi matin, Geovanny Espinel, commandant de l’armée de l’air équatorienne, a indiqué que l’avion Cessna avait été détecté par radar à 16h33 à 70 ou 80 milles de Salinas. Il volait à 500 pieds. Deux avions ont immédiatement décollé de la côte à 16h45 pour intercepter l’avion mexicain alors qu’il se trouvait à environ 10 milles de la côte. À 16h51, il atterrit sur la piste, a expliqué Espinel. A ce moment, la police et les forces armées ont été alertées La piste fait 1200 mètres de long et 12 de large et il y a des maisons dans les environs. »

Arrivages à répétition… et incinération  

Lui aussi avait donc été contraint de se poser, à la tombée de la nuit semble-il, poursuivi lui aussi par deux Tucanos. A Esmeraldas en février, les autorités étaient arrivées trop tard au sol cette fois-là : l’avion avait été incendié, une fois posé (ici à gauche). Il n’avaient pu qu’assister au sinistre, impuissant. Une fois encore c était un bimoteur… et une fois encore un Cessna 310, reconnaissable à son empennage étroit et ses petites entrées d’air à l’aplomb du bord attaque de l’aile, entre le fuseau moteur et le fuselage.

L’appareil aurait lu aussi été contraint de se poser à la tombée de la nuit par l’intervention des Tucanos et se serait en fait écrasé en tentant de redécoller trop rapidement nous dit le communiqué de l’armée repris par la presse« il indique qu’à 18h53 le jeudi 18 février, le TNI a été détecté par le système de défense aérienne équatorien, et est entré dans l’espace aérien national par la partie nord du pays, secteur Bourbon. Il a indiqué que la dernière détection avait eu lieu entre les villes de Maldonado et Concepción de Esmeraldas et que la Force de réaction immédiate (FRI) a été immédiatement activée avec des avions FAE Super Tucano A-29B pour effectuer l’interdiction. Sans identifier l’avion considéré comme TNI, une des reconnaissances aériennes a été effectuée dans le secteur avec pour résultat la localisation de l’éventuelle d’une piste clandestine et d’un atterrissage d’avion. Il indique que quelques minutes plus tard l’avion a essayé de décoller mais s’est écrasé lorsqu’il a remarqué la présence de l’avion Supertucano A-29B. Il rapporte que des personnes non identifiées ont été vues depuis les airs s’approchant de l’avion et en retirant des colis »... La drogue avait été découverte pas loin, les policiers posant devant avec en fond de décor le Cessna incendié. Cinq ans auparavant, un autre avion mexicain, un monomoteur Cessna, contenant 238 kilos de coke avait été découvert dans le même secteur.

Retour dans le ciel des américains

Le 29 mars 2020, c’est un appareil plus imposant qui s’était couché sur le flanc en pleine nuit dans le secteur de Manantiales, train principal gauche brisé, à  Montecristi, dans le nord du Manabí. Un bimoteur emblématique du trafic puisqu’il s’agissait d’un Turbo Commander 690C « JetProp » immatriculé, on s’en serait douté au Mexique, lui aussi :  XB-EJS. Encore une fausse !!! L’avion s’était posé sur la même piste clandestine de laquelle deux pilotes mexicains avaient décollé le 1er décembre de l’année précédente pour s’écraser un peu plus loin dans le fleuve. De la drogue a été trouvée à l’intérieur et selon le commandant de la police arrivé sur place, Patricio Carrillo, sept personnes supplémentaires ont été arrêtées dans la foulée lors de cette affaire, dont deux sont originaires de Saint-Domingue et cinq de Manabí. « Ils ont été retrouvés avec du carburant dans des bidons similaires à ceux trouvés dans l’avion. Lorsque cet avion s’est écrasé, le train d’atterrissage a été endommagé et cela a donné à ceux qui pilotaient le temps de s’échapper et la seule chose que nous avons trouvée était les bidons vides. Mais plus tard, dans l’opération de contrôle qui a été mise en place, nous avons trouvé sept personnes transportant le même produit, dans le même type de bacs et nous allons entamer une procédure d’enquête », a précisé l’officier…. » L’appareil, on l’a vu, était le N°11661 immatriculé réellement XA-TOR, datant de 1981. L’engin avait été suivi à distance par un Lockheed Orion américain, débarqué en renfort à sur la base de Guayaquil (ici à droite). C’est le gouvernement intermédiaire de Lenin Moreno (ici à gauche)  qui avait signé son ticket de retour, loin du refus jusqu’ici exprimé haut et clair par son prédécesseur.  Un changement complet de paradigme pour la région, après que les américains aient été « invités » à quitter en 2009 leur énorme base de la Manta, vitale pour eux en Amérique du Sud. Une décision qui avait ravi Hugo Chavez bien sûr, à l’époque.

Un retour jugé nécessaire, tant les narcos sont présents, dans le pays comme beaucoup plus loin, à 1000 km de là… comme on va le découvrir demain ….

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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