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Coke en stock (CCCXXXVII) : le lourd héritage d’Alvaro Uribe en Colombie

L’avion intercepté le 23 mai dernier à Providencia n’est que le bout d’un vieil iceberg qui vient de refaire surface. La gangrène de la drogue mine tous les strates du pouvoir en Colombie depuis des décennies. Et surtout depuis l’arrivée de la famille Uribe au pouvoir. Cela fait quarante ans qu’Alvaro Uribe tire les ficelles de ce pouvoir, même lorsqu’il est remplacé. Yvan Duque, son ombre (ou son disciple), ne partageait pas que son pilote avec lui : il conduit la même politique qui est celle d’une association douteuse avec le narcotrafiquants, qui demeurent les véritables maîtres du pays. La découverte en février 2020 de 10 tonnes de cocaïne dans la propriété du successeur en 2005 d’Uribe comme directeur de l’aéronautique civile, nommé depuis ambassadeur en Uruguay, n’est donc qu’une demie surprise à ce stade, même si la quantité est énorme ! Au hasard de cette enquête, on découvrira un avion oublié, celui d’El Chapo : un quadriréacteur à coke, rien que ça !!!

Uribe à la manœuvre depuis des lustres 

Cette dernière affaire, c’est surtout une constatation flagrante : l’Etat colombien facilite et participe à l’évidence au trafic de cocaïne dans le pays… et depuis toujours, est-on tenté de dire, ou en tout cas depuis l’arrivée au pouvoir de la famille Uribe, Alvaro ayant eu son propre père, on le rappelle, impliqué dans le transfert de coke par hélicoptère, rappelle ici fort justement Columbia Reports, dans un superbe dossier dont je vous recommande la lecture : « la preuve que l’ancien président colombien Alvaro Uribe embauche des pilotes du cartel de Sinaloa est impossible à ignorer 40 ans après qu’il a accordé au cartel de Medellin quelque 200 licences. Le procès contre « El Chapo » a également révélé comment la belle-famille d’Uribe, la famille Cifuentes, travaillait avec le cartel mexicain depuis les années 1990 pour sécuriser les routes du trafic de drogue tout en créant d’innombrables rackets de blanchiment d’argent en Colombie. La découverte de laboratoires de trafic de drogue sur le domaine de la famille de l’ancien directeur d’Aerocivil Fernando Sanclemente fait craindre que l’agence ne soit utilisée pour le trafic de drogue ». L’agence aéronautique colombienne, maîtresse d’œuvre du trafic de cocaïne dans le pays, rendez-vous compte  !!!

Columbia Reports nous rappelant fort à propos l’historique ahurissante autour de la famille Uribe : « un an après le départ d’Uribe d’Aerocivil en 1982, Pablo Escobar a prêté un hélicoptère à l’ancien président après que le père de l’ancien président ait été tué et que son jeune frère Santiago avait été blessé dans une fusillade avec de prétendus guérilleros des FARC, selon plusieurs articles de presse à l’époque. Le frère aîné d’Uribe, Jaime, a eu deux enfants avec Dolly Cifuentes, un membre de la famille du crime Cifuentes, dont le frère Francisco était l’un des pilotes les plus fiables d’Escobar et dont le frère Alex est devenu le bras droit d’« El Chapo »… Cela aussi je vous l’avais raconté ici-même, en retrouvant même la photo du fameux hélicoptère, parue dans un journal de l’époque, puis reprise dans un ouvrage.

Une affaire de famille…

Le récit de Columbia Reports est d’une précision implacable, et je vous le livre donc tel quel car il scelle complètement le sort de celui que j’ai toujours dénoncé, ici comme ailleurs, comme ayant facilité le trafic dans son pays (un pays extraordinaire où l’on a trouvé des sous-marins transporteurs de cocaïne en pleine montagne comme ici à gauche !): « Les paramilitaires ont aidé Uribe à devenir président en août 2002 et ont commencé à négocier leur démobilisation pour tenter d’éviter l’extradition. Jorge Milton Cifuentes a envoyé Alexander au Mexique pour rencontrer personnellement le patron du cartel de Sinaloa « El Chapo » à Cucatan fin 2002 pour négocier la reprise des activités de trafic de drogue des AUC et a suivi son frère peu de temps après, ont-ils déclaré à un tribunal américain. Alors que Berna et d’autres commandants des AUC ont commencé à se démobiliser en 2003, le clan Cifuentes est devenu l’un des principaux partenaires commerciaux du cartel de Sinaloa en Colombie » (il est ici à gauche en photo en compagnie d’El Chapo et d’une inconnue, un cliché exhibé au procès d’El Chapo !). « Alexander Cifuentes est retourné en Colombie et, avec l’aide de sa sœur, a commencé à envoyer des tonnes de cocaïne au Mexique tandis que Jorge Milton voyageait partout pour conclure de nouvelles affaires. Les sociétés écrans de Cifuentes en Colombie et les liens avec Uribe les ont aidés à rester hors du radar des autorités et à prétendre être des hommes d’affaires légitimes au point de louer leurs plans de narco au commandant de la police d’Antioquia, le colonel Sergio Alfonso Vargas en 2006. Lorsque Francisco Cifuentes a refusé de retirer Berna dans l’accord du cartel de Sinaloa en 2007, le seigneur du crime de Medellin a ordonné l’assassinat de l’ancien pilote du cartel de Medellin. Alexander s’est enfui au Mexique pour devenir le bras droit du patron du cartel de Sinaloa, « El Chapo », laissant la nièce de Dolly et Uribe accusée de trafic de drogue et de blanchiment d’argent. Uribe a nommé Vargas pour devenir son attaché militaire à Washington DC et a extradé Berna en 2008, laissant le clan Cifuentes et les pratiques de trafic de drogue et de blanchiment d’argent du cartel de Sinaloa intacts. Ce n’est qu’après le départ d’Uribe qu’un procureur américain a inculpé Jorge Milton Cifuentes et sa sœur pour trafic de drogue en novembre 2010, deux mois après le départ d’Uribe » (à droite ici c’est un semi-submersible intercepté à Cartagena en 2008).  « Le département du Trésor américain a ordonné le gel des avoirs des deux hommes et de la nièce d’Uribe en février 2011 et a découvert que Dolly et Ana Maria Cifuentes étaient propriétaires du club exclusif Nogal de l’ancien ministre de l’Intérieur d’Uribe, Fernando Londoño, à Bogota. Un mois après l’arrestation de la nièce de Dolly et Uribe en août 2011, la Cour suprême a approuvé leur extradition en février 2012. À ce moment-là, Ana Maria était introuvable« . On rappelle que le 12 décembre 2007, par exemple,  un agent des services secrets de la police avait enregistré dans son mémoire une opération destinée à saisir discrètement sur l’aéroport international Rafael Núñez à Cartagena un avion-taxi, enregistré HK-2929, qui effectuait régulièrement le trajet Tocumen (Panama) -Cartagena -Medellín. Dans l’appareil, les « narcotics » avaient trouvé 2 millions de dollars en espèces. Le pilote, selon le dossier, était un employé de « Pacho » Cifuentes !!!

Le cas Sanclemente : le dissimulateur des basses œuvres

Un homme, notamment, s’est illustré aux côtés de l’ancien président, en dissimulant ses ignobles forfaits : « Uribe a nommé Sanclemente directeur d’Aerocivil en 2005, après quoi le politicien de la dynastie a commencé à dissimuler les liens du président avec le trafic de drogue qui s’étendaient à l’époque au cartel de Sinaloa. L’ancien chef d’état-major d’Uribe, Pedro Juan Moreno, est décédé dans un accident d’hélicoptère Bell 206B au début de 2006 alors qu’il utilisait l’un des hélicoptères qui avait été confisqué parce qu’il était utilisé par le cartel de Medellin en 1984. L’ancien patron d’Aerocivil a ignoré ce fait et a affirmé que la mort de Moreno était un accident, mais a été contredit par l’accusation et Berna, qui a ensuite affirmé que ses hommes avaient saboté l’hélicoptère après qu’Uribe ait ordonné l’assassinat de Moreno ». Un ex-président prêt à tout comme on le voit, y compris à faire assassiner des gens devenus encombrants pour lui !! L’appareil accidenté était le Bell Ranger HK-2496, exploité par Helicargo Ltda, à l’aéroport Enrique Olaya Herrera, près de Medellin, les deux photos ci-dessus montrant en effet la correspondance avec l’appareil filmé le 10 décembre  2003 à Medellin. Le rapport d’accident était une belle fabrication et d’une manipulation de l’agence d’aviation civile, rejetant totalement la faute sur le pilote : « étant donné que les conditions et les caractéristiques du vol coïncident avec celles d’un vol contrôlé contre le sol, il existe des preuves tirées des traces radar d’une tendance à voler vers le nord-est en descente vers l’endroit où le relief était le plus important, et il n’y a aucune indication de d’autres causes possibles expliquant l’accident, on considère qu’il a été produit par une perception erronée du commandant de bord quant à sa position verticale avec le sol, ce qui, ajouté à une perte d’alerte de situation horizontale, l’a conduit à faire voler l’avion vers une montagne sans avoir conscience du risque qu’il prenait« . De l’appareil il ne reste que des petits débris, quasi-invisibles sur le document des enquêteurs noyés dans l’épaisse jungle (cf ici à droite, où il est difficile de reconnaître quoi que ce soit).

Autre « aide » apportée par notre homme à son mentor : « en 2007, Sanclamente a démenti les articles de presse de 1983 selon lesquels Escobar avait aidé à récupérer le corps du père d’Uribe et de son frère blessé dans le domaine Guacharacas d’Uribe, mais a affirmé que cet hélicoptère avait été fourni par « l’homme d’affaires » Juan Gonzalo Angel. Ce que le directeur d’Aerocivil a oublié de dire, c’est que le frère d’Angel, Luis Guillermo, « était l’un des 12 anciens pilotes de cartel qui ont reçu une amnistie en 1993 pour avoir fourni des informations cruciales qui conduiraient au meurtre du baron de la drogue ».

Les milices sanguinaires narcotrafiquantes aux ordres d’Uribe

Une pratique commune, chez le criminel Uribe, que celle d’éliminer froidement des gens, dénoncée par l’avocate et chercheuse Maria McFarland, qui a travaillé pendant des années avec Human Rights Watch, devenue directrice exécutive de la Drug Policy Alliance et qui dans son livre « There Are No Dead Here: A Story of Murder and Denial in Colombia » (ici à droite) cite le cas de du défenseur des droits humains Jesús María Valle (ici à gauche), qui avait dénoncé la complicité des troupes de l’Ejército Nacional dans les massacres de La Granja en 1996 et d’El Aro en 1997, à de Ituango et Antioquia  (l’ancien président Álvaro Uribe Vélez, était à l’époque gouverneur d’Antioquia). « Selon un témoin cité dans le livre, le lundi 9 décembre 1996, Valle a rencontré le gouverneur d’Antioquia de l’époque, Álvaro Uribe, pour l’informer de l’alliance entre les paramilitaires et les membres de l’armée dans la région d’Ituango. Selon le témoignage, après avoir entendu les plaintes, le gouverneur a décroché le téléphone, a appelé le commandant de la IVe brigade d’alors, le général Alfonso Manosalva, et lui a dit qu’il avait devant lui une personne qui faisait de « fausses » accusations et que Valle devrait être poursuivi pour diffamation. Trois semaines avant que les hommes armés ne lui tirent dessus – et quand Uribe n’était plus gouverneur ou commandant Manosalva de la brigade – le Dr Valle a déclaré à un procureur régional : « J’ai toujours vu et j’y ai réfléchi qu’il y avait un accord tacite ou un oubli ostensible, comportement, habilement concocté entre le commandant de la IVe brigade, le commandant de la police d’Antioquia, le Dr Álvaro Uribe Vélez, le Dr Pedro Juan Moreno et Carlos Castaño ». Le 27 février 1998, Jesús María Valle, était assassiné par deux hommes et une femme qui étaient entrés dans son bureau situé dans le centre de Medellín, l’avaient forcé à s’allonger face contre terre, pour l’abattre ensuite de deux balles. Voici comment Uribe soignait ses opposants. Valle ayant laissé un souvenir impérissable sur place : sa mémoire est régulièrement célébrée en Colombie et c’est une juste chose !

L’un des commanditaires sinon le principal de l’assassinat a fini par être arrêté, fort récemment : « l’ancien paramilitaire a été arrêté dans le quartier d’El Poblado de Medellín. Dans le cadre de l’opération « temis », les unités de police du SIJIN ont capturé Antonio Angulo Osorio, alias « El Piloto », ancien membre des groupes d’autodéfense…  » annonçait le 29 juillet 2020 Alerta Paisa. 22 ans après les faits ! Il a finalement été condamné à 30 années de prison, avec son frère Jaime Alberto Angulo Osorio, et les autorités ont saisi 39 propriétés lui appartenant évaluées à 15 milliards de pesos. Un autre verdict l’attend, pour le massacre de 17 personnes dans le village d’El Aro de Ituango, au nord d’Antioquia, la patrie du défenseur des droits humains abattu. L’homme s’était enrichi bien sûr grâce au trafic de drogue : « selon les enquêteurs judiciaires, l’alias El Piloto aurait noué des liens avec des trafiquants de drogue tels que les extradés Iván Darío Muñoz Suárez, El Barbado et José Bayron Piedrahita alias el Árabe, ainsi qu’avec les anciens chefs des AUC, Salvatore Mancuso, Diego Fernando Murillo, alias Don Berna et Ramiro Vanoy, alias Cuco Vanoy. » Ce dernier, véritable obsédé sexuel, est responsable de la mort de 2 336 personnes, dont 849 femmes, n’hésitant pas à pourchasser pour les violer des fillettes de 12 ans. Il a écopé de 33 années de prison en 2009. Lui aussi, surnommé « El señor del Bajo Cauca » étant trafiquant bien sûr : « à la mort d’Escobar, alias « Cuco Vanoy » s’est associé à Alejandro Bernal Madrigal, alias Juvenal, pour lancer l’exportation de drogue vers le Mexique et les États-Unis. El Tiempo a rapporté que Vanoy avait loué à Juvenal une piste sur la ferme Ranchería à Tarazá (Antioquia). Cuco a reçu 30 millions de pesos par voyage et 50 pour cent des bénéfices sont allés à Vicente Castaño. » Bernal, arrêté en octobre 1999 lors de l’opération Millennium (ici à gauche, en compagnie de 30 autres trafiquants dont Fabio Ochoa Vásquez, membre du cartel de Medellínet), avait été extradé aux USA et y ayant accomplie sa peine, a été abattu par des sicaires en 2014, un mois à peine après être revenu dans sa ville de Sopó, à environ 22 kilomètres au nord de Bogotá !!! Sa collaboration avec la Justice US qui lui avait valu une remise de peine conséquente n’avait pas été très appréciée, il semble par ses anciens amis…

L’avion baladeur qui disparait et réapparait comme par enchantement

Alvaro Uribe devenu responsable de l’aviation, on voit très vite ce que ça a pu donner. « Plus sérieusement, plusieurs contrôleurs aériens du cartel de Sinaloa ont été embauchés par un contrôleur de la circulation aérienne plus haut placé, Jorge Jimmy Panchalo Calderon, un ancien membre de l’armée colombienne. En février 2009, le chef du transport aérien de Sanclemente, Ilva Restrepo, a prolongé une licence d’un Cessna T-303 de Nautica de Oriente Condor S.A., la société fondée en 1991 par Francisco Cifuentes« . Le Cessna T303 a été identifié avec l’enregistrement HK4281 chez Cóndor à Villavicencio : c’est en fait le CT30300237 venant de Broward en Floride). « Quelques semaines après le départ d’Uribe en août 2010, Sanclamente a fait l’objet d’une enquête pour corruption et a été remplacé en tant que directeur d’Aerocivil pour Santiago Castro, qui a embauché Adriana en tant que chef du transport aérien de l’agence en avril 2011, selon son LinkedIn. La sœur de Sanclamente a accordé une licence à Condor SA en septembre 2011, un mois après l’arrestation de la nièce d’Uribe et de sa mère et quatre ans après le décès du propriétaire de l’entreprise. L’avion a été confisqué par les inspecteurs de l’aéroport Olaya Herrera de Medellin en 2014 lorsqu’un leader a tenté de vendre l’avion sans pouvoir expliquer d’où il avait obtenu l’avion et Adriana Sanclemente a quitté l’agence en janvier 2015. Après que l’ancien secrétaire général de Sanclemente, Alfredo Bocanegra, est devenu directeur en 2016, le même avion de l’avion Cifuentes est réapparu et confisqué au milieu de « soupçons qu’il ferait partie d’une flotte utilisée pour transporter des cargaisons de cocaïne vers le Mexique », a rapporté le journal El Tiempo ».

Le contrôle aérien, aux mains d’Uribe et des trafiquants

Contrôlant tout l’espace aérien du pays, il leur était donc facile d’être tentés de faire circuler un gros quadriréacteur, par exemple, pour embarquer de la coke à la tonne, et c’est bien ce qu’ils ont fait en effet, sans hésiter, c’est l’autre scoop de ces deux articles : « Bocanegre est parti en un an. En 2018, cependant, les contrôleurs aériens qui avaient été embauchés sous Sanclemente avaient été promus à des postes puissants et n’obéissaient qu’à Panchalo, qui était devenu le contrôleur aérien en chef à Cali. Les contrôleurs aériens voyous ordonnaient le décollage d’avions antidrogue contre l’ordre de l’armée de l’air, qui a été obligée de les abattre car ils représentaient un danger pour le trafic aérien. Les douaniers américains ont pu retrouver la cocaïne trouvée dans un aéroport de New York jusqu’à son domaine familial près de l’aéroport El Dorado de Bogota en février, un mois après que l’enquêteur du parquet en exil Richard Maok (ici à gauche) a alerté les autorités américaines sur la protection apparente de la famille Sanclemente, des anciens associés notoires du cartel de Medellin. . Les médias ont rapporté que les trois laboratoires de cocaïne étaient des soi-disant « laboratoires express » dirigés par des « narcos fantômes », une affirmation qui a ensuite été contredite par l’accusation. Alors que l’ancien ambassadeur se disait victime de la production de cocaïne sur son domaine familial, il a engagé 10 avocats de la défense. Maok a également révélé le témoignage du chef de la sécurité d’un ancien avion de ligne qui a affirmé que Sanclemente et Uribe avaient reçu des pots-de-vin du maire d’« El Chapo » pour faciliter le transport de cocaïne depuis l’aéroport d’El Dorado par l’intermédiaire d’une société appelée Air Cargo Lines, une affirmation qui a été corroborée. par des preuves circonstancielles, mais jamais enquêté par aucune autorité ».

Le vendeur de Puelche

L’avion de l’épisode précédent était un Beechcraft C-90A appartenant à Miguel Jaramillo Arango. Or ce dernier est davantage lié à l’industrie aéronautique qu’on ne l’imaginait au départ. Des internautes ont en effet retrouvé un élément oublié de sa carrière. L’homme e en effet été le représentant dans le pays du légendaire avion d’épandage PA-25 Piper Pawnee, utilisé dans la pulvérisation agricole.  « Le PA-25 est un avion léger pour la pulvérisation d’engrais et de produits agrochimiques, qui a été produit par l’américain Piper Arcraft entre 1948 et 1982. En 1998, l’usine argentine LAVIA, S.A. a acquis les droits et les certificats pour tous les modèles de ce type d’équipement aéronautique », précise un tweet. « En 2013, le début de la production en série a été annoncé et à la mi-2014 la publication spécialisée dans l’aviation agricole AgAir Updates, a préparé une édition spéciale sur le retour du « Légendaire » avion. Dans un rapport, le porte-parole est Francisco Pocaterra, (présenté comme directeur de LAVIASA) qui apparaît sur des photographies avec l’auteur de l’article, montrant le certificat de navigabilité spécial accordé au PA-25 p3, par l’autorité fédérale de l’aviation aux États-Unis, en mars 2014. Mais la relation entre Pocaterra et Jaramillo ne se limite pas à LAVIASA. Il y a quelques références six ans plus tôt, avec la participation des deux dans au moins deux sociétés enregistrées au Panama. Trujillo Consultants (en juillet 2014) et Santa María Consultores (SEP 2014). Là aussi apparaît le nom complet de Miguel Jaramillo Arango. Une autre coïncidence « fortuite » est qu’en août 2017, la vente de deux avions PA-25 « Puelche » (nom argentin faisant référence à une ville indigène de Mendoza) a été annoncée, à une société colombienne de plantation et d’exportation de citrons, dont l’identification a été maintenue en réserve. »

Le DC-8 d’El Chapo, pour faire voler la coke à la tonne

L’avion Air Cargo Lines utilisé pour le trafic était un vieux DC-8 mexicain, le XA-TXS (N°46054 ex ex LN-MOY, HS-TGY, OY-SBL, N796AL) siglé jadis en grand « Aeropostal » sur ses flancs (ici à droite), dont le hangar était installé sur l’El Dorado International Airport même. Pour avoir l’accord de construire le hangar, El Chapo aurait versé 1 million de dollars à Uribe, selon Maok (il avait aussi largement arrosé l’ancien  président mexicain Enrique Peña Nieto, à l’autre bout de la chaîne de transfert !!!). Selon le Daily Mail, plusieurs vols ont eu lieu avec le quadriréacteur, au moins cinq en tout cas : « l’expédition massive, sur le marché de rue des États-Unis d’aujourd’hui, aurait une valeur estimée à 400 millions de dollars » (c’est plus en fait). « Le complot a finalement éclaté lorsque des autorités mexicaines ont arrêté un cinquième vol de Bogotá avec six tonnes et demie de cocaïne – mais la cargaison a ensuite disparu » (si les chargements précédents on eu lieu de la même façon, cela fait 26 tonnes de cocaïne que le vaillant DC-8 de plus de 50 ans aurait ainsi transféré – aujourd’hui il faut compter 900 millions de dollars sur la rue à New-York, pour les 26 tonnes, presqu’un milliard de dollars : c »est vertigineux !). Difficile de trouver investissement plus rentable : l’engin se vend toujours en état de marche 2 millions de dollars, et 4-5 millions équipé de réacteurs plus récents ! ). L’avion est ici en 2007 au moment de son rachat, sortant de révision, portant encore les vestiges de l’appellation Aeropostal devenu « PCG de Mexico » ! L’appareil est aujourd’hui complètement abandonné, pneus à plat, sur l’International Airport de Queretaro, lieu de son dernier atterrissage, au Mexique, déjà cité aussi ici comme plaque tournante du trafic :

L’ambassadeur qui stockait 10 tonnes de coke chez lui !

Fernando  Sanclemente, l’homme de main de l’aviation sous Uribe (ici à gauche), nommé depuis ambassadeur en Uruguay, aura donc tout fait pour freiner les enquêtes sur les trafiquants. Et cela bien avant que l’on ne découvre un énorme labo de coke chez lui, dans sa propriété personnelle appelée Haras de San Fernando, où il élève et vend des chevaux de course (ici à droite) : « en septembre (cf 2020), les médias ont rapporté que le gardien de la succession du politicien de la dynastie avait accepté une négociation de plaidoyer et endossé la responsabilité des laboratoires de cocaïne. Selon le journal El Espectador, le chef de la lutte contre les stupéfiants Ricardo Enrique Carriazo a désapprouvé la négociation de plaidoyer et a remis sa démission. L’accord a échoué car il « ne cherchait pas à identifier les déterminants, les auteurs directs et indirects, ou les financiers et autres acteurs impliqués dans l’activité illicite », selon l’agence de presse Colpresna. Lundi, le journal El Espectador a rapporté que Sanclemente fera l’objet d’une enquête en tant que suspect dans la production de cocaïne sur sa propriété ». 

Une découverte avait eu lieu en février 2020, assez stupéfiante en effet (c’est le mot !) : dans sa propriété située à Guasca (Cundinamarca), il y avait là pas moins de trois laboratoires de traitement de cocaïne: sont découverts sur place plus de 6 896 kilos de substances, et de produits chimiques divers pour la production de chlorhydrate de cocaïne et la bagatelle de 9453 grammes de cocaïne et de pâte à base de cocaïne !!! Pas loin de 10 tonnes de coke !!! La drogue produite à Cundinamarca et Boyacá, était envoyée directement aux USA, depuis l’aéroport international d’El Dorado grâce à l’organisation mise en place par Laureano Martínez le majordome de Sanclemente, aujourd’hui un témoin fort questionné on s’en doute par les enquêteurs  : encourant 8 ans de prison, il semble s’être mis à table rapidement. Au début il avait dit « avoir été menacé par des hommes en armes qui désiraient s’installer sur place », aujourd’hui il raconte avoir été au courant depuis le début de la production de cocaïne et l’avoir organisée : visiblement son retournement sent la négociation de peine !!! D’autres propriétés rurales regroupées sous le nom de Las Colinas de Guasca Ltda., dont il était le représentant légal jusqu’au 6 février 2019, et appartenant aux membres de son noyau familial, ont été investies également ce jour-là. Sur la saisie colossale, pas un seul mot de la part du président en exercice, Ivan Duque (à droite en bonne compagnie le 13 février 2019 de celui qui l’avait critiqué auparavant) !!! Sidérant !!! Il faudra attendre le 6 avril suivant (2020) pour que Fernando Sanclemente se décide à renoncer à ses fonctions… en raison de l’enquête en cours à son encontre… toujours sans une seule remarque présidentielle de l’ombre d’Uribe !

Quant à notre avion de départ (cf l’épisode précédent) il vole à nouveau en tout cas : le 20 juin dernier, arrivé la veille à San Andres, il a fait le chemin inverse pour rejoindre Baranquilla… saisi, on suppose, par la police., dont il devrait  rejoindre la flotte.

Duque en difficultés

Depuis plusieurs mois, nous dit les Echos, le pays est dans l’impasse. Une impasse sanglante, précise-t-il.  Des grèves à répétitions, des émeutes de rue tous les jours, une centaine de barrages routiers, le pays, c’est simple, explose dans un remake plus violent des gilets jaunes français . A l’origine une rancœur contre des impôts supplémentaires décidés par Duque. « Les manifestations, pacifiques dans la journée, se transforment la nuit venue en émeutes, avec tirs de mortiers d’artifice et cocktails Molotov, ou à balles réelles. Les troubles ont poussé le pays à renoncer à organiser la Copa América de football, attribuée au Brésil lundi au prix d’une polémique dans toute l’Amérique latine au vu du bilan du Covid-19 dans ce dernier pays ». Et quand on connait l’importance du football dans les pays andins, on se dit qu’en effet, ça va très mal. A l’origine une décision malheureuse d’Ivan Duque : « la Colombie, quatrième économie d’Amérique du sud, est secouée par des manifestations violentes depuis un mois suite à la présentation au Parlement d’un projet de réforme fiscale. Ce projet visait à redresser les finances publiques, déstabilisées par la chute de presque 7 % du PIB l’an dernier pour cause de pandémie. Le déficit public a atteint les 10 % du PIB. La réforme fiscale prévoyait d’imposer les personnes gagnant l’équivalent de plus de 656 dollars par mois, au lieu de 1.000 dollars jusque-là. Il augmentait aussi la TVA, ou supprimait des exonérations dont bénéficiaient certains produits de première nécessité. Il s’agissait d’augmenter la collecte fiscale, qui ne dépasse pas 20 % du PIB, la deuxième plus basse parmi les trente-sept pays membres de l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économique) dont la Colombie est membre depuis l’an dernier »... S’ajoutent à ces déboires des anciens FARCs pas décidés à se rendre ou à déposer les armes et faire sécession au mouvement de paix en cours, et des trafiquants mafieux disséminés partout…

Résultat, le 25 juin on évite la catastrophe de peu avec des tirs d’origine inconnue touchant l’hélicoptère Blackhawk présidentiel. A voir les dégâts (les balles on a failli atteindre l’axe de transmission du rotor arrière du Blackhawk, cf les photos ici à gauche, une pale aussi a été transpercée), on se dit que Duque est passé par une belle porte… cette fois-ci ! Le lendemain, on découvre par hasard deux armes ayant servi à tirer abandonnée dans des broussailles jouxtant la zone de décollage : une AK-47 Kalachnikov bien sûr mais aussi un fusil d’origine belge, un Herstal FAL 7,62 × 51 millimètres fort reconnaissable, comme ceux (35 exemplaires) saisis il y a peu lors de l’opération Atenea (campagne Sparte), effectuée par la Direction des enquêtes criminelles de la police colombienne au groupe armé organisé (GAO) de « Los Rastrojos » (cité ici déjà, il était en contact avec le groupe de Mono Jojoy -Víctor Julio Suárez Rojas ou Jorge Briceño Suárez- des FARCs). Selon la presse, lors de cette saisie effectuée dans la ville de Cúcuta, chef-lieu du département frontalier du Norte de Santander, la police avait indiqué que « les FAL auraient été acquis par ce gang criminel, directement au Venezuela et à partir des inventaires (d’armes en réserve) de l’armée ou de la garde nationale de cette nation. » Disposant d’armes accusant indirectement les vénézuéliens, l’occasion a dû être trop belle d’organiser une petite mise en scène rapide pour les en accuser, il semble bien… Montrant plutôt un Yvan Duque plus aux abois qu’autre chose ! Mieux valait pour lui faire croire en effet à un attentat provenant d’une puissance étrangère que d’un groupe de narcos !!!

A regarder :

A noter qu’une excellente série appelée « Matarife » (le trailer est ici), constituée de 55 épisodes rapides de 7 minutes très efficaces, récompensée depuis; accusant ouvertement Alvro Uribe de trafic de drogue et de liens avec le paramilitarisme a démarré en mai 2020 et semble avoir eu un certain impact auprès de ceux qui ignoraient tout du personnage, en particulier les plus jeunes. Le format de narration choisi est idéal pour cette jeunesse rodée au visionnage rapide. Les auteurs, en prime, ne sont pas des novices dans le domaine : « Daniel Mendoza, l’auteur d’un article titré « Uribe, l’assassin que nous a donné la mafia », publié en juin 2018 dans La Nueva Prensa – un média digital opposé au pouvoir en place dans un pays extrêmement polarisé – dit avoir bénéficié de l’aide d’un groupe d’ONG internationales, notamment aux Etats-Unis et en Australie, œuvrant dans la défense des droits de l’homme. Son acolyte, Gonzalo Guillén, un journaliste de 68 ans qui a commencé sa carrière dans le prestigieux quotidien El Tiempo, fondateur de l’agence de presse Colprensa, a travaillé également pour The Miami Herald et affiche plusieurs reconnaissances parmi lesquelles un Prix international de journalisme du Roi d’Espagne, et trois prix « Simón Bolívar »… L’hélicoptère Hughes 500N cité ici est montré (en couleurs !) dans un des premiers épisodes, avec son immatriculation: HK2704X est celui découvert chez Escobar alors qu’il appartenait bien à Fernando Uribe Sierra, le père d’Alvaro Uribe. L’assassinat d’Uribe Senior par les narcotrafiquants, celui qui dirigeait l’Aviation Civile et son remplacement express par Alvaro Uribe y est décrit comme la clé de l’expansion du marché de la cocaïne vers les USA avec l’octroi à profusion des licences d’aviation au cartel de Medellin. Matarife signifie  « boucher » ou « bouffon », au fait : cela correspond assez bien il me semble, Alvaro Uribe étant manifestement les deux à la fois !

 

documents fondamentaux :

Alvaro Uribe

How Colombia’s former president helped kick-start the Medellin Cartel

https://www.aa.com.tr/en/americas/colombia-s-most-powerful-man-alvaro-uribe-velez-/1945991

Uribe’s cartel years

Why Colombia’s former president is accused of forming bloodthirsty death squads

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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