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Coke en stock (CCCXXXV) : le château de cartes qui s’écroule

On reste en Argentine avec cet épisode, mais avec une des retombées directes de l’arrestation de Debbie Mercer (Debra Lynn Mercer-Erwin), la pourvoyeuse d’avions pour narcos arrêtée à la surprise générale en février de cette année. Le sujet de trois épisodes ici, du CCCXXI au CCCXXIII.  C’est un de ses huit co-conspirateurs installé en Floride qui nous intéresse aujourd’hui : il s’appelle Federico Machado et il est d’origine argentine !!! Et il vient juste de se faire arrêter, dans sa région d’origine qui est aussi un inquiétant secteur… historique !

Arrêté dans un endroit surprenant

L’arrestation de Debbie Mercer (voir ici) a provoqué un choc énorme. On tient-là avec elle une des grandes pourvoyeuses d’avions destinés au trafic de drogue et sa chute a entrainé logiquement d’autres figures du milieu. Et sans trop de surprises ceux que l’on a eu de cesse ici de dénoncer, depuis des mois voire des années : à savoir le texan Carlos Villaurrutia (épinglé ici) de TWA International, (cité aussi ici), apparu je ne sais combien de fois dans les épisodes de Coke en Stock, et Federico Machado, localisé en Floride celui-là avec ses sociétés américaines South Aviation Inc et Pampa Aircraft Financing. Celui, d’origine argentine, s’était fait porter pâle depuis aux USA, mais, recherché, il vient d’être rattrapé ce 30 avril dans un lieu inattendu : en Argentine, justement, mais en pleine Patagonie, à Neuquén. Un endroit où on ne s’attendait pas à le trouver… sauf si on avait suivi jusqu’ici ses attaches familiales….

Un endroit bien particulier, en effet, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la Bavière… et où s’étaient rassemblés pas mal de nazis échappés à la fin de la guerre, et dont le fief s’appelait Bariloche. C’est à Nahuel Huapi par exemple qu’un extrémiste de droite américain, Harry Cooper, repéré ici, un grand admirateur de spots-marins U-Boote (et son site » »Sharkhunters »), avait laissé entendre qu‘un énorme chalet (La Villa Angostura) aurait pu accueillir un Hitler ayant survécu à la débâcle et en fuite !!! Une légende savamment entretenue. Notamment avec l’exemple du nazi Erich Priebke, responsable du massacre des fosses adréatines, (335 civils italiens assassinés) et qui avait passé des années tranquille sur place avant qu’on ne s’intéresse enfin à son cas (il était revenu mourir à Rome même : condamné à la prison à vie, il avait bénéficié d’un remise en liberté surveillée  scandaleuse !). On pouvait le croiser régulièrement dans les restaurants de Bariloche !!!

Drôle d’endroit fort marqué historiquement et politiquement pour se réfugier chez notre courtiers en avions !!! « Un courtier basé en Floride, Federico Andres Machado, quatrième accusé dans l’acte d’accusation concernant Wright Brothers Aircraft Title et Aircraft Guaranty Corporation, a été arrêté par la police de sécurité aéroportuaire argentine à l’aéroport international Presidente Perón de Neuquén. Machado, qui a été mis en examen par le ministère américain de la Justice le 24 février, avait tenté de monter à bord d’un vol à destination de Buenos Aires lorsqu’il a été arrêté par la police à la demande d’Interpol ». Une fuite ?  Pour lui non, car comme il l’a précisé depuis « qu’il est parti avec son passeport à l’aéroport de Dallas le 1er novembre 2020″ (mais c’était avant son implication par la justice US).

Entrepreneur discret en Argentine, un contact surprenant 

A Neuquèn, il était en terrain connu il semble bien: « il possédait même une adresse fiscale sur la rue Schieroni », nous précise ici le magazine Rio Negro, qui le présente comme un entrepreneur bien classique, venant régulièrement sur place s’occuper de ses affaires et de ses investissements (de blanchiment, donc)….  « chacune de ses arrivées se faisait sur un vol privé. Ces visites étaient axées sur les contacts sociaux, alternées avec des revues d’investissements et des parrainages. Un lien fort s’est tissé avec le club Deportivo Viedma (nota : club de basket) et des contributions sont attribuées à l’assemblage de ses dernières équipes, avec des financements d’étrangers et de joueurs de renom. En avril 2019, l’économiste José Luis Espert (un ultra-libéral d’origine catalane) est arrivé à Viedma pour la présentation d’un livre, encadré dans sa candidature à la présidentielle. Cette campagne a eu le soutien de Machado, il l’a même accompagné et a fourni un avion pour son transfert. La conférence d’Espert à l’Austral Hotel a réuni une importante délégation du club Deportivo Viedma, des managers à une grande partie de ses joueurs. Espert lui-même a apprécié le soutien de l’entrepreneur aéronautique et minier, toujours assisté d’un autre Viedmense, Claudio «Lechuga» Ciccarelli, un ancien basketteur qui s’est aventuré dans la gestion technique – comme au club de San Martín- bien qu’il se soit finalement concentré sur la représentation de son cousin Fred ».  Le gag de l’affaire étant que José Luis Espert, fort critique des précédentes présidences (cf son livre ici à gauche) a été candidat à la présidence argentine en 2019, avec comme programme principal la mise en place d’une sorte d’équivalent de la DEA US pour combattre le trafic de drogue !!! Pouvait-il ignorer à ce point les activités de Machado ? Difficilement il me semble !!! D’où l’embarras actuel du parti libéral ! Les deux posent ici à droite devant le N28FM, ex N425SU, un Canadair 601 Challenger de JF Aircop Inc, enregistré au Delaware, à Dover, entité dont on sait qu’elle a été créée en 2015 et enregistrée au nom de… Federico Machado, représenté par un certain Conrad S. Kulatz qui ne nous est pas inconnu non plus ici… L’engin n’est plus tout neuf : il date en effet de 1986 ! La société possédant aussi le N425SU, un autre Challenger de 1986 également, vu ici à Puerto Rico le 9 octobre 2017. Et ici surpris à effectuer un vole le menant de l’aéroport de Rosario « Islas Malvinas » Intl en Argentine à José Joaquín de Olmedo en Colombie et retour, les 13 et 14 mars 2018. Machadi ne possédait donc pas que les deux sociétés annoncées jusqu’ici, en tout cas !!! En voilà déjà une troisième de révélée !!!

« Ce lien familial-entreprise était déjà connu, mais le nom de Ciccarelli a eu une répercussion nationale car un véhicule Jeep Grand Cherokee est apparu à son nom là où Espert se mobilisait,  et qui a été attaqué dans la nuit du 6 août 2019. Les médias de Buenos Aires – rapidement – ont rapidement lié cette propriété à la fortune de leur cousin. Les sources de Viedmense enregistrent une ou deux arrivées annuelles de Machado à Viedma pour rendre visite à sa mère et à ses frères. Les opportunités pour évaluer les nouveaux investissements dans la zone, au-delà de ceux qui lui étaient assignés, ne manquaient pas non plus. En 2019, l’accusé aujourd’hui par la justice américaine est arrivé à San Antonio et s’est concentré sur deux questions: une propriété maritime pour la construction d’un hôtel et celle visitée par la pêcherie Cooperativa 16 de Abril. Cette usine moderne – avec un investissement de plus de deux millions de dollars – a été inaugurée en février 2019, avec la présence des autorités nationales, provinciales et locales tandis que Juan Manuel et Santiago Poligliedu ont agi en tant qu’hôtes (…) Quelques semaines plus tard, Machado est arrivé à l’aéroport de San Antonio avec l’avocat de Viedmense et leader du Deportivo Viedma, Fernando Casadei. Les frères Poligliedu l’attendent, ainsi que le pilote (de moto et auto) José Manuel Urcera, le fils de Claudio, propriétaire -avec Héctor Longo de Viedme- de Cemento del Sur ». L’autre homme d’affaires mis en cause s’appelant Diego Luis Goñi, co-propriétaire de Max Technology. On y ajoute un second : « en 2010, Machado a formé un partenariat pour diriger une agence de mannequins avec Sergio Daniel Mastropietro, un autre homme d’affaires lié aux avions (chez Hangares Buenos Aires S.A).. Il s’agit du propriétaire de Baires Fly (à gauche un de ces Learjet), partenaire du pilote de Rio Negro Luis Grande, et qui est proche de la compagnie aérienne familiale Macri » (celle du président élu en 2015).

« Selon des informations en possession des autorités argentines, l’association illicite comprenait l’utilisation de documents d’enregistrement délicats pour couvrir la véritable propriété. Par exemple, entre avril et juin 2019, il a participé à un transfert d’un avion qui a été transporté de l’état de Floride vers le Mexique en évitant les procédures rigoureuses de la Federal Aviation Administration. Deux transactions liées à l’avion ont été réalisées, de 2,2 et 1,9 millions de dollars respectivement. De plus, en février de la même année, il a été impliqué dans la vente clandestine d’un avion appartenant à la compagnie aérienne japonaise All Nippon Airways. Il a également entamé des manœuvres pour vendre un autre avion à une compagnie aérienne privée en Chine. Puis il l’a fait avec un autre appareil d’Air India. Les dommages causés par les dirty tricks (malversations) avec des avions sont estimés, selon ces rapports, à 250 millions de dollars ». L’un des avions cité était le N770SW (ici à droite), celui envoyé au Mexique par… Aircraft Guaranty Group, la société de Debbie Mercer.

L’homme passait inaperçu, ou plutôt se montrait parfois en parfait business-man qui a réussi dans la vie s’acoquinait pas mal avec des vedettes grâce à ses jets, qu’il leur prêtait ostensiblement, soignant ainsi son image de marque, peut-on lire ici : « bien qu’il loue un manoir dans le quartier le plus cher de Buenos Aires, il a toujours fait une escapade et est descendu à l’aéroport de Castello pour rendre visite à sa mère dans une ferme sur le chemin d’El Cóndor. Son arrivée dans le pays était principalement liée aux visites de grands artistes comme Chayane ou Marc Anthony, et il a fait un voyage pour voir sa mère et ses frères (Chayanne avait déjà été repéré par mes soins ici en octobre 2019 : cela remontait déjà à Conrad Kulatz !). À certaines occasions, il est même venu en ville par voie terrestre, dans un 4×4 de luxe. Il est arrivé avec son partenaire et son fils pour passer les soirées du Nouvel An et en a profité pour se remémorer le bon vieux temps et camper à Pozo Salado. On dit que sa vie est comme ça: il a déjeuné à Miami, il a dîné à Buenos Aires avec Ricardo Fort (présentateur TV fort connu là-bas, décédé en 2013) et il est venu dormir à Viedma. Le lendemain, il irait au programme de Susana Giménez avec Chayane et irait à Mar del Plata pour le déjeuner. Le lendemain, il allait avec sa copine dîner à Paris, à cette époque, un beau mannequin écossais. À Viedma, il a des oncles et des cousins, également des amis d’enfance. Tout le monde le considère comme un gars très généreux, qui aide toujours sa famille, avec une attention particulière de sa mère. Il a financé des associations de protection des animaux, celles qui sauvent les chiens et les chats. Il a également collaboré avec le sport, aidant divers clubs et équipes. » Bref, une image idyllique au possible. Trop belle pour être vraie ?

Voilà pour le côté pile, mais il y avait un côté face… caché (e) : « et puis il y a la drogue: ils la lient à 1556 kilos trouvés dans un avion abandonné au Mexique censé être à destination du Belize, plus de 2,5 tonnes de poudre au Guatemala, retrouvées le 16 novembre dans un jet Gulfstream II saisi dans le parc national de Laguna del Tigre,avec un pilote mexicain et un ancien policier costaricien impliqués dans le mélange qui ont passé sept mois incarcérés dans une prison guatémaltèque, selon le journal El Periódico ». Le Gulfstream cité, le N450BD avait été suivi tout le long de son trajet par les forces colombiennes et leurs avions d’observation Citation (ici à gauche). La première étape pour la remontée vers une filière que j’avais dénoncé pourtant ici depuis des mois et qui menait invariablement à Aircraft Guaranty Corp et l’anonymisation scandaleuse des avions permettant aux trafiquants de les faire voler aux USA sous un nom-paravent.

Le site du journal El Periodico a regroupé ici quelques uns des  avions de Machado impliqués dans le trafic de drogue : ce sont par exemple le Piper Navajo N454SC retrouvé planté dans le Parc Laguna del Tigre le 6 juin 2019 (ici à droite), le vieux Rockwell Sabreliner N465BC qui s’est écrasé à Sipacate, Escuintla,  le 25 octobre 2019, le Hawker N305GA le 27 janvier 202, devenu célèbre lors de son épique redécollage, le Gulfstream II N530GA vu incendié à Vista Hermosa, Ixcán, Quiché le 27 octobre 2018, ou encore le Gulfstream III N939RR retrouvé posé en plein parc Del Tigre le 17 décembre 2019 et ses 2,5 tonnes de coke à bord… tous ont été évoqués ici, bien entendu.

L’affaire Julia et Médical Jet, puis celle de Meldorek

Ce n’est pas une activité neuve, chez lui : ça fait plusieurs années qu’on  le soupçonne d’aide le trafic de drogue. Federico Machado est aussi l’homme d’affaires qui a loué voici près de 10 ans déjà des avions aux frères Juliá, qui ont été jugés et condamnés en Espagne pour trafic de cocaïne. « L’affaire est connue sous le nom de «narcoavión», où le tribunal espagnol a jugé les trois Argentins accusés d’avoir apporté 944,5 kilogrammes de cocaïne en Espagne dans un Jet Bombardier Challenger 604, en janvier 2011. Les frères Eduardo et Gustavo Juliá à 13 ans de prison et un amende de cent millions d’euros. L’avion de Medical Jet, saisi en Espagne, avait en effet été loué à la société South Aviation Inc, basée à Miami comme on le sait. Le troisième accusé Matías Mirot, qui a agi en tant que copilote, avait été acquitté et renvoyé en Argentine. Or Miret avait également travaillé pour Machado, il avait été notamment chargé de transporter l’avion de Maimi à Buenos Aires, qui serait plus tard modifié pour incorporer la drogue ». J’ai évoqué l’affaire à deux reprises ici. Un autre avion avait servi à transporter la coke sur de nombreux voyages similaires : immatriculé N348MC, ce Hawker (ici à droite) avait été également vendu par Machado !

Un bien étrange acheteur

Autre particularité, South Aviation a également vendu un Cessna Citation, un avion de 1979 évalué à 950 000 dollars, à la société Meldorek, propriété de Sergio Schoklender, le directeur de la Fondation Mères de la Place de Mai. Celui-là à un parcours plutôt singulier : il avait été condamné avec son frère (les deux ici à gauche) en 1985 à perpétuité pour le meurtre, le 30 mai 1981, son frère et lui, de ses propres parents, à coup de barres de fer, un mettre sordide avec des accusations d’inceste et d’alcoolisme, sur fond de ventes d’armes supposée, puis a fini par être libéré 10 ans plus tard, devenu un ardent défenseur des droits et avocat de prisonniers, puis celui des Mères de mai après avoir rencontré Hebe de Bonafini, une grande voix des droits humains, mais controversée. Il s’était accusé seul d’être l’auteur des crimes, libérant ainsi son frère Pablo qui avait fui en Bolivie (où il sera retrouvé en 1994). La fondation se chargera de la construction de logements sociaux avec le programme «Shared Dreams» dont le résultat final sera en fait un détournement gigantesque de 280 millions de dollars effectué au profit de Schoklender. « En 2016, Il sera en prime poursuivi pour délit de détournement de cotisations de sécurité sociale correspondant aux employés de la Fundación Madres de Plaza de Mayo, à qui les cotisations n’avaient jamais été versées, sur la base d’une plainte de l’AFIP. »

« L’avion avait été acquis à Fort Lauderdale, en Floride, aux États-Unis, où il portait l’immatriculation N567WB et il a fait des centaines de trajets mystérieux à travers la région et l’Europe. L’avion avait été mis au nom de Meldorek, la société dans laquelle Schoklender, avait l’habitude de cacher une grande partie de ses propriétés. L’un des deux avions acheté un Cessna Citation, immatriculé LV-BXH, est aujourd’hui abandonné à l’aéroport de San Fernando, (ici à droite) depuis plusieurs années maintenant. Lorsque le scandale Schoklender a éclaté, en 2011, il a en effet tout perdu. Neuf ans plus tard, la Justice n’avait toujours pas pu récupérer un seul centime de cet argent. Resté à l’air libre et sans entretien, fort dégradé, l’avion n’a aujourd’hui plus qu’une valeur de ferraille » (ici droite). « L’avion lui avait été conseillé par Gustavo Serventich, un pilote professionnel que Schoklender avait rencontré en 2008, lors d’un vol privé de Pinamar à Buenos Aires. Il avait alors face à un dilemme: continuer à louer des avions ou acheter le sien. Serventich a proposé qu’en raison de la taille et de la fréquence des voyages proposés par Schoklender, la meilleure option était d’acheter. L’achat de cet avion a ouvert la porte à la reprise des actions de Meldorek: Schoklender a conservé 90% de la société et son pilote a accepté les 10% restants. Le reste des actifs de Meldorek (un bateau, une Ferrari, une Porsche et un appartement) est allé à Gorlac SA. Serventich a déclaré au tribunal qu’entre octobre 2008 et juin 2011, les deux avions (l’autre était un Piper Cheyenne, le LV-MNR ici à gauche, lui aussi laissé à l’abandon) ont volé environ 800 heures, ce qui impliquait une distance d’environ 355 000 kilomètres. Schoklender a parcouru tout le pays et a voyagé plusieurs fois au Brésil, où il avait l’intention d’exporter son modèle de construction. Lors de certains de ces voyages, il était accompagné de fonctionnaires du gouvernement de Cristina Kirchner. Comme il l’a déclaré dans un reportage du magazine Noticias, l’ancien sous-secrétaire aux travaux publics Abel Fatala, l’ancien ministre de la Production Débora Giorgi, le gouverneur du Chaco Jorge Capitanich et même Pablo Moyano ont volé dans ce Citation. »

Machado le collectionneur d’avions

Federico Machado a pas mal brouillé les pistes en multipliant les noms de société. Ainsi South Aircorp. Inc qui est aussi l’une de ses autres sociétés, représentée par un gars déjà cité comme impliqué lui aussi dans de cas d’avions de trafiquants : Conrad S.Kulatz, auquel les autorités devraient s’intéresser de plus près il me semble depuis le temps qu’on en parle. C’était en effet lui le gérant du Challenger 600 immatriculé N214FW, qui appartenait en fait à deux responsables de gangs de dealers colombiens connus, Dicson Penagos-Casanova et Juan Gabriel Rios Sierra, et qui l’avaient enregistré sous le nom discret de Dinama Aircorp Inc., inscrit (bien sûr) au Delaware. L’engin; le N214FW, s’était éclaté en morceaux en mer devant la côte vénézuélienne le Aruba en le 29 janvier 2015. Kulatz semblant apprécier les appareils Dassault, des Falcon 10 et pour South Aircorp. Inc un Falcon 2000 immatriculé N51MN vu ici à Saint-Martin en 2013. Machado a aussi enregistré chez South Aircorp Inc un ancien « Fennec » (T-28 Trojan N°51-3570) de l’armée de l’air française,
le N°98 chez elle (photo ci-dessus à droite), entre 1961 et 1968, devenu N14103… et repeint aux couleurs de la Navy argentine (« Armada »), un des appareils qui aurait participé à la guerre des Malouines ! Rapatrié en Argentine via 10 jours de périple par le Brésil grâce à deux pilotes chevronnés retraités qui voleront avec 14 heures par jour : « l’honneur du vol était entre les mains des pilotes Eduardo Gatti et Diego Luis Goñi, partis le 26 octobre de Fort Lauderdale. Après plusieurs arrêts, qui comprenaient les aéroports d’Exuma aux Bahamas, Puerto Plata en République dominicaine, Santa Lucia à Grenade, Georgetown en Guyane, Belém et Campo Grande au Brésil, à d’autres endroits où ils se sont ravitaillés et se sont reposés. Après 10 jours de voyage, ils ont touché le sol argentin cette semaine à Puerto Iguazú et arriveront mercredi après-midi à l’aéroport international de San Fernando, dans la banlieue nord. Les deux pilotes vétérans qui l’apportent en vol, ont été entraînés dans d’autres T-28 portant des uniformes de la marine argentine« . Le périple avait été un pari entre ces deux vieux amis : aucun des deux n’avait volé sur T-28 depuis des années avant de monter à nouveau à bord. Eduardo avait environ 350 heures de vol à son actif avec un T28 et Diego environ 500. L’un des deux (Edouardo) avait piloté un Neptune qui dirigeait les attaques pendant les Malouines. Ils devaient faire des étapes courtes (300 miles maxi) car le T-28 a une faible autonomie, et à la fin ils n’avaient plus qu’un seul parachute d’utilisable pour deux !!! Leur belle histoire est lisible ici dans la Nation du 14 juin 2019. Etrangement on trouve le même avion au musée Museo Nacional de Aeronáutica de la base de Moron à Buenos Aires, dans un endroit où l’on peut admirer le Pulqui 1 d’Emile Dewoitine et le Pulqui II signé Kurt Tank, le résultat direct des recherches allemandes de la fin de la guerre. On y trouce aussi le Laté 25 F-AIEH (cn603) de Mermoz qui l‘avait posé en catastrophe à 4200 m d’altitude (c’était le plafond de l’avion !).

Et ce n’est pas le seul appareil militaire qu’il a acheté en véritable passionné collectionneur : il est aussi le propriétaire d’un Skyhawk, qu’il a fait complètement restaurer, ce qui est une opération coûteuse comme on le sait. Le 0658/3-A-305 N°144929 siglé lui aussi « Armada » (immatriculé aux USA N2262Z, c’est en fait le 60-12377). Il explique ici tranquillement d’où vient cet appareil et qui le pilotera. Racheté en 2017 à Skyhawk Ventures LLC qui le détenait depuis 2006 par… Aircraft Garanty Corp, bien entendu !! Appareil volant encore en meeting, il était jusqu’ici basé au Valiant Air Command Museum, sur le Space Center Executive Airport (North East Side), de Titusville, en Floride. Voilà aussi à quoi servait l’argent de la revente d’avions destinés au trafic de cocaïne !

Machado n’a pas eu recours qu’à des jets de type Gulfstream ou Hawker pour emmener de la drogue. Le 28 avril dernier, juste après son arrestation du 19 avril, on a saisi un de ses avions, enregistré chez Aircraft Guaranty Corp ; un vieux Cessna 185, immatriculé N195AZ, en parfait état, rutilant ; un appareil aux facultés étonnantes de décollage court (très court) qui aurait pu servir en effet à se pose dans des zones non préparée, avec ces gros pneus.

Une mine, son avion cassé et des politiciens véreux guatémaltèques 

Mais ce n’est pas en Argentine qu’il s’est incrusté en politique, mais au Guatemala, là aussi ou un maximum de ses avions s’est posé ou s’est crashé avec à bord de la coke:  « les enquêteurs ont découvert que des millions de dollars avaient été envoyés à Machado, qui dirigeait une partie de l’argent dans des mines de minerais au Guatemala », a déclaré Ernesto González, un procureur fédéral chargé de l’affaire, à WFAA, une chaîne d’information basée au Texas. Machado a également été lié à l’exploitation minière illégale au Guatemala, selon El Périodico. En janvier 2020, le congrès du Guatemala a accusé Machado d’être impliqué dans l’extraction illégale d’or et d’argent dans le département oriental de Chiquimula (à gauche ici la photo de la la mine illégale d’El Pato, appartenant à la Compañía Minera El Cóndor S.A. à Chiquimula : on constate l’étendue des dégâts écologiques sur place). Les politiciens guatémaltèques qui se sont entretenus avec El Périodico ont déclaré que Machado avait financé les campagnes de divers candidats à la présidentielle au Guatemala, y compris l’ancien président Jimmy Morales (2016-2020), à qui Machado aurait prêté des avions et son hélicoptère privé, à plusieurs reprises. Des sources ont également rapporté que Machado s’était à plusieurs reprises vanté du financement des campagnes de l’actuel président et de l’ancienne candidate à la présidentielle Sandra Torres. Le 21 avril, les procureurs guatémaltèques ont ouvert une enquête sur le financement par Machado des partis politiques dans le pays ». Un chapitre bien sûr décrit ici sous le titre  » des politiciens véreux, des hélicoptères à foison et un pays gangréné » (notre épisode Coke en stock CCLXII) !!! Il était très impliqué au Guatmala, détenant les sociétés minières Atlas Universal, SA, Minas del Pueblo, SA, Agregados La Montaña, SA et la carrière d’El Porvenir; en plus des entreprises alimentaires, de la construction et des développements immobiliers à Izabal.

La présence des avions de Machado dans des mines illégales, est flagrante. « Selon El Periódico de Guatemala «le nom de Federico Andrés Machado a été révélé le 27 janvier lors d’une convocation au Congrès de la République comme étant présumé responsable de l’exploitation d’une mine illégale à Camotán, Chiquimula , où ils extrairaient de l’or et de l’argent ». Le 23 avril 2020, l’un d’entre eux est découvert lors d’un raid policier sur une exploitation minière de Chiquimula appelé « La Meca » appartenant à l’entité « Minas Del Pueblo Tucurú AltaVerapaz ». Or celle-ci appartient bien à Machado !  « Au cours de l’opération, l’exploitation forestière illégale a été mise en évidence dans les parties supérieures du bassin de la rivière Polochic et des opérations d’extraction de cuivre, de zinc et de plomb dans différentes parties de la zone montagneuse de la vallée de Polochic. Une piste d’atterrissage et un avion ont également été retrouvés et font l’objet d’une enquête » note la police.

L’avion (un beau Beech Baron gris et noir, encore en bon état le 20 février 2020 et ici au décollage en 2012 de Cape May County Airport (à Wildwood, New-Jersey), a été retrouvé est en piteux état (ci-dessous à gauche)  : visiblement il s’est planté, son train a flanché et il semble qu’on lui a enlevé ses moteurs, ou en tout cas qu’il n’est pas prêt de revoler bientôt !! La dure vie de l’avion de garimpero ! Derrière lui, une longue piste cimentée balisée de grosses pierres (ici à droite). Et, saisis par la police, cinq exemples de minerai extrait sur place (ici à droite). L’engin, un Beech Baron, est immatriculé N584LU. Un appareil inscrit chez… JF Aircorp Inc, la troisième entité appartenant à Federico Machado, dont le représentant est… Conrad S. Kulatz ! L’engin effectuait des trajets réguliers de Guatemala-City à Coban, comme ce jeudi 21 juin 2020 :

Un exemple précis de l’intrusion en milieu politique au Guatemala est celle d’un avion particulier. « Les narcos ne sont pas les seuls clients d’Aircraft Guaranty Corp., il y a aussi des hommes d’affaires honorables et des politiciens tels que l’ancienne vice-présidente Roxana Baldetti. Selon les archives de la Federal Aviation Administration des États-Unis (FAA), le jet N371CF connu sous le nom de balle utilisée par Roxana Baldetti, était immatriculé au nom d’Aircraft Guaranty Corp., fiduciaire depuis le 24 décembre 2010; la société qui, selon son site Web, a aidé à enregistrer des avions auprès de la FAA pour les clients qui ne pouvaient pas répondre aux exigences de la citoyenneté américaine. Le jet qui a servi à Baldetti pour faire des dizaines de voyages à travers les États-Unis, le Mexique, l’Amérique centrale et a même transporté Otto Pérez Molina lors de plusieurs voyages présidentiels, notamment à New York, en Colombie et au Honduras, a été vendu le 11 septembre 2015 après avoir été connu. que l’appareil avait été acheté par Baldetti avec de l’argent provenant de pots-de-vin. Dans la transaction effectuée en République du Panama ». 
« On ne sait pas qui étaient les parties qui ont participé à l’opération Dans l’après-midi du 24 novembre 2015, l’avion a effectué un vol de 42 minutes, décollant de l’aéroport William P. Hobby et traversant la baie du Texas pour atterrir au même terminal à Houston. Trois jours plus tard, l’avion a été vendu à Integra Aircraft Sales, LLC., Créé le 17 juin 2015. Integra Aircraft Sales, LLC était représentée par Mark B. Goldstein en tant que représentant légal dans 90 autres sociétés et par Terry R. Johnson qui est apparu dans 13 autres sociétés. Moins d’un mois plus tard, le 25 décembre 2015, l’avion était à nouveau vendu. Le parquet guatémaltèque n’a plus jamais entendu parler de l’avion, qui opère actuellement aux États-Unis sous la société Beech Transportation Inc., basée dans le Minnesota, aux États-Unis ». Baldetti possédait un autre avion plus petit enregistré au nom de Corporación Industrial Treblinka, un Piper immatriculé TG-RYR; qui lui a été confisqué.

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