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Coke en stock (CCCXXXIII) : direction… le Portugal

Toutes ces  opérations de transfert de drogue rapportent beaucoup d’argent. Mais on a du mal à se rendre compte de ce que ça représente en tas de billets. Mais maintenant on le sait avec la découverte d’un tas énorme chez un trafiquant, et pas n’importe lequel car c’est lui l’organisateur principal du trafic brésilien vers l’Europe. Depuis, il se fait passer pour mort, ce dont les policiers ne sont pas du tout persuadés…  En voilà un qui a essayé de détourner les effets mortels du Covid19 pour jouer au fantôme !!

L’opération Cavok avait eu des conséquents ailleurs qu’au Brésil, on s’en serait douté avec un trafic international d’une telle ampleur. A Lisbonne, au Portugal, c’est un tas de billets impressionnants que les enquêteurs on trouvé devant eux. Le tas d’euros paraît sans fin en effet, empilé sur deux tables (cf ici à droite) où il tient à peine. « La police judiciaire portugaise a annoncé vendredi (le 27 novembre 2020) la saisie d’environ 12 millions d’euros de billets dans une maison de Lisbonne. Le montant, équivalent à plus de 76 millions de reais, a été trouvé lors d’une perquisition qui fait partie de la branche portugaise Operation Enterprise, un groupe de travail qui enquête sur un système international de trafic de drogue et de blanchiment d’argent depuis 2017. Selon la police portugaise, l’argent a été retrouvé dans plus de 10 valises dans une voiture à Lisbonne. La justice a également déterminé la saisie de deux maisons au Portugal, qui, ensemble, ont une valeur estimée à 2,5 millions d’euros (voir à la fin du rapport pour d’autres numéros de la task force). L’opération a arrêté 45 personnes depuis lundi, dont 38 rien qu’au Brésil. Au Portugal, où l’action s’appelle «Opération Camaleão», personne n’a été arrêté jusqu’à présent, selon les autorités locales. Avec l’opération, les enquêteurs internationaux estiment avoir démantelé un gang chargé de transporter 45 tonnes de cocaïne en Europe chaque année. Outre la police portugaise, des autorités d’autres pays comme la Belgique, l’Espagne, les Pays-Bas, la Roumanie et les Émirats arabes unis ont participé à l’action. La PF a rempli plus de 200 mandats dans le cadre d’une enquête contre le trafic de drogue. Le dispositif de blanchiment d’argent, toujours selon la PF, impliquait des multimillionnaires au Brésil et à l’étranger avec l’utilisation de plusieurs personnes interposées, appelées oranges, et des sociétés écrans, dans le but de donner une apparence légale au profit du trafic ». L’énorme tas d’argent, lui, appartenant à un trafiquant bien précis… et c’était l’aboutissement, en quelque sorte de l’opération commencée en 2019 au Brésil, et même deux ans auparavant.

Où l’on retrouve nos fameux camions brésiliens

A l’origine, il y a trois ans alors, un cargo au Brésil et un envoi de coke raté : « Le Service fédéral des impôts a déclaré que les enquêtes avaient commencé après une saisie en septembre 2017, lorsque 776 kilogrammes de cocaïne, qui étaient exportés via le port de Paranaguá vers le port d’Anvers, en Belgique, avaient été saisis. A partir de cette appréhension, toujours selon l’IRS, le PF a ouvert une enquête policière et les deux agences publiques ont agi de concert dans les enquêtes jusqu’à découvrir l’organisation criminelle ». A noter que le 19 mars 2020 on avait intercepté au même endroit 766 kg de cocaïne dissimulés dans un chargement de bois au départ pour le Havre (cf les deux photos ci-contre). Le 14 octobre 2019, c’était 1 300 kilos de coke qui avaient été interceptés dans le même port… décidément récidiviste. A Paranagua la drogue arrivait par… camions, comme le montrait déjà ce rapport de 2014… une enquête qui avait été toute simple : elle avait analysé en effet les urines des camionneurs… « Soixante-deux conducteurs ont été inclus dans l’étude. Les analyses toxicologiques ont montré que 8,1% (intervalle de confiance à 95% [IC], 2,7 à 17,8%) des échantillons d’urine étaient positifs pour les drogues (4,8% pour la cocaïne, 1,6% pour l’amphétamine et 1,6% pour les deux); 8,1% ont déclaré avoir consommé de la drogue au cours des 30 jours précédents dans le questionnaire et un seul a été testé positif pour le médicament dans l’échantillon d’urine. Aucun échantillon n’était positif pour les cannabinoïdes. Au total, au moins 14,5% (IC à 95%, 6,9-25,8%) avaient consommé des drogues illicites au cours des 30 jours précédents sur la base d’auto-déclarations et de tests d’urine. Les conducteurs qui ont déclaré avoir été impliqués dans des accidents de la route l’année précédente ont été plus souvent testés positifs à la détection de drogues dans des échantillons biologiques (P <0,05). » Ici à droite la tonne découverte le 9 juillet 2018. Le 10 juin c’était 390 kilos de chlorhydrate de cocaïne, cachée dans un conteneur chargé de contreplaqué et à destination du port d’Anvers, encore une fois. Le lendemain, le 11, la coke était dissimulée dans le bras mécanique d’une pelle excaveuse qui devait également être envoyée en Belgique. Dans le même conteneur, un tracteur était également transporté. Il y en avait cette fois 881 kilos au total, qu’il a fallu extraire en découpant le fer de la structure avec des meules spéciales apportées par les pompiers !!! Ci-dessous un autre chargement de contreplaqué découvert en Itlalie (avec des trafiquants fans d’History Channel, visiblement (1) !):

L’organisateur principal  du trafic vivait à Marbella

En réalité la police portugaise cherchait autre chose, ou plutôt quelqu’un de précis. Le maître d’œuvre d’une bonne cinquantaine de cargaisons de plus d’une tonne de coke :  « le raid a été mené dans l’espoir de mettre fin au fugitif international, Sérgio Carvalho, 62 ans, soi-disant originaire du Surinam, alias Paul Wouter, un ancien major de la police militaire brésilienne, surnommé «le major», qui est le cerveau derrière un énorme transport de cocaïne qui a été saisi sur la côte galicienne de l’Espagne en 2017, pour lequel une peine de 13 ans de prison a été prononcée par la police espagnole, qui affirme que ses activités criminelles remontent à 1997, alors qu’il était apparemment toujours dans la police brésilienne. Carvalho-Wouters aurait «vécu comme un roi» dans la station balnéaire de luxe espagnole de Marbella, et récemment, des histoires circulaient selon lesquelles il était mort d’un coronavirus et avait été incinéré, une réclamation auprès des autorités n’achetant pas, comme il y en a eu aucune confirmation officielle de sa mort. Luís Neves, chef de la police de PJ, a déclaré que le transport n’était « qu’une petite partie de l’argent provenant du trafic », et qu’il est connu pour être un visiteur régulier à Lisbonne, où ses deux appartements de luxe, d’une valeur d’environ 2,5 millions d’euros, ont ont été confisqués, dans lesquels la police a trouvé « divers comptes bancaires et documents, qui permettront à la police d’avancer encore plus loin », le total cumulé jusqu’à présent récupéré lors des raids antérieurs contre Carvalho se chiffrant à 163 propriétés, 70 voitures, 37 avions et diverses cachettes de trésorerie en Belgique et au Brésil. » Sous le nom de Wouter, il se présentait comme responsable de plusieurs entreprises d’importation de fruits de mer au Maroc et à Dubaï.

Un homme très organisé et très puissant que cet ancien policier brésilien : « jusqu’à six cellules parfaitement équipées fonctionnent à son service, chacune avec une fonction spécifique. Ainsi, il dispose d’un groupe dédié au transport de drogue par bateau, d’un autre qui fournit des infrastructures aériennes (dans l’opération Enterprise plusieurs avions de grande capacité de fret ont été saisis) et jusqu’à trois organisations différentes pour expédier de la cocaïne cachée dans des conteneurs, avec deux ports de départ vers l’Europe: Natal (ici à gauche) et Paraguaná. Ces deux quais étaient les principaux, mais pas les seuls, utilisés par l’organisation. Les autorités judiciaires et policières de Pontevedra sont claires: « Il est plus puissant que n’importe lequel des trafiquants de drogue galiciens » En tant que portes d’entrée vers l’Europe, outre la Galice, le cartel de Carvalho a opéré en Espagne et au Portugal, également en Afrique, en Allemagne, en France, en Italie et même au Danemark, mais surtout il l’a fait via les deux ports ayant le plus de trafiquants de drogue au mètre carré au monde: Rotterdam et Anvers. Les deux sont pleins de taupes. La preuve en est que seuls six des 59 envois attribués au groupe ont été saisis dans les enclaves susmentionnées. La police fédérale, cependant, gère les preuves que 14 autres conteneurs contenant des milliers de kilos de cocaïne saisis à l’origine (au Brésil) étaient destinés à ces endroits. »

Un incinéré bien vivant et un pilote bien connu

Arrêté et libéré sous caution de 200 000 euros alors qu’on venait de requérir contre lui 14 ans de prison et une amende de 340 millions d’euros, il avait subitement disparu. Wouter-Carvalho, est depuis introuvable et surtout déclaré mort : or selon tout évidence, il a falsifié son propre décès et son incinération.  C’est ce dont les enquêteurs sont certains aujourd’hui. Il a donc disparu alors qu’il venait de se faire arrêter auparavant dans une clinique d’amincissement réputée raconte ici El Espanol : « le 8 août 2018 , les clients et les employés de la clinique d’élite Buchinger à Marbella (Málaga) ont été choqués lorsque plusieurs agents du Groupe d’intervention spécial pour le crime organisé (GRECO) de la Costa del Sol ont fait irruption dans les installations pour arrêter l’un de ses utilisateurs, Paul Wouter. Lors de son arrestation, l’homme, né en 1965 au Guyana et de nationalité du Suriname, ancienne colonie néerlandaise située entre le nord du Brésil et le sud-est du Venezuela, se trouvait dans sa chambre avec sa jeune petite amieTous deux passaient quelques jours dans la clinique précitée, spécialisée dans la perte de poids par le jeûne contrôlé par des médecins. De grandes fortunes du monde entier y affluent pour perdre quelques kilos, faire du sport dans d’immenses jardins sous le chaud soleil de Marbella, améliorer leur santé avec des traitements médicaux ou se détendre avec des cours de cuisine. Le Buchinger n’est disponible que pour les chéquiers riches. La suite la plus chère coûte 37 677 euros si le plan «jeûne classique» est choisi pour un séjour de 21 jours. »  Wouter se cachait habituellement jusque là dans le manoir de Jacinto Santos Viñas au pied du mont Castrove, où, selon la police, il séjournait encore lorsqu’il a conclu ses accords avec les mafias galiciennes. Ou  dans  ses propriétés luxueuses à Marbella ou à Lisbonne, les derniers endroits où il a été vu vivant (ici à droite). Et, croyez-le ou pas, celui qui a signé son certificat de décès par « crise cardiaque » et autorisé son incinération n’est autre que le médecin de la clinique de beauté de Marbella dans laquelle le trafiquant de drogue était un habitué… comme client (très) fortuné, genre à qui on ne peut rien refuser… A peine sa mort annoncée, et la procédure contre lui arrêtée de facto pour cause de décès, une communication judiciaire venue de Curitiba (dans l’État du Paraná, Brésil) révélait la fausse identité de Paul Wouter… Hélas un peu trop tard il semble bien !

« Aujourd’hui, près de deux ans et demi plus tard, Paul Wouter est mort. Son corps a été incinéré l’été dernier. C’est du moins ce que dit le rapport sur la mort et l’incinération que les avocats doivent présenter au tribunal. Cependant, Interpol recherche depuis quelques jours un homme avec le même visage et les mêmes empreintes digitales. Son nom est Sérgio Roberto de Carvalho, un ancien militaire brésilien basé en Europe accusé de diriger un gang qui aurait envoyé 45 000 kilos de cocaïne sur le continent chaque année. Les enquêteurs savent que Wouter et De Carvalho sont la même personne. Ils pensent que le premier a simulé sa mort pour qu’un tribunal galicien, comme cela a fini par se produire, intenterait une action pour la découverte de 1 732 kilos de  poudre blanche d’une pureté de 84,8% interceptée en haute mer au large de Ribeira (Porto). Le même jour, il subissait un jeûne contrôlé à Marbella. Le casier judiciaire du major Carvalho, comme on l’appelle au Brésil après avoir travaillé pour la police militaire, est vaste. En 1997, il a été reconnu coupable de transport de 237 kilos de cocaïne, selon différents médias brésiliens. En juillet 2019, il a appris que la justice de son pays, dont il avait fui, l’avait condamné 15 ans de prison pour blanchiment d’argent à travers une dizaine d’entreprises. »

Sergio Roberto de Carvalho avait aussi on le rappelle comme pilote attitré notre fameux pilote éleveur et agriculteur de Goiânia, Ilmar de Souza Chaves, alias «Pixoxó», arrêté à bord de son Cessna à à Campo Grande, dans le Mato Grosso do Sul. Celui-là avait commencé sa carrière en juin 2006, arrêté en train de transporter 195 kilos de cocaïne dans la région de Bella Vista Norte, dans la ville de Bela Vista (MS). Son avion saisi et gardé dans le hangar de l’aéroport international de Ponta Porã, à 323 km de Campo Grande, à la frontière avec le Paraguay a été mis en vente,  évalué à 800 000 reais, un des 23 avions saisis dans l’opération Cavok démarrée le 5 août 2020. C’est le Cessna Aircraft 210L blanc et bordeaux, immatriculé PR-OLO (N°21061556) C’est désormais le PR-USS, de Maria Aparecida Alves Nunes, et il a changé de look depuis (il est ici à droite). « Mais pour Paul Wouter, avec un manoir de deux millions d’euros dans une urbanisation à Marbella et se déplaçant en avion privé dans les aéroports espagnols, l’argent n’était pas un problème. Les agents de la police nationale ont trouvé 50 000 euros emballés sous vide dans le coffre-fort de sa chambre. Changer pour quelqu’un comme lui, au fond… » 

« Parmi les opérations les plus importantes attribuées au cartel extrêmement puissant de Sergio de Carvalho figurent six grandes saisies (toutes des centaines de kilos) loin de la mer, dans la région de Sao Paulo, en direction des ports francs de l’organisation, mais aussi la saisie de deux avions qui volaient directement vers les environs des docks, tout cela pour approvisionner les navires dirigés vers l’Europe.

Il se démarque également d’une tentative par la route traditionnelle très similaire à celle entreprise avec le Titan III, mais avec le Wood: un navire qui a tenté de traverser l’Atlantique mais a été capturé avant d’atteindre le Cap Vert.

Enfin, une curiosité: le Major a envoyé 1 000 kilos de coca à Dakar dans des véhicules Renault » (c’est le coup des voitures Kwid : il y en avait 19, la drogue étant dans leur coffre, le transporteur étant un roro de Grimaldi, lire ici ses aventures. Le Titan III étant ce remorqueur de 28 mètres intercepté aux Açores en mai 2018 et conduit au port de la Luz, en Las Palmas de Gran Canaria, porteur de 2 500 kilos de coke chargés au large du Venezuela (photos ci-dessus). Le Wood était lui une coque de noix (ici à droite), un bateau de pêche plutôt en mauvais état intercepté à deux heures du matin le 22 mai 2019, au milieu de l’océan Atlantique, au large du Cap-Vert, à 4 000 km de Lisbonne, un navire battant pavillon brésilien qui devait logiquement transférer la drogue à bord d’un autre navire. A l’intérieur il y avait sept hommes, des pêcheurs très pauvres et plus d’une tonne de cocaïne à destination de l’Europe. Le lundi suivant ils étaient ramenés à la base navale d’Alfeite, à Almada par un escorteur portugais.

 

Un vol direct Brésil-Portugal avec 170 kilos de coke !

A force de voir le Portugal cité on se dit que l’on va bien finir par tomber sur un jet qui va faire un jour ou l’autre directement le trajet pour amener de la coke. Bingo, le 13 octobre dernier avec un avion atterri le 6 juin dernier à Lisbonne (Portela), et qui pour le moins inattendu : en fait de jet c’est plutôt un vieux coucou, car il date de 1963 (comme prototype !). Il afficherait en effet plus de 50 ans (57 au compteur) : pas tout à fait, car celui-là a été construit en 1985 seulement (il n’a que 35 ans, donc, c’est l’ex 4X-CUJ, N440WW, ou N220DH de Dan A Hughes Management Llc de Beeville Texas qui l’avait vendu au Brésil en 2007 déjà) ! La presse portugaise à scandales (comme ici à gauche le Correio da Manha) en fait aussitôt ces choux gras et parle d’une « fortune à son bord » : elle n’a pas tort, il y a dedans 170 kilos de coke dans huit valises, d’une valeur de 6 millions d’euros.

C’est néanmoins un vétéran resté dans son jus (qui a encore de l’allure) que cet ex Rockwell devenu Westwind 1124A, fabriqué par Israel Aerospace Industries et immatriculé PP-SDW. Un vieil avion réputé, qui semble encore avoir la cote : il avait été proposé à la vente en 2017 au tarif de 800 000 dollars. Selon la police  » l’avion a effectué plusieurs voyages ces derniers mois entre les deux pays, déguisé en transport de dirigeants, toujours avec une escale dans l’océan Atlantique ». Il n’aurait pas pu tenter le vol direct : son rayon d’avion, réservoirs pleins, est de 2 200 miles nautiques (4 000 km, et New-York-Lisbonne fait quand même 5422 km ).

En tout cas le 29 septembre on sait où il était : il avait fait ce jour-là un petit saut de puce de Marilia à Para de Minas, (l’aéroport monopoliste de 1 300 m, plutôt discret, appelé Santos Dumont, sur lequel il n’y a jamais de jets d’aperçus !) se rapprochant de son lieu de décollage vers l’Europe.

Le Westwind saisi à Lisbonne est enregistré au nom de « Supreme Locadora de Veiculos Comercio e Fabricacao de Pecas Ltda », une société de location à Belo Horizonte. Une entreprise qui est enregistrée comme faisant « du transport routier de marchandises, à l’exception des produits dangereux et des déménagements, interurbain, interétatique et international »…  Son responsable s’appelle Alexsander Leonidas Dos Santos assisté de Rafaela Goncalves Fonseca. L’avion venait juste d’être acheté à Rosanna Miccoli la responsable de Eber Bio Energia e Agriculture, sa propriétaire précédente. Ce qui en fait un « one shot » donc : acheté (à bas coût) pour l’occasion uniquement.  Selon le Correio da Manhã, le jet avait effectivement été acheté, mais en 2017, pour une valeur de 750 mille dollars: aujourd’hui un tel engin se négocie à beaucoup moins la moitié disons. Selon la police, « deux Portugais et trois étrangers, âgés de 26 à 44 ans, ont été arrêtés et sont détenus pour une quantité de cocaïne équivalente à 1 750 000 doses ». «Le confinement dû à la pandémie a presque éteint le trafic aérien. Les réseaux se sont adaptés et cette saisie le montre », a déclaré ce lundi Artur Vaz, directeur de l’Unité nationale de lutte contre le trafic de stupéfiants. Selon Vaz, les opérations de police contre les gangs doivent se poursuivre, car ils utilisent d’autres moyens pour transporter la drogue en Europe ».

Si les Bandeirantes s’y mettent aussi…

Jusqu’ici un avion « historique » du Brésil manquait à l’appel : l’EMB-110 Bandeirante, le premier avion commercial lancé en 1968 par Embraer et qui a véritablement lancé la société brésilienne. Grâce aussi il est vrai à l’ingénieur français de talent Max Holste, celui notamment du Super-Broussard, ex MH250 à moteurs plus modernes, qui deviendra le Nord 262, il avait été écarté de sa propre société par… Cessna !!!). Il peut accueillir jusqu’à 21 passagers et est toujours largement utilisé par les compagnies de taxi aérien à l’intérieur du Brésil et à l’étranger où il sert à tout avec sa large porte cargo arrière. Très robuste, il en reste encore une quarantaine en état de vol sur les 501 produits jusque 1990. Celui-là à été découvert remplis de cartons de drogue (ici à gauche; il y en avait 32 au total) sur l’aéroport -minimaliste- de Catolé do Rocha (du nord-ouest de l’État de la Paraíba c’est vers la pointe nord est du Brésil, à 250 km du port de Natal), un aérodrome fort discret, à la piste d’un peu plus de 1 000m seulement, où sont donc rarement aperçus des jets sauf celui repéré ici en 2018 et qui semble être un Cessna Citation (un CJ2, modèle 525), à la limite donc de la piste. On serait curieux de savoir ce qu’il était venu y faire, tiens…

L’avion saisi portait l’immatriculation PT-SGM, intercepté par la police militaire de Paraíba. A bord, quatre personnes venues de São Paulo, dont le pilote et le copilote. Ils amenaient au moins une tonne de drogue sur place !!! Le Bandeirante est enregistré auprès de l’opérateur NHR Táxi Aéreo, une société bien connue de Sorocaba (ci-dessous au Curitiba Afonso Pena Airport le 20 octobre 2017). Le propriétaire étant Express Aviation Táxi Aéreo :

Le 15 décembre, l’ANAC retirait préventivement son autorisation de voler à la compagnie aérienne de taxi, la rendant donc responsable du trafic. Le fait que parmi les 4 personnes arrêtées il y avait deux des membres d’équipage et deux escortes envoyées par l’entrepreneur de transport semblait sceller le cas de l’entreprise en effet.

Pas de Brésil sans hélicoptère…. Robinson

Le 21 décembre 2020  l’année brésilienne se termine avec l’un des rois des cieux là-bas, j’ai nommé le petit hélicoptère Robinson, modèle 66 cette fois surpris dans un champ de Corumbataí do Sul, au centre-est du Paraná, plutôt bien chargé avec 430 kilos de cocaïne dans des cartons.
C’est simple, il y en a partout, dedans.  Avec pas loin de son lieu d’atterrissage une camionnette pick-up Wolkswagen « Robust » pleine de carburant pour avions (300 litres), pompe de ravitaillement comprise.

L’engin est immatriculé PR-IZE, chez Prana Petroquima LTDA, opéré par Quimigel Ind.Com.E Serv.Aer. Esp. LTDA. L’entreprise a 16 dossiers de justice derrière elle. En voilà un de plus !

 

 

Un Falcon d’élevage ?

Le 21 février dernier (2021) saisie dans un hangar d’un gros jet et à ses côtés un Beechcraft 200. Le jet a trois réacteurs et à l’arrière fort reconnaissable est un appareil de chez Dassault, visiblement : un Falcon 900B, à coup sûr. Un autre empennage dans le fond du hangar est celui d’un vieux Norman-Britten à aile haute indéterminé (mais peut-être bien le PT-KTR, BN-2A-27, d’ Aero Star Táxi Aéreo, habitant lui aussi les lieux). Il est annoncé dans le même site de vente... Le Falcon s’apprêtait juste à partit lorsqu’est survenu un « dysfonctionnement » selon le récit de la presse, l’occasion saisie par la police pour le fouiller et de découvrir 500 kilos de coke à l’intérieur. Cinq personnes sont arrêtées, trois membres d’équipage et deux passagers. Il ne faut pas beaucoup de temps à notre limier préféré pour retrouver l’oiseau : il ne s’appelle pas Falcon pour rien. C’est bien en effet le F900B-135 d’Omni Aviation, Lisbonne, immatriculé CS-DTP, photographié ici par Rafael Costa le 2 octobre 2020 au Fortaleza Pinto Martins aiport, au Brésil. Un habitué des traversées, donc :

L’avion est bien… portugais et l’on retrouve vite aussi son propriétaire, donc. Installé à Porto Salvo, au Portugal, le même possède aussi Omni Taxi Aereo, Ltda à… Rio de Janeiro, au Brésil.  L’avion à sa gauche sur le cliché intrigue un temps: en jouant davantage dans les vidéos, un bout de son immatriculation est laissée visible par une police méfiante, donc,  ou qui ne souhaite pas communiquer dessus. En énumérant tous les Beechcrafts brésiliens dont les lettres finales pourraient être en OL, ou JL, on finit par trouver l’oiseau. Les registres, ça sert à être lus. Les deux appareils, à l’évidence, ont certainement transvasé dans leur hangar la coke, le bimoteur à hélice ayant servi en ce cas de rabatteur à partir de pistes de fortune pour préparer le vol transatlantique à partir d’un aéroport conséquent : on est en face de toute une organisation ailée ! C’est le PR-YJL en réalité.

L’avion mis en vente révèle le nom de son vendeur, il s’appelle Vinicius Pires et habite São Paulo. Il annonce fièrement avoir deux bureaux, un à José dos Campos et un à Brasília et un autre encore à Fort Lauderdale en Floride : nous revoici dans le monde interlope des brockers du sud des Etats-Unis, qui sévissent depuis des lustres. et déjà cité des dizaines de fois ici. C’est le président de Global Aircraft Group, où l’on retrouve effectivement notre Beech au milieu de Pilatus PC-12 et de deux Falcon Dassault, un 900 B et un 900C. Tous deux sagement pris en photo pour que l’on ne distingue pas leur immatriculation !!! Le premier laisse finalement un cliché avec son origine : c’est le PH-STB, le N°194 chez Dassault chez les Falcon 900Cn qui a démarré F-WWF et N286MJ. Le PR-YJL datant de 2000, modèleBB-1725, nous indique qu’il appartient à une société appelée JL Epreedimentos et Participacoes Ltd, et qu’il lui a été refusé droit de faire dans l’aéro-taxi. La raison sociale de la société selon les registres brésiliens est de faire dans « l’élevage ovin pour la coupe, Production de fumier de bétail pour la coupe, Elevage de bétail pour la coupe, Elevage de bovins reproducteurs pour la coupe, Production de bovins pour la coupe, Elevage de bovins reproducteurs pour la coupe »… Décidément, la chnouf mène à tout au Brésil !!!  En tout cas, on a désormais la preuve d’une pratique courante, confirmée par le prédécesseur 4X-CUJ : on traverse aisément l’Atlantique avec de gros chargements de coke, juste la demi-tonne, en jet. Et là, ça devient grave en effet…

Un petit tour de nostalgie…

Le 31 décembre, le journal La Nacion nous rappelait une chose importante : c’était (déjà !) le 10 ième anniversaire du vol de 944 kilos de cocaïne d’une valeur de 32 116 000 euros dans un jet privé, du Brésil à l’Espagne directement, d’Ezeiza à Prat de Barcelone plus exactement. « L’avion transportait un seul passager, l’homme d’affaires Gustavo Juliá Noceti. Les membres d’équipage étaient son frère, Eduardo Juliá Noceti, et Matías Miret,  » rappelle-t-il, et l’appareil était un Bombardier Challenger 604, ses deux pilotes les deux fils du général de brigade Joseph Julia, Mathias le fils de Gaston Miret lui-même le propre fils du général de brigade José Miret, qui était secrétaire de la planification au cours de la dictature de Jorge Videla. Miret avait été condamné, mais pas à 13 ans de prison comme Gustavo et Eduardo Juliá, déclarés les deux organisateurs du vol.  « Eduardo Juliá, qui est pilote d’avion et avocat, est déjà avec sa famille chez lui dans une maison de campagne bien connue du quartier de Troncos del Talar, près de Nordelta, et il a pu être vu dans une histoire Instagram publiée par sa fille. Il est en probation depuis le 1er septembre dernier, lorsque la justice a autorisé sa libération de la prison fédérale de Marcos Paz. Il a 60 ans et avait été extradé par les autorités espagnoles en mars 2017 . » « Son frère Gustavo, qui était celui qui a signé le contrat de location du Bombardier Challenger 604 où la drogue était cachée pour son trafic vers le Vieux Continent, a obtenu une libération conditionnelle quelques mois plus tard. Comme LA NACION a pu le découvrir , il vit aujourd’hui en Espagne ». (Lire ici le dossier sur l’avion et l’affaire).

L’avion avait été acheté en fait en leasing aux USA : « L’enquête ultérieure menée en Espagne et en Argentine a déterminé que la drogue avait été chargée dans l’avion de l’aérodrome de Morón, où se trouvait l’avion depuis le 6 novembre 2010 (le lendemain de la signature de Gustavo Juliá dans l’Oklahoma, aux États-Unis, The Aircraft Leasing Contract) jusqu’au 30 décembre de la même année, date à laquelle il a été stationné dans un hangar de l’aéroport international d’Ezeiza jusqu’au jour du vol (…) »

Et la drogue était à coup sûr colombienne : « bien qu’ils n’aient jamais pu être identifiés, une enquête du juge pénal économique argentin Alejandro Catania a révélé que deux mois avant d’être arrêté à Barcelone, Gustavo Juliá avait loué un appartement dans le quartier de Buenos Aires à Retiro où les suspects présumés avaient séjourné. représentants des propriétaires de l’envoi de cocaïne. C’étaient trois citoyens colombiens. Au procès, Gustavo Juliá n’a fait aucune référence à ses invités d’honneur. » Dix ans déjà que ça dure. Et que ça ne s’arrête jamais non plus ! Nota : j’ai expliqué ici ce qui s’était passé et ailleurs bien avant encore, dès le 25 mars 2011). On s’était aperçu lors de leur procès qu’ils avaient déjà fait auparavant une dizaine de voyages au moins, avec également un autre avion, le Hawker Hawker loué à une compagnie de Fort Lauderdale, et immatriculé N348MC, chez International Auto Brokers Inc… qui était longtemps resté sur la base espagnole de Moron (ici à gauche : un avion de trafiquant au milieu d’une base militaire, et ça ne semblait gêner personne !!!). Un dernier point important : il y avait un 4eme homme bord dont le procès à soigneusement évité de parler : « un procureur expert du renseignement, qui a l’habitude de décrypter les données n’a pas donné d’avis sur l’avion venu de l’étranger vers le Cap-Vert, mais ses sources suivent la piste d’un cadre supérieur du magnat russe David Yakobashvili, qui, selon le magazine russe des Finances, est co-propriétaire de l’entreprise Wimm-Bill-Dann. Yakobashvili est le propriétaire d’un avion Gulfstream GV-SP, évaluée à 45 millions de dollars et d’un Bombardier Challenger 604, donné pour 28 millions de dollars : un modèle identique à celui utilisé par Julia de Buenos Aires pour rejoindre les îles du Cap-Vert l’Afrique, puis vers Barcelone »…  On marchait déjà sur des œufs (diplomatiques) il y a 10 ans, pensez-bien que ça n’a pas beaucoup changé depuis… Moron, on le rappelle aussi, est une base… militaire, utilisée par les USA (et, le comble, par un détachement permanent de services des douanes espagnoles)  !!

(1) peut-être bien aussi pour cet épisode, qui sait :

 

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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