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Coke en Stock (CCCXLIV) : Au Honduras, « ça se pose comme des mouches »

C’est le président lui-même, Juan Orlando Hernández, qui a utilisé récemment l’expression : dans son pays, selon lui, les avions chargés de cocaïne « se posent  comme des mouches », a-t-il affirmé en commentant sur Twitter le dernier gros arrivage survenu le 4 juillet dernier près de Brus Laguna, dans la Mosquitia. A croire que rien n’a changé depuis que l’on évoque ce pays et cette région particulière, devenue véritable cimetière d’avions incendiés ou détruits lors d’atterrissages ratés… des avions qui pour la plupart viennent eux aussi… du Venezuela, on y revient encore une fois !

Je vous l’avait dit en septembre 2018 au retour de vos vacances, carte à l’appui (ici à droite) : le Honduras était de retour, comme zone d’attraction des atterrissages d’avions chargé de cocaïne. Si les barques rapides et autre semi-submersibles (ici en rouge) choisissaient plutôt la voie Pacifique (via les Galapagos même parfois comme on l’a vu dans un épisode récent), les avions eux (en jaune) se tournaient plutôt vers le Golfe du Mexique, en arrivant massivement au Quintana Roo (Mexique), au Belize et sur la côte Est du Guatemala pour les plus gros.  Toute une nuée d’avions plus petits se rabattaient vers le Honduras, plus facile à atteindre en partant… du Venezuela, en très forte majorité comme on l’a vu.  Et depuis ce phénomène n’a pas cessé. Bien au contraire ! InsightCrime avait conclu de même le 14 octobre 2020, après deux années à avoir décompté tous les arrivages. « Le 28 septembre, selon le média hondurien Proceso Digital, les forces armées honduriennes ont utilisé des explosifs pour détruire une piste d’atterrissage illégale utilisée pour le trafic de drogue à Brus Laguna, une municipalité du département de Gracias a Dios. Il s’agit de la 31e piste illégale à être détruite cette année au Honduras, où plus de pistes seront probablement découvertes qu’en 2019, où 36 avaient été détruite. Les 31 pistes cette année ont été découvertes dans la jungle de La Mosquitia, dans les Caraïbes. côte du Honduras. En 2019, la grande majorité des pistes ont été trouvées dans la même région de Gracias a Dios. Les saisies de cocaïne sont également en augmentation, les 2 218 kilogrammes saisis en 2019 étant déjà dépassés par les 2 830 kilogrammes interceptés jusqu’à présent cette année ». Récemment, le président a évoqué la saisie de… 11 tonnes déjà et nous n’en sommes qu’à la moitié de l’année !!! Les chiffres ont littéralement explosé !! En mer aussi, la zone du Golfe du Mexique voit son trafic augmenter ; ici en avril dernier la saisie de 93 kilos de coke dans une barque au large des Iles de la Bahia, sur la côte du Golfe du Mexique du Honduras.

En 2018 déjà, le même InsSight Crime avait annoncé que le pays s’engageait dans une voie sans issue, malgré l’achat de nouveaux équipements anti-drogue : « après 2014, lorsque le Honduras a acquis des systèmes radar et adopté une loi autorisant l’abattage d’avions soupçonnés de transporter de la drogue – une politique qui a incité les États-Unis à cesser temporairement de partager des renseignements sur les vols de drogue – de nombreux acteurs criminels ont simplement adopté de nouvelles méthodes. Par exemple, les avions volant au-dessous d’une certaine altitude ne sont pas facilement détectés par les systèmes radar, et des rapports indiquent que certains responsables de la sécurité honduriens ont peut-être accepté des pots-de-vin pour fermer les yeux et laisser passer les expéditions. » Bref, que la technique coûteuse ne servait à rien !! Quelques milliers de dollars versés ici et là, et le radariste n’avait rien vu ! La corruption (parfois placée très haut) est bien supérieure à la technicité, c’est bien connu !! Et au Honduras ça fait des ravages!

L’analyse de Insight Crime était sans appel : « l’augmentation du trafic aérien au Guatemala et au Honduras révèle une tendance parallèle : la réactivation des routes terrestres d’Amérique centrale par lesquelles la cocaïne est ensuite transportée. Les narcovols qui arrivent au Honduras alimentent en partie les routes terrestres vers le Guatemala, un pays avec lequel il partage une frontière de 244 kilomètres. Le Guatemala a longtemps été le joyau de la couronne du réseau de trafic de drogue d’Amérique centrale, car il borde le Mexique et a accès aux côtes des Caraïbes et du Pacifique. Les routes maritimes, en particulier le long du Pacifique, permettent également le passage de la cocaïne par voie terrestre du Guatemala au Mexique. L’augmentation du trafic aérien est peut-être le résultat de l’augmentation historique de la production de cocaïne en Colombie et de l’utilisation croissante du Venezuela comme tremplin pour les pays d’Amérique centrale. Le Honduras est important dans ce contexte pour plusieurs raisons, comme le fait que quatre pour cent des expéditions de cocaïne arrivées aux États-Unis en 2019 ont initialement transité par voie aérienne ou maritime dans le pays, selon le Rapport sur la stratégie internationale de contrôle des stupéfiants. 2020, du Département d’État des États-Unis. De plus, la majeure partie de cette cocaïne voyage du Honduras par voie terrestre jusqu’au Guatemala, d’où elle poursuit son voyage vers le nord. » Preuve photographique récente  de ce fléau routier : la saisie d’une demi tonne de cocaïne transportée dissimulée dans un petit camion citerne de produits chimiques (appartenant à Hondugas) intercepté à Limones dans la région d’Olancho le 29 juin dernier, avec 488 kilos exactement à l’intérieur de la citerne.  Son piloté âgé de 27 ans s’appelant Kennett Oswaldo Bonilla Rogel et étant natif de San Pedro Sula. Comme Hondugas distribue aussi des bouteilles d’oxygène on peut supposer que la circulation de ces camions avait été facilitée par le Covid19, dont les soins en réclamaient. En mars, 200 kilos avaient été saisis sur un camion dans dans le département de Cortés, dans la partie Caraïbe du pays. En fait de drogue c’était un autre produit lié à la production de cocaïne qu’il transportait : « la cargaison était transportée dans un conteneur qui est entré dans la National Port Company, à Puerto Cortés, et selon une enquête, le produit chimique a été envoyé comme « encre d’imprimante ». La substance saisie est du méthyléthylcétone, connue sous le nom de 2-butanone, qui est interdite au Honduras car elle est « illégalement utilisée dans des laboratoires clandestins dans le processus de fabrication de chlorhydrate de cocaïne », selon la police. Entre 2014 et 2020, les forces de sécurité honduriennes ont démantelé 25 laboratoires de fabrication de drogues de synthèse, détruit plus de 300 pistes clandestines détruites, 228 000 plants de coca et plus de 3 millions de marijuana, selon les chiffres de la Force nationale interinstitutionnelle de sécurité (FUSINA) »… 

En juin 2020, 1200 litres de précurseurs chimiques cachés dans 145 cartons contenant des bouteilles plastique  avaient été découverts à San Pedro Sula, au nord du pays  (cf ci-dessus à gauche et à droite). Tout cela conduisait obligatoirement à des labos clandestins, se disait-on.. Bingo, le 10 mars 2021 on annonce la découverte du premier du genre. Le labo ci à droite avait comme couverture une plantation de café dans une région reculée du Honduras connue sous le nom de Cerro Negro, située à environ 175 km à peine (100 miles) au nord de la capitale. Les autorités affirmant qu’il était « certainement » tenu par des mexicains, les autochtones eux évoquant plus directement l’arrivée régulière d’hélicoptères dont étaient descendus des  gens parlant avec un accent mexicain… Quant à savoir si les barons mexicains de la coke se promènent effectivement en hélicoptère, on en a eu une petite idée le 16 avril 2019 quand un de ces engins, un Bell 206L LongRanger bleu et banc, immatriculé à la louche XB-PQH sur l’avant, chose inhabituelle, s’était écrasé, à El Rincón de Cristo et la police accourue aux secours avait été accueillie par des tirs nourris en provenance d’hommes venus en nombre. Le pilote de 59 ans originaire de Morelos avait été tué et trois femmes à proximité du crash blessées. On soupçonnait l’appareil d’être le moyen de transport de la nouvelle terreur qui monte dans le Cartel de Jalisco, à savoir Nemesio « El Mencho » Oseguera, l’assassin décapiteur aux allures de freluquet, ancien allié d’El Chapo Guzman. L’unité de police appelée de Sultepec d’une trentaine d’hommes était tombée sur des hommes puissamment armés et six gros pick-up entourant la scène. Des rumeurs de morts des deux côtés avaient vite fleuri, démenties par la police. On affirme depuis que l’hélicoptère, alors en location, aurait subi en vol le feu des policiers qui l’auraient confondu avec  un autre. L’affaire n’est toujours pas éclaircie à cette date. Tirs policiers en premier ou pas, c’est l’accueil des secours par un gang au complet tirant dans tous les sens qui laisse entrevoir plutôt la version première comme étant la bonne : le pilote décédé ne présentait aucune impact de balles sur lui.

De la coke partout, grâce à Dieu (à Gracia a Dios)

En attendant que le pays ne l’éjecte, ce président fantôme, il peut donc bien déplorer que les avions pleins de cocaïne venue du Venezuela continuent à déferler sur son pays. Il ne fait rien pour l’en empêcher ! L’année 2020 a vu  un nombre important d’appareils venir se poser pour  amener de la coke, comme on l’évoqué déjà ici, et idem pour 2021.  Cela a commencé pour cette année dès 1h 25 du matin le dimanche 27 janvier à Gracias a Dios, à la frontière avec le Nicaragua et un avion que l’on affirme avoir été poursuivi et qui s’est écrasé en tentant de se poser sous la contrainte. Au sol ce n’est plus qu’un tas de feuilles tordues, un des plus. L’avion cette fois s’était écrasé  et avait pris feu; il transportait au moins 600 kilos de cocaïne (et pas mal d’essence encore à voir ses bidons au sol ici à droite), « vraisemblablement en provenance d’Amérique du Sud » selon les autorités. Il avait lui aussi été poursuivi avant son crash par hélicoptère de l’armée. Arrivé sur place, cet hélicoptère se fait aussitôt tirer dessus par les trafiquants (cf les deux clichés ici à gauche avec les impacts) qui cherchaient à récupérer ce qu’ils pouvaient de la cocaïne. Deux trafiquants blessés par balles sont arrêtés. L’avion était en effet fort attendu. Un journal précise en effet « L’arrestation d’un citoyen recherché est signalée à 60 mètres de l’endroit où s’est écrasé l’avion narco, qui, selon l’histoire, est originaire de Maraita, Francisco, Morazán et était en compagnie d’environ 60 personnes qui voulaient décharger la drogue du avion », ont souligné les autorités ». L’avion est un habitué comme modèle, en 2018 sur la côte toujours à Gracia de Dios, le même type d’appareil avait joué au sous-marin sur la plage (ici à droite), et en décembre 2020 c’était encore le même. La Mosquitia, c’est sûr, attire particulièrement les Piper Navajo comme des mouches, donnant raison au président ! L’exemplaire du jour quoi que broyé et calciné, qui a réussi à se poser sur un terrain très humide et a été incendié après  nous révèle malgré tout son identité :

La dérive blanche, grise à mince filet rouge et une aile encore intacte révélant trois lettres suffisent à nous conforter : l’avion venait de loin : c’est bien un Navajo brésilien, le PT-IGR, photographié ici en 2017 sur le tarmac de l’aéroport Deputado Luís Eduardo Magalhães de Salvador, la capitale de l’État de Bahia et à droite ici à Rio de Janeiro sur l’aéroport Santos Dumont.

Aucun doute possible l’avion est resté tel quel dans ses couleurs d’origine ! Ironie de l’affaire : l’hélicoptère qui l’a poursuivi est l’un des 5 reçus en provenance du Brésil en 2019 (avec un C-130H) à la suite d’accords de coopération passés !

Toute l’ambigüité hondurienne est là en fait, ainsi que celle des Etats-Unis: « le Honduras a mis en vigueur ce lundi (le 3 mars 2018) une loi qui autorise l’armée de l’air à abattre des avions de trafic de drogue qui transportent de la drogue d’Amérique du Sud vers le marché américain, ont rapporté des sources officielles. La loi, approuvée le 18 janvier par le Congrès, établit que « dans le cas où un aéronef non identifié ou non autorisé est détecté, il sera soumis à l’usage progressif de la force, à travers l’enquête, l’interception, la persécution et comme usage maximum la neutralisation définitive de la menace, qui sera ordonnée par le secrétaire à la Défense ». Le président du Congrès précédent et actuel président du Honduras, Juan Orlando Hernández, qui a pris ses fonctions le 27 janvier, a fait la promotion de la loi malgré le fait que les États-Unis s’opposent à de telles actions par crainte d’erreurs. « Il y a une coïncidence totale que personne ne veut voir des avions innocents abattus », a déclaré le tsar américain de la drogue William Brownfield le 12 février lors d’une visite au Honduras » (Broomfield a été auparavant ambassadeur des États-Unis au Chili, au Venezuela puis en Colombie) Le général rappelant les (maigres) forces dont il dispose : « le Honduras doit disposer d’une force aérienne actuelle qui réponde aux demandes de son peuple » et a assuré que la Force aérienne hondurienne (FAH) dispose de huit bombardiers A-37 Dragonfly, sept F-5, huit Tucano et sept à huit hélicoptères Bell-412. » Les Tucanos étant ceux de première génération qui ne disposent pas de mitrailleuses d’origine sur leurs ailes, de toute manière. Les américains avaient été traumatisés par l’histoire en 2001 d’une terrible méprise aérienne dans laquelle un avion péruvien avait abattu le petit Cessna Skywagon d’un couple de pasteurs transformé en hydravion et appartenant à un pasteur baptiste du Michigan et sa famille. Sa femme Veronica Bowers et leur fille Charity (?) seront tués, le pilote, Kevin Dondaldson, étant blessé avec le pasteur Jim Bowers et son fils Cory. Ici une poursuite de trafiquants abattus par des Tucanos colombiens en 2007. C’est la General Dynamics GAU-2B/A « minigun » de 7.62 mm installée  sur un Cessna A-37B qui avait tiré. Le pasteur communiquait avec la tour de contrôle au sol mais n’était pas sur la fréquence des avions suiveurs qui lui ordonnaient de se poser. Les derniers mots du pilote en vol seront « on nous tire dessus »…

Le Brésil et le Honduras c’est une vieille histoire nous avait raconté la Prensa en 2015, selon un processus bien réglé impliquant le Venezuela et des fonctionnaires grassement soudoyés  : « les autorités brésiliennes enquêtent sur la participation présumée d’hommes d’affaires du pays à un réseau de trafic de drogue qui a envoyé de la cocaïne produite en Colombie au Mexique, via le Venezuela et le Honduras, apparemment par le biais de pots-de-vin à l’armée et à la police, a rapporté aujourd’hui le journal O Estado de Sao Paulo . Selon le journal, les hommes d’affaires brésiliens auraient dirigé les opérations, obtenu les drogues auprès de membres des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et les auraient transférées au Mexique dans des avions qui ont quitté le Venezuela et traversé le Honduras, pays où ils ont soudoyé les responsables. du trafic aérien. Au Mexique, la drogue a été reçue par le cartel de Sinaloa et le gang Los Zetas, deux des groupes de trafiquants de drogue les plus violents de ce pays ». En schéma, en 2018, cela donnait ça : 

« Pour chaque vol, ils ont payé jusqu’à 400 000 dollars à l’armée vénézuélienne » qui a permis les opérations, explique O Estado sur la base de documents officiels obtenus de la police fédérale brésilienne. Les hommes d’affaires brésiliens, selon O Estado, ont été identifiés comme étant Paulo Flores, Ronald Roland et Manoel Gonsalez, qui ont été arrêtés et accusés de trafic de drogue, mais ont clamé leur innocence. L’État indique que la drogue est arrivée au Venezuela en provenance de Colombie et que les avions des hommes d’affaires brésiliens l’ont récupérée et l’ont transférée au Mexique avec la complicité de fonctionnaires vénézuéliens soudoyés et préalablement informés de chaque vol. Dans le cas du Honduras, O Estado affirme que des trafiquants de drogue ont soudoyé des policiers, qui ont reçu jusqu’à 200 000 dollars par vol pour permettre le passage des avions. » J’avais déjà évoqué cela ici en 2016. Avec en 2018 une mise au point qui affirmait que « Pour le Honduras c’est en fait une constante pour les trajets aériens seuls : une carte du trafic de 2015 donnait les mêmes trajets que ceux de 2012. Tous partent de l’Apure, au Venezuela.  » En 2018, le Honduras était même  devenu la première destination aérienne de la coke, avec l’arrivée de gros engins comme le Cessna 208B. Ce n’était pas le premier : un Cessna Grand Caravan avait déjà été saisi le 2 novembre 2010 par les autorités honduriennes dans la zone de Las Marías, près de Brus Laguna, région de La Mosquitia, à 650 kilomètres au nord de Tegucigalpa… Cela fait plus de 10 ans que ça dure ce cirque !

Nouvelles voies… et une autoroute controversée

La drogue arrivée par avion sur la côte doit encore remonter le pays pour arriver au Mexique comme destination finale. Par la route, cette fois. Leur qualité est fort mauvaise, dans tour le pays. Ce sont même  les pires de l’Amérique Centrale ! Pour ça, donc, l’idéal serait… une autoroute bien sûr. Traversant une biosphère de 9571 kilomètres carrés, et à la clé une controverse, révélée par InSightCrime le 6 juillet dernier :  « l‘avenir d’une autoroute controversée au Honduras, considérée comme un vecteur de trafic de drogue, semble incertain alors que le gouvernement et les associations locales continuent de s’affronter. En juin, le vice-président de l’Institut hondurien de conservation des forêts (ICF), Ángel Matute, a annoncé que la construction d’une autoroute à travers la région de la jungle de La Mosquitia était suspendue, reliant les départements d’Olancho et Gracias a Dios, deux centres importants. pour trafic de drogue et exploitation forestière illégale dans l’est du Honduras. Mais le 5 juillet, Mirna Wood Flores, vice-présidente de l’organisation communautaire afro-hondurienne Moskitia, a déclaré que les habitants défendraient le projet « avec nos vies ». Selon Wood, l’autoroute de 28 kilomètres a été autofinancée par les populations locales appauvries cherchant à améliorer la connectivité entre les communautés de Krausirpe et Wampusirpi ». Les intérêts des indiens rejoignant alors ceux… des trafiquants !! Sidérant !!! « Malgré les affirmations de Wood Flores, la route est construite sans les autorisations légales nécessaires, selon les informations recueillies par Proceso ».

Le 2 mars c’est un Cessna bien classique, modèle monomoteur Centurion, toujours à Gracias a Dios, qui est retrouvé incendié, complètement détruit. Il ne nous donne aucun indice valable pour retrouver son propriétaire (à part un peu de bleu sur l’empennage). L’avion, selon la presse, a été déclaré comme « intercepté », ce qui laisse dubitatif tant il y a derrière lui une longue aire d’atterrissage : le Honduras ferait-il comme le Venezuela en clamant partir avoir abattu des avions sans le faire réellement ? Ce genre d’engin est capable d’emporter jusque 400 kg de cocaïne !!

Le 13 mars les habitudes (les mauvaises) reprennent : au milieu d’arbustes et d’arbres, un bimoteur pointe la queue en l’air, il s’est retourné. Encore un de plus. C’est à Barra de Patuca, dans le département de Gracias a Dios, bien entendu, à quelques encablures de la côte (celui-là a évité de se vautrer sur la plage !).

L’avion est bleu foncé et blanc, il baigne le nez dans un petit ruisseau. Et c’est encore un (Embraer) Navajo (Piper PA-31) ! On n’a pas trouvé de corps à l’intérieur ni de drogue, déjà enlevés à l’arrivée des policiers. Selon l’armée, avait tenté d’atterrir à plusieurs reprises, mais il s’est écrasé à un kilomètre de la piste clandestine qu’il visait, peut-être bien à court d’essence (autour de lui des bidons blancs vides ont été éjectés sous le choc). En s’approchant de l’épave, les troupes ont à nouveau été confrontées à des échanges de tirs entre un groupe de trafiquants restés sur place. Rien en revanche sur sa provenance : on songe à nouveau au Brésil, pourtant… avec son prédécesseur le PT-IGR !!

En fait notre Navajo égaré à tout simplement raté la piste où l’on avait retrouvé le 20 juillet 2020 le gros Beechcraft N740P le nez enfoncé dans l’herbe (lui était encore plein de coke) : c’est exactement le même secteur, à 19,1 miles nautiques de la mer (30,7 km, exemple sur le téléphone ici à gauche) !! Lire le détail de cet arrivage.

Le 28 mars, encore un avion retrouvé posé (un dimanche, ils ne respectent même pas la trêve dominicale !) et à nouveau  incendié près de Wampusirpi, département de Gracias a Dios toujours (c’est un vrai porte-avions à coke !). Pas loin il y avait une maison-relais, mais sa fouille n’a rien donnée. Encore une fois on est arrivé trop tard. Là l’avion, un monomoteur,  semble être plutôt un Piper-Embraer, avec ces tôles ondulées d’empennage et ses volets idem, fort reconnaissables. L’avion n’est blanc et bleu, ses extrémités d’ailes rehaussées de bleu, avec un mince filet gris en arc sur la dérive verticale : suffisamment de détails qui permettent en limiers habitués de dégotter rapidement l’oiseau de départ, : un Corisco , autrement dit un Pier Arrow construit sous licence, que l’on trouve à profusion au Brésil, encore une fois !

Le 30 mars c’est le long Cessna 340 immatriculé N69355  (340A0203) évoqué dans l’article précédent sur le Venezuela. Retenons son chargement, cette fois intercepté, près à être embarqué sur la grande barque bleue qui l’attendait près de sa piste clandestine. Il amenait 272 kilos de cocaïne,  dans des paquets siglés « Reina ».. Un chargement estimé à 3 millions de dollars. L’avion avait été mis en vente le 3 décembre 2020.  Gag absolu : il a déjà été revendu à LDR Aviation Inc le 11 février 2021. Ça n’a pas tardé !!! A la même adresse réside Aeronics , société de vente de pièces détachées d’avions.  On peut penser raisonnablement qu’il ne volera donc plus et fournira les autres appareils de son espèce…  

Le 16 mai, changement de fournisseur, retrouvé lui aussi planté, après s’être parfaitement posé et avoir été vidé de son contenu. Bizarrement il porte encore sur son train principal, le nez de côté, car c’est tout son fuselage, ou plutôt lui seul, qui a été incendié… par des spécialistes (pour une fois l’empennage aussi à été réduit en cendres : or c’est un des éléments de reconnaissance parmi les plus évidents)  !!

Long fuseaux effilés au bout des ailes (ici renforcés de jaune ajouté en adhésif), train gracile, nez pointu et et effilé et réservoirs à coffres à bagages, toutes les marque de reconnaissance y sont : c’est bien un Cessna 310. Il est blanc à filets rouges doubles fort minces.

Particularité, dans le corps de l’avion incendié une arme a été retrouvée. Elle est en deux parties, que l’on a retenues ensemble après coup il semble avec une cordelette jaune. L’ensemble forme semble-t-il bien une Kalachnikov, qui a aussi perdu sa crosse. Elle semble avoir été brisée sous un choc dont on ignore l’origine exacte.

Un appareil à part 

Enfin le 4 juillet, c’est le retour d’une autre bête peu commune à un endroit fort couru également (Brus Lagunaet et son célèbre cimetière d’épaves d’avions) : un Beechcraft 100, trop souvent confondu avec le C-90 (il est plus long que lui d’un mètre et présente 5 hublots de cabine). Un avion immatriculé PP-VTD… qui ne trompe personne : c’est celui d’un Embraer EMB-810D Seneca III bleu et blanc (810873). Coup de chance, ce n’est pas un Beechcraft ordinaire : la série particulière a été dotée en 1975 de moteurs plus puissants à partir de l’exemplaire B205 ce qui se distingue grâce à ses longs échappements sur les côtés. Ce sont des Garrett AiResearch TPE-331-6-251B/252 qui alimentent des hélices Harzell à 4 pales pour 3 seulement pour ses prédécesseurs. On n’en a construit que 137, voilà qui devrait restreindre nos recherches. cette option du constructeur est en fait une sorte de « plan B » chez Beechraft. Au milieu des années 1970, une grève à l’usine Pratt & Whitney a en effet interrompu les livraisons de moteurs PT6A dans l’usine. Et puisque « le besoin est la mère de l’invention », selon le proverbe, Beechcraft ne voulant pas dépendre d’un seul fournisseur de moteurs s’est alors équipé de la turbine Garrett à la place, en modifiant les fuseaux moteurs et en rallongeant l’avion d’un mètre pour compenser et le rééquilibrer.

On trouve le même moteur de 1000 cv sur le Rockwell 690A/B/C devenu Dash 10 Supreme Commander (à hélices à 5 pales parfois !).  Sur l’appareil saisi, on distingue en effet l’énorme pipe d’échappement située plus en retrait et plus basse que d’ordinaire, ainsi que le nombre de pales, qui sont bien au nombre de quatre. Une photo du cockpit nous rassure ; c’est bien un modèle 100 aux équipements désuets. L’intérieur, comme à l’habitude a été strippé de tout décorum ou sièges, le plancher est nu pour accueillir des balles de 30 paquets de coke et d’énormes fûts noir au contenant vraisemblablement de l’essence ; encore un qui vient de loin !

Pour ce qui est des candidats possibles de cet appareil relativement rare, donc, au transport de coke, un vénézuélien vient aussitôt à l’esprit, l’ YV2589 (BE-18) d’Inversiones 7373 C.A. On ne dispose que d’anciens clichés de lui c’est l’ N700TF, N93AJ; N93AJ, N95CM et N4218S  de 1977. L’avion a été re-certifié en 2015. Mais c’est tout ce que l’on sait de lui, hélas ! Un autre candidat s’avance, qui semble plus crédible, à voir la réputation de son propriétaire et le fait connu que les trafiquants, quand ils prennent la peine de repeindre leurs avions, ne s’embarrassent pas trop et ne font que recouvrir le modèle existant. Car il y en a un qui correspond parfaitement au schéma de couleurs de l’avion posé à Gracia a Dios. Et c’est un avion… brésilien, le PS-BLZ (ici à gauche, il porte bien des Garret TPE331, c’est le BE-66, l’ex N37PC de C. De Jesus Emerson). Une légende de photo préfixe que  « c’est l’un des rares Kings avec un moteur Garret TPE331 au lieu du PT6 dans des conditions de vol au Brésil, et le dernier à arriver dans le pays ».

Un cliché pris récemment de plus près de son avant (ici à droite) nous montre qu’on l’a pas mal trituré ces derniers mois de nombreux panneaux ayant été dévissés et revissés, visiblement, avant de le proposer à la vente : l’avion n’apparaît plus dans les publicités de la société. C’est un avion appartenant à Amazonaves Taxi Aero, créée en 1998, dont le moins que l’on puisse dire est que c’est une société à fort mauvaise réputation. Le 22 mai 2018 un grand Cessna 208B, PT-FLW de 1995, lui appartenant s’est écrasé pas loin de l’aéroport de de Flores (Manaus-Aeroclube), en approche de la piste 11. On avait mis en cause une surchauffe de la turbine, la surexploitation de celle-ci et le manque de formation à l’incident de son pilote pourtant chevronné de 55 ans, Clóvis Martiny, survivant du crash avec quelques égratignures seulement.

Plus grave avait été l’accident du 22 avril 2011 survenu sur l’aéroport international Eduardo Gomes de Manaus-Brésil, avec un Embraer EMB-810C Seneca II  (PT-EFS, N°810055) qui s’est écrasé alors qu’il tentait un atterrissage d’urgence peu après le décollage vers Santarém, dans le Pará. Sept personnes parmi les passagers et l’équipage avaient été tuées, dont le patron et créateur d’Amazonaves Taxi Aero, Antonio Picão Neto. ainsi que sa femme et leur jeune fils. L’homme traînait avec lui une casserole nous rappelle ici Extra : « Antonio Picão Neto était un homme d’affaires controversé en Amazonie. Le 25 octobre 2007, lui et son frère Geraldo Luiz Picão, associés chez Amazonaves Táxi Aéreo, ont été arrêtés par la police fédérale, soupçonnés d’être impliqués dans un stratagème de fraude dans le cadre d’appels d’offres à la Fondation nationale de la santé (Funasa) à Roraima. Amazonaves a participé à un appel d’offres pour fournir des services à Funasa, mais a perdu le litige et a néanmoins reçu des avantages financiers des gagnants de l’appel d’offres. Pour le PF, cette action montrait un jeu de cartes marqué dans les enchères de santé publique au moment de l’enquête du PF dénommée « Opération Métastase ». Malgré cela, on a élevé récemment un monument à sa mémoire portant au bout d’un mat un de ses premiers appareils, un monomoteur Embraer EMP-711 Corisco, ré-immatriculé à son nom. Picao Neto avait débuté le métier en 1979 avec les garimperos, en amenant de la nourriture, des médicaments, du carburant et les mineurs eux-mêmes vers les points les plus éloignés au milieu de la jungle Amazonienne. On connait le problème, ici… (lire aussi cet article). Chez Amazonaves Taxi Aero,  son premier avion avait été un Britten Norman Islander, les deux grand Caravan ayant été achetés en 2005 et 2006. La société détient aussi un Embraer Bandeirante, le PT-SHU, pouvant emmener une vingtaine de passagers. Ici l’avion est devant le hangar d’Apui, autre société d’aviation de Manaus possédant elle aussi un Bandeirante (PT-ODY). Sur cet appareil la société avait réduit en 2017 ses coûts en transformant le copilote en hôtesse chargé d’offrir des jus de fruit à bord... les temps sont durs, pour les aviateurs !

 

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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