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Coke en Stock (CCCXLI) : au Venezuela, l’état de Zulia en point de mire

C’est une vraie autoroute aérienne à coke qui s’est ouverte depuis plusieurs années maintenant entre le Venezuela et le Guatemala. La majorité des avions qui s’écrasent ou que l’on retrouve incendiés dans le Peten proviennent en effet du même pays et désormais de la même région : l’Etat de Zulia (tout le pourtour du lac Maracaïbo).

On y retrouve de tout, apportant la cocaïne à la tonne. Parmi eux de vieux coucous vaillants, des biréacteurs habitués (Hawker, Gulfstream, Sabreliner) des avions rapides bimoteurs à hélices (Beechraft Baron ou Fairchild Swearingen), voire d’anciens acrobates, tous déjà cités ici, ou même un miraculé comme vous allez le découvrir…

Le Guatemala comme porte-avions pour trafiquants

Le 20 mai, c’est un avion peu fréquent chez les narcos qui est retrouvé le nez dans l’herbe, train avant à San Andrés, Petén dans le Parc Laguna del Tigre qu’on ne présente plus ici tant il a servi de piste d’atterrissage aux narco-trafiquants depuis des décennies. C’est en effet un long IAI 1125 Astra, le 27 eme construit, immatriculé N388WA, datant de 1991, ex N199HE chez John Wing Aviation Inc, et ex 4X-CUJ.

En 2013 sous cette dernière immatriculation il a été vendu par Smyna Jet LCC à 2029 Aircraft Trust LLC, un accord entre deux sociétés de Floride la seconde située à Hollywood, Floride). L’homme qui se charge du Trustee acheteur s’appelle Andrew Sesq. Lee et habite Davie en Floride à une adresse qui est aujourd’hui celle de All Staff Health Services Inc où l’on vaccine du Covid19. Gag de l’affaire ; le dénommé Andrew est aussi le patron de Smyrna Jet, associé à Carlos Jose DR Hernanddo Sechi qui habite Madrid (en Floride) ! Trois plus tard,  le 1er novembre 2016,
la FAA informe son propriétaire que le certificat de vol de l’avion n’a pas été renouvelé et qu’il n’a donc plus le droit de voler ni de porter une immatriculation US en « N ». Ce qui n’a pas l’air d’avoir freiné beaucoup les trafiquants, donc !!! A voir les soldats peiner sous les lourds paquets portés sur le dos, on se dit que le chargement de coke de la bête devait être conséquent : le poids total saisi n’a pas été révélé tout de suite. Il y en avait 400 kilos au total. Signe annonciateur (ci-dessous) : le 10 avril 2021 on l’avait photographié à Toluca, au Mexique, alors qu’il n’avait plus le droit de voler depuis près de 5 ans déjà… il portait toujours ses bandes « remove before flight » sur son flanc droit !!

Autre fort mauvaise surprise : dans les balles de tissu contenant les paquets de coke, ces derniers portaient … des svastikas nazies (ici à gauche) ! Etrange collision idéologique sortant d’un avion fabriqué.. en Israël ! (à droite la carte de l’Etat de Zulia d’où partent les 3/4 des avions chargés de coke).

Des gros avions, comme des petits, tout est bon pour transporter de la coke. Parmi les petits, un bel appareil tout rouge. Le 26 mai près de Chocón, dans le Río Dulce, à  Livingston, pas loin d’Izabal – au Guatemala encore, au pays du lamantin et de la mangrove, c’est à nouveau une scène surprenante qui est apparue : c’est un vieux Piper PA-23-235 Apache qui semble s’être pris pour un hydravion, mais dans une mare près d’une rivière… au beau milieu de pâturages, un truc assez surréaliste, ma foi :

L’appareil a le nez écrabouillé, ses fuseaux moteurs sont pliés : il est tombé nez en avant dans la boue et a évité le cheval de bois de peu, donc. Ses occupants ont abandonné l’avion, personne n’a été trouvé à l’intérieur par la police accourue vers 20h le soir-même. Surprise, l’avion est immatriculé au Guatemala en TG-HIB et semble avoir gardé ses couleurs d’origine. Le voici photographié en comparaison en 2014 à Guatemala City, sur l’aéroport de La Aurora. Un vieil habitué.

Ce jour-là, on l’a retrouvé porteur en cabine de nombreux bidons (on en compte une dizaine), bleus, dont n’est pas précisé le contenu.  Ils semblent vides et avoir plutôt contenu de l’essence : l’hydravion improvisé semble avoir fait un long voyage… et avoir raté son atterrissage surtout ! 

Fracassé !

On reste dans le secteur : cinq jours plus tard après à peine, soit le 31 mai, on découvre des débris d’avion à Cocales Chocón, toujours près de Lívingston (nous sommes toujours au Guatemala, sur la côte Est). Le journal télévisé nous montre des morceaux encore fumants, dans une jungle rocheuse. Des débris, le mot est faible : c’est un appareil réduit en confettis qui a été trouvé, l’avion (à turbines et hélices semble-t-il) qui a heurté à grande vitesse des rochers a littéralement explosé. Seul l’empennage vertical est intact ou presque : même ses turbines ont été fracassées, leur moyeu central replié. Le choc quasi frontal a été d’une extrême violence, à l’évidence !! L’avion avait été détecté par les radars (achetés en 2015), déclarent les autorités, mais aucune poursuite n’avait pourtant été engagée contre lui: l’Air Force guatémaltèque ne dispose pas de chasseurs, tout simplement. L’appareil devait contenir pas mal de kérosène encore : un violent incendie a incinéré une partie de l’appareil et ses deux occupants, aux cadavres complètement carbonisés.  Les éléments de berceaux tubulaires de moteurs caractéristiques (ici à gauche un moteur neuf en train d’être remonté sur le modèle YV2952  avec des tuyauteries fort semblables) des capots arrière de ces mêmes moteurs et la fixation de l’empennage horizontal assez haut sur le vertical permettent malgré tout de caractériser l’avion en miettes :  c’est un des plus rapides à hélices, un Swearingen Merlin III, déjà apparu lui aussi dans nos listings et un des plus « pointus » à piloter. Avec lui, l’erreur ne pardonne pas, et ça a été le cas il semble bien ! L’avion en prime peut se transformer en grand voyageur : en 1971, un Swearingen Merlin III a effectué le trajet de 5851 miles entre Londres et Victoria (en Colombie-Britannique, à l’ouest du pays soit 9416 km !) à travers l’Atlantique et tout le Canada. Reste à trouver l’exemplaire. Il n’y en a qu’une centaine à trier, se dit-on: 92 Merlin III et IIIA ont été construits et 56 Merlin IIIB et C. Si c’est un IIIB ce sera donc plus facile !!! On a connu pire à chercher ! Une recherche sur des éléments de décoration à stries bleues et frises très fines ne donne rien en un premier temps, mais en prenant un autre angle de recherches, comme les voyages récents, on finit par trouver l’oiseau rare, qui s’est pas mal baladé dans l’arc des Caraïbes il semble bien. Un certain Swearingen Merlin a visité par exemple la République Dominicaine en 2020.  Et le même a été photographié sur le San Juan Ferdinando Luis Ribas Dominicci airport à Puerto Rico le 18 décembre 2019. C’est le Fairchild SA226T Merlin III YV3205, le N°360 de construction.. et un modèle de type B !!! Il n’a pas toujours eu cette livrée discrète, la précédente étant plus colorée (ci à gauche). C’est l’ex N387CC de chez Icon Aviation Inc, qui l’a exporté en 2015 au Venezuela, l’ex Hiers Properties du Delaware, ex N118BR de Trigon Industries Inc. L’avion n’est plus tout neuf, il date en effet de 1980 !!  Mais c’est encore une fois un avion vénézuélien qui est venu s’écraser au Guatemala !! Et un fort bel oiseau, ma foi :

A propos du modèle, notons au passage que c’est à bord d’un Swearingen, le N59EZ, de Global Air LLC à Scottsdale (encore un modèle IIIB), qu’est décédé le 25 avril Bill Whittington, 75 ans, dans le désert de l’Arizona. Son frère Dale étant mort depuis 2003… d’une overdose de cocaïne ! Les deux pilotes ayant gagné la course du Mans en 1979 sur Porsche, ayant derrière eux toute une histoire marquée par le trafic de cocaïne. Les deux lascars du Nascar comme j’ai pu les surnommer ici-même ! A ce jour on n’a pas trouvé d’explication au crash, l’avion étant bien entretenu et les deux occupants des pilotes confirmés.

Venu du Venezuela, via le Brésil 

Le 10 juin dernier c’est encore un autre type d’avion mais courant que l’on a retrouvé sur une piste clandestine, au sud du lac de Maracaïbo, dans l’Etat de Zulia, au Venezuela. Les débris de l’engin calciné, au départ nous renseignent peu : tout le fuselage a été incendié, restent distinguables seulement les fuseaux moteurs et les ailes. Les premiers nous paraissent bien caractéristiques avec leur coupe quasi rectangulaire : c’est très certainement un Beechcraft Baron 95-B55, ce que confirme un autre cliché de l’aile gauche (cf ci-contre) où l’on distingue bien les flaps et ailerons nervurés caractéristiques de la marque..

Un dernier élément fort reconnaissable en bout d’empennage, un logo en tête d’aigle Harpy stylisé, nous permet, même avec les vestiges de couleurs aperçus, de spécifier quel appareil précis a ainsi été incendié après s’être posé. C’est bien un avion brésilien, immatriculé  PT-OAH, venu de l’Aeroclube de Piracicaba (et passé par le Venezuela ) où est située sa base de fonctionnement (la photo en lien est récente, elle date du 19 février 2021). L’appareil est le TC-2432 de fabrication, brésilien depuis le 22 février 2007. Auparavant c’était le N6181A.

Un vieux Sabreliner… ou son double ?

On garde le plus gros pour la fin (du mois)… avec un biréacteur, venu se poser et être incendié le 22 juin dernier dans le secteur d’El Tibí près de la municipalité de Jesús María Semprúm toujours dans l’Etat de Zulia, près de la frontière avec la Colombie et l’épicentre flagrant désormais des décollages d’avions chargés de cocaïne. En fait c’est quasiment au même endroit que le précédent et même le troisième du mois au même endroit !

Les débris calcinés révèlent peu de choses au départ, mais assez vite on arrive à cerner une forme générale à l’épave, avec un nez relativement pointu, une aile large à sa base et un empennage étroit à arête prononcée à la base, plus des réacteurs étroits faisant penser à de vieux Pratt & Whitney  JT12A-8…ou des moteurs courts comme l‘Honeywell (Garrett) TFE-731-3R. Leur extrémité côte tuyère de sortie donnant une autre indication importante : cette lèvre particulière, c’est bien le design reconnaissable de celle des Rockwell Sabreliner ! L’aile large à la base, les petites barrière à couche limite visibles (appelées fences en anglais) sont caractéristiques elles aussi. Sur un des clichés l’un des soldats montre du doigt une immatriculation se terminant en « XV ».

C’est en effet une vieux Sabreliner qui gît-là (il date de 1969 c’est le 465-11 !), immatriculé mexicain en XB-OXV. L’engin était encore à vendre il y quelque temps ayant appartenu jusque le 28 février 2017 à Jet Sense d’Aviation Lake Zurich; ex N57MQ, puis passé sous immatriculation mexicaine, via un broker de Sarasota, en Floride, appelé Flight Source International, Inc (ci-dessus). Son intérieur inchangé demeure en effet fort sixties avec du marron un peu partout. L’examen de ses documents montre que dès le 28 février 2017 en effet il a été vendu à un dénommé Walding Sanchez Manzano, dont l’adresse était dans une villa du quartier résidentiel de Metepec, à Mexico même. Un Sabreliner 65 se négocie entre  350 000 et 450 000 dollars. Mais un sérieux problème subsiste dans cette histoire : le fameux N75MQ (ici à gauche) vole toujours, selon FlightRadar 24, et très souvent même ce dernier mois de juin, sur de petits trajets Birmingham- Raleigh/Durham (Alabama et Caroline du Nord) vers Miami.. (ici ses vols du 24 au 30 juin)… résultat ce ne serait donc pas l’ex -N75MQ qui a disparu incendié !! Mais alors c’est lequel ???

 

La diversification des vols, avec de vieux coucous acrobates

Si le Guatemala continue à être privilégié aujourd’hui, au départ des environs de Maracaïbo, d’autre destinations apparaissent ici et là. Comme ce 11 mars 2021, avec l’arrivée fracassante et fracassée en pleine nuit d’un avion, poursuivi par un chasseur Tucano A29B de la République Dominicaine (elle en possède huit), au-dessus de Batey Palo Bonito, dans la province de La Altagracia (c’est situé à la pointe Est du pays, les autre avions chargés de drogue se posant plutôt vers Pedemales, au Sud-Est : ici celui tombé le 21 décembre décembre 2020  dans le secteur. C’était alors un Embraer EMB-711ST Corisco II Turbo immatriculé PT-RON. Il  y avait eu un mort et un blessé à bord et d’autres au sol, l’avion ayant rasé une route avant de s’écraser. Sept kilos de coke avait été retrouvés intacts dans les débris calcinés. Ce nouvel avion cherchait-il à rejoindre les Bahamas, plutôt, on l’ignore. Toujours est-il qu’il était bien chargé, de poudre blanche et de kérosène et qu’il a violemment heurté le sol. Ce dernier, pourtant boueux, l’a transformé en boule de feu explosive et l’a déchiqueté, éparpillant l’appareil en dizaines de débris dont les plus imposants ne dépassent guère le mètre de long, dont un capot moteur (gauche) accroché au reste d’aile bleue et blanche. Il avait brûlé une bonne partie de la nuit et le lendemain on retrouvait dans le désastre deux corps, dont un semble-t-il éjecté de la cabine, profondément brûlé, et l’autre carbonisé. Du fuselage il ne reste rien, le champ où l’avion est tombé baigne dans l’huile, l’essence et la coke évaporées. Parmi les débris, un seul porte quelque chose de reconnaissable (avec le bout de capot moteur). Y figure un logo marqué 690B et en-dessous « Turbo Commander ». C’est celui de l’extrémité de l’aile droite, celle portant les petits moignons de winglets propres à ce type de modèle, effectivement un Rockwell, vieille bête de somme tranquille du trafic: cela fait plus de 10 ans ici qu’ont le trouve sur notre chemin dès qu’il y a un trafic de coke établi, c’était un des premiers à avoir montré la voie en atterrissant au Honduras, à l’époque, sur un chemin de terre, avec à l’intérieur pompes et fûts à carburant à bord pour assurer une longue route, souvenez-vous, du : le 28 janvier 2009, sur l’île d’Utila… Le Turbo-Commander, reconnaissable à ses extrémités d’ailes qui le plus souvent portent les couleurs de l’appareil, ou demeurent neutres, et rarement cette appellation 690B, recouverte souvent lors d’une seconde mise en peinture. Et encore moins souvent l’appellation complète « 690B Turbo Commander ». C’est ce qui ressort d’un visionnaire en règle de dizaines d’exemplaires et la découverte quasi par hasard de ce qui semble bien l’original du débris de Batey Palo Bonito, (ici à gauche). Cela correspond parfaitement en effet, le trou visible sur le débris étant l’emplacement du cabochon de feu de position, un autre feu parfois protégé sur d’autres exemplaires étant situé à la jonction avec l’aile (absent ici dans les deux cas). Et l’avion qui le porte est bien bleu et blanc comme on peut le vérifier ci-dessous : c’est le YV2056, un avion… vénézuélien : bingo !

C’est donc tout sauf un inconnu, le N° 1443 de fabrication chez Rockwell, l’ex YV-1050P,  N104RG, N1110M (plus quelques autres) et qui à débuté N81709 en 1977, qui circulait beaucoup et avait même sa page Instagram-Picucki qui ne propose plus rien depuis un an maintenant . Le voici décollant de l’aéroport de San Tomé – Venezuela en décembre 2019 et ici en approche finale de Las Roques, en octobre 2013 où on s’aperçoit que ça demeure un avion pointu qui vole plutôt vite tour en restant léger : il ne fait que 2,8 tonnes pour 14 mètres d’envergure. L’avion est très véloce: aux Etats-Unis certains exemplaires ont été convertis en « Bird Dog » or « Lead Plane » chez Air Spray (ici à droite), c’est à dire l’avion qui guide les tankers Lockheed Electra lors des incendies de forêt, ou vérifie leurs largages, le rôle tenu longtemps ici par le vaillant Tracker, si apprécié et pourtant mis à la retraite d’office. Il a aussi été photographié à Aruba, le 26 mars 2011. Il appartenait à un dénommé Manuel Fuentes depuis 1988, qui l’avait alors enregistré sous le N°YV-102CP (puis YV-1050P). L’appareil vieillissant a probablement changé de mains avant ce qui semble avoir été son dernier vol.

Dans le Peten, on enterre à tour de bras les avions (vénézuéliens) !

La séquence nous avait déjà surpris, souvenez-vous en mars 2020 avec un enterrement de première classe d’un Gulfstream, survenu le 17 août 2019 à Playa Grande, Ixcán (à Quiché). Un autre avion l’avait suivi le 27 octobre de la même année à Vista Hermosa, près d’Ixcán, juste à la frontière du Chiapas (au Mexique), avec un autre Gulfstream encore. Celui-là avait été découvert avant qu’on ne le jette dans une fosse creusée au préalable et déjà remplie par les eaux de pluie. On avait déjà  commencé à y placer de ses éléments comme ses volets.

Récemment donc, même scénario, toujours dans le Peten, avec des clichés (cf ci-dessus) montrant un avion déjà jeté dans la fosse creusée pour lui comme dernière demeure. Sur un second cliché de cet enterrement d’avion, on distingue d’abord un moteur, qui n’est pas celui d’un avion à turbines, mais à pistons, enfermé dans un carrossage assez carré frontalement, dotée de deux sorties d’échappement à pipes rectangulaires sur le dessus. Dans un autre, c’est la longueur des ailes (près de 7 mètres, comme celle ci-dessus à gauche) qui impressionne et surtout un détail particulier, un petit winglet, d’une sorte plutôt vieillotte, plus large que haut, très certainement un des premiers du genre se dit-on :  c’est un ancêtre que l’on a conduit au tombeau dans le Peten !! Et en effet, puisqu’il s’agit d’un modèle Commander 500 Shrike, l’engin à pistons qui a précédé le célèbre Turbo Commander, l’avion qu’avait failli acheter El Chapo ! Un appareil de ce type se négocie aujourd’hui à fort peu : cet exemplaire, au bel aspect encore, le N887BD de 1963 (58 ans !)
décoré d’un étrange B de Beechcraft sur l’empennage (?) est proposé à 215 000 dollars seulement ce mois de juin 2021 encore… un très faible investissement au regard des sommes transportées !! Autrement dit aussi, un avion célèbre, car c’est celui d’une lignée avec lequel le pilote acrobatique Bob Hoover (une vraie institution aux USA, ici à droite – il est mort le à Los Angeles – et là son avion, désormais au musée de Udvar-Hazy Center de Dulles) a ravi les foules pendant des années, avec ses extraordinaires cabrioles aériennes. (et son humour, tout aussi légendaire  : il volait chapeau de paille vissé sur la tête  !) :

Impossible en revanche de retrouver l’appareil : son ancienne immatriculation a été tagguée sur les ailes de coups de bombes aérosols de différentes couleurs. Au sol, d’autres avions ont été enterrés, dans le Péten encore. L’un d’entre eux, dont les vestiges de couleur bleu foncé sont bien visibles ci-dessous, avec deux trappes de visites circulaires, demeure à ce jour inconnu :

Un dernier pour la route

Ne manque à notre inventaire de la mi-année 2021 passée qu’un des appareils phare de ces derniers mois, à savoir le Grumann Gulfstream ou le Hawker type 800 qui a supplanté le modèle 700 dans les arrivages de cocaïne. Un avion qui serait venu se poser dans le Peten, par exemple, en provenance du Venezuela. C’est le cas le 19 mai à Sayaxché, Petén, encore une fois cité comme fief narco, à finir par lasser, à force de le répéter.

C’est manifestement un biréacteur, qui a réussi à se poser et a été (encore une fois) incendié. Et encore un Hawker 800 !!! Un second cliché nous donne un élément de reconnaissance : une immatriculation en partie masquée. Certains finissent par déchiffrer les premières lettres en XB-PW… ou XB-RW ou RM, mais le doute plane sérieusement. Alertée, l’armée dépêchée localise a proximité une barque dans laquelle sont détectés « plusieurs colis censés contenir quelque chose d’illégal. Selon une inspection visuelle par les militaires, le bateau transportait 30 gros colis ». Et un peu plus loin quand les militaires arrivent ils ont droit à un feu de joie comme accueil : « au cours de l’opération militaire, les troupes ont également trouvé un véhicule de type pick-up bloquant la route et deux autres qui auraient été incinérés par des trafiquants de drogue ». Bref, c’était un Hawker fort attendu et on comprend pourquoi. Sur la barque, on décompte en effet 1605 briques de coke dans les balles de tissu : l’avion avait amené 1,6 tonne de coke sur place !!! Rien que ça !! Ce type d’appareil, autant le rappeler, est donné d’origine prévu pour une charge maximale de 907 kg !!! 

En réalité l’avion, encore une fois semble avoir été suivi… dès son décollage au Venezuela, une chose certaine. Un cliché pris semble-t-il par le Cessna Citation de surveillance de l’armée de l’air colombienne (ci-contre, extrait du reportage montrant la poursuite) en atteste, qui livre plusieurs séquences de la traque, dont une qui semble révéler la décoration de l’appareil, malgré l’infra-rouge utilisé. Le dessous de l’aile est clair, renvoie la lumière (elle n’aurait pas été peinte), et le fuselage montre deux filets courbes bien apparents sur  les flancs. L’appareil est dépourvu de winglets. L’hypothèse d’une immatriculation en XB-RHW reprend de la force, néanmoins, car l’avion a changé fort récemment de mains, signe avant-coureur souvent, d’une destination fatale, le plus souvent (et il aurait à l’occasion été repeint). Ce serait donc bien l’ex N25VD qui appartenait à Projets Inc, moult fois cité ici comme pourvoyeur d’avions destinés aux narcos, et son certificat de vente en date du 20 octobre 2020 (ici à droite) cadrerait assez bien en effet avec le désastre final d’un appareil vieillissant (il date de 1988 !).  Un avion qui a connu des débuts de carrière plutôt… mouvementés.

Un vrai miraculé 

Tous les modèles Hawker 125, comme le 800B ici, possèdent une réputation non usurpée de solidité. Cet exemplaire-là revient de loin en effet pour le démontrer avec brio : le 16 juin 1986, acheté par le Bostwana, immatriculé donc OK-1 Z1, il a en effet connu l’épreuve du feu en recevant un missile missile AA-2 Atoll tiré par un Mig-23 angolais, qui lui avait carrément arraché le réacteur droit (cf les trois clichés dans le chapitre): voilà qui vous fait un sacré début de carrière, non ? L’avion ce jour-là  transportait en plus J. K Quett Masire, le président du Botswana et huit autres responsables gouvernementaux, sur le trajet de Gaborone à Luanda. Il était piloté par le colonel Albert Scheffers, commandant de l’escadre aérienne et par Arthur Ricketts, employé chez British Aerospace qui entraînait depuis plusieurs mois le précédent. Ils avaient reçu un choc de 33 G sur le fuselage au moment de l’impact : « à ce moment-là, l’ingénieur qui voyageait avec nous a été jeté dans le cockpit depuis la cabine. L’avion a subi des dommages à la cabine pressurisée qui ont entraîné une décompression explosive. Au moins une fenêtre a été brisée par des éclats du moteur, environ une tonne et demie de carburant a été perdue dans les réservoirs d’aile tribord endommagés, tous les systèmes de radionavigation sont tombés en panne et les masques à oxygène de la cabine ne se sont pas déployés automatiquement, » raconte, impassible, Rickett (ici à droite, pilote de VC-10, il est décédé à 81 ans le 5 décembre 2019). Un sacré pilote, qui avait gardé son flegme tout britannique durant l’assaut : »j’avais déjà eu une solide expérience de vol en Afrique et j’ai estimé qu’il y avait probablement une sorte de piste d’atterrissage à Kuito Bie, à environ 25 miles [40 km] derrière le point où nous avons été touchés. Pendant la descente, j’avais évalué les systèmes restants de l’avion et j’avais pris la décision de laisser la sélection des volets et du train d’atterrissage peu de temps avant l’atterrissage, sans m’attendre à ce qu’ils fonctionnent. Cependant, lorsque le moteur a quitté la cellule, les raccords rapides sur la pompe hydraulique, le démarreur / générateur et l’alternateur ont fait leur travail et j’ai pu avoir l’utilisation des volets, du train d’atterrissage et des freins, certainement nécessaire car les dommages exigeaient une vitesse d’atterrissage d’environ 150-160kt ».

Le président avait échappé de peu à la mort : « plusieurs passagers ont été blessés en plus de l’équipage, et ceux-ci ont été soignés à l’hôpital de Kuito Bie, avant que nous ne soyons finalement transportés par un Gulfstream III (enregistrement D2-ECB), à Luanda. Le président Masire a été blessé par une pale de compresseur qui a pénétré dans la cabine puis dans le dossier de son siège. Il a ensuite été transporté par avion en Angleterre par la RAF pour y être soigné. » Chapeau, mister Ricketts !

Réparé, il était devenu après un avion-taxi, au Brésil, en  PT-OBT : une profession moins dangereuse il semble. L’avion avait été racheté en 2018 à DD 2525 LLC, de Las Vegas, qui ne l’avait gardé qu’un an en l’ayant acheté lui-même à la société La Paloma Verde qui le détenait depuis 2003. Son acheteur final étant un mexicain, une société appelée Inobig Naeu de RL de CV dont l’adresse était rue Nilo au N°171, Col Claviera ALC, à Azcapotzalco, au Mexique. C’est en réalité un bureau de 9M2 en location « à deux pas de deux banques et d’un quartier commericial ». Difficile de faire plus discret, plus succinct ou plus démuni, ou plus petit encore (la preuve ici à gauche).. Autrement dit ce contrat avait tout de suspicieux !!! Et c’est pourquoi aussi il est raisonnable de penser que notre avion qui a fini sa vie dans le Peten est bien celui qui avait failli exploser en vol 35 ans auparavant !

PS: on peut relire l’ouvrage ci-contre, le temps des vacances… !!!

 

 

 

 

 

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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