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Coke en Stock (CCCXL) : au Venezuela, on charge toujours à fond les avions

Depuis le 7 mai 2020, il s’est passé bien des choses, on s’en doute, au Venezuela.  En fait, on a assisté à la routine habituelle des départs d’avions de types différents et variés, remplis à ras bords de cocaïne, pour se rendre ensuite vers le nord, à savoir le Mexique, ou à défaut le Guatemala, le Honduras, le Costa-Rica, ou même le Belize. Ça n’a guère arrêté : ce n’est pas un simple virus, même mortel, qui va arrêter cette plaie…. tout aussi dangereuse !

Avant de faire le bilan de ces six premiers mois, on peut d’abord jeter un œil sur un tableau en images (et imagettes ici) de l’année 2020, les six premiers mois en tout cas, proposé par un site fort intéressant, TechJournalsim qui ne traite pas que de cocaïne l’original de plus grande taille est ici : on retrouve tous ceux que l’on a décrit au Belize, au Guatemala.  De gros porteurs à réaction, notamment, dont ceux qui ont atterri sur des routes, des autoroutes ou des chemins de terre, et surtout au Venezuela, d’où la majeure partie provenait :

 

 

Honneur pour débuter à un appareil oublié dans cette liste, car étant apparu à la fin de l’année 2020 pendant la pandémie. Et pour cause, car l’avion, un vétéran du ciel dont on va parler maintenant, a brouillé bien des pistes depuis sa sortie en 1984 avec ses nombreuses étiquettes.  Suivez bien son parcours : ancien G-5-15 chez MPB Corporation comme N800MM, puis en 1989 Henley Investments Inc, Fisher Scientific Company, Airtrade International Inc, U. S. Bancorp Leasing & Financial, B & S Investments Inc comme N294W, puis encore B & S Investments Inc, Western National Life Insurance Company en tant que N800BS, Nationsbanc Leasing Corporation, Knickerbocker Corporation (en 1994) sous l’immatriculation N94WN, et Hawker II LLC ‘(en 2001), il reste trois ans au tarmac pour être vendu à Colava LLC en 2005, mis sur le marché et revendu à nouveau en 2010 à AirSam N492RM, LLC.

 

 

Avant de de devenir Projets Inc le 20 août 2018 (ici à gauche son certificat d’achat), après une année de mise en vente (2017) sans succès, il était passé en février 2013 par Berard Aviation, Inc. puis le même jour (?) chez Pegasus Florida 1 Inc., et passé le 27 août de la même année encore chez Air Goose Inc (via Tejas Aviation Services, Inc) qui le met en vente en 2015 mais le rachète finalement le 29 juillet 2016. En 2010 Projets Inc, société douteuse citée ici à plusieurs reprises avec Three Hundred Sixty Degrees (et dans le scandale Debra Lynn Mercer-Erwin) le vend le 20 septembre à Francisco Mendoz Arellano, qui se dit se dit résider alors à Irving au Texas (ici à gauche). Son certificat l’atteste : l’adresse donnée est une « rural route box » : on  se moque ouvertement du monde ! C’est celle en réalité d’un mobile-home de banlieue, pas loin de l’aéroport de Dallas-Fort Worth qui lui sert de relais postal (ici à gauche)  ! Toujours la même inconséquence de la FAA !! L’avion est alors immatriculé N671MM, et proposé à la vente : il a été repeint, et on peut visiter son intérieur et son cockpit, très bien équipé (ici à droite).

C’est ainsi que  je vous l’avais repéré portant un marquage particulier plutôt :  d’immatriculation américaine, mais avec des drapeaux mexicains, souvenez-vous, inscrit sous le N° N298AG.  Auparavant, avant d’être intégralement repeint, il avait porté deux livrées consécutives, faites à l’économie, avec les filets sur le fuselage de modifiés seulement (ci-dessus à droite en haut de chapitre). Le nom surprend, car on connaît bien un certain Francisco Rafael Arellano Félix, surnommé «el Menso» (« le crétin ! »), qui a purgé 10 ans de prison aux USA pour trafic de coke, il est mort le 18 octobre 2013, abattu alors qu’il célébrait son anniversaire à Los Cabos, en Basse-Californie du Sud, par un homme armé déguisé en clown dans l’assistance). C’était bien sûr un membre du Tijuana Cartel, L’avion alors se pare un temps de lettrages mexicains (cf ici à droite), devenant XA-ARS, mais comme il n’est « pas entièrement inscrit au Mexique » (lui-a-t-on refusé ?), il reprend et arbore à nouveau son appellation ancienne de N298AG, puis s’enregistre chez Projets Inc sous N484AR. Le 15 mai 2020, il change une dernière fois de main, vendu à l’obscure KMWFlight, LLC. Celle qui possède aussi le N800WA, acheté 19 avril 2020 et qui possédait surtout le N339AV, autre bel avion dont on connaît la fin malheureuse, expliquée ici… l’appareil a en effet été retrouvé posé et incendié le 8 juillet (ici à droite), du côté de la communauté de San Félix, au sud-est de Casigua… dans le Falcon, au Venezuela, venu de Cozumel où il s’était posé dans la nuit. Un endroit « qui est à peine à 10 km de la côte dans la baie de Maracaïbo, un secteur truffé de pistes clandestines » avais-je écrit ici le 7 aout 2020. Son propriétaire était alors Alex Morales, également propriétaire également du Gulfstram GII N227LA (N°103), déjà cité ici comme futur prétendant à un trajet chargé de coke (et qui a sévi décor à une série TV), un ex Three Hundred Sixty Degrees LLC (son patron depuis a été arrêté comme associé, et complice de l’arnaqueuse en chef Lynn Mercer) et du Hawker N800WA acheté donc lui aussi fort récemment…. et candidat certain au crash futur, à moins que ce ne soit déjà fait !

Elle possède aussi le N800LL, passé du blanc discret des années 2010 au rouge voyant (ici en 2019). Celui-là, le 25 novembre 2020, avait fait un vol d’essais, un beau 8 dans le ciel, semble-t-il d’une demi-heure au dessus de Los Mochis, l’ancien fief d’El Chapo. En fait, parti de los Mochis, il s’était posé à El Fuerte en plein Sinaloa : c’est une piste de 1500 mètres de long en bitume sans aucun équipement aéroportuaire autour, à part deux petits cabanons : le Mexique, quoi !! Comment voulez-vous contrôler  ça ?

 

Bien sûr aussi, lors de la découverte de l’épave du N339AV, on avait eu droit à la sempiternelle histoire et vantardise signée Padrino comme quoi l’avion avait été « abattu » par ses vaillantes forces aériennes en pénurie de kérosène, alors que toutes les traces au sol autour de l’épave laissées par le Hawker montraient qu’il s’était tranquillement posé et avait roulé à Casigua !! Un journal spécialisé (OVD, Overdefense) le dira de façon assez diplomatique d’ailleurs : « une enquête plus approfondie a révélé que l’avion appartenait probablement à une société appelée Roldan Industries. 
Roldan Industries partage le même numéro de bureau et la même adresse que KMW FLight LLC. Roldan Industries est un fournisseur de l’industrie du tourisme dans les régions des Caraïbes et d’Amérique centrale – réapprovisionnant les navires de croisière en équipements, linge de maison et boissons. Roldan Industries opère également à partir de Las Vegas, Nevada. Au moment de la rédaction, on ne sait pas quelle est la véritable histoire. Cela aurait pu être un malentendu de la part de l’armée de l’air vénézuélienne ou peut-être y a-t-il une histoire beaucoup plus sombre à raconter étant donné que l’avion semble appartenir à une société qui fait régulièrement des affaires dans la région. Pour le moment, les faits semblent être que l’avion a été détruit par un engagement air-air de l’armée de l’air vénézuélienne »
. Le magazine a certainement levé un lièvre, à voir l’extrême discrétion de l’entreprise, qui fait dans le linge maison quand elle ne fait pas de croisières, et qui a pris grand soin de se créer un clone (une start-up) dans le Delaware...

L’avion du jeune fashionista mexicain 

Voici notre avion du jour qui circule donc beaucoup au Mexique, en 2018, endroit où il vole le plus, l’occasion pour lui d’être mêlé à un scandale qui reflète parfaitement la duplicité qui règne à Caracas dans l’entourage de Maduro et des ses généraux, tous impliqués jusqu’au cou dans le cartel de Los Soles, à savoir leur propre organisation de trafic de cocaïne, liés on le sait aux cartels mexicains, eux-mêmes en relation avec des généraux mexicains comme l’a rappelé un autre épisode récent « désespérant », selon l’Express. Lors d’un reportage pas très malin sur « la vie des riches », sujet sensible au Venezuela dans un pays où tout le monde se barre tant il est devenu pauvre, ou au Mexique en état de guerre intérieure avec les narcos, une photo, suivie d’autres, fait scandale en 2018. On y voit deux jeunes garçons posant avec six jeunes filles devant un jet : c’est bien le fameux N484AR (photo ci-dessus). La photo, en prime a été prise à l’aéroport de Guadalajara, lieu de leur villégiature plutôt voyante et fort indécente. Parmi eux, un jeune homme longiligne se fait remarquer, notamment par l’efficace blog la Tabla qui s’en prend à cœur joie avec un tel personnage, pour rester poli : « il s’agit de Mario Sierra Moncada, fils d’un médecin généraliste et militaire (c’est le fils d’Iván Roberto Sierra Medel, ambassadeur du mexique au Guyana !!!) qui, à partir d’un site Web et de programmes télévisés, se consacre à montrer le mode de vie des personnes les plus riches du # Mexique et de ses politiciens. Il se définit comme un jet-setter qui fait la promotion de produits et de marques de luxe bizarres ; son compte Instagram reçoit des photos de personnalités telles que le millionnaire Carlos Slim, l’ancien président Peña Nieto, l’homme politique et épouse de l’ancien président Fox, Martha Sahugun et même l’actuel secrétaire du gouvernement  (oui, du gouvernement de #AMLO, Olga Sánchez Cordero). Parmi son groupe d’amis et d’associés, les artistes mexicains et internationaux ne pouvaient pas non plus manquer. Les photos montrent une relation beaucoup plus étroite qu’un simple selfie commun lors d’une réunion sociale. Parmi d’autres Alejandro Fernández Gloria Trevi et Verónica Castro (ici à droite), mais sans aucun doute la photo la plus frappante que Mario Sierra expose est celle avec l’ancien secrétaire à la Défense du Mexique pendant l’administration de Peña Nieto, le général Salvador Cienfuegos qui a été arrêté en octobre dernier à Los Angeles pour cause de trafic de drogue aux USA. » D’autres clichés étalent en effet de façon grotesque le rôle de fashionista de Mario Sierra Moncada, et l’un d’entre eux, avec son père et le fameux général Cienfuegos !!! Une série de clichés supprimés depuis par le fashionista, et un déni officiel à la clé, signe d’un embarras certain du pouvoir : « le nom de Mario Sierra Moncada a été révélé lundi 25 juin, lorsque le professeur Simon Levy, chef de l’Agence de promotion et de développement des investissements de Mexico, a partagé une photo présumée du fils du général dans l’avion présidentiel. Cependant, le porte-parole de la présidence du Mexique, Eduardo Sánchez, a assuré que la photo avait été retouchée et que le jeune homme n’avait jamais voyagé dans l’avion. »

Retrouvé écrasé, lui aussi !

Avec un tel CV, on s’attendait à ce que le N484AR ne survive donc pas bien longtemps ou ne participe pas à une expédition de transfert de cocaïne, étant donné son propriétaire trop récent pour être honnête. Les poses photos de fils de généraux ne nourrissent pas nécessairement leur homme. Ça ne rate donc pas : acheté le 15 mai 2020, on le retrouve logiquement en morceaux au Venezuela sept mois plus tard, l’annonce étant faite le 6 décembre sur Twitter par Patriota Cazador et d’autres, dont Georges Matheus Melendez (le chef de l’ONA, les narcotiques vénézuéliens). On a reconstitué depuis son trajet: parti aux environ d’Aghas Calientes, il a traversé l’espace aérien mexicain, passé au-dessus de la péninsule du Yucatan, pour être aperçu aux îles Caïmans et enfin près d’Aruba, avant d’entrer au Venezuela vers Maracaïbo et se retrouver au sol vers Jesús María Semprúm, haut lieu de trafic de cocaïne.  Les phases du dernier trajet sont étonnantes. Sur FlighAware, l’avion avait annoncé effectuer un vol le 5 décembre en partance de Oranjestad, à Aruba, vers Cabimas au Venezuela. Un saut de puce d’à peine 17 minutes de vol !!! Cabimas est au bord du lac Maracaibo, dans l’État de Zulia, un point de passage pour une traversée en diagonale du lac direction…. Jesús María Semprúm, de l’autre côté : c’est lus facile de voler en rase-mottes au-dessus d’un lac qu’au dessus d’une forêt !!! Bien entendu, encore une fois, l’ineffable Padrino à peine l’annonce du crash connue, s’empare du micro pour annoncer que l’appareil a été vaillamment descendu par « des F-16 » bolivariens, que l’on n’a pas vu voler non plus depuis des lustres dans le pays. L’épave montrée par une seule photo, savamment fuitée par le pouvoir (ici à droite) montre un fuselage cassé en deux, la queue arrachée, un réacteur gauche parti en pièces détachées, comme s’il avait explosé, mais pas pour autant de traces de tir sur les tôles. Le doute, à nouveau, revient. C’est comme ça depuis plus d’en décennie, là-bas ! Plus marquant peut-être encore est la subtile remarque faite par un internaute, plutôt observateur : « entrer dans la FIR vénézuélienne avec un transpondeur allumé et à une altitude de 40 000 pieds n’est pas exactement la meilleure option pour échapper à la détection ». L’image jointe (ici à gauche) montre un appareil volant régulièrement  à 23 000 pieds plutôt, avant d’amorcer une descente régulière vers Cabimas. La traversée du lac de Maracaïbo vers Jesús María Semprúm s’étant alors effectuée à plus basse altitude. En somme, que l’avion n’aurait rien fait pour dissimuler son vol, au moins jusque Cabimas : à partir de là, la thèse de l’entrée illégale dans le pays, au nord, à la frontière, s’effondre !!! L’idée de ne montrer qu’une seule photo renfonçant la thèse, encore une fois, d’un crash ordinaire et non d’un avion « abattu »!!!  Plus discrètement encore, on montre le 20 décembre le contenu d’un avion : des paquets de cocaïne, siglés d’un Trident ou du mot Mexico… mais ce n’est pas le bon, c’est une confusion, une de plus avec un autre Hawker, celui couché sur le côté à Lacandon, au Guatemala (les agents sont ceux du PNC) dont je vous ai parlé ici en février, l’ex avion de David D. Deberardinis racheté une poignée de dollars aux douanes US  !

Une longue litanie d’avions provenant du Venezuela

J’en ai décrit un peu davantage ici-même sur ces vols illicites dans l’article intitulé « Un été chargé malgré la pandémie« , en rappelant aussi pour le Venezuela seul, par exemple le Piper Navajo immatriculé au Mexique XB-JRE, arrivé le 28 juillet dans le secteur de « Boca E’ Perra », dans la municipalité de Tinaco, dans l’État de Cojedes, un secteur habitué au trafic depuis longtemps (et des magouilles depuis aussi longtemps), un Beechcraft plus imposant retrouvé calciné vers Río Negro près de la municipalité de Jesús María Semprún dans l’Etat de Zulia, qui nous a conduit directement à notre fournisseuse américaine car c’était le N515BA d’Aircraft Guaranty, ou encore un autre (plus) gros Beechcraft incendié le 11 août sur une route de terre près de Maracaibo (vers Machiques, un fief narco comme on le sait). Avec ce jour-là des militaires tout heureux de nous montrer un petit drapeau US sur le sommet de l’empennage…  mais en se gardant bien de nous révéler l’intégralité de son immatriculation, via une modification d’image douteuse : on hésite ente le tag apposé à la bombe aérosol sur place ou un grand coup de louche Photoshop, effectué après coup !!! Ils nous auront décidément tout fait, les officiels menteurs du pays (rappelez-vous en novembre 2017 cette séquence mémorable de l’autocollant pas vraiment décollé devant la caméra (un  grand moment de manipulation médiatique ) !!

Ou encore l’énorme Gulfstream III à belle allure encore, malgré son âge (il affichait la quarantaine), incendié près de la frontière colombienne le 5 octobre (en réalité le N305LR), retrouvé facilement grâce à ses couleurs intactes d’empennage (cf l’image ci-dessus), et en prime la scène impayable d’un militaire vénézuélien, ici à gauche, faisant tout ce qu’on lui a ordonné de faire pour ne pas trop révéler l’immatriculation de l’avion, encore une fois, voire induire les observateurs en erreur (Nestor Reverol est passé par là, c’est sûr !). Son propriétaire aurait dû nous mettre la puce à l’oreille, pourtant : c’est à Aircraft Holding Solutions LLC Trstee qu’appartenait en effet le « célèbre » Hawker N600AE qui un jour de 2014 s’est fait la malle, une séquence dont le récit est toujours assez hallucinant : « arrivé en express le 11 juillet 2014 en République Dominicaine avec à bord un groupe de businessmen du Honduras, du Mexique du Venezuela et des USA, l’avion avait été déclaré en panne mécanique, en provenance du Venezuela. Les hommes seraient venus assister à un combat de coqs, sport très prisé sur place… par les mafieux. Ce n’était pas la première fois. Il aurait fait une dizaine de vols déjà de la sorte, le vénézuélien se présentant comme un proche de Nicolas Maduro. Les deux pilotes, Fabio Urbino et Hector Rios (Hector Rios Mora) étaient Vénézuéliens.  (lire ici). Une fois prétendument réparé, l’avion s’était envolé vers Punta Cana, alors qu’il devait effectuer un simple vol d’essai : la tour de contrôle avait perdu sa trace à 60 miles nautiques à peine de l’aérodrome. Depuis lors, nul ne l’a jamais revu »…

Le Venezuela, lieu d’approvisionnement de la cocaïne des cartels mexicains

Ou bien l’autre avion de même type, tout aussi imposant, à la mi-novembre 2020, un Grumman G-1159 immatriculé N104VV retrouvé couché sur le flanc, incendié lui aussi (ici à droite) sur un chemin dans l’Etat de Zulia.  On leur ajoutera les découvertes d’engins agricoles de moindre importance, servant accessoirement le trafic, via le nombre important de pistes liées à des fermes, comme on l’a décrit ici déjà, le 31 août, cette fois, avec la découverte d’un Cessna type 188, siglé YV186A, accompagné fe façon plus étonnante d’une Alouette II française, donc, devenue sur place engin d’épandage, un appareil peu fréquent au Venezuela, ou d’un autre Cessna 188  pris sur le fait à Trujillo, immatriculé celui-là  YV183A, dans la ferme Calima de Venezuela CA installée à 18 km de La Ceiba dans l’Etat de Trujillo. On stockait avec lui 600 litres de diesel et 90 litres  de carburant aviation JET-A1, dans un pays, où le rappelle, l’essence est contingentée en raison d’une pénurie, et où sévit un autre trafic lucratif reposant sur ce produit. Bref, une année bien chargée comme on l’avait déjà annoncée avant qu’elle ne se termine, au Venezuela avec comme région phare, on l’aura noté, l’Etat de Zulia !!!

A ceux-là on peut aussi ajouter ceux tombés ailleurs après voir décollé du Venezuela, pris ici au hasard : le 25 août 2020, le vieux Turbo Commander C690 qui a essayé de jouer les hydravions dans des marais au Honduras lesté de 489 kilos de coke était parti du Venezuela, lui aussi. Le Piper Navajo faussement décoré d’inscriptions humanitaires  de l’ONU retour le nez planté en avant dans la boue au Honduras, le 4 décembre 2020 contenait lui aussi de la drogue vénézuélienne (ici à droite). Le 26 novembre 2020, le Piper Navajo YV-2081 (une fausse immatriculation) atterri dans a Mosquitia venait lui aussi bel et bien du Venezuela. Le 21 décembre, le gros Gulfstream posé dans le Peten avec ses 1539 kilos de coke provenait aussi du Venezuela : il y en avait cette fois pour 20 millions de dollars à bord ! En  juillet, le Hawker XB-RCM posé sur l’autoroute du Quintana Roo, au Mexique de même, en septembre, le Hawker retrouvé écrabouillé à Chisec, au Guatemala idem. En avril 2019 le Navajo tombé dans un champ de maïs de San Rafael de Yuma, sur la route qui mène de La Romana à Punta Cana en République Dominicaine provenait également du Venezuela !!! Le Cessna 421B HC-CIE  de Guayaquil, en Equateur, saisi plein à ras bord de coke en 2019 (une demi-tonne !) s’était approvisionné au Venezuela, etc et etc … la litanie sans fin des approvisionnements en coke des cartels mexicains !!!

La prise de guerre qui se replie

Autre exemple encore. Parmi ceux arrivés partis du Venezuela vers le Honduras, le 30 mars dernier, une espèce peu fréquente, un Cessna 340 II immatriculé N69355 acheté par Fly Pacific Inc de Miami en Floride en 2014 et qui s’est posé en pleine une nuit à Brus Laguna, attendu par une longue barque bleue pas loin de sa zone d’atterrissage (ici à gauche). Tout avait été prévu pour le recevoir, à l’évidence, lui et sa cargaison. L’avion était attendu avec impatience : dedans, on avait de la place dans sa carlingue complètement vidée, comme de coutume dans les transferts à longue distance pour gagner du poids, ou pour faire de la place pour le carburant supplémentaire (il est capable de plus de 2500 km de portée et n’en avait donc pas vraiment besoin, ou alors il venait de très loin ou avait fait un aller-retour !). Dans celui-là, il ne reste plus que les deux sièges des pilotes comme équipement à bord (cf ici à droite). Et jonchant la cabine, douze sachets de toile, avec dans les sachets 272 des pains de coke au total, estampillés la Reina (ici à gauche). On en avait même fourré dans les coffres à l’arrière des fuseaux moteurs (pour équilibrer et centrer la charge de l’appareil, également). L’appareil était en fait pisté depuis le début par la DEA et la surveillance aérienne colombienne, après son décollage près de San Felipe au Venezuela. En faisant pratiquement un tout droit de 1820 km, dès qu’il avait quitté et contourné le golfe du Venezuela et l‘extrémité de la péninsule qui est colombienne (d’où le nom de golfe de Coquivacoa chez eux), comme le montre ici son suivi de vol reconstitué sur Google Earth :

L’avion avait donné l’alerte bien avant aux policiers des narcotiques, en raison de ses déplacements il semble bien. Encore un qui avait la bougeotte durant le Covid19 !!! Il avait été photographié a Aruba le 26 octobre 2020. Un des endroits-relais de passage de la coke comme on le sait. En réalité, il semble surtout ne pas avoir bien accepté après coup son expédition chargée de coke ; ramené à la Ceiba le 1er avril, ça ne s’invente pas, comme prise de guerre aux trafiquants, et dûment piloté par un spécialiste expérimenté de l’armée, il a en fait replié son train principal gauche à peine les roues posées sur la piste obligeant les pompiers à intervenir en l’arrosant copieusement !!! Il s’était mieux comporté sur la terre boueuse du Honduras (mais c’était peut-être aussi ça qu’il l’avait fragilisé : le manuel d’exploitation initial de chez Cessna indiquait qu’il faut désassembler ce train au moins tous les 5 000 atterrissages pour vérifier l’état de ses goupilles, qui peuvent se fragiliser, un chiffre descendu ensuite à 500 ou le conseil de le faire tous les trois ans, au moins, par une recommandation du bureau des accidents : pas sûr que cela ait été fait sur cet exemplaire) !!!

Les incohérences du gouvernement vénézuélien 

Encore une fois, dans ce que veut bien nous distiller l’ineffable Vladimir Padrino, inamovible ministre de la défense du pays depuis 2014, on remarque quelque chose posant question. Comme « preuve » selon lui que l’endroit où est apparu le Cessna est un fief narco (à se demander pourquoi le sachant il n’empêche pas le trafic à cet endroit), il fait paraître une photo de vestiges d’un appareil déchiqueté qui semble effectivement s’être crashé, étant réduits en miettes qui ne semblent pas avoir subi le feu, pour une fois. Les morceaux reconnaissables nous mettent vite sur la piste d’un plus gros appareil à l’avant bien connu avec ses prises d’ailes latérales et derrière elles le compartiment à équipements. La décoration évoquant beaucoup celle d’un appareil des forces vénézuéliennes versé ambulance; le BL-23 immatriculé YV2493 (ex YV-403CP de la défense), photographié ici en 2009 à Caracas. La juxtaposition des débris de l’avant montrant des similitudes (à gauche c’est du dessin 3D comme design). Mais l’exemple est aussi valable pour un avant de Bedchraft C-90, comme ici à droite.

Pour ne rien améliorer, côté compréhension, cette immatriculation a été clonée, on le rappelle, le 7 juillet 2018, par un avion retrouvé au Guyana et qui nous a dirigé vers une vieille piste narco américaine, celle des frères Brossington, dont Michael Francis, arrêté brièvement au Guyana en descendant de cet avion  (rappelez-vous !). Ci-dessous un autre exemple encore avec le Beechcraft bloqué sur une autoroute dans le Quintana Roo : l’avion était arrivé chargé d’armes lourdes !

Les bon vieux Cessna toujours présents

Le 21 février on revient à un avion bien conventionnel : un bon vieux Cessna à train fixe (et capotages de roues, plutôt rares dans un endroit aussi humide ou boueux : une vraie incongruité !). C’est un Cessna modèle 206 découvert sur une piste clandestine du Parque Nacional Capanaparo-Cinaruco, près de Codazzi, à côté de Camejo. L’avion immatriculé YV2420 et portant un logo « Pegaso » sur l’empennage est rempli de sac de toiles contenant des paquets de cocaïne et de bidons divers de kérosène, 5 bidons de combustible JET-A1. Etalés devant l’appareil le lot est impressionnant : il y en a 460 (chacun faisant 1 kilo, siglés de figurines de M&Ms, ici à gauche) !!! Le petit Cessna transportait presqu’une demi-tonne de coke ! A noter dans l’avion la présence aussi de deux pneus d’avion de taille bien plus grande que ceux destinés à un Cessna 206 (ici le pneu d’un Beechcraft King Air 300). Il faisait aussi dans la maintenance pour ses confrères de trafic !

Une semaine auparavant, le chef de l’Office national de lutte contre la drogue Richard López Vargas avait déclaré que 192 kilogrammes de cocaïne avaient été saisis « auprès d’un groupe structuré de crime organisé (Gedo), dans le secteur de Puente Rojo Mantecal , et la municipalité de Muñoz dans l’État d’Apure ». Ci-contre à droite l’étalement au sol de la prise. Son communiqué avait été plutôt court : « il s’est borné à dire qu’il y avait eu un affrontement dans lequel « deux criminels ont été tués et un troisième a été appréhendé.  De même, un officier attaché du Cpnb a été blessé par une arme à feu, qui est désormais hors de danger ». Mais une semaine plus tard, après autopsie d’un des trafiquants tués, était annoncée la mort de l’affrontement d’Arley de Jesús Castro Betancourt, commandant des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). « L’identification des morts et d’une personne prétendument capturée n’a pas été divulguée, mais Castro Betancourt était bien connu à Apure, comme l’un des commandants qui travaillaient dans les profondeurs de Río Caribe, Elorza. L’affrontement au cours duquel il a été tué s’est produit entre son groupe et les Forces armées bolivariennes à Apure. Selon les autorités, c’était à Mantecal, mais les habitants de la région disent que c’était à Elorza, capitale de la municipalité de Rómulo Gallegos de cet État. « Cette confrontation n’était pas à Mantecal comme l’ont dit les Forces d’actions spéciales (FAES) et les Forces armées vénézuéliennes, qui s’est produite à Elorza. Je ne sais pas pourquoi ils disent que c’était ailleurs », a déclaré un habitant du quartier à Infobae. « Dans cette zone de Capanaparo, le contrôle est détenu par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ou Dissidents, comme on les appelle aussi. Or, il est vrai que l’Armée de libération nationale (ELN) tente de défier les FARC de quitter les territoires qu’elles contrôlent, pour qu’elles les occupent. Jamais, disent les habitants de San Fernando de Apure, la capitale de l’État, il n’y a eu une telle présence de responsables des organes de sécurité et de renseignement, y compris les Forces d’action spéciales » (à gauche l’arsenal saisi lors du heurt). De cette affaire il ressort une chose évidente : Chavez a soutenu ouvertement les FARCs, comme Maduro a continué à le faire.

Jusqu’ici, jamais le régime n’avait présenté l’un de ses membres comme un opposant à sa politique. La rivalité avec l’ELN, elle aussi soutenue par le régime bolivarien est très certainement à l’origine de la mort d’Arley de Jesús Castro mais elle permet à Maduro de se prétendre aujourd’hui comme lui aussi opposé aux FARCs, ce qu’il n’a jamais été, bien au contraire. En somme c’est une mort bien pratique ! L’insistance sur sa nationalité colombienne participe du même principe comme l’est le doute de la population locale sur le lieu même de l’affrontement !!! Mieux encore quand on associé les affidés de Jesus Castro à de véritables monstres exploitant les populations et s’adonnant à la prostitution : « l’un des hôtels, centre du récent scandale du réseau de prostitution et de l’utilisation de mineurs, a été repris par des généraux et des colonels des Forces armées nationales bolivariennes (FANB). « Les gens étaient enfermés à divers endroits. Dans l’une des avenues de la ville, les voisins ont observé le transfert de la drogue saisie et il y a eu beaucoup de mobilisation de véhicules, de groupes armés et de fonctionnaires », a-t-on pu lire, ce qui permet d’éluder totalement le rôle du Cartel de los Soles dans l’organisation du trafic en Apure ; « ce n’est pas nous, ce sont les FARCs » (dissidents, bien sûr..).

Le 10 mars, c’est un bimoteur classique lui aussi dont on parle : un Piper PA-31 Seneca II ou plutôt sa version brésilienne intitulée PT-RFL. Il a été retrouvé camouflé sous des frondaisons au bord d’une piste près d’une ferme de Rio Cinaruco, dans la municipalité de Romullo Gallegos. L’avion était apparu en vente sur un site brésilien de vente l’année dernière et avait été vendu en aout. Si l’immatriculation est plausible, elle révèle un avion avec une toute autre déco vieillie (la photo datant de 2004).  Un autre appareil semble plus proche côté look : le PT-RQP aperçu ici le 8 mai 2021 à l’aéroclub d’Ituiutaba : ce n’est donc pas lui. Le PT-RFL est donc plausible : il aurait tout simplement recopié l’aspect de l’autre.  Confirmation ici à gauche avec l’appareil aperçu en vol au Brésil même… l’offre était apparue sur Aeronaves.brasil.venda, sous le nom de Veronica Santana, une femme broker qui relaie un nombre important de propositions de ventes d’avions. comme ici sur Instagram Picuki un autre Seneca où la encore. Omniprésente sur le net on la trouve aussi à annoncer la vente d’appareils plus imposants comme ce Gulfstream G550 de 2007. C’est le N313AG de Cite Aviation LLC qui a trouvé depuis acquéreur et devenu P4-BAR  (immatriculé à Aruba donc) et qui se déplace beaucoup depuis. dans une région… délicate : il a été en effet aperçu le 16 janvier 2021 volant de Tunis à Turin (vers sa base de maintenance de Sonnig), et remontant après vers la Libye, l’appareil étant lié à Haftar il semble bien…  On pense que son pilote était toujours le sulfureux Riccardo Mortara dont le cas a été étudié ici en détail. Le monde est bien petit, parfois !

Des avions de plage…

Le 28 avril, c’est en bord de mer que ça se passe cette fois. Avec un  EMB-810 Seneca, retrouvé plié en deux sur la plage de Boca Ricoa dans la municipalité de Píritu, dans le Falcon, avec à bord 120 kilos de coke et des bidons de kérosène. Deux colombiens ont été appréhendés. Encore une fois on remarque la faculté des policiers pour ne pas révéler l’immatriculation de l’appareil : une des vue semble avait été triturée après coup, genre sous Photoshop, pour ne rien laisser passer des chiffres ou des lettres apparaissant sur le fuselage replié. Un procédé classique au Venezuela où toute la communication sur le trafic de drogue passe par les mains du ministre Padrino, qui semble quand même avoir cessé de nous faire croire que ses avions réussissaient à abattre ceux des trafiquants alors que ce sont ces derniers qui les incendiaient une fois posés intacts au sol…  Comme la robe de l’avion est un modèle courant et d’un design plutôt récent, difficile de soupçonner un appareil mis récemment en vente. Les exemples abondent. C’est la police vénézuélienne qui nous donne la solution, peut-être bien, avec une visite express et impromptue des installations de l’aéroport José Leonardo Chirinos situées dans la ville de Coro, dans l’État de l’état de Falcón, et l’arrestation d’un individu (César Augusto Chaffardett Martínez) soupçonné de trafic de drogue et de blanchiment d’argent. Sur place, un appareil a été saisi, immatriculé YV1867, modèle PA34-200T (ici à droite). Un appareil différent, bien entendu, d’une décoration plus ancienne de celui crashé à Boca Ricoa. Ces Pipers Senecas à répétition nous en rappellent un autre, un Seneca II, celui-là forcé à se poser le soir du 11 février 2020 sur l’aéroport de Jacinto Lara, près de Maracaibo, dans l’Etat de Lara (ici à droite), avec 482,5 kilos de cocaïne pure à bord (430 paquets en tout), plus 6 bidons de 480 litres de combustible Avgas : il emportait donc presque une tonne de charge !! L’avion était dépourvu de toute immatriculation (ou plutôt elle était dissimulée par de gros placards autocollants noirs), les deux pilotes avaient été bien sûr arrêtés. A l’intérieur, il ne restait qu’un seul siège : l’un des deux avait jonglé tout le trajet avec une pompe et des bidons d’essence ! Deux jeunes : Jhackes Villeneuve Da Silva Costa, (22 ans) et  Matheus Chaves Fernánez, (26 ans) , tous deux des brésiliens (voir ici le récit).

Autre visiteur de littoral retrouvé à quelques mètres de la plage El Semillero dans la municipalité de Tiquisate, Escuintla dans une drôle de position : c’est au Guatemala, encore une fois, et son arrivée à donc dû être plutôt mouvementée; à le voir le nez en l’air. La télévision ne s’y trompe pas et montre le soir même le déchargement de ses grands bidons blancs dont on ignore le contenu. La veille, 104 paquets de cocaïne avaient été trouvés dans deux bateaux. Selon l’armée, le lieu de la saisie  était à 140 milles marins de Puerto San José, à Escuintla. « À ce moment-là, un bateau de pêche artisanale avec trois membres d’équipage et un bateau de pêche avec quatre personnes ont été interceptés. Les deux navires transportaient des colis contenant des substances illicites présumées », ont déclaré les autorités. La police nationale civile a capturé sept personnes de nationalité guatémaltèque qui se trouvaient à bord des bateaux. » Une partie des paquets de coke saisis porte le logo de la banque ING, avec le lion qui la représente dessiné. L’avion d’Escuintla, dont on ignore s’il est à l’origine du largage des pains de coke, est bien entendu un avion vénézuélien, c’est un Cessna 402C Businessliner le N°402C-0509 immatriculé YV1805 (que les trafiquants ont effacé ou masqué). L’appareil a été vu pendant des années circulant en Floride, comme ici le 1er avril 2008 sur leLakeland – Linder Region airport ou en 2011 comme visiteur du Sun’n Fun, salon de l’aviation réputé. Jusqu’en 2002 c’était le N581SP, chez Med Air Inc, un magasin d’articles aéronautiques de Sweetwater, en Floride: cela fait 19 ans qu’il est vénézuélien !

 

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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