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Coke en stock (CCCX) : réseau, logistique et des tas d’avions

Nous décortiquons toujours dans cet épisode le gros dossier du clan Rocha. C’est toute une saga, avec ses histoires de ravitaillements à prévoir, de logistique à mettre en place, d’ateliers de peinture, d’impression et de découpe d’autocollants, pour fabriquer des doubles d’avions existants (clonage) et parfois aussi des histoires de famille, dans lesquelles on est parfois pilote narco de père en fils. Et une systématique pour le clan Rocha d’aller chercher sa cocaïne en Guyana, pays dont on connaît le lourd passé dans le domaine (avec le Suriname, visité également). Sans oublier les liens avec les politiques bien sûr : au Brésil rien ne se fait sans eux. Et sans la corruption qui va avec !

Pilote narco, une tradition familiale ?

Incongruité découverte dans le dossier, partie d’un nom de pilote : « Mário Goreth Pedreira, c’est un pilote et la police fédérale affirme avoir participé à au moins un vol transportant de la cocaïne en août 2018. Il aurait décollé de São Félix do Xingú (PA) et traversé le Venezuela et le Suriname. Il est le frère du pilote Antenor José Pedreira, décédé dans un accident d’avion en 2015″… Bien sûr le nom nous a vite rappelé quelque chose, car le frère de Mario Goreth, Antero José Pedreira , surnommé « Dodo », est en effet effectivement mort à 62 ans aux commandes d’un Cessna 2010 tombé près de  la municipalité d’Asunción de Piauí (ici à gauche). Le corps complètement carbonisé: on avait reconnu son pilote via sa montre-fétiche (ici à droite). L’avion était tombée entre les États de Piauí et Ceará, dans un endroit appelé Lajeiro Branco, dans la zone rurale d’Asunción do Piauí (à 280 kilomètres de Teresina). Quelques temps plus tôt, il venait de se faire repérer par la Commission parlementaire d’enquête (CPI) du Congrès national sur le trafic de stupéfiants, tenue en l’an 2000 (et longuement étudiée ici dans l’épisode « Coke en stock (CXCVII) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (32) ». « Le pilote a été accusé d’avoir participé à un programme qui a déplacé des centaines de kilogrammes de cocaïne, d’armes et d’or, impliquant même des hauts fonctionnaires d’autres pays. Il avait été arrêté lors d’une opération de la police fédérale en 1999, accusé d’être un transporteur de 800 kilogrammes de drogue entre d’autres pays et le Brésil ». Son avion aurait contenu 200 kilos de cocaïne, qu’il larguait sans se poser. On avait retrouvé, épargné par le feu, un paquet à bord prêt à être largué en vol (ci-dessous à droite). Il travaillait pour le trafiquant de drogue Fernandinho Beira-Mar. On aura noté dans ce lourd héritage familial les expéditions, déjà, au Suriname… il y a plus de 20 ans aujourd’hui !!!

« Selon le document final de la Commission parlementaire, le trajet du trafic comprenait les étapes suivantes: «un avion quittait le Brésil, parfois de São Miguel do Araguaia (GO), parfois de pistes clandestines dans cet État, et de l’État de Pará où il était chargé de carburant cela lui a donné une autonomie allant jusqu’à 12 heures de vol, suite au voyage à Barranco Minas – Colombie en vol de sept heures et trente minutes, arrivée en Colombie, en début de nuit. L’avion était chargé de drogue et de plus d’essence, ce qui lui donnait une nouvelle autonomie. Puis, vers vingt-deux heures, l’avion se rendait au Suriname, un vol d’une durée de sept heures, où le chargement de cocaïne était déposé en atterrissant, sur une piste clandestine ou sur un terrain qui était une ancienne récolte de rizière, à proximité de la zone de plantation, très proche de Paramaibo (une piste clandestine à Barranco Minas – Colombie) » «D’autres fois, ils volaient du Brésil au Suriname, prenant de l’or de contrebande, laissant de l’or au Suriname en échange d’armes, achetées par l’armée du Suriname à des fabricants internationaux, faisant légalement des vols dans les casernes pour vendre les armes. Ils chargeaien les avions d’armes, etournaient au Brésil puis se dirigeaient vers la Colombie, où ils ont vendu les 1096 armes aux FARC. En échange de cocaïne, pour approvisionner le marché brésilien et pour les envois de fonds à l’étranger », a également révélé le document de clarification, l’une des actions les plus dures contre le trafic de drogue au Brésil. Depuis lors, l’IPC a également souligné qu’il y avait déjà eu un transport de drogue, par avion, vers le nord-est. »

L’organisateur de la logistique, avec comme priorité l’essence

Les avions ça marche au kérosène, dont ils sont gourmands, même les plus petits. Le carburant et sa gestion étaient donc un point crucial du dispositif dans le hangar de Mauricio Lopes Costa. Et donc aussi d’une importance vitale pour le réseau de Rocha. « Au cours des démarches entreprises le 19 octobre, deux avions appartenant à Mauricio Lopes, PT-IDX et PT-OXJ, ont été photographiés dans son hangar, ainsi qu’une partie des véhicules que l’organisation utilise pour déplacer le carburant sur place. Les informations obtenues après les événements qui ont eu lieu à São Félix do Xingu (PA), ajoutées aux informations déjà produites lors de l’opération Flak, montrent que Mauricio Lopes Costa dispose d’une structure considérable axée sur le trafic de drogue. Avec le soutien de son épouse, Sueli De Lima, il gère deux sociétés (Juliany Avgas et Juliany Turismo) qui sont essentielles au succès de l’organisation criminelle dans ses différents frets. En analysant le livre de caisse saisi, nous pouvons confirmer plusieurs approvisionnements, avec de grandes quantités de carburant, pour certains des avions utilisés par le groupe. Nous avons identifié des enregistrements qui indiquent également l’achat de carburant par Joao Soares Rocha (PT-LJ1-1), Jurndir de Jesus de Sousa et Iron Ribeiro Ferrira (PT-LNU). Des entretiens avec des employés de la région de São Félix do Xingu ont montré que Mauricio Lopes est actif dans le trafic de drogue depuis longtemps et qu’il aurait considérablement augmenté les fonds propres de ses entreprises, en acquérant des véhicules, des avions et en agrandissant son hangar. L’une de ses principales fonctions dans le trafic de drogue, en plus du pilotage, consisterait à utiliser ses avions pour transporter des réservoirs de carburant vers des pistes d’atterrissage stratégiques dans la région de São Félix do Xingu, où des avions contenant de la cocaïne atterriraient ensuite pour faire le plein. Comme souligné au début des enquêtes (Rel. Analysis 03/2017; p. 42), le nom de Mauricio Lopes a été mentionné dans une déclaration prise lors d’un flagrant mené par l’unité de la police fédérale à Marabá (PA) le 7 novembre 2016. À ce moment-là, des agents du PF avaient intercepté l’avion PT-IHU dans la région d’Ulianópolis / PA et, après un affrontement armé, ils ont saisi une somme considérable d’argent (environ 800 000,00 RS) et des armes de gros calibre (04 fusils et 01 pistolets) ». On le connaît bien celui-là de Cessna : son nom a été cité dans deux épisodes, « Coke en stock (CCII) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (37) »  et le « Coke en stock (CCXIII) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (48) » Celui d’un Un « narco-indépendant (?) » qui se servait d’un… Cessna, bien entendu.  Immatriculé PT-IHU (ici à droite).  L’avion est enregistré depuis… le 6 juillet 2004 au Brésil, c’est le Cessna 210L (21059695). Il a appartenu à l’organisme Sistel Sistema de Televisao LTDA, mais ne semblait plus capable de voler : son certificat de navigabilité lui avait été retiré.  Trop vieux pour faire de la télé, mais encore bon pour apporter régulièrement ses 600 kilos de coke, au grand maximum dans la fazenda du narco-trafiquant !!!

« Les noms de Mauricio Lopes (alias Curiba), l’un de ses employés, Dada, et les pilotes Raimundinho, Maceil et Giovanni ont été mentionnés lors du témoignage (ci-joint) donné par le pilote Evandro José Souza Collere. Dans les déclarations, le pilote Evandro Collere a déclaré que son embauche avait été intermédiée par l’employé de Mauricio, Dada, qui aurait transmis son téléphone à l’entrepreneur Evandro José Souza Collere est actuellement en prison et fait également face à des poursuites devant la Cour fédérale pour trafic international de drogue. Ces faits renforcent les éléments de preuve recueillis dans le cadre de cette enquête afin de prouver que Mauricio Lopes Costa est un élément important de la logistique des organisations criminelles qui opèrent dans le nord du pays ».

Plus de mystère du tout en Guyana !

Le cinquième exemple est un petit Cessna retrouvé lui aussi en Guyana, le PT-LNU. ceci là aussi je vous ai raconté son arrivée… au Guyana, posé  sur une route secondaire ! On ignorait jusqu’ici le nom de ses deux pilotes, mais le dossier les révèle : il s’agit de Harti Luis Lang alias « Polaco » décrit ainsi chez Interpol : « Brésilien, 55 ans. Il a été arrêté deux fois avec de la drogue dans des avions. Le premier au Suriname, avec Dionathan Diogo Marques do Couto et le second deux mois plus tard à Rio Verde (GO), avec Willy Norman Schaffer Buitrago. Il est soupçonné d’avoir engagé des pilotes pour le projet. Pour le PF, Lang possède une vaste expérience dans le trafic international de cocaïne. Il fait l’objet d’une enquête dans d’autres affaires pénales sur le même sujet ». Et Dionathan Diogo Marques de Couto, ici tous les deux en photo de prisonniers à gauche, pris par les policiers guyanais.
Le dossier révèle aussi qui avait préparé et bichonné l’avion pour l’expédition, au fond de hangar : Osmar Anastacio, Aroldo Medeiros de Cruz et Sergio Maia Flores. Des personnes qui s’affairaient aussi à Ourilandia do Norte sur trois autres appareils : le PP-JAP (un Cirrus SR22-G2 ici à droite), le PT-LJH un Cessna 210 L (21064131) ici à gauche et le PT-JAB, encore un Cessna  CESSNA 210L (21060080), déclaré à Jaime Antonio Da Silva.

Le sixième appareil décrit est le PR-LVY, encore un Cessna bien connu ici, qui lui nous avait ramené à un vendeur si particulier, fournisseur depuis des années d’avions aux trafiquants !!! Je vous avais même trouvé son lieu d’atterrissage précis sur Google Earth, au 11°48’54.95 S et 49°34’11.46 » O,  à l’ouest de Formosa de Araguaiai, dans l’État du Tocantins, à une cinquantaine de km à l’est de Gurupi et de son « fort discret aérodrome, promis bientôt à un plus bel avenir semble-t-il.  La saisie et l’arrestation des deux pilotes Murillo Ribeiro de Souza Costa, et Lucas de Oliveira Penha, ont eu le droit à la une de la TV régionale, visible ici, L’avion du silo » est immatriculé PR-LVY:  c’est un Cessna 210N N°21061089 enregistré le 26 mail 2011 au Brésil , mais c’est aussi l’ex N159A américain d’origine ». 


J’avais ajouté un point important : « Sans trop de surprise on découvre derrière sa vente de 2011 un de nos habitués de ce site et de cette série :  c’est en effet North Atlantic Aircraft Services Corp, de Boca Raton qui l’a vendu.  L’ancienne « Donna Blue » si réputée…  La désormais célèbre entreprise du non moins célèbre « Joao »… retour à l’épisode Coke en stock CLXXX de notre saga, avec en vedette… Joao Malago !!! Aujourd’hui, donc, on sait que Joao Malago  (en chemise unie ici à droite), qui a toujours pignon sur rue, a donc bien vendu un appareil, sinon plusieurs, au trafiquant Joao Soares Rocha !

Sont cités aussi dans le rapport le PP-IAP hyper flashy et le PT-KKP. Comme le note le document, les deux avions ont fait l’objet de conversations téléphoniques chez nos trafiquants : »la pratique du clonage d’aéronefs a été confirmée lors d’une conversation enregistrée entre Fabio Coronha et feu Evzndro Geraldo  Rocha  Dos Reis le 22 mars 2018 (Rapport d’analyse 16/2018; pages 23, 24 et 25). Au cours de la conversation, ils ont confirmé la pratique illégale, plus précisément avec l’avion PP-IAP, notamment en fournissant des détails selon lesquels l’un des clones de cet avion se serait écrasé au Venezuela avec le pilote Ferreira, que nous pensons être le Brésilien Ricardo Brittes Ferreira. Fabio Coronha s’est également montré intéressé par l’acquisition d’une documentation compatible avec les avions de type IO550 (Continental IO-550 est une famille de moteurs d’avion). Comme, par exemple, celui indiqué dans Information 18/2018 lors de l’utilisation de l’avion PT-KKP à São Félix do Xingu (PA), ainsi que sa saisie et l’arrestation de Mauricio Lopes Costa et Aroldo Medeiros Da Cruz le 19 octobre 2018″.

Des visites bien documentées

Les tribulations du PT-KKP sont également bien documentées dans le rapport: lui aussi s’est rendu au Suriname (décidément !), et a permis et facilité un beau flagrant délit : « la continuité des efforts pour suivre les traces des cibles à São Félix do Xingu nous a permis de mener, le 19 octobre 2018, avec le soutien d’agents fédéraux basés à Redenção(PA), l’approche de l’avion PT-KKP à son retour au Brésil . Cet après-midi-là, nous avons appréhendé 130 000,00 dollars américains en espèces en possession d’Aroldo Medeiros da Cruz et Mauricio Lopes Costa, en plus de l’avion lui-même, des appareils téléphoniques, des appareils GPS, des réservoirs de carburant, des paquets de boissons surinamaises , diverses notes et documents. L’information 29/2018 présentait des enregistrements photographiques qui ont précédé le départ de l’avion du Brésil, trois jours avant l’approche. Aroldo et Mauricio ont été arrêtés en flagrant délit pour le crime de l’article 261 du CPB, pour avoir exposé l’aviation à des risques, car ils effectuaient la fourniture pendant le vol à l’aide d’une pompe d’aspiration et de tuyaux. Aroldo Medeirosa affirmé lors du témoignage que l’avion PT-KKP lui appartenait et qu’il agissait dans le commerce de l’or au Suriname, tandis que Mauricio a déclaré qu’il n’avait été embauché par Aroldo que pour se rendre dans ce pays, ne sachant pas l’existence des valeurs saisies. Face aux données et informations disponibles dans les archives de l’Opération Flak (et celles du GPS dont le rapport montre des coordonnées), ces allégations sont comiques« . A noter que le fameux KKP avait été refait et repeint, car le 26 décembre 2011 il s’était posé sur le ventre, train rentré à Formiga, (Minas Gerais) sur les rives d’un fleuve asséché, endommageant son fuselage et son hélice !!!

Les trafiquants possédaient aussi le PR-LIL, un CESSNA 210L N°21061086 devenu brésilien en 2012, c’était l’ex N2124S, ici à gauche. 

Direction le Suriname et son sous-marin !

Le PP-IAP si repérable a pris lui aussi comme destination… le Suriname : « les informations de la police judiciaire 13/2018 ont révélé que l’avion PP-IAP, un Cessna 210, a été vu dans le hangar de Joao Soares Rocha à Ourilândia do Norte / PA le 24 février 2018. À cette occasion, Joao Rocha et Jurandir de Jesus Sousa, alias « Batata », y a fait des modifications. Toujours selon Information 13/2018, l’avion a décollé de la piste d’Ourilândia do Norte / PA le 25 février 2018, vers 8h40, à destination d’une région appelée Sabana, au Suriname, dont le but serait le transport. d’une charge de cocaïne. (..) des agents surinamais ont réussi à trouver une piste d’atterrissage dans la région du Tibiti, près de la région connue sous le nom de Sabana. Mais lorsqu’ils sont arrivés sur les lieux, ils ont constaté que l’avion avait déjà décollé, rendant impossible l’enregistrement de son préfixe. Au cours du raid, aucune drogue ni aucun suspect n’a été trouvé sur la piste, qui s’est peut-être échappé à l’approche des agents. Cependant, lors des recherches effectuées sur le site, des outils, des noyaux de carburant aviation en plus de quelques notes et documents, selon le rapport DEA 18-34 et le rapport d’analyse 16/2018. Parmi les documents saisis sur la piste d’atterrissage figurent le résultat d’un examen en laboratoire, des billets et des bons de ravitaillement pour le compte de Giovane Rosa Dos Santos, pilote d’avion qui travaille avec Joao Rocha à Ourilândia do Norte…. Tout aussi passionnante la filière sous-marinière est aussi expliquée : « l’équipe d’agents a poursuivi ses efforts au Suriname lorsque, le 28 février 2018, ils ont fait une découverte qui a retenu l’attention de plusieurs agences internationales de lutte contre la drogue. Ils ont réussi à trouver un semi-submersible d’environ 20×07 mètres avec une capacité de charge estimée entre 6 et 7 tonnes (trouvé à Saramacca). Des notes saisies ont révélé un ensemble de coordonnées indiquant un itinéraire possible entre la côte surinamaise et la côte africaine ou européenne (Rel. Analysis 16/2018; p. 03). Il est à noter que Raimondo Prado Silva et Joao Soares Rocha  avaient déjà mentionné que l’organisation opérerait en Europe et en Afrique, en plus des pays d’Amérique du Sud habituels (Rapport d’analyse 10/2017; pages 86 et 87). Il a également été confirmé que les deux moteurs nautiques trouvés dans le semi-submersible avaient été achetés à la société Maqbel Maquinas Equipamentos Servicios LTDA, située à Belém (PA). Les moteurs auraient été achetés en novembre 2017, mais livrés par Maqbel à deux dates distinctes, le 7 décembre 2017 et le 18 janvier 2018. »

La formule 1 des Navajos

Tout héritier d’Escobar se doit de posséder l’avion que préférait le roi des narcos : un Navajo Panther, la formule 1 des Piper de l’époque, préparée par le sorcier Colemill. Hélices quadripales Harzell « Q-Tip », winglets et moteurs Lycoming TIO-540-J2B gonflés faisaient de lui une vraie bête de course. Barry Seal l’avait bien compris aussi !!! Comme aussi Caro Quintero, qui possédait aussi le sien…  la preuve.

Celui de Rocha (ici à droite au début du chapitre) était le PR-LSS, exN59SL américain. Celui-là, je vous l’avais trouvé ici même dans l’épisode « Coke en stock (CCX) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (45) » en suivant à la trace les cargos qui transportaient des containers contenant des avions souvent accidentés, démontés et vendus pour une bouchée de pain. Une adresse américaine d’envoi m’avait intriguée plus que d’autres ; celle qui avait d’abord fourni « la bête de course qu’est le N155UL, un Piper type PA-31T (31T-7920012), et donc très puissant (c’est un modèle Cheyenne enregistré le 25 avril 2013 au Brésil), et il est tout aussi intéressant, car c’est aussi l’ex XB-HNA (et donc mexicain !) devenu PR-UFL au Brésil, par la grâce de… Capital Aviation Corp. Il suffisait de suivre alors le fil de cette entreprise…  pour une envoi de bimoteur vendu démonté et envoyé au Brésil dans un container. « L’adresse de réception de l’envoi Panjiva est à Felda, dans le comté d’Hendry, on l’a vu. Une contrée perdue  (on s’y ennuie ferme il semble, au point de s’amuser en jeep) qui doit son appellation aux prénoms de ses deux fondateurs Felix et Ida Taylor.  Un endroit humide où l’on produit des légumes, dans de grands exploitations très organisées et très mécanisées depuis les années 30 déjà. La SR 93 (Interstate 75 -I-75) le traverse, qui mène à Opa-Locka (à Miami) et relie les Everglades à Macon en Georgie.  Cette adresse de coin perdu ressemble en réalité à une vraie poupée russe, puisque c’est aussi celle de la société « Intercontinental Commercial Aircraft Inc » (créée en 2015), dont l’agent s’appelle « Tax Controller Inc » (c’est encore une boite aux lettres de fausse domiciliation !!!) et dont les dirigeants ont pour nom Luiz Henrique Da Silva, Larissa Neves Pereira et… Armand A. Larocque, ce dernier travaillant aussi pour Capital Aircraft Corpdont il est en fait le directeur officiel  (le voici donc enfin découvert) !!!  On retrouve sans surprise les mêmes Da Silva et Larocque comme les deux dirigeants également d’une troisième entreprise appelée Boomerang Aircraft Corp, aujourd’hui à l’arrêt.  En suivant l’effet poupée russe, on trouve deux nouvelles compagnies à l’adresse de Boomerang. Al Neves LLCWings Export LLC (liées donc étroitement à Boomerang Aviation et à Capital Aircraft Corp.).  On y retrouve en effet comme dirigeante Larissa Neves Pereira de citée. « Wings Export LLC » possédant bien des avions, dont une bonne partie s’est retrouvée au… Brésil (comme ceux de Capital Aviation Corp donc !!!).  Les poupées imbriquées vont nous amener à tout un fonctionnement douteux en fait. « Ainsi pour le Piper PA-31-325 de 1979 immatriculé N59SL, un Piper PA-31-325 Navajo, venu en 2012 de chez… Capital Aircraft Corp (!), et exporté au Brésil vers le 15 avril 2014 :  l’avion y est devenu le PR-LSS (photo EvandroFilho du 25 juin 2016 et ici au Santa Genoveva Goiânia airport en avril 2014). »

Les liens avec les politiques

Un des avions cités dans le rapport à charge contre Rocha nous dit quelque chose et pour cause : on a déjà ici étudié son cas. Il s’agit du Beechraft Baron PR-NIB. Le « Beechraft Baron N1821T (ici à droite), devenu PR-NIB (le TH- 1205, au super look une fois rénové) évalué 854 700 dollars de Nininho (de son vrai nom Ondanir Bortolini) député du Mato Grosso, membre de la « Comissão de Infraestrutura Urbana e Transporte da Assembleia », ne cherchez pas non plus qui lui a vendu son bimoteur. Notre homme est embarqué dans une sombre histoire de versements de pots-de-vin à l’ancien gouverneur Silval Barbosa (PMDB) afin de permettre la concession et la perception de péages sur la route MT-130 (qu’il avait fait construire).  Au bout, 7 millions de reals !  Adroitement, l’avion avait été déclaré au nom d’un autre candidat de l’Apucarana : Sergio Leandro Olmelzuk de Castro.  Pour son petit Beechraft Baron datant de 1981, c’est une société appelée North Atlantic Aircraft Service, de Boca Raton. Vous la connaissez bien désormais : c’est celle de notre omniprésent Joao Malago !!!! » c’est la deuxième fois déjà ici que ce fournisseur est cité ! L’avion ayant jadis appartenu en prime à un français (Gérard Genet) !

Des peintres, mais pas des typographes !

Les vols étaient minutieusement préparés, on s’en doute avec des cargaisons d’un telle valeur à bord. Ici à droite les sbires de Rocha se sont faits piéger au téléobjectif en train d’installer des bidons bleus à bord d’un Pipe Navajo… que l’on va découvrir plus en détail. L’avion est ainsi décrit dans le rapport : « quelques semaines après (…) Joo Rocha a préparé le bimoteur PT-IDQ à Porto Nacional (TO), qui, selon nous, a servi à internaliser au Brésil le chargement de cocaïne saisi lors du raid qui a abouti à l’arrestation de Cabeca Branco, en juillet 2017. Pour les tests effectués sur l’avion, le 23 juin 2017, les mécaniciens Jurandir de Jesus de Sousa et Francisco Silva Ferreira Filho ont participé, en plus d’Antonio Ribeirao de Mendonça et du pilote Ricardo de Miranda Frias. Les activités ont été coordonnées par FFabio Coronha Da Cunha, qui a également coopté, en tant qu’assistant pilote, le Vilton Borges Pereira de Carvalho lui aussi arrpeté (Information 09/2017 – Rel. Vigecimento 08/2017). Nous soulignons que l’avion PT-IDQ est un Piper Navajo, un avion à forte capacité de charge et compatible avec la quantité de stupéfiants saisie en juillet 2017″.

Les améliorations techniques et les tripatouillages d’avions consistaient aussi en simples autocollants parfois, pour fabriquer des doubles d’avions existants (clonage) peints de la même façon que les orignaux, comme  l’a très bien noté le rapport avec un avion bien précis : « à cet égard, il faut dire que dans les messages contenus dans le rapport d’analyse 04/2017 (page 28), Joao Rocha a déclaré qu’il supprimerait les «lettres» (immatriculation) et plaques d’identification de l’un des aéronefs. Cette pratique a également été guidée par Joao Rocha à Vilto Borges Pereira De Carvalho, selon les transcriptions des liens entre les deux dans le rapport d’analyse 04/2017 (page 07). Pourtant, il ressort des dossiers que dans des conversations interceptées impliquant les enquêtés Fabio Coronha Da Cunha et Juandir De Jesus ​​De Sousa, il était également possible de supposer qu’ils traitaient de la fabrication d’autocollants verts et bleus, probablement pour des changements dans les bandes qui composent l’apparence du avion. À l’époque, Fabio Coronha avait commandé le même type de matériel à un graphiste de Porto Nacional / TO, Warley Ribeiro da Silva, spécialisé dans le travail avec des adhésifs (Rapport d’analyse 04/2017; pages 01 et 02). Aussi, le matin du 30 mai 2017, lors de la surveillance effectuée dans le hangar de Porto Nacional / TO, des agents ont enregistré des photographies de Fabio Coronha, du gardien Antonio Ribeiro De Mendonça et de deux autres hommes non identifiés effectuant des travaux de maintenance sur l’avion Navajo. préfixe PT-IDQ. Des images du rapport de surveillance de 07/2017 montrent les hommes non identifiés apposant apparemment les immatriculations sur le corps de l’avion (sur les côtés et sous les ailes) ». Cela fait même partie d’un enregistrement sonore et vidéo… versé au dossier, dans laquelle apparait le faux PT-ODQ, aux lettrages différents de l’original : ils étaient certes bons en peinture, mais vraiment mauvais en typographie !!!

La découverte des engins « ressuscités » un vrai dédale !

Le 10 avril 2019 l’opération de vérification des appareils douteux  débutée avec cette rafle sur l’empire Rocha se déplace à Joinville,  au nord, de Santa Catarina et de Vale do Itajaí, chez une société « suspendue pour fraude fiscale, défaut de maintenance et documentation des avions » indique la presse. C’est l’opération « Dédalo » (dédale, donc)  qui se déroule en collaboration avec l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC), et qui saisit sept aéronefs de plus, et au moins une partie de cinq autres dans des lieux « clandestins ». Dix mandats de perquisition et de saisie ont été lancés (trois à Joinville, un à Rio do Sul, deux à Curitiba, trois à Sorocaba et un à Birigüi), Selon la police au moins 50 policiers fédéraux et 20 inspecteurs de l’Anac participent à ces recherches.

Sept aéronefs, sans autorisations de vol, sont également la cible des recherches, car ils « présentent des irrégularités dans les documents et les structures, qui mettent en danger l’aviation civile » nous rappelle la police. Ce qui est leur est essentiellement reproché à leurs propriétaires – ? L’habituel import d’aéronefs abîmés et leur retape clandestine, pardi !!! Tout un système de maquillage mis en place également par les trafiquants ! Selon la police, « l’expertise faite dans les documents, en plus des contacts avec les fabricants et les autorités étrangères aux États-Unis, a prouvé la preuve de l’achat d’aéronefs endommagés, des réparations au-delà des limites autorisées par le constructeur, en utilisant des dossiers prétendument frauduleux ou en utilisant des plaquettes. et de la documentation venues d’autres aéronefs, en plus des failles des contrôles, mettant l’aviation civile en danger ». Bref un bricolage et un jeu extrêmement dangereux !!!

« Toujours selon la police, il y a des signes de falsification de documents, de défaut de fournir ou de fournir des informations partielles ou secrètes à l’Anac, afin d’entraver ou d’échapper à l’inspection de l’agence, en plus de la fraude fiscale dans les processus d’importation d’aéronefs ».

Bref, on vient à nouveau de redécouvrir le système de Martin Rapozo, en Bolivie (lire ici), qui avait si bien réussi aussi au Paraguay, rappelez-vous, avec des Cessna ! L’article qui évoque ces vérifications salutaires montrant en illustration deux hélicoptères, un Bell-Ranger immatriculé PT-YBB (cn 4334) et un Robinson R22 (PT-HOL, MSN 2189) serrés ensemble dans un local indéterminé. Le Bell Ranger d’Icaraí Taxi Aéreo étant de censé s’être écrasé le 26 août 2008, il avait été complètement détruit ! Le petit Robinson (N°2189) avait fait encore mieux si l’on peut dire, avec une première fois le le 4 novembre 2010  et même une deuxième le 11 juillet 2012 en s’écrasant à Sao Paulo, près d’une voie ferrée, tuant cette fois ses deux occupants !!! D’où sortait donc cette photo des deux appareils ensemble, mystère…  En tout cas, on les avait bien ressuscités, ses appareils complètement détruits pour mettre à leur place des clones indéterminés, bricolés et rapiécés, portant à nouveau leur immatriculation au nez et à la barbe de l’Aviation Civile brésilienne !!! A gauche une épave de Robinson R66 en train d’être ressuscitée, à Sorocaba !!!

Une mine de retapés

Ce ne sont pas les seuls hélicoptères découverts. Un hangar en dissimulait d’autres, pas moins de dix en tout ! Tous d’aller impeccable. Or celui au premier plan ici, par exemple,  le PT-YPY, un Robinson 44,  a été visiblement repeint, car en 2012 encore il était gris, rouge et noir, travaillant alors pour le ValeSucio Ressort (ici à gauche).

Mais le 19 août 2012 il s’était écrasé à Itaquaquecetuba (SB), cabine brisée, queue tordue, retrouvé couché sur le flanc (cf ici à droite). Et visiblement reconstruit depuis : la simplicité de construction du Robinson, tant vantée par son constructeur, a son revers : on peut aussi facilement le réparer ! Et ça, les trafiquants savent plutôt bien le faire aussi !!! A gauche ici le moteur Motor Lycoming O320-B2C, du Robinson R-22 PT-YBC de Campinas, mis en vente à Joinville endroit dont on va reparler bientôt, je pense, ici-même.

Dans le même hangar on a trouvé le petit R22 jaune immatriculé PT-YLN, siglé Horus et proposé comme hélico-instucteur… or, ça ne rate pas, lui aussi s’est payé un accident, le 22 octobre 2013, il avait dû perdre copieusement arrosé de neige carbonique par les pompiers de l’aéroport  Lauro Carneiro de Loyola, à… Joinville. L’engin de l’école d’aviation, Horus, pourtant bousillé, avait repris du service  ! L’enquête avait démontré que l’élève avait pris ce jour-là bien trop tôt les commandes de l’engin… sur ces papiers, il était indiqué qu’il ne pouvait n’effectuer « que la formation et l’entretien des équipages de conduite », et pas celle d’élèves : en somme il n’était pas qualifié ! L’hélicoptère, de plus avait été promptement enlevé du site du crash, laissant entrevoir de la dissimulation de preuves aux enquêteurs !!!  Le hangar était bien situé à Joinville, celui de la société Horus, et regorgeait d’engins douteux :


Le 7 octobre 2013, pourtant, un article de Ronaldo Santos dans Aero Magazine avait alerté sur les pratiques douteuses de remise en état d’engins volants abîmés lors d’un accident. Son récit était pourtant clair et frappant : « au décollage, l’hélicoptère vire à gauche avant de s’éloigner à 30 cm du sol et son rotor entre en collision avec le sol. Le Robinson R44 subit de graves dommages au moteur, au rotor principal, au rotor de queue, à la transmission, au cône de queue, aux skis et aux stabilisateurs. Les systèmes électrique, carburant et hydraulique présentent de légères pannes. Malgré les dégâts, l’hélicoptère reste intact. Cet accident sans victimes s’est produit le 27 décembre 2008, à l’intérieur de Goiás, et les détails de celui-ci sont décrits dans le rapport du Centre d’enquête et de prévention des accidents aéronautiques (Cenipa), sur la base de rapports de témoins et d’autres données d’enquête. Selon le document, le pilote n’avait pas retiré le verrou à friction du cyclique, un dispositif qui empêche le mouvement de la commande, une procédure prévue dans la liste de contrôle avant le décollage. Aujourd’hui, ce même R44 est de nouveau en état de vol, après avoir suivi le processus de réparation des dommages subis dans l’épisode. Une telle pratique, dans les aéronefs ayant subi un accident ou un incident, est courante au Brésil, reconnue par l’Agence nationale de l’aviation civile (Anac) et surtout sûre, garantie par des ateliers de maintenance aéronautique spécialisés dans ce type de service. » L’hélico accidenté était le PP-MCE. Les photos sont celles de l’engin refait, la deuxième de son usage par des touristes anglais, à une date indéterminée.

 

Nota : sur un autre réseau de maquilleurs d’avions brésiliens découvert en 2018; on peut relire l’épisode « Coke en stock (CLXX) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions« , pour y constater que les procédés de maquillage étaient déjà les mêmes en effet. A droite ci-dessus l’attirail alors saisi à São Gabriel do Oeste, au nord-est de l’État du Mato Grosso do Sul pour faire les lettrages des immatriculations notamment… la plupart des Beechrafts maquillés avaient en fait été volés à cette époque : « ce n’est donc qu’en 2017 que l’histoire des disparitions successives de Beechcrafts brésiliens est élucidée avec l’arrestation de toute une bande de trafiquants, qui s’étaient donnés le pouvoir de les repeindre et de les cloner, en effet . »

:

 

Rappel des docs fondamentaux :

https://politica.estadao.com.br/blogs/fausto-macedo/wp-content/uploads/sites/41/2019/02/38-81.2019.pdf

http://www.mpf.mp.br/to/sala-de-imprensa/docs/copy_of_NcleoCompradoreseProdutores.pdf

Les noms des personnes du gang de Rocha incriminées et inculpées :

João Soares Rocha, Raimundo Prado Silva(alias trigueeiro, moreno, morena, neguim, neguinho, neguinha, jatobá), Fabio Coronha Da Cunha, Aroldo Medeiros da Cruz, Ruben Dario Lizcano Mogollon, Adalberto da Silva Cordeiro, Luiz Carlos da Rocha, alias « cabeça branca »,Wilson Roncaratti, Willy Norman ShafferBuitrago, Dionathan Diogo Marques do Couto, Harti Luiz Lanq, Ronald Roland, Murillo Ribeiro de Souza Costa, Lucas de Oliveira Penha,Flavio Martins Ferreira, Evandro Geraldo Rocha Reis, Alencar Dias, Cristiano Felipe Rocha Reis, Vilton Borges Pereira de Carvalho, Antonio Carlos Ramos alias « totó », Jurandir de Jesus de Sousa, alias « batata« , Antonio Ribeiro de Mendonça, Amauri Moura Silveira, Joelb Mendes Luz, Raimundo Almeida da Silva(alias alemão), Iron Robeiro Ferreira, Nivaldo da Conceição Level, Wisley Cavalcante Barbosa, Hamilton Gouveia Alberto, Geverson Bueno Lagares, Ricardo de Miranda Frias, Ivanilson Alves(alias pé, pezão), Osmar Anastácio, Maurício Lopes Costa, Mario Goreth Pedreira, Frederico Sardinha da Cruz Netro, Sergio Maia Flores, Eduardo André Melo, Diego Mauricio Blanco Blanco, Andres Felipe Correa Blanco, Ricardo Brittes Ferreira(alias ferreirinha), João Dos Remédios Azevedo, Edinaldo Souza Santos, Giovane Rosa dos Santos alias « seu brother » .

Les 14 aérodromes utilisés :

La liste des 14 avions décrits dans le dossier :

PT-LNU, PR-TAL, PR-IMG,PP-JAP,PT-LJH, PT-KKP, PR-NIB, PT-IDQ, PR-XFR, PR-LPT, PT-JAB, PR-LVY, PR-LSS, PR-LIL.

Document de CPI – le narcotrafic :

https://www.al.sp.gov.br/StaticFile/documentacao/cpi_narcotrafico_relatorio_final.htm

Autre document source :

https://www.diariodaregiao.com.br/_conteudo/cidades/rota-da-cocaína-passa-pela-região-1.687768.html

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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