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Coke en stock (CCCV) : la pierre de Rosette du trafic découverte à Santa Elena

L’Histoire est toujours là pour faire comprendre des choses qui nous ont échappées et Belize n’échappe pas à la règle. Nous avons vu dans des épisodes précédents que le trafic de cocaïne par avion s’est installé en trois étapes en Amérique Centrale ; ça a d’abord été de la contrebande, notamment des Etats vers le Mexique (1), puis du trafic de marijuana dans l’autre sens à l’arrivée de la vague hippie des année 70-80, pour se transformer en trafic de « colombienne », de la cocaïne à qui on a donné comme surnom celui du pays producteur principal à l’époque, qui a culminé avec la période Escobar des années 90 et ses Caravelle (2).

L’attitude des USA, durant toute cette période n’a cessé d’intriguer : le pays a déclaré officiellement faire la guerre aux trafiquants, mais officieusement il a nourri le trafic pour lui permettre en retour d’approvisionner la lutte anticommuniste devenue obsession sous des présidents tels que Nixon ou Reagan qui vont partager le même conseiller ; Edward Meese, chantre de cette guerre d’une rare hypocrisie. Dans ce marécage politique, la Jamaïque, point de relais obligatoire par avion de la « dope » sud-américaine se retrouve alors à utiliser un autre petit pays comme allié ; c’est bien entendu le Belize, en droite ligne le plus proche de l’île à « ganja » passée de porte-avions à coke…

Les tripatouillages américains à Belize remontent à bien des années, et un appareil bien particulier et peut-être bien la pierre de Rosette de ces manipulations tortueuses. C’est une épave aujourd’hui retrouvée après bien des recherches au fond de l’aéroport de Santa Elena-Flores, au Guatemala, parqué là depuis des années, moteurs enlevés, et qui est en train de se dégrader rapidement dans ce climat tropical qui ne laisse pas longtemps la tôle intacte. Sa dernière photo a été prise le 8 mars 2015 (ici à gauche). L’engin y était au moins depuis 2003, selon Google Earth qui nous indique qu’il a été déplacé entre cette date et 2007, et que depuis la corrosion a carrément attaqué son aile gauche. On notera que sur le même aéroport, à l’opposé de l’endroit, plus au nord, on distingue depuis 2017 un autre engin en train de péricliter lui aussi : un Hawker 125 aux réacteurs mis à jour (car plus larges que les originaux). Un avion dont je n’ai pas trouvé l’origine à ce jour et qui n’est indiqué nulle part. Deux appareils ayant vraisemblablement servi au trafic illicite, se dit-on : pour le premier, comme vous allez le voir, on en a la preuve formelle en tout cas. L’aéroport dispose d’une longue piste en dur de 2900 mètres de long et il est situé près d’une lagune celle de Petensil, qui communique par un canal vers le lac Peten Itza, un des fiefs actuels du trafic de cocaïne au Guatemala (3). L’engin retrouvé à Santa Elena-Flores est une modification d’un appareil plus classique dont voici la belle allure originelle :

Ce N78A construit en 1958, devenu plus tard N2424 (c’est le BA-330 comme numéro de série) a été en effet équipé d’un train tricycle de type Volpar en mars 1964, pour Hollywood Flying Service puis  Smithville Flying Service et a été vendu à Pro Air Services, Opa Locka en Floride; société qui possédait surtout de bons gros Martin 404, la bête de somme US avec le Convair 340 qui avaient succédé au DC-3 (ici celui de 1982) : la compagnie possédait les deux types d’avion cargos. Ci-dessous le Martin 404 N255S retrouvé abandonné au Texas entre  Bonham et Paris. Il aurait été utilisé jusque 1997 par Pro Air Services :

Notre exemplaire en train de rouiller au Guatemala est surtout connu pour un incident aérien plutôt particulier; survenu le 14 décembre 1989 : un incident arrivé en compagnie d’un deuxième « Volpar » bien rallongé, le N492DM,  muni d’une troisième dérive façon Constellation, comme notre exemplaire,  et appartenant tous deux au même propriétaire (Astro Airways). Ayant décollé ensemble pour la même destination et volant à vue, ils se sont perdus  à un moment dans les nuages et se sont heurtés, l’aile droite du N24JE heurtant la gauche du N492DM; mais les deux avaient réussi à se poser sans trop de dommage, heureusement. Le N492DM finira par s’écraser le 6 avril 1993 à Mooringsport, en Louisiane après l’incendie d’un de ses moteurs, tuant son pilote.

Notre Beech Volpar rouillé, lui, deviendra plus tard le N446DM dont on a appris tardivement (le 7 juin 2013) ; qu’il était rayé officiellement des listes de la FAA. Il lui aura fallu 10 ans pour le reconnaître, dix ans que l’avion ne volait déjà plus ! Mais c’est le nom de son propriétaire afin qui nous a davantage intéressé, lors de cette décision : selon le registre américain, c’était encore en effet Mallard Alma Dale, dont l’adresse était une boîte postale d’Idaho Falls, dans l’Indiana, Voilà qui sonnait étrange, déjà. Et pour cause : le dénommé Dale était tout sauf un inconnu. Le 21 avril 1987, on avait appris en effet que ce pilote, habitant effectivement, l’Idaho venait d’être emprisonné aux Bahamas… il venait d’être arrêté avec deux collègues sur l’aéroport de San Andres pour trafic de drogue (de la marijuana) et condamné lourdement à 15 années de prison. Trois hommes avaient été arrêtés ce jour-là : les deux pilotes, Alma Dale Mallard, 52 ans, et Peter Anthony Anton, 34 ans, et un troisième larron, Fred Jay Blumfield, 51 ans.`

Les Beech 18, de sérieux clients question transport de dope !

A noter que les Beech « 18 » plus classiques ont aussi beaucoup été utilisés pour transporter de la drogue. On rappelle ici que le club de parachutisme de l’incroyable Thornton (cf notre épisode CCLXXIV en possédait un… Relisez, pour vous remettre dans l’ambiance de l’époque! L’avion de Thornton était le N4111A. Le 8 mars 1982, l’un d’entre eux s’écrase au San Miguel Ranch Airport de Charlotte, Texas. Il portait l’immatriculation N700W et avait été transformé en cargo de nuit pour SMB Stage Lines. Ça s’était produit au décollage, à proximité du ranch cité, l’avion ayant heurté un bloc de béton à côté d’une auge remplie d’eau pour le bétail. De la drogue avait été en fait découverte à bord. On espérait pouvoir le remettre néanmoins sur pied en 2009 encore. Pour le N38MS idem, celui de Raimun Charters Inc, à Miami, saisi en juin 1988 avec une cargaison de drogue en  Jamaïque et laissé sur place dépérir sur le Kingston-Manley Aiport. Idem encore pour le N1827M, sorti en 1947 modifié avec des vitres larges par SK Engineering STC et muni de bouts d’ailes d’E18S, il a été saisi en 1977 à Reno par la Drug Enforcement Administration  pour trafic de drogue. Racheté en 1979 aux US Marshal pour 5 600 dollars, par Reginald S. Hanley, il a repris sa carrière après pour être transformé en 1995 en cargo pour Methow Aviation. Le N20GL ex N23W de 1956, ex N423W et ex N174CM, arrivé chez Brian Clark, de Miami a lui été saisi en 1985 par le US Marshal et la Drug Enforcement Administration à Sylvania, en Georgie.Il a été racheté en 2013 par Hubert J. Dwyer, de Clear Lake dans l’Indiana mais a été radié des registres peu après. L’un de ceux qui volent encore, le très beau N18SE, ici à droite (N38219, un temps XB-ZEO mexicain) construit en 1956 après avoir fait le Charter dawns le Antilles en 1984 et ensuite passé en République Dominicaine et s’y est fait arrêter pour trafic de drogue le 16 septembre 1985 (bien avant « Air Cocaïne », donc !). Revendu à Atlanta Air Salvag en- 1988 il a été remis à neuf vers 1992 par Don J. Oglesby de Fayettevielle en Georgie, et il est passé en 1995 chez Eastport Entreprises Inc de Wilmington pour être aujourd’hui en état de vol au Shores Ag Ar Inc de Robstown au Texas. Le N52E construit en 1958 appartenant à James A.Pope en 1970, a été transformé en cargo en 1975, il s’est fait coincer par le Pinal County Shériff de Tucson avec à bord de la drogue le 26 juillet 1976. Il a été racheté en 1979 opar Wifred & May I. Dailey et revenu  Aerospace Products puis Phoenix Charter Airways de Ste Croix, passé chez Four Star Air Cargo de St Thomas pour arriver chez Alaska Airships en 1996 qui lui a donné cette livre jaune hyper-visible, et se faire racheter ensuite par Ncihlos E. Mesmer de Baraboo (dans le Wisconsin), et être radié le 27 octobre 2014. Le N47G (BA-269) à fière allure, sorti en 1957 a appartenu à Goergia Pacific Co en 1959 puis à Poe&Talbot de San Francisco jusqu’en 1979 où revendu et portant une fausse immatriculation mexicaine  (XB-BPH) il s’est fait attraper à San Jose de Cabo, en Basse Californie au Mexique, porteur lui aussi de drogue. Décidément ce sont des abonnés ! Il est resté au Mexique sur le tarmac du Sans Cabo Airport jusqu’en 1991 avant d’être racheté par Western Air d’Albuquerque. Il a été vendu en 1992 à Brian L.Launder, de Tulsa, Oklahoma. Le BA-656 H18 N9724Y sorti en 1964 a carrément lui disparu durant un vol de trafic de cocaïne vers la Colombie :  inscrit chez National Bumper Exchange, West Memphis en Arizona le 19 juillet 1980 il s’est écrasé à Maico, en Colombie à peine dix jours plus tard !!! A croire que ce type d’appareil est le champion toutes catégories du trafic qui tient la dragée haute aux aviosn actuels que sont les Hawker et les Gulfstream : c’était bien une autre époque !!!

Pinnochio a mis aussi son nez dans la poudre

Le « Pinocchio » N21X (surnom donné aux exemplaire dotés d’un compartiment avant étendu) devenu N521GP arrivé en 1975 de chez Dole Aviation (société liée à la CIA, on le sait), transformé là-bas en Volpar puis retransformé en « deux points » (qui se pose à nouveau sur la queue) en 1981 pour Great Western Airlines, de Tulsa en Oklahoma puis chez Mark Peterson de Desert Flying Service, de Tonopah et ensuite officiellement chez Gold Creek Mining & Development Corp, a lui carrément été incendié par des trafiquants en 1981 car ils n’avaient pas réussi à le faire redécoller (on voit bien que les actuels n’ont rien inventé ) !!! On découvrira qu’il appartenait toujours à Mark Peterson qui sera inculpé pour trafic pour avoir falsifié sa vente !!! Rappelons au passage que l’un des premiers avions de Barry Seal a lui aussi été un Beechcraft D-18S (N651B), acheté en 1980, au Honduras (ici à droite). Il a été retrouvé et il est parqué depuis, moteurs hélas absents, au Beaumont Hotel Airport à Kansas City (37-39.33.4950N 096-31-39.6900 W); Le Beech 18 qui a été produit pendant 32 ans était un avion fort capable en effet comme on peut le voir ici. Et fort apprécié des trafiquants de coke !!!

Les ganja boys de la DEA

Revenons à nos clients « jamaïcains » : très vite leur arrestation avait provoqué des remous en haut lieu : l’ambassadeur US aux Bahamas était venu défendre maladroitement leur cause, affirmant que l’emprisonnement était « certainement une erreur, car les pilotes avaient  manqué de carburant et avaient dû effectuer un atterrissage d’urgence dans l’île » !!!  Lors du procès surtout, il avait en effet été  révélé que Mallard travaillait en fait pour la DEA, après avoir été retourné à la suite de la découverte d’un million de comprimés de méthaqualone dans son avion qui circulait de la Floride du Sud à la Colombie. Il avait effectivement été accusé en 1983 d’avoir arrangé un accord sur de la méthaqualone dans une chambre de motel de Fort Lauderdale avant de faire effectivement le voyage en décembre 1979 !!! Voilà à quoi avait servi le fameux N446DM !!!  La contrebande était classique, l’avion larguant sa drogue au dessus d’un point déterminé en mer, sur a côte, où l’attendaient trois autres larrons: James O’Neill, William O’Neill et une troisième personne surprises à pêcher apparemment dans la zone de largage. En janvier 1980, Nicholas Dorich et Howard Pinckard, collègues pilotes de Mallard, s’étaient rendus en Colombie pour obtenir de la drogue supplémentaire, mais ils s’étaient écrasés en décollant d’une piste clandestine en herbe en Amérique du Sud. « Au cours de la même année, Pinckard et sa femme ont été arrêtés au Mexique pour avoir volé un avion appartenant à William O’Neill et ont passé environ six semaines dans une prison mexicaine. À la fin de la peine de prison, le couple a été remis aux autorités américaines qui ont accusé Pinckard d’avoir volé un autre avion. En échange du rejet de cette accusation et de l’immunité de poursuite en l’espèce, Pinckard a accepté de témoigner contre ceux qui l’accusaient ». Car le dénommé Mallard n’avait pas encore tout raconté, aux Bahamas… A Opa-Locka, en Floride, le fameux Volpar n’était pas seul à faire dans le trafic de marijuana : ici à gauche c’est le Beech E18S, (BA-166) lui aussi à trois roues, immatriculé N2395M, photographié ici en octobre 1977 : il avait été saisi par les douanes pour trafic illicite, et a carrément disparu l’année suivante (volé, très certainement) !!

Une intervention quasi divine…

L’emprisonnement des deux pilotes ne tiendra pas longtemps en tout cas : 15 jours à peine !!! Une personne très haut placée aux USA étant intervenue directement auprès des autorités des Bahamas ; « les accusations de drogue contre eux ont été abandonnées jeudi par le magistrat des Bahamas, Cleopatra Christie (qui avait aussi du nez, vous vous en seriez douté), après que le conseil adjoint de la Couronne Jon Isaacs a déclaré aux États-Unis L’ambassade avait demandé la libération des hommes. Selon des informations qui sont parvenues au tribunal, les États-Unis Le procureur général Edwin Meese a assuré aux responsables des Bahamas que les hommes étaient en mission gouvernementale. Le bureau du procureur général des Bahamas a indiqué qu’il était convaincu que les hommes devraient être libérés dans l’intérêt public ». Edwin Meese en personne était venu se mêler de l’affaire !!!  Grande nouvelle ! Edwin Meese, l’organisateur de la « Guerre à la drogue » !!!! le « tzar de l’antidrogue » en personne !!! Et oui, le célèbre Edwin Meese, déjà croisé ici… à l’épisode CCLXXIII !!!! Le conseiller de Reagan, organisateur et planificateur du trafic de cocaïne nécessaire à la CIA, celui qui a reçu des mains du président-baudruche actuel la plus haute distinction civile existante aux USA (ici à droite) !!! Sidérant !!! Que n’a-t-on pas fait pour fournir en armes les Contras !!!

De la marijuana à la cocaïne il n’y avait qu’un pas

A son procès, Mallard avait en effet parlé, beaucoup parlé. Notamment au procureur Robert Cornell, à qui il avait expliqué qu’il avait aussi été, au moment même de son procès aux Bahamas, recruté par le trafiquant Parker Priest et pour une toute autre livraison de drogue. Priest étant directement lié au chef d’un important réseau de cocaïne, Leon Alberto Rendon, un ancien chimiste colombien. Et cela aussi, donc, Meese ne pouvait l’ignorer !!! « Il a déclaré que Priest avait non seulement aidé à remettre sa caution, mais lui avait proposé de lui payer 125 000 dollars  pour piloter un avion bimoteur vers un ranch de la jungle en Colombie et ramasser 300 kilogrammes de cocaïne. L’avion, a déclaré Mallard, prévoyait de quitter l’aéroport international de Fort Lauderdale-Hollywood le 2 octobre et de livrer le chargement à un petit aéroport de Greenville, en Alabama le lendemain (ici à droite). Le vol vers le ranch s’est déroulé sans incident, a déclaré Mallard, mais le vol de retour a été pénible. L’avion, surchargé de cocaïne, a à peine décollé sous une forte tempête de pluie et, pour aggraver les choses, l’engin a développé des problèmes de moteur. Mallard a déclaré qu’il avait non seulement été contraint d’abandonner sa route vers l’Alabama, mais devait emprunter la route la plus directe vers les États-Unis. Volant entre 50 et 150 pieds du sol, Mallard a témoigné qu’il était passé à environ 30 miles à l’ouest de La Havane, à Cuba. Son altitude était apparemment trop basse pour que le radar cubain puisse le détecter. Mallard a posé l’avion à l’aéroport international de Fort Lauderdale-Hollywood sans autre incident, mais a attiré l’attention des États-Unis et le Service des douanes à l’affût d’éventuels survols de drogue ». « Peu de temps après, Mallard et 12 sacs polochons remplis à 89% de cocaïne pure étaient entre les mains des agents des douanes, selon des témoignages. Les agents de la DEA ont rapidement appris la saisie et, peu de temps après, Rendon, son frère cadet, Carlos, et sa femme, Lucinda, qui est devenue un témoin du gouvernement, ont été saisis à Greenville, où ils avaient attendu l’arrivée de Mallard. Cornell a déclaré que les documents saisis au domicile de Key Biscayne de Rendon indiquaient qu’il avait importé et distribué plus de 5 000 livres de cocaïne sur une courte période. Selon des témoignages, des charges de cocaïne de sept cents livres ont été livrées régulièrement à Carlos et Lucinda Rendon dans une maison d’un quartier fermé de Miami ». Vous allez me dire mais on n’a toujours pas entendu le mot Belize, depuis le début de ce (long) chapitre ! Attendez donc, ça vient….

« Undercover Agent »

C’est un autre pilote lui aussi employé par la DEA ui va compléter ce tableau assez affolant, ma foi. Lui aussi chargeait sa marijuana en Jamaïque… mais faisait une halte obligatoire… au Belize. Il s’appelle Billy William Wayne Mahaffey (alias aka “John Ringo,” “B. W.”), et son histoire a été racontée par Charlie Spillers dans « Confessions of an « Undercover Agent: Adventures, Close Calls, and the Toll of a Double Life … » Et son témoignage est plus que saisissant  : « Mahaffey a expliqué comment il s’est fait prendre avec le chargement de dope au Belize. «J’ai chargé en Jamaïque 1 600 livres de mauvaise herbe, mais ils n’ont pas mis suffisamment de carburant à bord lorsque j’étais au sol en Jamaïque et cela m’a obligé à me dérouter de l’itinéraire prévu. J’ai quitté la Jamaïque avec le chargement et pris l’avion pour Cayman, puis pour Cozumel, puis je suis parti vers le nord. J’avais initialement prévu de voler au nord de Cozumel jusqu’à un point situé à quatre-vingt milles au nord de la Nouvelle-Orléans, mais j’ai été frappé de forts vents contraires et j’étais à court de carburant. Nous avons donc fait demi-tour et avons atterri au Belize, dans l’espoir de faire le plein, mais nous avons été arrêtés et ils ont saisi le chargement. « 

Se référant à Julian Sirmons, Mahaffey a déclaré. « Julian, le copilote, et moi, sommes censés être en prison au Belize en ce moment, mais ils ont suivi notre chemin. Ils ont essayé d’acheter tous les documents sur la saisie, mais n’ont pas pu tout détruire, même si nous leur avons offert beaucoup d’argent. « Mahaffey s’est arrêté et a siroté son whisky, puis a repris. « Mais cela a fonctionné encore mieux pour nous. Nous avons maintenant un contact de haut niveau au Belize. C’est un magistrat, comme un juge de la Cour suprême. Le magistrat a fait en sorte que nous quittions secrètement le pays. Grâce à lui, je peux désormais voler au Belize en toute immunité, mais je dois attendre que ma peine de trois mois de prison expire parce qu’ils ne m’inscrivent dans les livres là-bas pour purger leur peine. Si on atterrit  avant ça, Max ici peut effectuer le premier voyage. « Après être sorti du Belize, j’ai rencontré le magistrat de la Nouvelle-Orléans au cours de la même semaine de ma dernière rencontre. « Je peux prendre des dispositions pour que vous rencontriez le magistrat du Belize. Nous pouvons le faire aux États-Unis ou au Mexique » a-t-il dit. «En y repensant maintenant, lorsque j’ai fait le plein en Jamaïque et découvert que j’étais à quatre-vingts gallons de carburant, j’aurais dû décharger l’herbe puis faire le plein à l’aéroport international de Kingston, en Jamaïque. J’aurais pu payer des personnes en Jamaïque, associées à l’organisation. Nos avions en Jamaïque sont chargés par l’armée et un officier militaire jamaïcain de haut rang est impliqué avec nous ». En somme tout y était déjà : on savait que la police de Belize était corrompue et on en profitait largement !!!!

Papy coke entretient la flamme

En  2015, on avait pu suivre l’épilogue d’une longue histoire de trafiquant, celle de Russell Brothers Jr. un septuagénaire encore très bon pilote puisqu’il avait réussi à poser comme une fleur un… Beechcraft G18S, le N6B, sur le ventre le 21 avril 2012,  après un défaut de sortie de train. Du grand art !.Ici un décollage et un atterrissage en douceur avec le même avion.

Ce petit vieux à l’allure débonnaire était en fait un habitué des barreaux en réalité comme le raconte ici l’excellent Kathryn’s Report. « Russell Brothers, septuagénaire, trafiquant de drogue condamné, stockeur d’armes à feu et pilote, s’est rendu mardi dans une prison fédérale. Cette fois-ci, Brothers, 78 ans, passera un an et trois mois dans une prison fédérale, puis fera un an de probation, selon les archives de la Cour fédérale. Selon le Bureau fédéral des prisons, Brothers purgera sa peine dans un établissement à Lexington, Kentucky. Brothers n’est pas étranger à la vie derrière les barreaux. Il a été condamné en Floride pour trafic de drogue en 1988 et à nouveau en 1993 pour trafic et blanchiment d’argent. Selon un juge, le «géant parmi les géants» de la contrebande internationale a purgé 11 ans de prison pour avoir fait circuler de la cocaïne entre la Floride et les Bahamas » (il a donc dû faire partie de ce que je vous ai expliqué ici !). En 1988; il avait été condamné à 60 ans de prison et 1 million de dollars d’amende… A vous de deviner pourquoi donc il n’en a fait que 11… Son père, un indutriel à la réussite exemplaire avait créé trois compagnies dont une de vente de glaces : Velvet Ice Cream Company (de 1949 à 1970), the Anthony Pure Milk Company, et la Russell W. Brothers Insurance Company. Il aurait pu continuer ces affaires mais adorait trop voler. C’est vers 1980 que Russell a commencé à vendre des avions à des trafiquants. Lors de son arrestation, il était devenu très riche, car la coke lui rapportait énormément : « environ 6 millions de dollars en biens immobiliers et autres actifs ont été confisqués dans le cadre de ce que les autorités ont appelé la plus grande saisie de biens de l’histoire de la Floride à cette époque. Il comprenait une ferme de 248 acres près de Nashville, un restaurant, deux avions, deux bateaux, un prêt de 600 000 dollars à un ranch dans le comté de Limestone, au Texas, et une entreprise d’affrètement d’avions »…  la grande époque !!!

En 1992 lors de sa deuxième condamnation pour blanchiment cette fois (alors qu’il était déjà incarcéré), il avait été plus adroit : « l’avocat des Brothers , G. Thomas Nebel, avait été soupçonné d’avoir eu un rôle dans le blanchiment de l’argent et avait été inculpé, ainsi que le cousin des Frères, Thomas Brothers, un juge de la Cour de circuit du comté de Davidson (Nashville). En tant qu’avocat privé avant d’être nommé juge, le juge Thomas Brothers a travaillé pour son cousin, Russell Brothers, en 1986. Les procureurs fédéraux ont tenté de prouver que Thomas Brothers avait sciemment aidé Russell Brothers à dissimuler une source de ses revenus et à canaliser près d’un million de dollars dans un ferme sur West Harpeth Road, près de Franklin, Tennessee. Lors de son propre procès, Thomas Brothers a été acquitté des chefs d’accusation, ainsi que de deux accusations de blanchiment d’argent. Nebel était un avocat qui avait auparavant représenté Russell Brothers, son ancien partenaire de golf. Les procureurs fédéraux ont soutenu que Nebel avait investi plus de 5 millions de dollars sur les bénéfices de la contrebande de drogue de Brothers, puis avait menti aux enquêteurs lorsqu’on lui avait posé des questions sur son rôle dans l’affaire. Nebel s’est vu offrir l’immunité de poursuites s’il témoignait des activités criminelles de Brothers, y compris la création d’entreprises qui recevaient de l’argent de la drogue. Le témoignage a abouti à la condamnation de Brothers en 1993 pour blanchiment d’argent et pour trafic de cocaïne. Toujours en 1992, Russell Brothers a offert une aide substantielle aux procureurs, notamment en témoignant et en donnant des informations dans le cadre de la poursuite fédérale d’un autre trafiquant de drogue accusé, Allan Ross (un canadien à la tête du redouté Gang de l’Ouest). Pour ce témoignage, la peine de Brothers a par la suite été réduite, ce qui l’a rendu éligible à une libération conditionnelle immédiate ».

« Plus tôt cette année (2015), Brothers a plaidé coupable devant un tribunal fédéral de Nashville de trois chefs d’accusation d’être un criminel en possession d’une arme à feu et à deux chefs de tentative d’entrave à la justice. Les documents judiciaires indiquent que la date de sa remise a été retardée parce qu’il est en mauvaise santé et a subi des intervention chirurgicales. Les autorités ont trouvé une flopée d’armes au domicile des Frères à Burns après une série d’événements rappelant un drame télévisé. Les ennuis ont recommencé pour Brothers après qu’il ait atterri en toute sécurité sur le ventre de son avion bimoteur Beechcraft en 1961 au défunt Cornelia Fort Airpark le 20 avril 2012. Bien que Brothers n’ait pas alerté les autorités, son avion argenté repérable et sa longue association avec le petit aérodrome ont conduit la police vers lui deux jours plus tard. Six jours plus tard, une perquisition à son domicile a révélé 16 armes à feu, dont des revolvers, des carabines et un fusil de chasse, ont indiqué les autorités. Il avait donné une arme à un autre homme et lui avait demandé de mentir aux enquêteurs, et en a emmené une autre chez un parent, ce qui a incité les autres accusations, selon les archives judiciaires. » 

L’Aero Commander et sa descendance autant capable, sinon plus

Les pilotes « jamaïcains » passeront ensuite à un autre type d’avion, plus efficace encore : «jusqu’à récemment, nous volions entre 10 000 et 15 000 pieds, mais maintenant avec le turbopropulseur Aero Commander, nous pouvons voler entre 20 000 et 25 000 pieds et ainsi nous pouvons éviter les intempéries, qui est notre plus gros problème. Je veux obtenir un Aero Commander 690 plus gros pour pouvoir voler encore plus haut et plus vite. Nous partions et retournions aux États-Unis en plein jour afin d’éviter de nous démarquer du radar de la Nouvelle-Orléans. Quant au carburant, nous avons un lien avec un concessionnaire de la compagnie pétrolière pour lui acheter des bidons scellés. L’organisation fait aussi beaucoup de contrebande par bateau. En fait, ils ont un bateau qui arrive vers le 15 octobre (ici à gauche un Rockwell 500 jamaïcain à Fort Lauderdale le  17 juillet 1976).  « J’ai eu des contacts, une bande a été achetée, j’ai pris un nouvel avion, mais j’ai perdu un pilote. Depuis son retour du Belize, Julian a disparu sur un autre vol pour la Jamaïque, et j’ai eu besoin de trouver un autre pilote. » Se référant à un autre pilote par un prénom, Mahaffey a déclaré: «Je vais juste lui faire prendre la place de Julian. Il a un avion qui a été confisqué parce qu’il a été signalé comme ayant été volé, mais il n’a pas été volé. « Nous avons par la suite vérifié ces informations et identifié le pilote et l’avion. Max a parlé de Julian Sirmons. « Je connais Julian depuis dix-huit ans », a déclaré Max, « et je l’ai fait travailler pour Billy ici. » « Parce que Julian a disparu », a déclaré Mahaffey, « nos opérations ont été suspendues pour la semaine à venir. Voir, tout comme lorsque l’autre avion s’est écrasé, un Queen Air, j’ai dû attendre une semaine après l’accident avant de faire une autre course vers la Jamaïque en mon Twin Beech. Après avoir identifié l’Aero Commander que Mahaffey utilisait maintenant, les agents ont secrètement installé un dispositif de repérage dessus. Lors de notre prochaine réunion. Mahaffey m’a dit quand il allait partir dans l’Aero Commander pour prendre une autre charge de drogue. L’avion a été suivi par radar alors qu’il quittait les États-Unis en direction sud sur le golfe du Mexique. Sur le vol de retour, le radar a détecté l’avion et les agents l’ont suivi alors qu’il s’approchait de la côte et se dirigeait vers Franklinton, en Louisiane (ici à droite). Mahaffey a fait atterrir l’Aero Commander chargé de drogue sur le petit aérodrome de Franklinton. L’avion n’a été au sol que pendant une brève période, juste assez longtemps pour décharger des balles de marijuana de l’avion dans une grande camionnette. Dès que le déchargement a été terminé, Mahaffey a décollé et s’est envolé vers la piste d’atterrissage isolée sur la côte du Mississippi, où il a nettoyé l’avion pour enlever tout signe de la cargaison illégale. Je l’ai conduit de là à Tunica, Mississippi, où il a vécu et exploité un restaurant quand il n’était pas au Texas. » Après l’aéroport Commander à moteurs à pistons dopé, le 680 (à moteur compressé, ou surcharged), on passera vous le savez à l’Aero Commander à turbine (680FL Grand Commander puiModel 680T Turbo Commander et enfin les modèles 690), puis à celui réaction (le « Jetprop », de 840 à 1000). Le second à turbines a intéressé El Chapo en personne, qui avait tenté d’acheter un Rockwell Commander International 690B immatriculé N690WT comme j’ai pu vous l’expliquer ici-même (photo ici à gauche).

Il n’est pas le seul trafiquant à s’y être intéressé (4). Le 9 janvier 2010, déjà, un Turbo-Commander avait atterri sur une route de terre au Honduras, à Arenas Blancas c’était « le premier avion de l’année » selon la presse locale, à venir déverser sa cocaïne dans ce qui était alors la destination privilégiée (avant Belize ou le Guatemala). En  octobre 2010, idem, dans le canyon de la rivière Torres, dans l’Uruca, à San José, au Honduras toujours  où un avion s’était écrasé, près du village Plan de La Laguna, dans la municipalité de San Jerónimo, dans le Comayagua. L’appareil était un Aero Commander de type 500 (à moteurs classiques donc) portant l’enregistrement TG-JAB (ici à gauche encore intact). A bord, on avait  retrouvé 177 kilos de cocaïne mais aussi le cadavre d’Otto Monzón Monroy, le fils de d’Otto Monzón del Cid, lui-même pilote alors inculpé en Argentine pour trafic de drogue dans un réseau sous les ordres de Rubén Martínez ! En 2015, en juillet, c’était un Aero Commander (à turbines) qui avait tenté de décoller du Goloson International Airport à La Ceiba, au Honduras, avec à bord 400 gallons de kérosène et 12 000 dollars. Les deux pilotes avaient été arrêtés, on les avait vus menottés devant l’appareil (ici à gauche). La décision d’El Chapo d’acheter un Aero Commander s’expliquait, son banquier officieux et pilote pour la circonstance Jorge Arevalo Kessler  avait  été arrêté le 7 avril 2008 à l’aéroport de Toluca, à bord de son avion personnel, un Rockwell 1121, le N382AA, évolution ultime de l’Aero Commander « turbiné », ici à droite, très reconnaissable comme héritage en design avec son aile médiane à la place de l’aile haute (un avion inscrit chez la société mexicaine Transportes Ejecutivos Ilimitados) qui transportait plus de 3 millions de dollars cachés dans les réservoirs de carburant de réserve de l’appareil !!! Ce genre d’engin ne peut donc que nous intéresser, surtout depuis que l’on appris qu’un de ces modèles anciens mais resté fort prisé a été revendu (le 23 septembre 2019) à des mexicains par une société fort suspecte et désormais bien connue chez nous… il a en effet été acheté, cet I.A.I. 1124 Westwind N°346 ex Aircraft Securities LLC , datant de 1981, immatriculé N610SE par la « fameuse » Jetsteam Aviation Inc, à l’adresse de bureau anonyme du non moins célèbre désormais 1712 Pioneer Avenue, Suite 2162 de Cheyenne, au fin fond du Wyoming. On le lui donne pas longtemps, à celui-là, pour effectuer un dernier voyage lucratif… pour des trafiquants mexicains !!! J’ai comme d’avis en effet qu’il n’ira pas jusque son quarantième anniversaire, celui-là… surtout qu’il semble doté de grandes capacités en kérosène (normalement il peut voler sur 3590 km maxi): il y a quatre ans déjà il s’était autorisé un vol du double de ses capacités de 8 282 km à la vitesse moyenne de 291 km (c’est aussi certes un des plus lents parmi les jets) pour rallier San Antonio à Ponta Grosso au Brésil !!! En huit heures de vol ! Car là, il a été particulièrement peu rapide : c’est la vitesse moyenne du modèle Model 680F à pistons !  Mais il peut transporter 1,8 tonne, et même un peu plus si on le désosse à l’intérieur !!!

En 2007, l’aérodrome de Santa Elena servait toujours au trafic de coke, ou était toujours sur les tablettes des trafiquants et leur trajet habituel  : un Beechcraft 90 qui survolait l’État de Petén, et atteint par des problèmes techniques, avait demandé aux contrôleurs aériens guatémaltèques de se dérouter vers l’aéroport de Santa Elena. Il n’en avait pas eu le temps et s’était écrasé dans un champ situé à 30 km à peine de l’aéroport. Les deux pilotes avaient été tués. Immatriculé faussement YV-1568 (le numéro B-170 datant de 1973) c’était en fait l’XB-JVV mexicain. A bord, il y avait une tonne de cocaïne !

(1) lire ici:

Coke en Stock (CCLXXII) : de la contrebande au narcotrafic

 

(2) voir ici :

Coke en stock (CVII) : l’incroyable histoire de la Caravelle enterrée au Mexique

 

(3) le jour même où j’ai commencé à rédiger cet article, le 23 mars dernier, on a appris qu’un énième avion était tombé à Retahuleu, ancienne base de la CIA lors de l’opération des contras, ne l’oublions pas. La base d’où partaient ds B-26 qu’Adlai Stevenson en personne avait été obligé d’ignorer…

Un énième Hawker, encore un, visiblement, retrouvé fort abîmé dans un champ de canne à sucre en train de pousser, fuselage tordu, l’avant visiblement plié, mais encore sur ses jambes (le train droit s’est enfoncé), et qui n’a visiblement pas eu le temps de freiner: ses inverseurs n’ont pas eu le temps  d’être déployés lors d’un atterrissage qui semble avoir été particulièrement épique, chaotique et douloureux, puisqu’il a tout simplement embouti et broyé sur son passage une voiture de type difficilement reconnaissable (bravo si vous y arrivez !) tant elle a été dévastée, une voiture qui a ensuite pris feu (mais que fait donc le chapeau plutôt féminin posé ostensiblement sur le rebord calciné de cette voiture, ici à droite ?). S’il y avait encore quelqu’un à bord du véhicule, on ne lui donne pas beaucoup de chances de survie !

A l’arrivée de la police, les moteurs de l’avion tournaient encore paraît-il (ici à gauche, on aperçoit la voiture encore en train de brûler derrière les vitres du cockpit) : personne n’a réussi ou songé à les éteindre avant de quitter les lieux !  Une première dans le genre, cette ahurissante arrivée, avec des trafiquants qui atterrissent pile sur leur propre véhicule !!!  S’ils s’auto-éliminent tout seul, maintenant… Aucune indication pour l’instant sur le contenu probable de l’appareil : on peut penser que ceux qui ont quitté précipitamment l’avion ont quand même eu le temps de le vider… (à moins que « l’on » ait fait main basse dessus…).

Un appareil immatriculé faussement XB-PNK, mais dont le fin limier qu’est Falcon nous retrouve en moins d’un quart d’heure, lui et son (ancien) propriétaire. Il s’agit sans hésiter en effet du XB-OUF, depuis un petit bout de temps sur nos tablettes comme kamikaze à coke potentiel car il venait juste de fêter… ses cinquante ans !! A savoir qu’il ne vaut surtout presque plus rien sur le marché et largement en dessous des 250 000 dollars !!!

L’ex N355AC (N°25227)de The Gulf Air Group, prédit par Michael Marcos vendu et exporté le 31 octobre 2007 à des mexicains (ici à gauche). Il n’aura pas vraiment eu le temps de profiter de sa retraite !!!  A signaler qu’il avait servi à faire la promotion d’un chanteur-poseur de 24 ans, roi du selfie, appelé Christopher Velez (ici à droite), d’origine équatorienne. ancien du groupe CNCO, créé  pour une série TV appelée La Banda (une émission de TV réalité); héritant comme manager de Ricky Martin ! On l’a vu aussi poser devant le CP-2715, celui-là, mais là c’est moins glorieux : c’est un Canadair Regional Jet  (N°7218) d’une ligne régulière du transporteur Amaszonas… on ne peut pas frimer aussi bien tous les jours, même après avoir grimpé, pour faire moderne et branché ou jet-setter, dans un avion deux fois plus âgé que soi ! L’original, photographié ici à Guatemala City La Aurora le 24 avril 2017 par le célèbre spotteur « Badges »  (et ici en train de se poser au Jose Maria Morelos Y Pavon Airport le 22 février 2018) :

(4) et un peu plus tard encore. Au moment de la première correction de cet article, la nouvelle d’un énième crash d’appareil de narcotrafiquant, attendu sur place par une moto tous terrains de liaison était arrivée.

A bord, des bidons d’essence et de chlorhydrate de cocaïne à profusion. Ça s’était produit le 29 mars et a été annoncé le 2 avril dernier en Equateur, à Montecristi, dans la province de Manabí, (la ville des élégants chapeaux de type Panama) avec un atterrissage de nuit for mouvementé, qui a vu l’avion perdre son train principal gauche. L’avion, un TurboCommander de type 690 portait l’immatriculation XB-EJS mais il semblait comme deux gouttes d’eau à un avion bien connu, reconnaissable à sa livrée particulières un 690C N°11661 immatriculé XA-TOR, datant de 1981, appareil qui n’avait plus été perçu en vol depuis un bon nombre d’années et qui avait été exporté au Mexique ne le 25 janvier 2001.

Pour rester dans la même veine, rappelons le dernier en date, ce fort beau Turbo Commander XB-DRA mexicain, ex ex N81674 à la belle livrée ruinée par un atterrissage en plein terrain boueux à Ahuas, dans le département de Gracias a Dios , le 23 août dernier au Honduras.

A peine le temps d’enregistrer cette nouvelle perte et on retourne au Mexique, à Palenque dans le Chiapas avec un fort bel avion et un nouveau record de saisie ce 29 août…

…avec 1 356 kilos de cocaïne en 1 205 paquets paquets contenus dans 41 ballots de coke, retrouvés à bord d’un avion plutôt rare dans ce milieu : un Falcon Dassault type 200, datant de 1985 (c’est le N°504 de production) qui a démarré sa carrière aux USA sous l’immatriculation N217FJ, est devenu un temps australien, en VH-CPE (chez Consolidated Press Holdings Ltd) pour devenir Falcon 504 Aviation Inc. de Dover dans le Delaware  (devenu le N504FJ, alias « Simi one« ) et être exporté au Mexique pour y devenir le le 20 octobre 2014 XB-OAP, sous lequel il a été retrouvé posé sur le ventre, train rentré, après une atterrissage raté en plein aérodrome mexicain et non sur une piste clandestine. « Selon les données recueillies, l’avion a été détecté par le personnel de l’armée de l’air mexicaine alors qu’il survolait le territoire de Tabasco, tout près de la municipalité de Tenosique, à la frontière avec le Guatemala. Au moment de l’interception, le pilote s’est rendu à Palenque, où il a dû effectuer une manœuvre d’atterrissage d’urgence en raison de la pression militaire. Lors de l’atterrissage, les membres d’équipage ont fui l’avion » d’après El Heraldo de Chiapas.

L’avion étant littéralement bourré de balles de coton contenant des paquets de drogue. Un avion dont l’avant dernier propriétaire traîne un lourd passif puisqu’il s’agît du cabinet d’avocat de Conrad Kulatz, déjà repéré ici à l’épisode Coke en Stock (CCLX) : les prédécesseurs du M-Fish » paru en octobre 2019… Ici l’appareil à Toluca au Mexique le 19 mars 2015, inverseurs de poussée sortis. Pour une fois, l’avion n’a pas été incendié, remarquez !

La Conrad connection 

Conrad Kulatz (vous vous rappelez du nom ?), au sein de Secure Aircorp Inc avait servi en fait pour enregistrer auprès de la FAA des avions pour les propriétaires étrangers, dont des trafiquants de drogue notoires. A Aruba en 2015, le 29 janvier, le pouvoir vénézuélien avait clamé avoir abattu un appareil chargé de paquets de cocaïne qui s’étaient répandus partout en mer (ici à droite et à gauche une fois rassemblés en partie). Un homme, Jeroen Lucas, avait filmé la chute de l’avion, un moteur visiblement en feu, qui ne montrait pas d’autres appareils autour ou le poursuivant. L’avion était un Challenger 600 immatriculé N214FW, qui appartenait en fait à deux responsables de gangs de dealers colombiens connus, Dicson Penagos-Casanova et Juan Gabriel Rios Sierra, qui l’avaient enregistré sous le nom discret de Dinama Aircorp Inc., inscrit (bien sûr) au Delaware. Une société gérée par Conrad Kulatz !!! « L’engin disparu en mer devant l’île d’Aruba pose question, pour plusieurs raisons. Par son cursus tout d’abord : l’appareil a connu pas moins de 27 inscriptions au registre de l’aviation depuis son premier vol en juillet 1983… et changé 8 fois de numérotation pour finir chez Dinama Corp, immatriculé N214FW (et précédemment N710GA, voir ici à droite photographié en 2010 sur l’aéroport Fernando Ribas Dominicci de Puerto Rico). Une société nébuleuse enregistrée relativement récemment (en août 2013) « et comme il se doit » dans le domaine des trafiquants (voir ici et là, et là encore) dans le Delaware, à Dover exactement… L’engin avait été un temps proposé à la vente par Lone Mountain Aircraft Sales, un broker de Las Vegas plutôt spécialisé dans le Pilatus PC-12 ou le Cirrus, habituellement. » L’avion, avant de se cracher aurait été aperçu ayant réussi à se poser en plein Apure… sur l’herbe !

Conrad Kulatz ayant une rare et ancienne prédilection pour les avions Dassault et le modèle 10, selon le découvertes de l’ami Falcon. Le constructeur ne s’en est pas vanté, bien qu’il ne soit pour rien dans la transaction d’un Falcon 10 neuf à une organisation criminelle, effectuée sous un prête-nom. Il s’agit, à n’en pas douter, du Falcon 10 n° 176 N242FJ / HK-2968 colombien. L’avion est vendu dans un premier temps à Air Group International, Bogota, Colombie le  7 janvier 1983, par l’intermédiaire de Conrad Kulatz, avocat de Fort Lauderdale, Floride. Le 12 janvier 1983, il est vendu à SAPEL / Servicios Aereos de Pilotos Ejecutivos, dirigé par Jose Manzanera, sous l’immatriculation HK-2968 (ici à gauche). Le 23 janvier 1986, il est ré-immatriculé N179AG, à nouveau au nom de Air Group inc, Miami, Floride, avec 68 h 40 de vol, puis revendu en juillet 1986.

Kulatz a été également impliqué dans la transaction du Gulfstream 200 N200VR du vice-président vénézuélien, Tareck El Aissimi, accusé de trafic de drogue et d’aide aux extrémistes islamistes, dont les biens américains ont été saisis par le Département du Trésor. Kulatz a également réalisé la transaction du Challenger N214FW prétendument abattu en plein vol le 29 janvier 2015 par un chasseur vénézuélien. Les 3 occupants ont été tués et 400 paquets de cocaine ont été retrouvés dans l’épave. Il a enfin réalisé la transaction du Gulfstream II N522HS (ici à gauche) saisi en 2014 par la justice Dominicaine pour blanchiment d’argent et corruption d’un sénateur…

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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