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Coke en stock (CCCLXI) : de Carlos Ghosn à 1,3 tonne de coke (b)

On y arrive, rassurez-vous à notre saisie record de cet été au Brésil. Avec les ingrédients décrits dans notre épisode précédent : avion et pilotes turcs, proximité du pouvoir du pays (forte, cette fois encore), destination européenne (la Belgique prévue au final), et de longs trajets à effectuer avec un grand jet. Il ne semble manquer que la Russie dans le lot ! Et cette fois, au lieu de l’or ou du patron de Renault, de la coke, beaucoup de coke prête à partir ! 

Plusieurs prédécesseurs

D’abord, il nous faut rappeler d’où vient la coke exportée du Brésil, un pays qui n’en fabrique pas. Son voisin au Sud, lui, c’est certain, exporte de la bolivienne. Avant le Brésil, il y avait eu en effet plutôt l’Argentine comme point de départ pour arriver en Europe, le vol précurseur en jet ayant été celui du 2 janvier 2011 (10 ans déjà !) effectué par le Challenger 601 N600AM, (N°5345) déguisé en faux Medevac (évacuation sanitaire ou médicale) avec comme pilotes les deux fils du général de brigade Joseph Julia, l’ancien commandant des forces aériennes argentines, sous la présidence de Carlos Menem (et à bord aussi Gaston Miret, le propre fils du général de brigade José Miret, qui était secrétaire de la planification au cours de la dictature de Jorge Videla !): je n’y reviens donc pas aujourd’hui, j’ai plusieurs fois traité le sujet ici. Il emportait 900 kilos de cocaïne, le record du moment. Les trafiquants tournaient autour de la base militaire de Moron, situé a 56 km de Séville ce qui était aussi inquiétant. Un Hawker 800 (le N348MC) aussi servait visiblement à des transferts discrets Argentine-Espagne. Ils étaient aussi liés à un mystérieux russe, détenteur d’un grand Gulfstream GV-SP (M-BHBH): David Yakobashvili. «

Le vol n’était pas le premier du genre, loin s’en faut : Selon le rapport «Operation Volare», envoyé par la Garde civile à différentes forces de sécurité argentines, 80 kg de drogue auraient été transportés sur chacun de ces vols. C’était l’opération avant l’expédition des 944 kilos de cocaïne  qui, selon le juge, auraient été déchargées à Moron ». « Le 30 août 2010, les Julia sont entrées à Moron, où ils sont restées jusqu’au 12 septembre, avant de ramener le Hawker à Miami. Moron n’était pas simplement un parking, c’était l’endroit où se trouvaient les « propriétaires ». Là, dans des hangars sans contrôle, ils ont déchargé le Challenger. Ils n’avaient eu auparavant aucun problème avec le Hawker. Le mercredi 7, ils sont partis pour l’aéroport civil de Torrejon (connu sous le nom de Base aérienne de Torrejon de Ardoz). Le 9 juillet, ils sont partis pour Malaga, où il ne leur restait que quelques heures avant de rentrer en Argentine ». On note simplement un nom au passage ; sa provenance espagnole, il était venu de Malaga !

Le lien entre ce trafic ayant l’Argentine comme base et de gros jets perdure, toujours alimenté avec de bolivienne, mais vers le Mexique, il nous a encore été confirmé en janvier 2020 avec l’affaire du Gulfstream N18ZL piloté par le vétéran commandant de bord Miguel Ángel Blasquez Vallejo, déjà auteur d’un vol privé suspect terminé en accident, et retrouvé posé en bout de piste à dans le Quintana Roo sur le terrain d’aviation régional de Mahahual, une station balnéaire mexicaine, Il transportait 1,6 tonne de coke de provenance bolivienne, celui-là  !!! L’appareil avait décollé avant ça de… Sana, en Argentine, et au lieu de filer droit vers le Mexique avait fait un détour rapide (1 h manquante sur son registre de vol ) et une halte en Bolivie pour charger sa marchandise, espérant échapper aux radars. Il venait initialement directement de l’île de Cozumel, au Mexique. L’enquête s’était vite tournée vers le FBO  de Munser,  (présent aussi en Uruguay et au Paraguay) situé sur le terrain de l’aéroport international d’Ezeiza. Pour l’instant, c’est l’Argentine qui attirait les regards, car la cocaïne andine se déverse aussi, on le sait, par le sud, côté Paraguay, devenu le pivot de la desserte en Amérique du Sud, et pas seulement vers le nord et le Venezuela, autour de Maracaïbo pour la coke de Colombie.

Le nœud du problème : les deux voies de sortie pour le Pérou

On y reste donc encore, brièvement, en Argentine : en août dernier, un article de presse nous avertit sans surprise que l’endroit le plus sensible du pays pour la réception de drogue se situait entre Misiones et Corrientes, c’est en effet la nouvelle porte d’entrée, et que les avions apporteurs de drogue viennent tous du Paraguay, mais que la drogue apportée pouvait aussi remonter vers le nord, et le Brésil. « Samedi à midi, à environ 50 kilomètres de Posadas , dans la région de San Cosme et Damián (département d’Itapúa), des agents du Secrétariat national antidrogue (Senad) ont saisi 372 kilogrammes de cocaïne qui s’apprêtaient à être chargés dans un avion. et transporté sur le territoire argentin. Sur place, ils ont arrêté une personne, se sont tiré dessus avec l’avion et ont découvert une piste clandestine. Le pilote de l’avion immatriculé au Paraguay a réussi à décoller à temps pour s’enfuir. Les agents lui ont tiré dessus et l’ont également identifié. Alors qu’à quelques mètres, ils ont trouvé un camion avec 372 kilos de cocaïne répartis dans 12 sacs bleus, de l’argent, des documents et plusieurs téléphones portables qui seront utilisés pour l’enquête. Selon les informations rapportées par les enquêteurs, la drogue qu’ils ont saisie devait être chargée dans l’avion et être transférée sur le territoire argentin. Pour le moment, les enquêtes ne savent pas s’il allait être débarqué d’abord à Misiones ou à Corrientes et de là à Buenos Aires. » Le 17 août confirmation de ce « passage sud » : ce sont les paragayens qui découvraient sur un chemin vicinal utilisé comme piste provisoire un Cessna porteur de 353 kg de cocaïne près de Ciudad del Este. Cette cargaison-là, provenant elle aussi de Bolivie aurait eu elle comme destination le Brésil, cette fois ! On est toujours à des fournisseurs boliviens, donc.

De très nombreuses pistes à la frontière avec le Brésil

Mais en remontant vers le nord, un passage de coke vers le Brésil  se profile, par le centre du Pérou une voie qui en train de se renforcer fortement ses dernières années, via de petits Cessna car il faut franchir un territoire fort montagneux à cet endroit : le 21 avril dernier, Insight Crime, que je résume ici, confirme que la drogue péruvienne raffinée dans la jungle principalement à Ucayali, situé au centre-est du pays, part ensuite soit vers la Bolivie, soit plutôt… vers le Brésil, avec qui la région de l’Ucayali partage une frontière plus longue.

Le fleuve Ucayali menant aussi en prime à Manaus et à l’Amazonie ! Avec les dégâts que cela occasionne aux populations autochtones indigènes, pas prêtes du tout à recevoir ce choc (lire ici). Les trafiquants n’étant pas des tendres, on s’en doute. Ils n’hésitent pas à brûler des habitations récalcitrants. en cas de refus de coopérer.

La surveillance aérienne (qui est armée au Pérou; les Tucanos péruviens avaient le droit de tirer comme on le sait, ils ont été remplacés depuis par des KAI KT-1 Woongbi sud-coréns  !) augmentant, les points d’échanges s’étaient déplacés progressivement vers les villes de Pichis, Palcazú et Pachitea, situés plus à l’est  vers la frontière avec le Brésil.

L’installation d’un radar à Pucallpa, capitale de l’Ucayali (et à Talara), ci-dessus à droite, n’avait pas réussi ralentir la tendance, semble-t-il, avec la découverte de plus de 100 pistes clandestines alentour ces derniers mois (cf le shéma ci-dessus). C’est à Uyucali surtout que l’on a trouvé cette extraordinaire grande piste  recouverte tout son long d’une bâche sombre pour être moins visible du ciel, une première dans le genre, souvenez-vous (à droite ici le Cessna fracassé et démonté retrouvé au milieu de la piste !)

Les trafiquants s’adaptent constamment, et là on s’est est encore aperçu avec cette nouvelle pratique judicieuse  !!!

C’est donc Csurtout le Pérou qui déverse bel et bien sa drogue par tombereaux vers le Brésil, c’est indéniable. C’est exactement ce dont je vous ai fait part ici le 27 août 2021 dans « Coke en Stock (CCCXLVIII) : le Pérou approvisionneur du Brésil »). Et de là, elle peut ensuite s’envoler ailleurs !!! Et vers l’Europe surtout (il y a quelques années c’était plutôt vers l’Afrique de l’Ouest comme on l’a vu également ! Par jets privés bien entendu !).

Les traversées ou les tentatives récentes

Voici donc le Brésil approvisionné, qui peut donc affréter des cargos, des voiliers ou utiliser la voie aérienne pour envoyer tout ça en Espagne, au Portugal… ou vers la Turquie, nouvelle venue dans ce sens-là pour elle dans un trafic de drogue .  Le 21 avril, Insight Crime encore nous avait mis en garde : plusieurs jets privés avaient été détectés ces derniers mois en Europe, arrivés pleins de cocaïne du Brésil, et il risquait d’y en avoir d’autres à venir.. Je vous avais fait part au printemps d’un exemplaire avec le cas du vieil IAI 1124A Westwind 2 PP-SDW atterri au Portugal avec 170 kg de cocaïne à bord (ici à gauche en train de le faire le 18 juin 2021). Un précurseur lui aussi, donc! L’article est donc devenu prophétie 4 mois plus tard…. un Falcon 900B prêt à l’emploi était lui aussi sur les listes d’attente de traversée ; le CS-DTP du taxi aérien portugais Omni Aviação. rattrapé juste avant de s’envoler en février (fraîchement repeint, à gauche son look en 2012) alors qu’on venait de le charger d’une demi-tonne à Salvador (c’est bien au Brésil) … une demi-tonne en effet qui s’apprêtait ainsi à rejoindre l’Europe ! Un avion portugais pour celui-là !

Et revoici donc… la Turquie (et Erdogan) !

Après tous ces rappels, et en ayant en mémoire les articles précédents depuis celui du 31 août dernier (Coke en stock (CCCXLIX) : la coke, l’or de Maduro… et la Turquie), nous pouvons aujourd’hui mieux décortiquer l’arrivage exceptionnel du 6 août au Brésil, suer le Pinto Martins – Fortaleza International airport.  La Turquie est devenue un nouvel élément moteur de l’enjeu avec une mafia turque traditionnelle, celle qui a bâti le florissant trafic de l’héroïne afghane, et qui assume aujourd’hui une reconversion vers la coke associée à un retournement complet pour elle du flux de drogue. Sans oublier les tripatouillages sur l’or de Reza Zarrab (transformés en billets par une machine à blanchir aussi efficace que celle de Sezgin Baran Korkmaz (cf notre épisode « Coke en stock (CCCLIX) : la machine turque à laver l’argent sale ») !!! Nous ne sommes donc qu’à demi-surpris avec cette découverte estivale. L’avion (il est bien turc !), venait en un premier temps de Riyadh et Malaga, en Espagne (le 2 août)… autre vieux fief de la coke comme on le sait, célèbre pour…ses nombreux arrivages de voiliers chargés de coke ! Et il s’apprêtait lui aussi à partir, comme le Falcon 900C, direction l’Europe et pour lui… la Belgique, avec un arrêt prévu au plan de vol au Portugal ! On retrouve tous les « points chauds » décrits ici depuis des années ! Et une route bien établie !!!

Fait significatif, juste avant de s’envoler, il avait effectué un étrange détour, un petit trajet aller-retour vers l’aéroport de la ville de Ribeirão Preto, dans l’État de São Paulo et était revenu à Fortaleza. La caméra de surveillance de la piste l’avait capté dans son faisceau (ici à droite). Pas une surprise non plus à vrai dire que cet endroit : dans cet épisode j’ai cité Ribeirão Preto comme centre historique dus trafic de cocaïne, déjà à la fin des années 80,  avec ce qu’on avait apellé la Filière Caipira « . Selon les chiffres du Secrétariat de la Sécurité Publique de l’État de São Paulo, Ribeirão Preto est devenu le centre de distribution de la cocaïne originaire de Colombie et de Bolivie, depuis le début des années 1990″. On peut  raisonnablement penser que c’est lors de cette escapade qu’il a chargé sa cocaïne (de nuit, dans un aéroport de plus petite taille, bref dans un lieu plus « pratique » pour les délinquants).

Le pilote savait 

 

A bord de l’avion, un Gulfstream IV N°1043, il y avait au départ 4 membres d’équipage. Une image fort parlante résume ci-dessus les faits, au bas de l’avion, l’étalage des nombreux sacs à coke (au nombre de 24, contenant chacun 50 pains de coke), qu’il contenait en cabine (façon Falcon d’Afllelou). Le cinquième homme et seul passager , un espagnol, était monté dans l’appareil à Fortaleza seulement. Il s’agit d’Angel Alberto Gonzalez, âgé de 60 ans, un binational hispano-belge, dont on ne sait pas grand-chose à vrai-dire, et le propriétaire des 24 valises pleines de cocaïne. Le commandant de bord chevronné s’appelle Veli Deli, il a 48 ans et 15 ans auparavant était encore pilote dans l’armée de l’air turque (c’est aussi l’homonyme du directeur du  lycée Ataturk !) .« Les autorités brésiliennes ont déclaré avoir la preuve que Deli avait une connaissance préalable de la cocaïne à bord de l’avion. « L’analyse que nous avons effectuée dans l’avion et les lieux pertinents, les informations et les documents que nous avons obtenus grâce à des recherches et des interrogatoires nous montrent tous que le pilote en chef avait connaissance du trafic de drogue », a déclaré Alan Robson, chef de la police fédérale de Ceará. aux journalistes ». Une étonnante séquence vidéo du policier en train d’ouvrir devant lui une des sacoches montre en effet qu’il n’en ignorait pas ou prou le contenu. Le couteau  du policier planté dans un pain de coke le laissant faussement étonné et morfondu, pris la main… dans le sac si on peut dire !  Ce sont les deux personnes qui ont été immédiatement placées en détention, les autres ont été libérés

Un drôle d’avion en tout cas (et même deux)

Le propriétaire du jet est bien plus intéressant encore, et l’étonnante façon dont il a acquis le jet bien plus encore nous raconte ici Abdullah Bozkurt dans le Nordic Monitor (c’est partisan comme propos, celui d’un virulent opposant à Erdogan, précisons-le, il a fui le pays après le coup d’état raté de 20016, mais il est très bien renseigné par son réseau resté sur place, comme on peut le constater) : « le jet privé Gulfstream IV portant le numéro de queue TC-GVA, qui a été capturé à l’aéroport international de Fortaleza-Pinto Martins chargé de 24 valises transportant 1,3 tonne de cocaïne appartient à la société d’investissement Affan Yatırım Holding A.Ş. via sa filiale ACM Air. La société a été créée le 31 août 2012 par Şeyhmus Özkan (ici à gauche), un contrebandier de pétrole connu (un sujet fort sensible !) qui bénéficie d’une couverture politique grâce à ses liens étroits avec le gouvernement d’Erdoğan. Selon les données du registre du commerce déposées en septembre 2012, son capital était de 500 000 livres turques (275 000 dollars); pourtant, il a réussi à acheter deux jets Gulfstream de plusieurs millions de dollars de la flotte gouvernementale ».

En dehors du tarif d’achat,  c’est cela qui surprend le plus en effet de prime abord : ce sont en effet deux anciens avions VIP gouvernementaux, appartenant auparavant à l’Armée turque, devenus des avions privés ! Sa sœur  Çiğdem Özkan(ici à droite) s’est présentée comme députée du parti au pouvoir d’Erdogan pour la justice et le développement (AKP) aux élections générales de 2018, ceci explique cela, très certainement pour la provenance de ses jets ! Un renvoi d’ascenseur pour un coup de main politique ??? Ça sent ça, de près comme de loin ! D’autre part, il faut savoir que  « la famille d’Özkan est connue pour travailler en étroite collaboration avec l’homme d’affaires Sancak, qui a coopéré avec Erdoğan dans la gestion de plusieurs entreprises, connues pour avoir reçu des accords lucratifs du gouvernement. » a-t-on pu lire à son propos. A droite, la page Facebook en forme de cirage de bottes de Sankak. Avec Erdogan pas de demi-mesure possible ; on est « passionnément » pour… ou on s’expatrie pendant qu’il est encore temps : c’est le propre d’une dictature en effet de ne pas laisser le moindre espace à la  critique du pouvoir !!!

L’homme a une drôle de façon de faire dans le commerce aérien pour lequel il a développé des techniques particulières de dissimulation de pertes : « Şeyhmus a proposé de tels stratagèmes dans le passé et avait de l’expérience dans l’évasion des impôts et des dettes. Une entreprise qu’il a créée en 2010 sous le nom d’Affan Havacılık Akaryakıt Turizm Sanayi ve Ticaret A.Ş., une entreprise de commerce de l’aviation et du pétrole, avait encouru 1,59 milliard de livres turques en arriérés d’impôts. Les actions de la société ont été transférées à un gardien nommé Murat Kuday, un chômeur qui a apparemment été sélectionné pour ce rôle en octobre 2012 dans le cadre d’un plan visant à éviter de payer la dette accumulée. L’administration fiscale provinciale n’a vu aucune chance de percevoir les arriérés d’impôts de l’entreprise, qui a été rendue sans valeur puisqu’elle appartenait à une personne qui n’avait même pas d’emploi avant de prendre la relève »…

Autre lien embarrassant décrit ici dans Blitz : » Şeyhmus aurait eu des liens avec Mahmut Yıldırım, nom de code « Yeşil » (Vert), un tueur à gages utilisé par l’unité de renseignement de la gendarmerie clandestine JITEM et l’agence de renseignement turque MIT dans des assassinats à motivation politique, en particulier dans la région du sud-est de la Turquie, à prédominance kurde. C’est un Kurde de la province de Diyarbakır, dans le sud-est, et sa famille possède près d’une douzaine d’entreprises opérant dans diverses industries en Turquie, offrant une couverture parfaite pour leurs opérations illégales ».

Un  beau mic-mac : G IV ou G V ?

Or cela reste fort confus en tout cas. Pour exemple, le 22 septembre 2018, Erdoğan se rend au « festival de l’aviation et de l’espace Teknofest qui s’est tenu à Istanbul avec un avion de type Gulfstream immatriculé TC-ATA appartenant à la flotte d’État » (ci-contre à droite)  nous indique un site. Or à ce moment-là, l’avion, TC-GVA, ex TC-ATA justement appartiendrait déjà à Affan Yatırım Holding A.ŞS, et il n’aurait pas encore en ce cas quitté sa déco « gouvernementale » et ne serait pas encore devenu non plus le TC-GVA.  Officiellement, cet appareil était utilisé par ACM HAVAYOLLARI SANAYİ TİC.LTD.ŞTİ sous le nom d’opérateur de Sky Line Ulasim Ticaret A.S, société créée en 2008, après avoir vu son intérieur entièrement refait en 2017. Ou ça devient compliqué c’est de découvrir un TC-ATA à Bruxelles le 22 janvier 2021 encore muni de sa déco… officielle ! Celui-là, c’est le N°5346, ex M-JIGG devenu TC-ATA en avril 2016 : c’est un Gulfstream 550 en tout cas. Manifestement, il y a un problème avec cet appareil : l’un est un Gulfstream IV, l’autre un modèle V…  Or à l’examen, Erdogan est bien descendu ce jour-là du N°5346 : une comparaison de l’avant des deux appareils est sans appel en effet, entre un G IV et un G-IV 450 ou un G5, il n’y a pas que l’abandon des gros essuie-glaces :  les espaces séparant la porte principale, qui a été reculée sur la droite, ne sont pas les mêmes….  La confusion aurait-elle été entretenue exprès  ? Car aujourd’hui, voici la flotte officielle déclarée fin 2020 de Gulfstream de l’armée turque :

Gulfstream G-IV           N°1027TC-GVB

Gulfstream G-IV           N° 1163 – 01-003

Gulfstream G-IV SP     N°1224 – TC ?

Gulfstream G-550        N°5212 – TC-DAP

Gulfstream G-550        N°5241 – 09-001

Gulfstream G-550        N°5436 – TC- ATA (notre « second » ATA)

Gulfstream G-550        N°5254 – TC-CBK

Gulfstream G-550        N°5459 – TC-KHG (« Bikini Art ») 

Gulfstream G-550        N°5284 – TC- TTC

Dans cette liste, on voit qu’un exemplaire semble douteux, car alors sans affectation d’immatriculation encore fin 2020 : c’est le N°1224. Or il est attribué depuis le 28 juin 2016 à Travcorp Air Transportation Ltd, déclaré à Guernsey (?) sous le nom de 2-GULF, il est en fait devenu turc depuis le depuis le 14 février 2021 en TC-MZH, opéré par Zafer Havacilik As (via Bonair Havacilik, son propriétaire déclaré) !!! Chez Travcorp, l’un des dirigeants, né en 1968, pointait à 32 sociétés différentes , le second à 8 et le troisième à 3. Son 2-TRAV (Gulfstream IV SP) était peint exactement de la même façon : logique c’était le même appareil !

Une confusion entretenue à dessein ?

Janvier 2021, c’est juste au moment où des choses changent chez notre homme : »en janvier 2011, Şeyhmus a acheté un tiers des actions de la société d’aviation et de tourisme Air Charter Market (ACM) Uçak Servisi ve Turizm Hizmetleri Limited Şirketi, créée à l’origine en 1991. Il a également été répertorié en tant que directeur de la société avec le pouvoir de la représenter pleinement. Un an plus tard, toutes les actions d’ACM ont été transférées à son entreprise, Affan. En juin 2018, Affan a été repris sur papier par l’épouse de Şeyhmus, Leyla Özkan ». Jusqu’ici rien à redire : c’est après que c’est devenu  une véritable escroquerie :  « cependant, les deux sociétés ont déposé une demande de mise en faillite auprès d’un tribunal de commerce d’Istanbul en juillet 2019. À l’époque, les sociétés avaient contracté une dette de 85,5 millions de TL (environ 16 millions de dollars) ». A  gauche ici le TC-GAP  N°1027,  devenu le le TC-GVB.  » Selon les dépôts de bilan, la famille a inscrit deux jets Gulfstream – avec les numéros de queue TC-GVA et TC-GVB – en garantie de leur dette. Les jets étaient évalués à 68 millions de livres turques (12,7 millions de dollars) en 2019″. A droite le TC-ATA, n°1043, devenu le TC-GVA. En résumé, achetés une bouchée de pain, les deux vieux appareils (ils datent de 1987 et n’ont eu qu’une seule carrière, celle dans la Turkish Air Force !) et ils ont donc été sur-évalués pour servir à garantir une dette colossale !!! On approche il semble du but caché de la confusion : « Özkan a promis de payer sa dette pendant que la protection temporaire contre les faillites était en vigueur, protégeant ainsi ses entreprises du recouvrement de créances. Affan a fusionné avec la société de projet Asya Proje Geliştirme A.Ş. en décembre 2020, lorsque le tribunal de commerce a rejeté une extension de la protection contre les faillites pour Affan en juin 2020. Asya a été créée à l’origine en octobre 2012 par Şeyhmus ét  était, de toute façon, également sous la protection de la loi sur les faillites en même temps qu’Affan, comme plusieurs autres entreprises dirigées par la famille Özkan ». En somme; les avions auraient dû lui être retirés et saisis pour impayés depuis 2019 !!! Ça n’a visiblement pas été le cas. Comment expliquer cela ? De quelle protection a pu bénéficier Şeyhmus Özkan pour garder ainsi ses appareils impayés ?

Nota : pour s’y retrouver entre appareils similaires on peut aussi sélectionner le critère des inverseurs, peints sur le modèle  450 et V et chromés sur le précédent (le IV), la forme des widgets, démarrant dès le bord d’attaque en arrondi sur le second modèle, au contraire du premier, bâti à mi extrémité de l’aile . on s’aperçoit bien ici qu’il y a donc bien existé deus TC-ATA e modèles différents. Aujourd’hui, au 10 avril 2019, dernière fois quel le registre officiel turc l’a enregistré,  ll n’en reste plus qu’un, et c’est un Gulfstream IV, le 4B8681  en code mode S Hex (ICA024). Le 8 juin 2020, il se promenait côté tchéquie, vers Podmokly autrement dit il se rendait à Prague. Depuis, on a bloqué son émetteur pour interdire sa localisation… Le 15 septembre dernier, il avait décollé de L’aéroport international d’Esenboğa, le second d’Ankara, direction … Le John Fitzgerald Kennedy Aiport qu’il avait rejoint après 10h35 de volLe TC-GVA, dans le même registre officiel étant l »ICA024 4B9EC1, qui nous renvoie … sur le N°1043, photographié ici le 12 février 2021…à Téhéran !!! 

Demain nous essaierons d’y voir plus loin dans ce mic-mac d’avions turcs. Celui  qui a mené à cette étonnante saisie estivale !

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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