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Coke en stock (CCCL) : les étranges vols Caracas-Moscou

Au cœur du sujet de l’or de Maduro, il y a en fait toute une série de voyages effectués par des appareils divers ayant transporté cet or, dont on estime aujourd’hui le poids à plus de 80 tonnes. L’un d’entre eux a intrigué plus que d’autres et ces tribulations diversement commentées, en faux la plupart du temps, de la désinformation alimentée par toute une série de textes imaginaires plantés sciemment pour répandre le doute dans les esprits. Aujourd’hui, nous allons tenter de démêler le vrai du faux, ce qui va aussi nous conduire en Turquie, comme je vous ai promis de le faire à l’ouverture de cette mini-série dans la série… 

Il faut donc attendre les explications d’un superbe site néerlandais, « Feit of fake » pour dépêtrer ces informations qui se sont croisées et sont passablement mélangées : au lieu d’un avion russe d’origine, ayant fait le transfert d’or, c’était un gros Boeing 777… mais bel et bien affrété par les russes ! Le récit est précis et… superbe : « un avion inhabituel utilisant le numéro de vol N49801 a atterri à l’aéroport international de Caracas Simón Bolívar au Venezuela lundi soir 28 janvier 2019. Il s’agissait d’un Boeing 777-200 immatriculé VP-BJG exploité par la compagnie aérienne russe Nordwind Airlines (ici à gauche). Les médias ont rapporté que le but du vol était de retirer de l’or du Venezuela. Deux jours plus tard, il est reparti pour l’aéroport de Moscou Vnukovo. Les autorités russes locales ont déclaré qu’elles ne savaient pas pourquoi le vol n’était pas inscrit sur le tableau des arrivées. L’avion était stationné au terminal de fret. Aucun passager n’a quitté l’avion ni le fret. Quelques jours plus tard, Reuters rapporte que le Venezuela vendra 15 tonnes d’or des coffres-forts de la banque centrale aux Émirats arabes unis dans les prochains jours en échange d’euros en espèces ». Un gros porteur qui circule sans aucun passager à bord, ça intrigue en effet !!!

Il n’y a pas de touristes à Caracas… et les charters sont vides

Continuons la description des trajets effectués :« Cet avion Boeing a-t-il survolé l’océan deux fois à vide ou a-t-il ramassé de l’or ?  L’avion Boeing 777 a décollé de l’aéroport de Moscou Vnukovo le 28 janvier 2019. Nordwind Airlines est une compagnie charter typique. Elle transporte les touristes russes vers des destinations ensoleillées comme l’Inde, la Thaïlande, le Mexique et la Turquie. À l’exception d’un vol le 3 décembre 2018, Nordwind n’avait jamais volé à Caracas auparavant, ce qui n’est pas une destination touristique typique. Les vacances au Venezuela ne sont pas vendues par les voyagistes russes et les autorités russes ont conseillé aux citoyens russes de ne pas visiter le Venezuela. Le 3 décembre, Maduro s’est rendu en Russie pour rencontrer le président russe Vladimir Poutine » ». Le contrat de vol avait obtenu l’aide du pétrolier  Rosneft, omniprésent en Russie, assure l’auteur  : « en décembre, Nordwind Airlines a signé un contrat avec la compagnie russe Rosneft. La compagnie pétrolière russe a loué plus de 7 milliards de dollars au Venezuela, en grande partie grâce à des prêts à rembourser lors de futures livraisons de brut. Rosneft est « l’un des plus grands investisseurs internationaux en République bolivarienne du Venezuela. Alexander Sukhorukov, le directeur du marketing de Nordwin, a déclaré  à Openmedia que le vol était un vol charter, mais n’a pas révélé la compagnie qui a enregistré le vol. Nordwind Airlines opère depuis l’aéroport international de Moscou Sheremetyevo. 
Le vol avant celui à destination de Caracas a quitté Phuket, en Thaïlande, et devait opérer à Sheremetyevo, mais a été réacheminé vers l’aéroport de Moscou Vnukovo. Vnukovo est utilisé par tous les vols du gouvernement russe. Le vol de retour de Caracas avait également pour destination Vnukovo.: un autre aspect remarquable de ce vol. Le dernier changement de destination vers Vnukovo pourrait indiquer qu’il s’agissait d’une décision de dernière minute d’opérer l’avion vers Caracas. Cela rend moins probable un vol planifié pour des raisons telles qu’une délégation en visite au Venezuela. La capture d’écran prise sur le site Flightradar montre la destination annulée Moscou SVO (Aéroport international Sheremetyevo). » Difficile de faire plus précis, le travail effectué par « Feit of fake » est remarquable !!

Un comportement inhabituel

On continue sa lecture :« après son arrivée à Caracas, l’avion a été stationné à une position de stationnement inhabituelle au terminal de l’aviation générale. Cette vidéo de Reuters montre l’emplacement, loin du trafic commercial régulier. Le terminal pour les avions de passagers normaux est visible sur la gauche de la photo. Un journaliste local sur Twitter a déclaré que l’équipage après son arrivée a demandé que l’avion soit ravitaillé immédiatement. L’avion se trouvait toujours ici au 30 janvier. Le fait que l’avion ait été stationné deux jours sans aucun mouvement est remarquable. Normalement, les avions Nordwind partent quelques heures après leur arrivée. Nordwind Airlines a déjà effectué des vols inhabituels lorsqu’elle a atterri dans des aéroports sanctionnés internationalement dans la Crimée occupée par la Russie. Selon Pedro M. Burelli, ancien membre indépendant du conseil d’administration de PDVSA Petroleos de Venezuela, une compagnie pétrolière d’État, Maduro a volé le 4 décembre à bord d’un Boeing 777 de Nordwind pour une visite à Moscou. Cela n’est toujours pas confirmé car Maduro au départ de Caracas a pu être vu devant l’Airbus A319 CJ présidentiel. Cependant, le Nordwind B777 qui est arrivé à Vnukovo le 4 décembre est allé, après avoir atterri au terminal VIP. Le béton peint en rouge sur le tablier est en effet utilisé comme tapis rouge pour les VIP. » A Caracas personne n’est donc sorti de l’avion à son arrivée et personne monté dedans à son envol : cela devient vite surréaliste un tel appareil volant sans rien dedans !!!

Des vols à répétions d’avions gros porteurs vides de passagers

Notre auteur poursuit encore : « le journal russe Novaya Gazeta a déclaré qu’il n’y avait aucun passager à bord de l’avion. Cependant, il avait deux équipages suggérant que l’avion pourrait décoller peu de temps après son arrivée à Caracas. Les spéculations sur Internet indiquaient que l’avion était censé embarquer des citoyens russes. Des rumeurs antérieures indiquaient que l’avion amenait du personnel de Wagner, une agence de sous-traitance militaire privée. Les mercenaires de Wagner sont actifs dans l’est de l’Ukraine, en Syrie et en Afrique dans le cadre de missions secrètes. D’après le décollage court de l’aéroport de Vnukovo, comme le montre Flightradar, il semble que l’avion était vide au départ de Moscou. Le 29 janvier, un membre du parlement vénézuélien, monsieur Jose Guerra a déclaré dans un discours au parlement qu’il avait entendu des employés qui travaillent à la Banque centrale du Venezuela que l’avion était sur le point de ramasser 20 tonnes d’or. Lorsqu’on lui a demandé de qui il tenait l’information, il a refusé d’en dire plus. Guerra est un ancien économiste de la banque centrale et il a probablement encore des contacts au sein de la banque centrale ».  Un autre site a répertorié d’autre vols du genre et d’autres avions tel l’Airbus A319 -119 C Elite A6-RRJ (un airbus privé donc, ici à gauche, inscrit aux Émirats Arabes Unis !) entre le 28 et le 31 mars 2018, plus entre le 13 avril et le 17 avril, avec retour à Dubaï pour lui…l

…ou bien le long cargo 757 -222CF (VP-BHM) les 4 et 5 décembre 2018 :

Ce dernier était passé le 4 juillet par l’Afrique et… la Guinée (Conakry, où il avait fait une pause de 7 minutes seulement !!). Il est ici à Moscou, intégralement  blanc, à part le minuscule drapeau russe (ici à droite) peint de chaque côté du cockpit, au droit de la verrière. On retiendra aussi son amusante immatriculation pour un appareil russe  : « VP »,  pour une inscription donc dans le Territoire britannique de l’océan Indien (?). Celui qui gère… l’atoll de Diego Garcia : un superbe pied de nez aux américains ? Quelle roublardise !! Ou encore le meilleur dans le genre : les 27 vols (???) vers Caracas de l’Airbus A330-203 TC-JNB (turc, donc, des Turkish Airlines) toujours en 2018 ( l’appareil, massif,  est visible ci-dessous à Istanbul, le 24 juin dernier (2021) :

Si les avions volent vides de passagers sur une telle distance (entre Caracas et Moscou il y a tout près de 10  000 km) c’est que c’est bien ce qu’ils transportent en soute qui importe. Un Airbus 319 VIP peut embarquer jusqu’à 27,6 tonnes, (passagers compris), un Boeing  B-757-222 jusqu’à 38,2 tonnes (idem) et un Airbus A330 -203 un total de 68,6 tonnes… (à gauche ici la taille de sa soute, son chargement en vidéo ici),  Un B-777 absorbe entre 14 et 24 tonnes en soute mais avec entre 300 et 500 passagers en plus !!! Faudra demander à Florence de Changy des précisions, en grande spécialiste des soutes de B-777 !!! Ces trois avions pouvant effectuer des trajets au dessus de l’Atlantique sans ravitailler, bien entendu. On comprend mieux pourquoi à ce rythme l’annonce du tonnage phénoménal de 84 tonnes a pu être facilement atteint.

Le site bien informé RunRun a compulsé les manifestes de chargement des douanes turques et a réussi ainsi à établir la liste des entreprises ayant chargé leur or ainsi que leur tonnage respectif : dans les registres douaniers auxquels Runrun.es a eu accès, les 73,2 tonnes de lingots d’or ont été vendues entre la société émiratie Noor Capital (27 396 kilos), la société turque Sardes Kiymetlí Madenler AS (23 994 kilos) et la société belge domiciliée aux Emirats Arabes Unis, Goetz Gold LLC (21 886 kilos). 33 expéditions de lingots ont été transportées sur 27 vols de la compagnie aérienne publique Turkish Airlines (Turquie) et cinq des compagnies aériennes privées Copa Airlines (Panama), Solar Cargo ( du Venezuela, elle utilise encore de vieux DC-10 30 F comme le YV-524T, ici à gauche au décollage à San Jose, au Costa Rica), Rotana Jet Airlines et E-Cargo Airlines (toutes deux en provenance des Émirats arabes unis ). Un seul des 33 vols et sa compagnie respective n’a pas pu être identifié ». A noter que la ligne vers Caracas de Copa Airlines a repris officiellement ses vols le 24 novembre 2020. Elle emploie essentiellement des Boeing 737 comme celui à droite ici. Le pouvoir vénézuélien a pris soin à la fois de varier les appareils, on le constate, et de prendre des avions de ligne bien classiques, sauf peut-être l’A319 VIP, le plus « visible » de tous à coup sûr. Il concurrence en effet les plus gros jets privés des milliardaires, dont certains comme on va le voir ont aussi véhiculé les pontes du pouvoir vénézuélien.,.

Quand Tarek vole gratis… et s’en va raffiner en Turquie

On retiendra surtout, dans ce qui a été dit précédemment, le rôle flagrant de la Turquie, précisant « qu’il est significatif que Sardes (Sergold) Kıymetli Madencilik AŞ, qui à lui seul a importé pour 900 millions de dollars d’or du Venezuela, Selon les registres de la Gazette du Registre du Commerce, 100 pour cent des actions de la société, qui a été créée fin 2017 avec un capital de 5 millions de TL, appartiennent à Vecdi Mençekoğlu. Le directeur général (PDG) de la société est Serdar Saraç. Sardes, qui semblait être enregistrée auprès de Saraçjusqu’en 2016 selon les annonces publiées au Registre du Commerce, a été transférée à Mençekoğlu en 2018. Sardes opère dans un petit bureau à Kuyumcukent, Yenibosna, Istanbul ». La petite boutique de Kuyumcukent (ici à gauche) est installée , à la « Cité des orfèvres », considérée comme le plus grand marché de bijoux au monde avec plus de 2 000 ateliers de métallurgie, usines, grossistes et détaillants. L’endroit est situé à Bahçelievler, une banlieue plutôt bourgeoise d’Istanbul. Décidément, c’est une habitude de travailler dans des bureaux de la taille d’un cabine téléphonique, en Turquie (cf notre épisode précédent) !

Comme c’est la mode aussi il semble de serrer des poignées demain entre hommes (les femmes attendant pour s’asseoir s’il reste de la place, chez Erdogan). Ou de porter en main des lingots en souriant à grandes dents… sur la photo ici à droite, le gouverneur de Çorum, la ville de la fonderie d’or, Mustafa Çiftçi est le 3e en partant de la droite. Les autres sont le maire Zeki Gül, et le président d’Ahlatcı Holding, Ahmet Ahlatcı (c’est la raffinerie d’or citée). Un échange de bons procédés : lors de sa visite au Venezuela, Erdoğan avait présenté l’homme d’affaires de Çorum, Ahmet Ahlatci (ici le dos tourné), à Nicolas Maduro ! On est entre bon amis !

L’avion qui avait amené Tareck le 21 janvier 2019 de la Mauquetia à Moscou était… turc : c’était le TC-TTC. Un énorme Gulfstream 550 (vu ici à gauche 26 janvier 2019 à Caracas même); un grand biréacteur qui appartient à à l’homme d’affaires Turgay Ciner, le propriétaire d’Habertürk TV et de Show TV (1) . Il détient aussi le club de football de Kasımpaşa Spor Kulübü, à Istanbul qui joue devinez où ? Au Recep Tayyip Erdoğan Stadium, pardi ! Un autre Bombardier Global Express, le TC-YYA (à droite), entièrement noir, un des plus beau à ce jour, côté peinture, sous le nom de propriété de Borajet/SBK Holding effectuait ds trajets similaires, il va nous intéresser aussi ici bientôt. Il effectue ici le trajet Moscou-Caracas d’un seule traite : une habitude il semble bien, chez lui. Celui-là appartient à une autre tycoon turc…

En dehors de son grand Gulfstream, Ciner dispose de deux autres appareils encore, plus petits : le TC-AEH,un Gulfstream G150 (ici à droite) qui voyage beaucoup, cet été le 20 août il effectuait par exemple le trajet Istanbul-Athènesn comme on peut le constater ci-dessous. Il a en fait donc bien été réparé, car le jeudi 21 novembre 2019 il s’était planté au décollage en Ukraine sur l’Odessa-Central Airport, diabolo avant brisé net. Ce n’était pas le jour non plus à Odessa il semble bien cette fois-là : plus tard, dans la même journée, le Boeing 737-800 TC-JGZ de Turkish Airlines effectuait une sortie de piste à l’atterrissage, train avant lui aussi brisé  !!

C’est bien en Ouganda que ça se raffine aussi

Dans ce schéma de transfert d’or vénézuélien, revoici donc l’Ouganda qui est à nouveau citée (et non le Congo, donc !) : « mais l’or qu’AGR (pour African Gold Refinery) raffine ne vient pas seulement de ses voisins africains. Récemment, la société ougandaise a admis qu’elle recevait du matériel d’Amérique du Sud sans préciser le pays d’origine. Mais les médias officiels ougandais ont montré que ce serait le Venezuela, qui utilise aujourd’hui les ventes d’or pour obtenir des liquidités face à son économie effondrée et échapper aux sanctions des Etats-Unis et de l’Europe. Les autorités ougandaises de police ont déclaré le 13 mars 2019 qu’elles enquêtaient sur la raffinerie sur la légalité de l’importation de 7,4 tonnes d’or en mars 2019 d’une valeur d’environ 300 millions de dollars. Cette société belge basée à Kampala, en Ouganda, sous enquête du Groupe d’experts du Conseil de sécurité de l’ONU, était la même société qui a acheté 21,8 tonnes d’or au Venezuela en 2018, un montant qui représente 30 % du total des ventes de BCV à l’étranger en dernier lieu. année. Ils sont partis par l’aéroport de Maiquetía sur trois vols à des dates différentes : la plus grosse expédition, de 15,6 tonnes, a été enregistrée le 3 décembre 2018, après que les États-Unis aient annoncé des sanctions à toute personne ayant effectué des transactions avec de l’or vénézuélien. L’or acquis par Goetz Gold a été transporté de la Maiquetía par la compagnie aérienne émiratie Rotana Jet (domicilie à Abu Dhabi, Emirats Arabes Unis – c’est la détentrice de l’Airbus 319 VIP) et le russe E-Cargo, basé à l’aéroport international Domodedovo de Moscou » (et son long 747 tout blanc le VP- BHM, déjà cité ici). « Aucune des deux sociétés ne couvre les routes commerciales au Venezuela. » Nota : l’homme en chapeau blanc à gauche sur la photo  est l’inamovible président ougandais Yoweri Museveni  lors de sa visite de l’entreprise AGR.

Un autre avion pour VIP… ou pour président sans avion

On rappelle ici que l’autre industriel turc croisé ici est Berat Albayrak, le gendre d’Erdogan, homme d’affaires et homme fort en politique, l’ancien PDG de la Çalık Holding. « Avant de se lancer en politique, M. Albayrak dirigeait Calik Holding, un puissant conglomérat ayant des intérêts dans le textile, l’énergie et, surtout, les médias, avec l’influent quotidien Sabah et la chaîne d’information A Haber. » Celui-là a hérité de la concession de la gestion du port de Conakry (tiens donc, on y retombe aussi !) des mains d’Alpha Condé en personne, un président qui n’avait pas pu résister à se faire balader aux frais d’un entrepreneur turc, ami d’Erdogan, dans un Gulfstream (le TC-VTN d’ATP Havacilik Ticaret A.S) affichant étrangement deux drapeaux de pays sur son fuselage (ici à droite) !!!  La Guinéen accusé aujourd’hui par certains d’être un narco-Etat. A droite quand Alpha Condé était venu rendre visite à son collègue malien IBK, le 21 septembre 2018, pour pour prendre part aux festivités du 58ème anniversaire de l’indépendance du pays, il était descendu de l’échelle de coupée du Gilfstream G450 turc obligeamment prêté. En Afrique, le chefs d’Etats tiennent à tout prix à voyager en jet : c’est une peu leur montre Rolex à eux comme dirait Séguéla… (2) Alors, s’ils n’en pas, il les empruntent !  Le 13 août dernier (2021), le même avion effectuait le trajet Minsk-Istanbul (ci-dessous). Depuis quelque temps on évoque en effet « la proximité entre MM. Recep Tayyip Erdoğan et Alexandre Loukachenko « … les relations sont au beau fixe entre les deux, les turcs investissent en masse en Biélorussie. Certains y voient une pratique particulière : « en termes d’investissements, en 2019, la Turquie (550 millions de dollars) était en deuxième position, après la Russie (4 milliards de dollars) et avant la Chine (370 millions de dollars). De nombreux hôtels et casinos sont construits et gérés par des Turcs. Ce qui conduit certains à s’interroger sur l’existence de réseaux de blanchiment d’argent. » Et qui dit blanchiment dit… trafic  ! On y revient à nouveau !!

 

 

(1) Lire ici la passionnante thèse  « Watchdogs or Lapdogs? Concentration of Ownership in Turkish Media » de Kjetil Sæter. Extrairt du chapitre 3.4 :

Le Groupe Ciner

« Le multimillionnaire autodidacte Turgay Ciner contrôle le groupe Ciner. Il a commencé sa carrière commerciale dans l’industrie automobile en 1978. Aujourd’hui, le groupe qui porte son nom est impliqué dans l’énergie, les mines, les médias, le tourisme, l’aviation, le commerce et les services. Ciner s’est fortement impliqué dans le secteur des médias en 2002, lorsqu’il a acquis les droits de gestion des médias du groupe Sabah. Comme mentionné précédemment, le groupe Sabah était un acteur de premier plan dans le secteur des médias turcs depuis le début de la publication du journal Sabah en 1985. Le fondateur du groupe, Dinç Bilgin, a été arrêté en avril 2001, accusé d’avoir siphonné des millions de dollars à sa propre Etibank. Après son arrestation, le TMSF a pris le contrôle de la plupart des biens de Bilgin. En 2002, Turgay Ciner a obtenu un poste de locataire dans les médias de Bilgin en vertu d’un contrat de bail de 15 ans pour 10 millions de dollars US par an, dont les plus importants étaient les grands quotidiens Sabah, Calendar (Calendar) et le quotidien sportif Fotomaç (Fotomatch ), et la grande chaîne de télévision ATV. Récemment, Ciner a acheté Sabah et ATV à TMSF pour 435 millions USD. Le groupe Ciner contrôle également le plus grand quotidien régional de Turquie, Yeni Asır (New Era) basé à Izmir, un certain nombre de magazines et quelques chaînes de télévision plus petites. En quelques années, Ciner est devenu le principal rival d’Aydın Do an sur la scène médiatique. »

Selon lui, le rôle de l’Etat, de la mafia et de leur association avec l’extrême-droite turque date de longtemps : « L’existence de liens étroits entre l’État, la mafia et les ultranationalistes semble se confirmer lorsqu’une voiture est écrasée dans un accident de la route à Susurluk, dans l’ouest du pays, le 3 novembre 1996. Quatre personnes se trouvent dans la voiture : un haut responsable de la police officier, un chef kurde pro-gouvernemental, une ancienne reine de beauté et un ancien terroriste qui avait tué sept étudiants de gauche à la fin des années 70 (Zürcher 2004:322-323). Il était censé être en fuite, mais il s’est avéré qu’il détenait un passeport VIP officiel. Le quatuor venait de rentrer d’une station balnéaire où séjournait également le ministre de l’Intérieur Mehmet Ali Aar. Le tollé général qui a suivi l’incident a forcé les autorités à ouvrir une enquête approfondie qui a finalement conduit à la condamnation de deux agents de la police de sécurité à six ans de prison. Mais beaucoup croient encore que les plus gros poissons auraient dû être frits et que les agents de sécurité de rang inférieur ont simplement été sacrifiés pour satisfaire le public ».

(2) et quand ils ne l’achètent pas, ils le font via un enregistrement et une immatriculation  sur l’île d’Aruba  (encore elle  !), où les magouillent vont donc bon train : c’est le cas du Boeing 737 du président (déposé depuis) d’ IBK,  commandé en mars 2014 (il se retrouve donc n P4- PRM, c’est l’ex N164RJ de WFBN Classic Ltd Air Bausch & Lomb  » , exN128QS de l’an 2000.L’acte de vente est signé le 20 Mars 2014 à Oklahoma City aux Etats-Unis entre la République du Mali et Wells Fargo, une grande banque américaine qui était en possession du titre de  propriété de l’aéronef » indique MaliActu.Net le 11 aoû 2017 : « Cependant, c’est une société écran du nom de Mali BBJ Limited basée à Aruba dans les Caraïbes qui fait une demande d’exportation de l’avion auprès des autorités américaines. La dite-société avait été montée deux semaines auparavant à Oranjestad sur l’île d’Aruba, un paradis fiscal. » A partir de là ça va devenir grotesque : « en Février 2016, le Boeing est à Bâle en Suisse pour un entretien de routine. Le GAPR, sur ordre du président lui-même, décide que l’inscription « République du Mali » sur le fuselage était trop petit. Le Mali, un grand pays, méritait mieux qu’une petite inscription. Le GAPR, malgré les conseils dissuasifs d’AMAC, fait inscrire sur l’avion le nom du Mali en très gros caractères sur toute la longueur du fuselage (voir photos). Une fois arrivé à Bamako, décision a été prise aussitôt de refaire le travail. Cela fut fait quelques mois plus tard lors des travaux de maintenance d’août 2016. Bien évidemment, c’est le contribuable malien qui paya pour cette erreur. Cet épisode nous a conduit à regarder de plus près les coûts de maintenance du Boeing. Les chiffres sont assez éloquents. » L’engin était entretenu… en Suisse, par l »AMAC. « AMAC Aerospace est évincé du contrat de maintenance après Octobre 2016. En décembre 2016, l’entretien du Boeing est effectué à Casablanca, au Maroc, et en Juillet 2017 à Norwich, en Angleterre. Selon des sources informées, le contrat d’entretien est transféré à KLM UK Engineering (KLMUKE), une filiale d’Air France Industries basée à Norwich. Nous avons obtenu les termes des contrats d’entretiens proposés au gouvernement malien par AMAC et KLMUKE. Les coûts de KLMUKE sont 5 fois plus élevés que ceux d’AMAC. Par exemple, une visite technique d’entretien lourd (visite de type « D ») chez AMAC coûte 153,8 millions de F CFA alors que le même service coûte 839,3 millions de FCFA chez KLMUKE. L’opacité autour du coût réel de l’avion et le manque de transparence budgétaire crée aussitôt un scandale (à droite ici on s’aperçoit qu’il n’avait même pas été repeintors de son achat : c’est le N164RJ  d’origine ! En dessous c’est sa peinture précédente encore) . « Le Fond Monétaire International demande un audit qui sera diligenté par le Bureau du Vérificateur Général (BVG). Le coût déterminé par le BVG s’élève à 19 milliards F CFA, dont 1,4 milliard F CFA de commissions et frais payés à un courtier lié à Michel Tomi, l’ami du président. En outre, un contrat d’exploitation est signé avec l’entreprise JetMagic Limited basée à Malte ; le BVG n’a jamais eu accès à ce contrat-bail. Ce que nous pouvons noter, c’est qu’une ligne budgétaire existe (dans les charge communes) depuis 2015 pour couvrir les frais de ce contrat. Il s’élève depuis 2016 à 3 milliards FCFA par an. » L’affaire est toujours en cours, l’avis est devenu enfin TZ-PRM, mais hier encore on a arrêté l’ancien ministre malien de la Défense, Soumeylou Boubèye Maïgal, un des responsables à l’époque de la transaction  En 2020 on avait assigné pour  » faux en écriture, usage de faux et complicité de ces faits, de complicité d’atteinte aux biens publics par usage de faux, de malversations et de complicité de favoritisme » Sidi Mohamed Kagnassy, Amadou Kouma, Nouhoum Kouma, Soumaïla Diaby, Mahamadou Camara et Marc Gaffajoli, Soumeylou Boubéye Maïga, Bouaré Fily Sissoko et Moustapha Ben Bark ». » L’ancien ministre Mahamadou Camara (qui était directeur de Cabinet du président de la République au moment des faits) et Nouhoum Kouma (de la société Guo Star impliquée dans l’affaire des équipements militaires) ont été placés sous mandat de dépôt. » indiquait ici Maliweb. Au passage, le français Marc Gaffajoli (ici à gauche, d’Afrijet); un proche de Michel Tomi; l’homme à la tête d’un empire des Jeux en Afrique.  (ici à droite), était chargé de trouver l’avion pour le président IBK; aura empoché 2,1 millions de dollars, soit environ 1 milliard de F CFA…. ce qui parlent encore du pillage de l’Afrique ont tout simplement raison !!!

Son commandant de bord s’appelle Stéphane Poncet. Suit ici sa bio au vitriol selon Amadou O. Wane et Abdoul Karim Sylla que l’on va laisser ici responsables de leur brûlot): « Poncet est né en 1972 ; il est connu comme intelligent, ambitieux, et surtout opportuniste. L’aviation a été pour lui un rêve d’enfance. Il débute sa carrière en aviation comme Stewart chez Air Liberté, une compagnie aérienne française aujourd’hui défunte. Son attention pour les détails et son ambition propulsent sa carrière à Air Liberté, où il deviendra co-pilote sur Fokker 100, un jet régional de 100 places. Poncet est d’ailleurs contributeur dans un livre référence sur le personnel navigant — le « Guide Pratique du Personnel Navigant Commercial », paru en 2003 chez Librairie de l’Université Aix.Après Air Liberté, Poncet passe des périodes assez difficiles. Il se retrouve avec des contrats de co-pilote à durée déterminée sans réelle possibilité d’avancement de sa carrière. Il lui est difficile de garder l’emploi (…) En novembre 2005, Poncet crée avec Éric Manzo une compagnie charter dénommée Air Sports France ; Poncet est alors basé à Barcelone en Espagne. L’entreprise se spécialise dans le transport des clubs sportifs. Elle est enregistrée en Angleterre, mais en réalité, sa présence s’y limite à une boite aux lettres ; le gros de l’activité se trouve plus au sud, en Espagne et en France. En 2007, l’entreprise enregistre 207.755 livres sterlings de chiffre d’affaires (environ 300 000 Euros à l’époque) ; Poncet, lui, annonce 700 000 Euros à qui veut l’entendre. C’est en fait la meilleure année de l’entreprise ; elle a des contrats avec 13 équipes de sport (football et rugby). L’embellie ne suit pas l’année d’après. Un des meilleurs clients de l’entreprise, Le FC Gueugnon, est relégué en troisième division du championnat de football en France. L’entreprise essaye plusieurs options – transport VIP et matériel de sport en cargo — sans grand succès. Devant les difficultés qui s’accumulent, Poncet et Manzo réenregistrent Air Sports en France en 2011. Rien n’y fait ; l’entreprise bat toujours de l’aile.Durant ces moments difficiles, Poncet effectue d’autres contrats de pilote. On le retrouve notamment en Azerbaïdjan, comme chef pilote d’une petite compagnie locale. Là, il se fait carrément virer – pour des raisons qui demeurent encore obscures. C’est là-bas aussi qu’il passe sa qualification sur Boeing 737.  Nous sommes alors en 2014, quand il est embauché par JetMagic comme pilote du Boeing présidentiel malien. Air Sport France met définitivement la clé sous le paillasson en 2015.: A la fin des deux ans du contrat initial de JetMagic, Poncet trouve une astuce géniale. Pourquoi ne pas se substituer à JetMagic et gérer tout ce pactole ? Pour cela, il lui faut un alter ego.  Le GAPR, dirigé par le Colonel Diarra, négocie directement les contrats, et Poncet, fort de son expérience dans le business de l’aérien, trouve les prestataires. Selon nos sources, les anciens collègues de Poncet pendant l’ère JetMagic auraient tous été virés. Poncet, semble-t-il, à la main mise sur les décisions. En plus d’être commandant du Boeing présidentiel, Poncet gère de fait le contrat de maintenance de l’appareil. Il est aussi un réfèrent au sein de l’Agence Nationale de l’Aviation Civil du Mali (ANAC) – c’est-à-dire un expert dont l’5opinion est indispensable lorsque d’importantes décisions sont prises. Selon le commandant Ouane, l’expertise dans une structure comme l’ANAC doit passer d’abord par la présentation de documents attestant de l’expertise et de l’expérience. Et Poncet, semble-t-il, ne serait pas capable de présenter de tels documents. » Effarant !!

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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