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Avons-nous besoin des grecs pour revenir aux fondamentaux?

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La crise européenne n’est pas une crise de la dette! Elle est due à l’effondrement de la croissance ayant eu un impact dévastateur tant sur les dettes du secteur privé que des Etats. Cette crise a par la suite inéluctablement dégénéré en dépression du fait de la politique monétaire trop restrictive menée par la BCE. Voilà pourquoi la suggestion formulée par le nouveau gouvernement grec de conditionner le montant du remboursement de ses dettes à la croissance de son pays reflète une compréhension et un diagnostic parfaits du mal européen. En adéquation totale avec l’évolution de son P.I.B., la Grèce s’acquitterait de remboursements supérieurs en cas de redémarrage satisfaisant de sa croissance, et conserverait des réserves l’autorisant à renflouer sa population et son activité en période de croissance nulle, comme celle qu’elle subit actuellement.

Du coup, les finances grecques (et des nations bénéficiant d’un tel régime) seraient moins sensibles aux chocs macro économiques, aux ralentissements notoires de leur croissance et risqueraient nettement moins le défaut de paiement, pour la seule et unique raison qu’il leur serait demandé moins en contexte de crise. En revanche, les créanciers seraient naturellement en droit d’exiger de la part de ces nations des efforts supplémentaires dès le redémarrage de leur croissance. Telle est donc la proposition formulée il y a quelques jours par Yannis Varoufakis, Ministre des finances grecs, qui reprend là des recommandations émises depuis plusieurs années par des économistes « hétérodoxes ». Solution qu’aurait certainement préconisé Keynes en personne car elle s’inspire en droite ligne d’un de ses enseignements principaux, à savoir qu’il est vital pour un Etat d’adopter une politique économique contrecyclique. Proposition qui devrait – en théorie – être acceptée par les allemands qui seraient dès lors certains de voir la Grèce rembourser ses dettes dès la croissance repartie, et qui éviterait un défaut de paiement de ce pays – voire une sortie de l’euro – dont ils seraient les premiers à pâtir.

Pour autant, si cette formule d’obligations grecques corrélées à la croissance représente une chance réelle pour l’activité économique de ce pays tout en sauvegardant la stabilité financière européenne voire mondiale, leur avantage collatéral majeur serait de moins solliciter une Banque Centrale Européenne obligée d’être sur tous les fronts, y compris là où elle ne devrait pas être… Si le devoir de la BCE est bien évidemment de préserver la stabilité de l’Union dont elle a la charge, l’adoption de ces obligations liées à la croissance en Grèce (et au sein des pays fragilisés de l’Union) la délesterait d’une pression intense qu’elle subit depuis quelques années, et à laquelle elle est contrainte de remédier avec le seul instrument dont elle dispose, à savoir la politique monétaire. Car il n’est nullement dans les attributions de notre banque centrale de renflouer les Etats européens, même si tous les regards se sont tournés vers elle lors de chaque acte du mélodrame européen, et même si la paralysie des responsables politiques l’a forcé à innover en mettant en place des leviers (comme l’OMT) visant à secourir les Etats.

En définitive, cette banque centrale s’est progressivement engagée très substantiellement dans des politiques et dans des manœuvres relevant bien plus du crédit que de la politique monétaire et,ce, dans le seul but d’éviter la banqueroute de certaines nations européennes. Clairement hors de son mandat. L’adoption de ces obligations liées à la croissance aurait donc l’avantage double de soulager la BCE du fardeau du défaut de paiement éventuel de certains pays qui n’aurait dès lors plus lieu d’être. Tout en atténuant des erreurs et des fautes d’appréciation qu’elle même serait susceptible de commettre: n’a-t-elle pas – et par deux fois – fort malencontreusement monté ses taux d’intérêt en 2011 ?

Les allemands et les économistes orthodoxes devraient donc applaudir à l’adoption de telles obligations qui, si elles étaient en place en 2009, auraient certainement évité le gros de la crise européenne. La Grèce, l’Espagne, le Portugal et d’autres encore n’auraient pas eu à faire face au spectre de la banqueroute, n’auraient pas eu à être renflouées (en autres par des fonds allemands), ni à subir l’envolée dramatique de leur dette souveraine si le remboursement de leurs dettes avait été modulé en fonction de l’évolution de leurs P.I.B. respectifs. Enfin, les allemands devraient également encourager l’instauration de telles obligations qui permettraient, du coup, à la BCE de se maintenir désormais dans les limites de son mandat, et qui élimineraient toute tentation de « moral hazard » car l’institution n’aurait plus besoin de mettre en place des crédits et autres montages visant à secourir des débiteurs fragilisés et peu disciplinés.

Réduire les dépenses publiques lorsque la croissance s’est installée et les augmenter en cas de ralentissement: l’Europe aurait un autre visage – et aujourd’hui une autre tournure – si elle avait été édifiée sur un concept basique mais Ô combien précieux, celui du contrecyclisme.

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