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Avec Poutine, un sérieux arrière-goût de Guerre Froide (6)

Des sous-marins difficiles et longs à fabriquer, des échecs de mise au point, reste à Poutine une autre guerre invisible à mener. Celle-ci consistant à déstabiliser l’adversaire via ses moyens de communication… câblés. Là-dessus, il semble efficace, mais avec encore une fois des moyens limités : un nom de navire revient sans cesse, celle du Yantar. 

Présenté à son lancement comme un énième navire de recherche océanographique, c’est aujourd’hui une des armes les plus sophistiquées dont dispose l’arsenal poutinien. Avec un but avoué : s’attaquer aux câbles disposés sur les fonds marins.

La guerre des nerfs appelait-on ça avant… la déstabilisation de l’adversaire par la dissémination de fausses nouvelles. La 5eme colonne, il y a eu bien d’autres nom à ça. De l’espionnage, tout bêtement, qui a beaucoup changé et qui a aussi toujours été de l’espionnage industriel, on l’a vu, avec la difficile mise au point des hélices silencieuses cher les russes.

Aujourd’hui que tout passe par Internet, c’est donc par câble que ça se passe. C’est à dire par là :

 

Quand Poutine nous vante des machines de guerre qui n’existent pas grâce à des animations 3 D plus ou moins réussies, c’est par le câble qu’on les reçoit. 97% de l’information du net passe en effet par là : il y a aujourd’hui 300 câbles vitaux aux fonds des océans, représentant 885 139 km de longueur totale. Tout cela ayant commencé en… 1858, avec un câble télégraphique déroulé de l’Irlande (sur l’île de Valentia) au Newfoundland. La reine Victoria télégraphiant alors à son interlocuteur américain James Buchanan pour immortaliser l’évènement. Le bidule avait été déposé par le Great Eastern, gigantesque bateau à roues à aubes de 211 mètres de long, un monstre d’acier plus insubmersible que le Titanic, contenant dans ses cales les 3 200 km de câble à dévider enroulés à plat (ici à droite);  une façon pour lui de se refaire une façade, le bateau ayant jusque là une vraie catastrophe ambulante et un échec total pour son armateur. Le plus long câble actuel fait 38 600 km de long, il va de l’Allemagne à la Corée et même jusqu’au sud de l’Australie en s’arrêtant à 39 endroits différents dans le monde, nous rappelle ce passionnant article de Business Insider :

Ce qui n’est pas sans danger donc nous rappelle ici « Univers Freebox » « Actuellement, 99,8% du trafic internet intercontinental transite via 366 câbles sous-marins soit plus d’un million de kilomètres de câbles à fibre optique parsemant le fond des océans. Une fois en surface, ils sont rattachés à des stations d ’atterrissement. Ces dernières sont d’ailleurs elles aussi assujetties aux menaces. « En cas de conflit militaire, si plusieurs câbles sont sabotés, nous risquons rapidement une saturation de notre accès à Internet» s’inquiète Jean-Luc Vuillemin. Heureusement, des systèmes de secours existent comme le principe de redondance. 01net l’a vulgarisé parfaitement dans ses lignes il y a quelques années : « Les câbles transatlantiques rejoignent eux la Bretagne et la Normandie. Pour garantir les transmissions sous-marines dans les deux sens, plusieurs sécurités sont prévues. Le câble lui-même comporte deux paires de fibres optiques au lieu d’une. Le doublage suffit pour résoudre les problèmes électroniques, comme la panne d’un multiplexeur ou d’un routeur, la plus courante. Chaque opérateur crée ensuite des redondances du réseau en posant plusieurs câbles distants sur chaque liaison desservie. Celle entre la France et les Etats-Unis se répartit entre sept câbles, directs ou transitant par le Royaume-Uni. » Sept seulement, dira-t-on… en 2018, le câble de fibre optique transatlantique, appelé Marea, sponsorisé par Facebook et Microsoft, a été un des récents posés entre la Virginie aux Etats-Unis et Bilbao en Espagne. Il possède une bande passante phénoménale de 160 To/s… on est loin, très loin du câble télégraphique !!  A droite, en haut, le  câblier Teliri, un navire Elettra affrété par Orange Marine.

C’est lui qui a déroulé les 2 700 kilomètres du câble LION2, pour prolonger le câble existant LION,, (Lower Indian Ocean Network), composé de 4 fibres optiques, installé en 2009 par France Télécom) jusqu’au Kenya et qui au passage a permis de desservir Mayotte en haut-débit. En octobre 2018 ce câble sous-marin LION 2 s’est justement cassé à moins de 10 km des côtes du Kenya, forçant les opérateurs Emtel et Mauritius Telecom à basculer leurs services vers d’autres câbles. Notamment le câble sous-marin SAFE. Comme le rappelle ici Express.mu,  » Le câble LION 2 est important, vu que le réseau de communication est relié à l’Afrique du Nord, au Moyen-Orient, à l’Europe et à l’Asie, ce qui réduit le temps de latence pour les recherches et les communications. Il connecte Madagascar, Mayotte et le Kenya sur 2 700 kilomètres. Il est à son tour connecté au réseau LION, qui relie Madagascar à l’île de la Réunion et Maurice sur 1 090 kilomètres. »

Des liaisons fragiles

Des ruptures plus fréquentes qu’on ne pense. Le 8 mars dernier, c’est une coupure du câble sous-marin de fibre optique West African Cable System (WACS) qui était annoncée. Etaient impactés le Nigeria, l’Angola, et le Cameroun. Là c’était le réseau de câbles South Atlantic (SACS) qui avait servi à délester la charge de trafic.  Celui-là en fait relie Luanda, Angola avec Fortaleza, au Brésil. La liaison revient à 278 millions de dollars. Un peu plus tard nouvelle rupture au large du Congo du câble South Africa Transit 3 (SAT-3), obligeant le Léon Thévenin d’Orange Marine (lire ci sur ce « monstre de technologie ») à aller se rendre sur place constater les dégâts grâce son ROV à chenilles de 9 tonnes  (ici à gauche). « C’est la deuxième fois en quelques semaines qu’un incident de ce type se produit sur le même câble quasiment dans le même lieu. La rupture se situe « toujours dans le canyon du fleuve(Congo) mais pas exactement au même endroit », précise alors Jean-Luc Vuillemin à Jeune Afrique. »

En janvier 2019, pendant près de deux semaines, le Tonga a été privé d’internet en raison de la rupture d’un câble de fibre optique. Long de 827 kilomètres le reliant aux îles Fidji, il avait été cassé pour une raison inconnue, privant les 100.000 abonnés du petit royaume d’internet. «C’est une catastrophe, les entreprises ne peuvent plus passer de commandes, les compagnies aériennes ne peuvent plus prendre de réservations», a expliqué à l’Afp, Mary Fonua, rédactrice en chef du média en ligne Matangi Tonga. Le tourisme, l’une des principales ressources du pays (avec les revenus de la diaspora) tourne au ralenti. De plus, les paiements par cartes sont impossibles, tout comme les transferts d’argent depuis l’étranger ». Ce qui peut devenir bien plus dramatique en saison d’ouragans. Là-bas, ils sont à répétitions et deviennent de plus en plus violents… au Tonga, on est resté sur une drôle d’impression, en tout cas : dans un premier temps, pour rassurer, un dirigeant de l’opérateur Tonga Cable LTD avait parlé d’un arrachage certainement dû à une ancre de pétrolier. Mais les réparateurs ont été surpris de découvrir des coupures à plusieurs endroits. Laissant planer le doute d’un sabotage possible. Mais de qui ? Le mystère demeure depuis… « En juillet 2017, la Somalie s’est retrouvée pendant trois semaines quasi sans internet après qu’un porte-conteneurs a, sans le vouloir, coupé l’Eastern Africa Submarine System (EASSy), l’unique câble sous-marin du pays. Un « désastre majeur » pour le gouvernement de Mogadiscio, qui a estimé les pertes économiques de cet incident à 9 millions d’euros par jour, soit l’équivalent de près de la moitié du PIB journalier du pays. » indique ici RFI. Le câble en haut à droite qui relie l’Australie et La Nouvelle Zélande aux USA US et Hawai a été sponsorisé par Amazon, Vodafone, REANNZ, et l’American Samoa Telecoms Authority. Il a été installé en 2016.

Des opérations pas de tout repos que ces réparations : en 2012, Orange a ainsi perdu son câblier Chamarel, ex Vercors de 135 mètres de long, et l’un des six navires câbliers de la société, au large des côtes de la Namibie (à Skeleton Coast)… a remplacé depuis le Léon Thévenin, basé à Brest. C’était déjà sur une réparation sur le câble Sat3-Safe…. Ces bateaux de l’ombre embarquent aussi des charrues... pour enfouir les câbles au fond, notamment ceux de courant pour les éoliennes, qu’ils installent aussi. Chez Orange, elle s’appelle Emma, la charrue (ici à gauche)… ci-dessous la charrue de TE-Subcoms :

En général, les chaluts et les ancres comme responsables 

Des câbles régulièrement abîmés, donc et selon Camille Morel dans son opuscule « Menace sous les mers : les vulnérabilités du système câblier mondial » (devenu « panique dans le cyberspace ») pour des raisons connues, par essentiellement des chaluts de pêche et des ancres, les tremblement de terre et glissements de fonds marins représentant une part infime des dégâts (cf le camembert ici à droite). Les poissons dévoreurs de caoutchouc pour beaucoup moins encore (drôle d’exemple ici à gauche). Mais presqu’un cinquième environ demeure inexpliqué. Les militaires étant concernés au premier chef par la partie en rouge : « comme en décembre 2008, quand trois des plus gros câbles reliant l’Egypte à l’Italie ont été accidentellement coupés. Dans un monde interconnecté, une panne peut se ressentir à des milliers de kilomètres. En quelques heures, cette interruption régionale a mis à plat 80% de la connectivité entre l’Europe et le Moyen-Orient. « Sachant que les militaires américains comptent sur les réseaux de câbles commerciaux pour 95% de leurs communications stratégiques, cela a posé de graves problèmes pour les 200 000 militaires américains et britanniques stationnés en Irak à ce moment-là », pointe le même rapport. Et l’amiral américain James Stavridis, ex-commandant suprême de l’Otan, cité par le think tank Policy Exchange, de déplorer : « Nous avons permis à cette infrastructure vitale de devenir de plus en plus vulnérable. Cela devrait tous nous inquiéter ». C’est bien joli l’armée numérisée, mais ses satellites ne font pas tout, en effet !

Les pieds nickelés des câbles

Des « sabotages » ont existé et se produiront encore, hélas : « en 2009, c’est d’ailleurs avec de simples « pinces coupantes » que des « vandales », comme les décrivait à l’époque le New York Times, ont réussi à couper plusieurs câbles dans la région de San José en Californie, affectant le réseau téléphonique et internet. Et la littérature regorge d’histoires de pieds nickelés du sabotage de câbles. Comme ces pêcheurs vietnamiens qui, en 2007, étaient parvenus à découper plus de 500 km de tuyaux. Espérant revendre les matériaux, ils avaient surtout réussi à endommager le réseau pour plusieurs semaines. Plus mystérieux, au printemps 2013, l’arrestation par la marine égyptienne de trois plongeurs au large d’Alexandrie. Ils étaient soupçonnés d’avoir tenté de couper le SeaMeWe-4 qui raccorde quatorze pays entre Marseille et Singapour » ajoute RFI. Les autorités égyptiennes avaient catégorisé l‘attaque perpétrée de « terroriste ». Et avait exhibé les 3 coupables, arrêtés à bord de leur bateau de pêche ancré à peine à 750m au nord d’Alexandrie. Les trois lascars faisant plutôt penser à des voleurs de cuivre qu’à autre chose !!!

On avait surtout grandement exagéré leur rôle selon Wired : « dans des endroits comme l’Égypte, les câbles sous-marins sont particulièrement vulnérables car il y a un goulot d’étranglement de 14 câbles sortant d’Alexandrie et du Caire. Huit d’entre eux se connectent aux rives d’Alexandrie. Couper les câbles dans cette zone aurait un effet domino qui nuirait à la connectivité dans de nombreux pays. « 

« Ce qui est vrai pour la livraison est vrai pour Internet », a noté Blum. Couper ces câbles ralentirait effectivement les vitesses d’Internet dans plus que l’Égypte. Une ancre de navire a récemment endommagé six câbles au large des côtes d’Alexandrie en février et a provoqué des pannes dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est. Avec autant de connectivité du continent liée à une si petite zone, cela en ferait une cible attrayante pour les futurs saboteurs. Cela dit, les attaques terroristes et les coupures de câbles intentionnelles sont rares. Stronge n’a pas entendu parler d’un autre cas comme celui qui aurait eu lieu en Égypte, et a déclaré que tout ce qui s’était passé reste un sujet de spéculation. « Autant que je sache, il n’a pas été prouvé que ces hommes coupaient des câbles », a déclaré Stronge. « Il se peut que ces hommes se trouvent au mauvais endroit au mauvais moment. Les autorités égyptiennes peuvent être nerveuses à propos des pannes d’Internet… » Des coupables idéaux, voila ce qu’ils étaient ! Restent… les visites des bateaux russes !!! (à gauche en haut c’est le lâcher à la mer de l’ancre du porte-avions Nimitz, ici à droite sa taille impressionnante, et à gauche celle du H.W.Bush en train de filer dangereusement à bord).

Tout l’art de Poutine est dans ce bateau (et dans les chiens de traîneau de Monaco)

Quand on fait le bilan de ce qu’a construit véritablement Poutine, on trouve peu de choses, on l’a vu. Tout ce qu’il nous présente comme grandes réalisations de son règne ne sont que des continuations technologiques des délires de grandeur de Leonid Brejnev : super sous-marins, super fusées, super satellites – mais vieilles bombes  (c’est pour demain, rassurez-vous), etc… tous de vieux machins remis au goût du jour par Vlad. Poutine c’est un peu le Microsoft de l’ère des soviets : une nouvelle version de façade, un système qui en saute un autre pour paraître plus neuf (pas de Poutine 9, on passe direct au Vlad 10), mais derrière c’est du Windows NT avec une couche de peinture en plus. L’OS Putin, en quelque sorte, est bâti sur un vieux noyau et son processeur est obsolète. Ou ce n’est pas le bon, qui peut être aussi ancien, à condition d’être dès le départ innovant et de vouloir briser les règles communément établies. Ce n‘est pas un ARM, pour faire dans le mauvais jeu de mots (cela a été inventé par une femme désormais (elle est née homme), on le rappelle, et c’est la digne collègue de celui-ci). A gauche c’est le Yantar à quai à Buenos Aires. Il avait été « proposé » pour retrouver le sous-marin argentin perdu… il a été en novembre 2018 retrouvé par l’Ocean Infinity. (la Minerve a été retrouvée par le Seabed Constructor… d’ Ocean Infinity).

Le seul engin vraiment neuf chez lui est un navire de surface qui parait bien ordinaire et qui l’est en effet : conçu par CMDB Almaz à Saint-Pétersbourg, on a soudé sa première tôle le 8 juillet 2010 au chantier Yantar de Kaliningrad, qui lui a donc laissé son nom (quand on dit que ce n’est pas vraiment innovant c’est aussi le nom d’une lignée de satellites espions, remarquez !).

Lancé en décembre 2012, il a effectué trois longues années d’essais, vraisemblablement faute de fonds pour le mettre plus vite en service en 2015 seulement. Long de 108 mètres et affichant un déplacement de 5 736 tonnes, c’est un navire d’allure bien ordinaire propulsé en diesel-électrique avec 60 personnes à bord. L’engin emporte des Rovers, dont un anglais (?) il semble bien (ici à gauche) et deux types de sous marins dits de recherche, le Rus et le Project 16811 Konsul déjà décrits ici.

C’est officiellement « un complexe de recherche océanique » : une drôle de Super-Calypso qui aurait fait sourire Cousteau, lui-même ancien militaire comme on le sait !!! On voit mal en effet le maitre du Kremlin s’intéresser aux poissons (rouges?) ou travailler à Monaco pour le prince Rainier… quoique, avec Poutine on a le droit à tout comme cette rencontre « people » de 2015 organisée pour placer Sotchi, moyen olympique de redorer le blason terni de Vladimir, qui ce jour-là nous avait beaucoup pas sourire, lui le pollueur nucléaire de la Mer de Barents  : « Nous soutenons toujours vos initiatives pour la protection de l’environnement », a dit le président russe, en rappelant que l’arrière-grand-père du Prince, Albert Ier de Monaco avait été reçu en 1913 à Petergof par le dernier tsar russe Nicolas II. En avril 2006, des scientifiques russes avaient aidé le Prince Albert II à effectuer une expédition au Pôle Nord en traîneau à chiens pour attirer l’attention sur le réchauffement climatique, la pollution marine et la protection des espèces animales endémiques de la région arctique, notamment les ours blancs. » Vlad, favorable à la dissémination de réacteurs nucléaires disposés sur les fonds du pôle (cf l’épisode précédent) semble en effet s’y connaître – et bien y participer- en réchauffement…

L’étrange périple du Yantar et l’inquiétude US

En février 2017, Trump à peine mis en place, les russes se rappellent à lui en se faisant remarquer avec la visite du Viktor Leonov, surpris en train de raser les côtes du Connecticut…où se trouve la  base de sous-marins de la marine américaine de New London. « Selon un responsable américain, le Leonov est arrivé à son emplacement actuel au cours des dernières 24 heures, où il «flâne» à environ 30 miles au sud de New London. » Drôle de « flânerie » !!! Il remontait alors de la Jamaïque !! Les américains rappelant qu’il avait été aperçu les semaines précédentes en face de King’s Bay, en Georgie, où se trouve aussi une base de sous-marins US. C’était sa troisième visite de l’endroit : en avril 2014, en février 2015 (avec un séjour remarqué à la Havane), suivi du Yantar en octobre de la même année : visiblement, la plus grande cale sèche couverte d’Amérique du Nord (212 mètres de long, 30 mètres de large et 20 mètres de profondeur et 8,3 millions litres d’eau) les passionne !!! Ou ce qu’il y a dedans, plutôt, je pense :

En février 2015, on avait suivi et remarqué son périple à celui-là. « Le mois dernier, le navire espion russe Yantar a lentement vogué au large de la côte Est des États-Unis pour descendre sur Cuba – où se trouve la station navale américaine de Guantánamo Bay. Le bateau a été constamment surveillé par les satellites, les navires et les avions américains. Des responsables de la Navy ont déclaré que le Yantar et ses véhicules submersibles ont la capacité de couper les câbles sous-marins. La Norvège, un allié de l’OTAN, est tellement préoccupé qu’elle a demandé de l’aide à ses voisins pour suivre les sous-marins russes dans la mer Baltique. »

La visite avait été plutôt mal appréciée : dans le New York Times du 25 octobre, un article de David Sanger et Eric Schmitt, « affirmait que la préoccupation particulière des services de renseignement américains était la possibilité d’une attaque russe lors de tout conflit sur des câbles sous-marins. Immédiatement après avoir rompu la connexion Internet, « les Russes laisseront les institutions politiques et économiques des États-Unis, ainsi que les citoyens ordinaires, sans moyens de communication ». «Chaque jour, je m’inquiète de ce que peuvent faire les Russes», citait le journal le contre-amiral Frederick Regge, commandant des forces sous-marines de l’US Navy dans le Pacifique ». L’amiral John Richardson ne s’est pas écarté non plus, ce n’est qu’en septembre de cette année qu’il a assumé le poste de chef des opérations navales de l’US Navy (voir le magazine National Defence n ° XXUMX / 10). «Une telle connexion est très difficile à rétablir», a-t-il déclaré dans une interview avec le correspondant américain à Londres, The Financial Times. «C’est une menace pour tout le système mondial, les systèmes d’information qui sont liés au bien-être, sont liés à la sécurité.» En mai 2015, les russes avaient été accusés de perturber les liens par câbles Internet et courant entre la Suède et la Lituanie par exemple de Klaipeda à Nybro, sur la liaison appelée « nordbalt ». Dans des eaux que connaissent parfaitement les russes depuis… plus de 50 années de visite régulière (et pas mal d’espions sur les côtes). Et des cas pendables, comme celui récent de Valery Mitko, ancien capitaine de marine russe devenu professeur et accusé désormais de travailler.. pour les chinois !

On est bien dans le cadre de la Guerre Froide, en tout cas : « quant à la nature du renseignement de l’activité de « Yantar » dans l’Atlantique, aucun de ce secret spécial n’a pas. Après tout, le navire appartient au GUGI, qui est souvent appelé le «GRU sous-marin». Comme indiqué à ce sujet dans une interview accordée à l’amiral Viktor Kravchenko de RIA News, chef d’état-major de la marine russe, qui était en 1998-2005, «des sous-marins soviétiques puis russes ont mené à plusieurs reprises des opérations pour installer des capteurs sur des câbles américains dans la zone atlantique. pour information, et les Américains ont mené des opérations similaires sur nos côtes. Depuis, presque rien n’a changé.  » On est fort tenté de dire la même chose : avec Poutine, rien n’a changé en effet !!! Nous revoici en effet en pleine Guerre Froide !!!

Regarder sous les kilts en Ecosse

Pour rester dans le même esprit, l’Ecosse voit arriver en novembre dernier deux autres navires du même tonneau ou de la même veine, sous-marins en moins, mais hérissés d’antennes eux aussi. Ils lorgnaient visiblement ceux-là sur la base de la RAF de Lossiemouth, qui abrite la flotte d’avions espions nouveaux Boeing Poseidon MRA1 (P-8A) du Royaume-Uni (remplaçant des défunts et catastrophiques Nimrod MRA.Mk 4 qui prenaient feu en vol) et des chasseurs Typhoon. C’étaient deux navires d’espionnage de classe Vishnya, mesurant 91,5 mètres de long, déplaçant 3 470 tonnes et avec un équipage d’environ 150 personnes. Venus de loin, accompagnés de leur ravitailleur qui semblait être le Sergey Osipov, lui-même dans le secteur depuis plusieurs semaines car ayant déjà ravitaillé un destroyer de missiles de la marine russe le 27 octobre précédent. Le Sun commente ainsi la visite impromptue « les navires espions rappellent les «chalutiers de pêche» soviétiques qui opéraient au large de l’Écosse pendant la guerre froide, dans le cadre des vastes opérations d’espionnage du KGB. » Bingo, nous y revoici à nouveau !! En pleine Guerre Froide !!! Décidément !

Et le revoici… 

En novembre 2019 , le revoici dans le secteur notre fameux Yantar baroudeur des océans du monde ; il y est depuis un mois déjà réleve HU Sutton dans Forbes, remontant à nouveau du Golfe du Mexique où il semble avoir pris ses habitudes.  « Les mouvements passés de Yantar peuvent fournir des indices. Le navire a été observé près de l’épave de l’ex-sous-marin soviétique Komsomolets, un sous-marin d’attaque à propulsion nucléaire qui a coulé dans la mer de Barents en 1989. Trente ans plus tard, le sous-marin libère toujours la radioactivité de son réacteur endommagé et de ses torpilles nucléaires (visiblement il continue à fuir en effet et ça s’aggrave. Il reste des torpilles atomiques à bord, en plus de son réacteur… voir en (1) la carte effarant de la poubelle atomique de la région)...

« Le Yantar a également été observé dans l’est de la Méditerranée près des emplacements des avions de combat russes écrasés au large des côtes de la Syrie. L’une des missions de Yantar est clairement d’étudier le matériel militaire soviétique et russe perdu ». Le Yantar a effectivement recherché les débris d’un Mig-29K tombé à l’ouest de Jablé  : celui-là était tout neuf, et également un Su-33 dont le système de lâcher de bombes SVP-24 system était neuf et aurait pu intéresser l’Ouest. Pour ce qui est des câbles suivis en Syrie, j’ai déjà écrit à ce propos c’est ici, inspiré par le site de Sutton bien sûr. « Il a quitté la zone de câble de Turcyos-2 (de Turk Telekom, déployé en 2011) le 10 octobre 2016 et s’est dirigé vers le sud en direction du câble Imewe (1) où elle est arrivé à 17h UTC et où il s’est a pris position. Il scrute là jusqu’au seizième-dix septième jour puis il déménage au nord de nouveau au voisinage du câble sous-marin Ugarit, entre la Syrie et Chypre (il rejoint Pentaskhinos, à Chypre à Tartous, en Syrie !). Là, il a fait une série de très longs trajets parallèles sur environ une ligne NNE-SSW. Ces trajets sont généralement faits à moins de 1 nœud (1,8 km/h) ce qui est beaucoup plus lent que ce qui serait nécessaire pour un sonar remorqué. En outre, ils sont généralement précédés par de longues pauses suggérant qu’un relativement grand véhicule a été mis à l’eau. Et le navire est resté souvent stationnaire pendant de très longues périodes suggérant l’entretien de l’engin hébergé (mini-sub ou ROV) ou d’être resté actif sur le fond de la mer dans une position stable ». Le câble IMEWE qui fait 12 091 kilomètres décrit a été mis en service en 2010, c’est un système à 10 gigabits qui relie l’Inde à l’Europe via le Moyen-Orient en fibre optique ultra haute capacité.

« Les observateurs militaires ont également observé le Yantar traîner autour de câbles de télécommunications sous-marins, des câbles qui sillonnent les océans du monde transportant la voix et le trafic Internet. Selon Sutton, les mouvements de Yantar lorsqu’il observe des objets sous-marins tels qu’un avion de combat Su-33 coulé sont différents de ceux où il se trouve dans des zones avec des câbles sous-marins. Cela suggère qu’il exécute une mission différente, en utilisant un équipement différent. Les sources militaires de Sutton suggèrent qu’il peut attacher des appareils d’écoute à des câbles de télécommunications, mais il n’existe aucune preuve définitive. L’écoute électronique sous-marine a contribué à mettre fin à la guerre froide Alors que fait Yantar dans les Caraïbes ? Bonne question. Le navire a quitté son port d’attache à Mourmansk au début du mois d’octobre. La Russie n’a perdu aucun équipement militaire dans la région, du moins rien que quiconque sache. Comme le note Sutton, le voyage de Mourmansk à sa position actuelle au large des côtes du Venezuela n’aurait dû prendre que deux semaines, mais il est soudainement arrivé dans les Caraïbes, sur les îles de Trinité-et-Tobago un peu plus d’un mois plus tard. Cela lui laisse environ deux semaines pour avoir fait quelque chose. Une chose qui semble claire, Yantar sait que les gens le regardent via le système d’identification automatisé. Mais pourquoi a-t-il décidé de traverser tranquillement l’Atlantique, dans l’hémisphère occidental, est un mystère ». Oui, c’est vrai ça, pourquoi se montrer autant… pour après éteindre à certains endroits sa balise ? A part provoquer, quel est l’intérêt réel, si on sait que sur son parcours il n’y a rien à relever ? Mais beaucoup… à visiter ???

Les visiteurs du soir

Le faits sont là, indéniables : « selon certains responsables américains, l’intensité des patrouilles de sous-marins russes a augmenté de près de 50 pour cent au cours de la dernière année ce qui démontre une augmentation de la présence russe dans le monde. Les opérations militaires russes sont en hausse en Crimée, près de l’Ukraine orientale et en Syrie, où le président Vladimir Poutine cherche à démontrer que l’armée de terre, les forces navales et l’aviation russes sont pleinement opérationnelles. S’il est impossible de surveiller les milliers de kilomètres de câbles sous-marins, les États-Unis ont commencé à accroitre leur vigilance en mer du Nord, en Asie du Nord et surtout près des côtes américaines. Ce qui inquiète le plus les hommes du Pentagone semble être le fait que les Russes recherchent des endroits vulnérables à de plus grandes profondeurs, là où les câbles sont les plus difficiles à surveiller et à réparer. Et comme les emplacements des câbles sont à peine secrets et suivent les mêmes chemins depuis les années 60, qui plus est dans les eaux internationales, il est très difficile de bloquer les manœuvres russes. Certains câbles spéciaux, installés dans des lieux secrets et réservés à un usage militaire, ne figurent pas sur les cartes disponibles. Il est possible que ce soit ces liens que les russes recherchent aussi activement ». On comprend alors mieux pourquoi le Yantar et pas un autre : lui dispose de sous-marins et bathyscaphes à bord ! Ci-dessous le Yantar se faisant suivre et surveiller par le destroyer anglais HSM Diamond  lors de sa traversée de la Manche en 2018. On se méfie de l’engin !!!

Plus prosaïque : l’espionnage à l’ancienne

Mais la Guerre Froide reposait aussi sur des hommes, des espions, des humains. Aussi ne sommes pas trop surpris d’en découvrir, des russes… en Irlande. Selon, Business Insider en effet « des agents de renseignement russes ont été envoyés en Irlande pour déterminer les emplacements précis des câbles sous-marins reliant l’Europe à l’Amérique du Nord, et cela fait craindre qu’ils envisagent de les exploiter ou même de les couper, a rapporté le Sunday Times. Les services de sécurité irlandais pensent que les agents ont été envoyés par l’agence de renseignement étrangère russe, le GRU, et vérifient les câbles à fibre optique pour détecter les points faibles, a également rapporté le Times, citant des sources policières et militaires. Ils ont également été vus surveillant le port de Dublin, ce qui a incité le pays à renforcer la sécurité sur un certain nombre de sites de débarquement le long de la côte irlandaise, a rapporté le Times. On ne sait pas où d’autre les agents ont été vus. Le vaste réseau de câbles transatlantiques qui passent sous les océans du monde alimente Internet, les SMS, les appels et les transactions financières mondiales. Environ 97% de toutes les données intercontinentales sont transférées via ces câbles, selon le forum de coopération économique Asie-Pacifique ». Ci-dessous les deux câbles Hibernia celui de 2002 en vertu double et le nouveau « Express » prévu pour 2015. « En février 2013, le projet Hibernia Networks de câble transatlantique, à très faible latence, entre les États-Unis et l’Europe a été brutalement stoppé par l’administration américaine en raison de la participation du groupe chinois Huawei Marine, en charge de la pose du câble, la CIA suspectant Huawei d’être en partie financé par le ministère chinois de la Défense » selon Joseph le Gall, ancien officier de renseignement. Ça c’est la nouvelle composante, la Chine, qui s’invite dans le concert mondial… de plus en plus, même si Trump en a fait un repoussoir aisé ces derniers mois.

« L’Irlande est un endroit idéal pour ces cartes sous-marines, étant donné sa proximité avec l’Amérique du Nord et l’Europe. En 2015, la société de télécommunications irlandaise Aqua Comms a mis en place un câble de 300 millions de dollars pour relier les États-Unis à Dublin, puis à Londres et au continent européen, a rapporté l’Irish Examiner. La police irlandaise et des sources militaires soupçonnent que le GRU utilise l’Irlande comme base d’opérations pour recueillir des renseignements sur des cibles dans l’UE et au Royaume-Uni, a déclaré le Times. Une autre raison de la présence des Russes pourrait être la place de Dublin en tant que l’un des plus grands hubs technologiques d’Europe, car les autorités soupçonnent que les agents pourraient également espionner de grandes entreprises technologiques, selon The Times. Google, Airbnb, Facebook et Twitter ont tous des sièges sociaux dans la ville ». Comme quoi le GRU n’est pas qu’une entreprise de lavage de slips, sa toute nouvelle (et inquiétante) réputation…

Amusant de penser que durant le grand show guerrier de Poutine, pas une seule image du Ynatar n’a été montrée, pas plus que son intense activité déployée au-dessus des câbles Internet qui sillonnent le monde. C’est du réel pourtant. Mais peut-être que le maître du haut-château du Kremlin, à la Philip K. Dick, préfère ses fantasmes de sous-marins géants et autres fariboles, dont une ou deux qui nous restent à étudier demain, si vous le voulez bien…

(1) la carte de la région  et ses déchets nucléaires :

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