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Arlette Farge : Des traces de vie

Le bracelet de parchemin est un livre de 113 pages, publi? en 2003 par Bayard. Son auteure, Arlette Farge, est reconnue pour ses recherches originales portant sur le 17e si?cle fran?ais. Int?grit? et empathie caract?risent l’historienne. Les dimensions insoup?onn?es de l’histoire sont sa sp?cialit?. Ce livre est le fruit d’une attention particuli?re sur une tendance surprenante : presque toutes les d?pouilles trouv?es au 17e si?cle par la pr?v?t? fran?aise sont porteuses d’un papier quelconque portant une ?criture. Trois si?cles plus tard, Farge tombe sur ces compilations d?taill?es. Son regard attentif fera de ces petits papiers disparates un objet historique ayant ?chapp? ? l’attention de tous.

L’importance associ?e aux mots et ? l’?crit
Les supports et l’?criture seront soumis ? un examen. L’auteure fera la d?monstration de l’existence d’une culture parmi ceux qui justement devaient en ?tre exclus. R?sumons la situation ainsi, au 17e si?cle, en France, il y a ceux qui existent et il y a les autres qui s’effacent presque anonymement. Ce terrible constat dissimule une r?alit? universelle : le genre humain a des caract?ristiques communes peu importe ses origines et sa condition. La conscience et le d?sir de communiquer sont aussi pr?sents chez les individus marginalis?s. La preuve ?tant la pr?sence trop singuli?re d’un document ?crit sur soi. Cet exercice d?montre que la recherche n?cessite une ouverture d’esprit.

En effet, un regard attentif est primordial pour trouver et d?coder un message. Une appr?ciation superficielle pourrait nous garder dans l’ignorance de la r?elle profondeur de la vie itin?rante. Le manque d’int?r?t, l’indiff?rence et la m?connaissance d’une r?alit? nuisent ? la compr?hension du ph?nom?ne de l’exclusion sociale. La chercheure d?crit ces morceaux de vie comme fragiles et laiss?s ? eux-m?mes dans les d?dales des archives nationales. N?anmoins, ils d?montrent la contradiction du genre humain. En effet, il s’?vertue ? traiter avec humanit? les d?bris de ceux vivant dans la furtivit?.

? la lumi?re des faits expos?s par Farge, nous comprenons que la pauvret? et l’itin?rance sont perm?ables au rayonnement de la culture et malgr? tout, soumises aux contraintes de l’?tat fran?ais. Porter une preuve d’identit? est pr?f?rable, mais elle est aussi l’expression simple d’avoir une raison sociale. L’individu est un v?hicule, il a horreur du vide, il est donc normal de porter en lui le d?sir d’?tre connu et reconnu lorsque n?cessaire.

La soci?t? se reproduit ? chaque jour. Cependant, le contraste vient des individus qui sont en r?gles et ceux qui vont et viennent. Malgr? les zones d’ombre, tous sont soumis au m?me encadrement de l’?tat. Sur ce tapissage ?tatique se d?place des itin?rants. Personne n’?chappe vraiment ? cette attention, la preuve ?tant le traitement confi? ? la d?pouille mortelle. Elle fait l’objet d’une attention particuli?re consid?rant les moyens et surtout la fr?quence de ces situations tragiques.

La mauvaise nouvelle

La route est un lieu de partag? avec ceux qui ont choisis d’y vivre ? temps plein . La mort est pr?occupante, elle est source de mouvement. Les gens communiquent et transmettre le message comme une train?e de poudre . Tous sont concern?s. La mort est ritualis?e et la reconnaissance du d?funt fait parti de ce processus . La pr?sence de l’objet peu importe sa forme est g?n?ralis?e . En nombre impressionnant et dans un fouillis total de forme, une singularit? reste, on ?crit pour se souvenir et pour avoir sur soi un rappel de l’existence. Le papier est forme d’appartenance et rassurant, il est une forme d’acceptation des rudiments de la soci?t? : « Il n’est rien de pire sous l’Ancien R?gime que de ne pas pouvoir ?tre enterr? en terre chr?tienne. La reconnaissance par autrui du corps mort est un acte fondamental » .

Dans les poches des d?funts se trouve aussi l’emprise des institutions, le monde militaire ou bien les activit?s ?conomiques ni sont d’ailleurs pas ?tranger. D?finitivement, le papier forme une mosa?que aux multiples facettes. Le mouvement et le droit de passage sont l’objet d’une grande attention consid?rant le grand nombre d’individu en circulation. Raison sociale ou encore certification de la bonne conduite, ces accessoires sont une vraie panoplie pour faire face ? l’?tat de droit fran?ais.

Un trompe-l’œil

La simplicit? apparente d’un ?crit dissimule la complexit? de la vie du porteur. Les sentiments et les intentions de celui-ci restent ? deviner. En effet, ?crire peut ?tre aussi l’action de se travestir et de maquiller une r?alit?. En contrepartie, identifier une d?pouille est une action voulant d?montrer une certaine sup?riorit? de l’esprit. C’est aussi un geste absurde dans la mesure o? le vivant n’est pas consid?r? mais son corps inerte lui fait part d’une attention particuli?re.

?crire c’est se r?duire dans un format portable. Pour sa part, la culture est v?n?r?e, quasiment magique, elle permet de s’?lever. L’appropriation par l’?tat de ces restants d’humanit? ne garanti en rien leur compr?hension. Le sens de ces trouvailles, il est fort possible qu’il ne soit jamais vraiment saisit. Est-ce vraiment n?cessaire de comprendre ? Cette pr?sence humaine sans ?clat perce malgr? tout et laisse sa trace. Apr?s avoir accroch? le lecteur sur cette d?couverte intime, l’auteure nous met en garde . L’appr?ciation d’une source doit rester dans la sobri?t? m?me si l’absence peut ?tre troublante. En effet, si le message est toujours physiquement accessible, l’?metteur et surtout le destinataire eux manque ? l’appel. La parole est selon Arlette Farge un ?l?ment primordial qui fait toujours d?faut. Que retenir de ces milliers d’exemple : le respect et l’empathie

Pour terminer, la compr?hension d’un ph?nom?ne ne peut jamais ?tre compl?te ? moins de d?tenir l’ensemble de la preuve. La probl?matique ? Le jugement de valeur des historiens emp?chent d’appr?cier ? sa juste valeur les documents qui auparavant ?taient ignor?s ou qui maintenant peuvent faire l’objet d’une attention trop enthousiasme. L’hypoth?se ? La paup?risation d’une partie de la soci?t? fran?aise au 17e si?cle ne l’a pas emp?ch? d’aspirer ? la culture et d’en conna?tre certains de ses rudiments.

L’individu, la soci?t? et l’?tat fran?ais sont ?troitement li?s. L’existence humaine est facilit?e par la reconnaissance ?crite. M?me si l’orbite de certains semblent lointaines ou franchement hors du syst?me, ils sont tous anim?s par la m?me force de gravit?. Arlette Farge a voulu nous d?montrer que l’individu quel qu’il soit agit par mim?tisme : il ?crit ou porte sur lui l’?crit pour exister. Deuxi?mement, cette appropriation de la culture par les exclus est fort symbolique, elle d?montre que ceux-ci ne rejettent pas les valeurs de la soci?t? et en reproduisent les comportements. Finalement, l’auteure nous prescrit une bonne dose de retenue et de pr?caution face aux traitements de la source historique, aussi infime soit-elle, pour ?viter d’avoir un regard trop pointu sur l’objet historique et ainsi perdre l’œil critique qui caract?rise la recherche historienne.

Conclusion

Pour r?sumer, ce bout de parchemin est une mani?re comme une autre de se lier ? l’humanit? et ainsi de combattre l’anonymat. C’est aussi un moyen de se forger une identit? et de prendre place dans la soci?t?. La r?cup?ration et l’analyse de ce document par les autorit?s confirment donc l’appartenance du porteur ? la communaut?. Finalement, accorder de l’importance ? ce document et en effectuer la « lecture » remettent en question notre vision ?troite de la pauvret? et sa place dans l’histoire . Cette pens?e devrait se refl?ter dans notre appr?ciation des probl?matiques contemporaines.

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