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Amnon Weinstein et les « Violons de l’Espoir »

Les « Violons de l’Espoir » sont un ensemble d’instruments à cordes (violons, altos et violoncelles) qui ont appartenu à des musiciens juifs avant et pendant la Shoah. Patiemment restaurés depuis plus de vingt ans par un luthier israélien qui a vu en eux des témoins de mémoire, ils sont régulièrement confiés à des musiciens pour être joués en concert. Le samedi 2 novembre, plusieurs d’entre eux pourront être entendus à Montréal…

Sur certains de ces « Violons de l’Espoir » les déportés ont, sous la contrainte, joué dans le camp d’extermination d’Auschwitz pour distraire les officiers SS, pour leurrer les nouveaux arrivants ou, comble de l’horreur, pour accompagner la marche sans retour des déportés « sélectionnés » vers les chambres à gaz. Jouer dans ces lieux de mort a été pour les musiciens juifs internés dans les camps un moyen de retarder l’échéance de leur propre extermination. Une effrayante illustration de l’instinct de survie, mais également pour les instrumentistes un moyen d’échapper momentanément par la musique à la barbarie qui emportait tant de leurs amis et de leurs parents.

La plupart des « Violons de l’Espoir » ont survécu aux pogroms et aux déportations ; presque tous ont été retrouvés dans un état déplorable dans les caves ruinées des ghettos et dans les camps nazis. Quelques-uns étaient encore couverts de la poussière noire des fours crématoires. Ce sont ces instruments que le luthier israélien Amnon Weinstein – formé d’abord par son propre père, ensuite par les meilleurs spécialistes dans les mythiques ateliers de lutherie de Crémone* –, a entrepris en 1996 de collecter. Son objectif : les restaurer, puis les confier à des musiciens pour leur redonner vie en concert. Ainsi sont nés les « Violons de l’Espoir ».

Né en juillet 1939 à Tel Aviv dans la Palestine sous mandat britannique où ses parents Moshe et Golda – des Juifs lituaniens – avaient immigré l’année précédente, Amnon Weinstein n’a pas eu lui-même à souffrir de la Shoah. Mais il a vécu l’immense douleur de ses parents, confrontés à la disparition de la quasi-totalité des membres de leur famille, déportés et exterminés par dizaines dans les camps nazis. Entre un père devenu mutique sur la « Solution finale » et une mère dévastée qui désignait comme sa « famille » les cadavres des camps lorsqu’une image surgissait, Amnon s’est peu à peu investi d’une responsabilité en termes de « mémoire ».

Il l’a traduite en faisant appel à son savoir-faire dans la restauration de ces « Violons de l’Espoir », si symboliques du lien étroit du peuple juif avec la musique, et si emblématiques du destin tragique de tant de membres de cette communauté. Dès 1980, Amnon Weinstein s’était trouvé en contact avec un violon de l’Holocauste amené par un jeune homme dans l’atelier de Tel Aviv pour y être réparé. Le luthier en avait gardé un souvenir d’autant plus fort que le grand-père du jeune homme en avait joué à Auschwitz. Ce n’est toutefois qu’en 1996 qu’après avoir mûri son projet, Amnon Weinstein se met à collecter les instruments à cordes de la Shoah, ces « Violons de l’Espoir » dont nul ne veut en Israël tant ils sont marqués par le poids du crime nazi.

Précisément, Amnon Wienstein considère que ces violons, ces altos, ces violoncelles ont une histoire à raconter : celle de ceux qui les ont construits, et celle de ceux qui en ont joué, jusque dans les plus abominables conditions. Patiemment, le luthier de Tel Aviv répare ces instruments dans son atelier où se mêlent l’odeur des bois, de la colle et du vernis. De quelques exemplaires au tournant du 21e siècle, la collection n’a cessé de s’enrichir de nouveaux « Violons de l’Espoir » pour avoisiner désormais le nombre de 70. À tel point que, depuis des années, Amnon est secondé par son propre fils Avshalom, luthier à Istanbul, qui a fait sien l’engagement de son père.

Aujourd’hui, Amnon Weistein est âgé de 80 ans, mais il peut compter sur Avshalom pour poursuivre l’œuvre entreprise plus de deux décennies auparavant. Non seulement en continuant la restauration des « Violons de l’Espoir », mais en les mettant à disposition des musiciens lors de concerts et de prestations musicales parfois organisées en soutien de travaux éducatifs sur la Shoah. Ces concerts, Amnon Weinstein a commencé à les programmer en 2008 avec la participation du grand violoniste Shlomo Mintz. À ce jour, ils ont été donnés dans de nombreux lieux sur la planète, de Jérusalem aux États-Unis, en passant par la Suisse, Madrid, Maastricht, Monaco, Rome, Monterrey, Londres, Bucarest ainsi que quelques villes allemandes dont Berlin. Et en août 2019, ce sont des intermèdes joués sur des « Violons de l’Espoir » qui ont ponctué les différentes étapes de l’inauguration à Auschwitz d’une exposition mise en place pour les 75 ans de la libération du camp.

Le samedi 2 novembre, c’est dans la superbe salle de la Maison symphonique de Montréal que les Québécois pourront entendre quelques-uns de ces instruments porteurs d’histoire. Ce jour-là, l’Orchestre métropolitain donnera un concert dans le cadre des cérémonies du 75e anniversaire de la Libération des Pays-Bas par les troupes canadiennes, et en hommage aux victimes de la Shoah. En cette circonstance particulière, huit des « Violons de l’Espoir » ayant appartenu à des déportés juifs victimes de la folie nazie seront joués sur scène**. « Les violons parlent… Les violons racontent… Sauver ces instruments, c’est entretenir la mémoire », a énoncé naguère Amnon Weinstein à la manière d’une profession de foi. Nul doute que l’émotion sera au rendez-vous de la métropole montréalaise, tant dans les rangs de l’orchestre que dans ceux du public !

La ville de Crémone est, à juste titre, considérée comme la capitale mondiale de la lutherie. Elle est même probablement le berceau des instruments à cordes frottées tels que nous les connaissons depuis le 16e siècle et les géniaux précurseurs qu’ont été Amati, Guarneri et Stradivari. Crémone est, au titre du savoir-faire de ses 160 ateliers de lutherie, classée au Patrimoine culturel immatériel de l’Unesco

** Le programme de ce concert comportera des œuvres de Jean-Sébastien Bach, Felix Mendelssohn et Gustav Mahler, ainsi que de deux compositeurs contemporains canadiens : Jocelyn Morlock et Jaap Nico Hamburger.

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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