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500 mots plus les frais (7) Home Alone

Seul ? la maison? Cela sonne creux, cela ne r?sonne pas. Surtout s?il n?y a personne pour l?entendre. Combler ? deux, ? plusieurs ou en soci?t? le vide de la file d?attente rel?ve d?j? du petit miracle. Les calendriers nous recensent ?ph?m?ride apr?s ?ph?m?ride. Mais ce soir, seul ?sans mauvaise conscience? dans une bo?te avec une serrure, je me dis que le purgatoire doit ressembler ? s?y m?prendre ? une suite de chiffres et une liste de noms.

Je vois cet appartement comme une collection de rustines n?ayant plus rien ? recouvrir. Des murs ? tapisser qui finissent par devenir des cloisons ? maudire, des portes grin?antes qui pr?c?dent ou succ?dent ? d?autres portes silencieuses, un plafond ? l?abandon pr?t ? se transformer en sol pleureur ou en toit du monde et des voisins qui pensent que je suis le leur.

Bienvenue chez moi, enfin chez moi? un endroit entre le monde ext?rieur et je ne sais quoi d?autre ! Une bo?te ? g?om?trie variable o? l?on peut vivre, s?ennuyer, ?tre heureux, ?tre ensemble mais toujours enferm? en regardant par la fen?tre sale ou le d?cor gris. Et puis, pour me tenir en alerte j?ai un judas et une sonnette, ? croire que j?habite une backroom !

Apparemment avoir son nom sur une bo?te aux lettres, c?est un signe ext?rieur d?humanit?. Alors je ne sais que penser lorsque mon nom tr?ne ainsi sur cette m?me bo?te aux lettres, sur l?interphone et sur la porte du dit ??chez moi??. Suis-je un Dieu ou un mouton ? Et pourquoi pas le Dieu des moutons, avoir le pouvoir sans aucune ambition !

Je suis encore perplexe dans ce truc compartiment? o? tout s?ouvre pour mieux se fermer. La libert? sous cl? ? l?abri des autres. Des pi?ces ? remplir du temps pass? dehors dans d?autres pi?ces avec d?autres voisins dans le m?me open-space. D?autres pi?ces o? entasser les anciennes choses ? cr?dit et les anciens gens en souvenir. Une pi?ce o? aimer ou faire semblant ? proximit? de l??cran, une autre pour s?alimenter, puis celle qui la jouxte pour ?vacuer et la derni?re pour se laver de ses p?ch?s. Peu importe la taille, seul compte ce que l?on peut y emmagasiner!

? vrai dire toutes mes ann?es de vagabondage mondain de canap?s bossel?s en squats amiant?s sans oublier ces couches et ces femmes d?une nuit ont contribu? ? d?manteler lieu apr?s lieu ma d?finition du foyer et sa chaleur suppos?e. Pour ainsi dire, le bonheur r?sidait dans le fait de s?endormir comme une merde entre un banc de putes et un cort?ge de clochards sous le regard sanguinaire de la brigade anti-criminalit?. N?y voyez l? aucune fantaisie romanesque, seule la mis?re me poussait dans ce lit ? ciel ouvert. Puisque que la gal?re est un sacerdoce et que la boh?me est un loisir!

Un jour la nouvelle est tomb?e d?on ne sait o? et, sans que je ne m?en rende compte ? force de survivre, j?ai fini par avoir un chez moi avec un quelqu?un. Je crois que dans ma logique foutraque l?espace est une personne et le temps un sentiment.

Mine de rien occuper l?espace ? deux demande une s?rieuse organisation, une furieuse envie de l?autre et des calendriers ? perdre. Sans oublier le fait qu?apparemment tout le reste de la cr?ation ?de l?administration aux publicitaires? est au courant de mon secret estim? en m?tres carr?s et en ?treintes pour la fille d?ficiente du concierge. Et dans ce grand ?lan fraternel, tous se donnent la main afin de m?ensevelir vivant sous des tonnes de papiers plus ou moins recycl?s. J?en viendrais presque ? b?nir les spams!

Les semaines, les mois et les ann?es copulent gaiement en soignant leurs handicaps jusqu?? faire appara?tre mon premier cheveu blanc et des fossettes compl?mentaires sur ma gueule de souvenir ambulant. Et un beau jour, il y a plus de trucs que de vide dans mon espace locatif pour deux, avec chat en option. Parfois pour la fiche de paie, la carri?re ou l?arbre g?n?alogique l?un d?entre nous quitte la bo?te personnalis?e avec nos noms dessus pour quelques heures, pour quelques jours. Mais lorsque leur nombre ferait presque passer une simple addition pour une multiplication, je sens monter progressivement une angoisse dans le regard de l?imitateur dans mon miroir. En me retournant sur mon auguste royaume, je ne vois ? perte de vue qu?un immense catalogue pour monogame endurci. Si dans certains immeubles centenaires on peut entendre des fant?mes, moi je guette, nerveux, les missives des futurs nourrissons. La peur a le visage que l?on veut bien lui donner.

Les murs se rapprochent pr?cipitamment, la t?l?commande me fuit sans se retourner, le toit me surveille d?un air sup?rieur et la porte se prend pour les accords Schengen ! Le ciel ne tombe pas sur la t?te ?trop occup? qu?il est en Irak ou au-del? de la ceinture de feu? non les choses me rappellent ? l?ordre en m?indiquant que je ne suis qu?un invit? de plus, de longue date certes, mais juste un invit?. Et pour cause, je serai propri?taire le jour o? ma carte d?identit? aura la moindre valeur. Dans la clandestinit? la plus totale, je suis un anonyme avec un nom sur une bo?te aux lettres.

J?ai besoin d?air, d?ext?rieur, d?ailleurs pour retrouver la trace de la vie. Donnez-moi un banc, un morceau de carton, un bout de canap? dans le 18?me que je retrouve mon identit?, le bouton d?autodestruction dans le cr?ne et le poison dans le goulot. La libert?, c?est le danger, mais ? nous faire peur depuis la nuit des temps, nous prendrions presque la s?curit? pour une b?n?diction. D?lest? de toute peur, je prends un bain de foule dans la grande bo?te ronde en attendant qu?elle perde la t?te ou qu?elle pr?tende faire la r?volution pour entasser les trucs des autres chez elle!

? force d?en avoir, des choses, j?en suis devenu une et ce soir il n?y a personne pour me r?animer du bout de mes longs fils. Je sombre dans la folie administrative avec un matricule pour chacun de mes cent pas ex?cut?s en tournant rond sur cette ligne droite. En d?ambulant encore d?sar?onn? dans une rue bond?e de gens presque pr?ts ? tuer pour rentrer chez eux, derri?re leur porte avec leur nom dessus, je me suis rassur? sur ma pr?carit?. M?me en ce novembre flegmatique entour? de cadavres de manifestations en pleine nuit blanche sur un banc c?libataire, je prends conscience que je n?ai jamais eu de probl?me de o? mais un besoin de qui.

Ivre d?une d?tresse captive, j?en appelle ? gorge d?ploy?e ? la nuit, ? la vie pour trouver une corde raide o? exister encore, encore une fois. Un endroit au milieu de nulle part o? tu viendras me sauver de moi.

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