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11 mai 2020 : quid du maintien en confinement des personnes âgées ou fragiles ?

Depuis l’annonce par Emmanuel Macron d’un probable déconfinement le 11 mai, le débat va bon train sur le maintien de l’« assignation à résidence » des personnes à risque dans le cas d’une contamination par le Covid-19. Ce débat tourne même à la polémique, non seulement dans les populations concernées, mais également chez les sommités scientifiques, comme l’illustre le duel qui, par le truchement des médias, oppose Jean-François Delfraissy à Axel Kahn

C’est le médecin et biologiste Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique Covid-19, qui, dans le prolongement des propos tenus par Emmanuel Macron le lundi 13 avril, a dégainé le premier en affirmant sans ambages le mercredi 15 avril que « les personnes d’un certain âge, donc au-dessus de 65 ou de 70 ans » devront rester confinées après le 11 mai. Et pas seulement elles : seront également concernées par la prolongation sine die du confinement « les personnes qui ont des infections de longue durée, qui ont des multi-pathologies, insuffisances respiratoires, cardiaques, etc. » Sans oublier « les sujets jeunes ayant une pathologie », de même que « [les] obèses, parce que c’est un facteur de [risque accru] pour les formes graves ». Des préconisations en forme d’injonctions que le Pr Delfraissy, toujours sur un ton égal dans la forme, mais péremptoire sur le fond, a conclues ainsi : « De toute façon, nous avons à la sortie du confinement 18 millions de personnes qui sont à risque d’être contaminées et de continuer à développer une forme grave. Donc ces 18 millions de personnes, ce n’est pas un scoop, continueront le confinement. »

Comme on peut le penser, de tels propos ont provoqué de nombreux remous dans les catégories de population concernées, et induit, selon les caractères, des réactions de colère, des promesses de rébellion, et des manifestations d’abattement. Certes, le Conseil scientifique n’a qu’un rôle consultatif, mais à plusieurs reprises, Emmanuel Macron s’est appuyé sur les préconisations de cette instance pour prendre ses décisions politiques. Or, le ton comminatoire employé par le Pr Delfraissy – à aucun moment il n’a usé du conditionnel, mais uniquement du futur – est pour le moins inquiétant aux oreilles de tous ceux qui, le 11 mai passé, « devront », pour parler comme le conseiller santé du président, rester encore confinés de longues semaines, voire d’interminables mois. Sans espoir, pour beaucoup, de renouer durant cette « assignation à résidence » avec leurs activités d’avant coronavirus. Sans espoir, surtout, de rencontrer physiquement leurs proches et leurs amis.

Autre cloche, autre son, avec le Pr Axel Kahn. Ce généticien de renom et humaniste respecté, est à son tour intervenu dans les médias par l’intermédiaire d’Europe 1 à qui il a donné une interview le jeudi 16 avril. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il n’était pas du tout sur la même ligne que son « ami » (sic). Certes, le Pr Kahn a commencé par un préambule consensuel : « Jean-François Delfraissy a tout à fait raison d’avertir les personnes d’un certain âge qu’elles font partie des personnes à risque, et [de] leur donner des conseils ». Mais c’était pour mieux porter l’estocade en prenant aussitôt le contrepied des propos du Pr Delfraissy en évoquant un obstacle juridique : « Si cela devait aboutir à une mesure administrative faisant que ces personnes, au-delà d’un certain âge, d’un certain poids, d’un certain nombre de mois de grossesse, [aient] une amende si elles sortaient de chez elle, ce ne serait pas possible : ce serait anticonstitutionnel. » Une inconstitutionnalité également évoquée, ici et là, par des juristes, notamment dans les associations, vent debout contre une « discrimination » potentiellement périlleuse pour leur survie, eu égard au fort engagement des personnes âgées dans la vie associative.

Le Pr Kahn, président de la Ligue nationale contre le Cancer, ne s’en est pas tenu à cet aspect juridique. Il a évoqué avec beaucoup de force les « centaines d’appels téléphoniques » reçus de personnes « affolées à l’idée d’être assignées à résidence parce qu’elles ont tel âge, ou sont dans tel état ». Avant d’ajouter qu’une telle mesure « n’est pas possible pour des raisons légales, mais aussi parce [qu’elle] peut avoir des répercussions sur certaines personnes ». En l’occurrence les plus fragiles au plan moral chez qui une altération psychologique liée au prolongement du confinement pourrait entraîner une dégradation significative, et potentiellement dangereuse, de la santé. Axel Kahn est même allé plus loin à propos des personnes dont l’âge est avancé : « Quand […] vous êtes bien, vous pouvez profiter d’un printemps et d’un été. Pour leur moral et leur santé, il est intolérable qu’on leur supprime », a souligné avec beaucoup d’humanité le généticien.

Sur ce plan, le Pr Kahn rejoint tous ceux qui, au contact des personnes âgées, tant à domicile qu’en EHPAD, mais aussi des personnes fragiles au plan psychologique, lancent un cri d’alarme pour que soient mises en place des mesures moins froidement technocratiques et plus soucieuses de l’équilibre parfois précaire de ces femmes et de ces hommes. Et ce qui vaut pour ces personnes-là vaut plus encore pour toutes celles et tous ceux qui, passé 70 ans, sont de facto dans une forme bien meilleure que nombre de leurs compatriotes bien plus jeunes. Les maintenir, de manière contrainte, en confinement n’aurait aucun sens et serait, à juste titre, vécu comme une « punition ». Par chance, comme l’a rappelé le Pr Kahn, imposer une poursuite discriminatoire du confinement telle que la préconise le Pr Delfraissy constituerait une rupture de l’égalité de traitement des citoyens. Au moins dans la loi ordinaire, à défaut de l’être dans une loi d’exception dont on voit à quel point elle peut remettre en cause les droits d’une part importante de la population. Quoi qu’il en soit, il s’agirait là d’une mesure inacceptable dont on veut croire qu’elle sera rejetée en l’état par le président Macron au profit d’une campagne ciblée de pédagogie envers les personnes âgées et fragiles, destinée à accompagner un assouplissement significatif des règles de confinement, hors de toute contrainte !

Illustration : le Pr Axel Kahn (photo France-Inter)

A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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One comment

  1. avatar

    Le cas des gilets jaunes sera ainsi réglé.