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L’expression ? gi ? et le mouvement au sein de l’arm?e Us pendant la guerre contre le Vietnam

John Catalinotto
Translated by Omar Mouffok

L’article suivant a ?t? inspir? par une discussion entre traducteurs de Tlaxcala ? propos de la signification de l’expression ??GI?? utilis?e pour d?signer les soldats US.

? partir de 1936, l’arm?e US a utilise l’abr?viation GI pour Government Issue (Affaire du Gouvernement). Pendant la Second Guerre Mondiale, cette abr?viation est devenue le surnom utilis? notamment pour les soldats US, mais il pouvait ?galement ?tre utilis? pour des Marines et des membres de l’Air Force (forces a?riennes US), surtout pour les soldats ayant des grades inf?rieurs, qu’ils soient des conscrits ou bien des personnes s’?taient engag?es pour devancer l’appel. L’expression est encore utilis?e de nos jours, mais pas aussi souvent qu’auparavant.

Pendant la guerre US contre le Vietnam, ceux parmi nous qui consid?raient les troufions de l’arm?e US comme des travailleurs sous l’uniforme [cf. le slogan fran?ais des ann?es 1970?: ??Soldat, sous l’uniforme, tu restes un travailleur, NdE], utilisaient le terme ??GI?? dans leurs slogans afin de souligner les diff?rences de classe. En avril 1966, un groupe des n?tres faisant partie de la Jeunesse Contre la Guerre et le Fascisme (Youth Against War and Fascism) s’est rendu ? la Bourse de Wall Street et a accroch? une grande banderole au-dessus du tableau d’op?rations boursi?res sur laquelle ?tait inscrit ??Les grosses bo?tes s’enrichissent, les GI meurent??.

En 1966 et au d?but de 1967, de petits groupes de GI dissidents ont d?montr? qu’une perspective de classe sur les plus de 3 millions de GI faisait sens. Nous avons travaill? avec un groupe conduit par un ex-?tudiant radical, le soldat Andy Strapp. A la fin de 1967, le groupe de Strapp, avec notre encouragement, a fond? l’American Servicemen’s Union (Union des Militaires USam?ricains).* L’ASU a utilis? le terme GI pour d?signer ses membres des grades inf?rieurs et non pour les officiers et sous-officiers.

Les forces USam?ricaines au Sud-Vietnam ont atteint des effectifs de 500?000 en 1967. Le contr?le US du ciel et la puissance de feu US ont tu? beaucoup de combattants de la gu?rilla vietnamienne. Cependant, les GI ont ?galement commenc? ? se faire tuer en grand nombre, et ils ont atteint leur point culminant de pertes en janvier 1968, lors de l’offensive du T?t, quand la gu?rilla a nt attaqu? des bases et des QG US ? travers tout le Sud-Vietnam.

Des ?tudiants manifestent avec une banderole de l’ American Servicemen’s Union. Photo Leo Theinert. University of Wisconsin Digital Collections

Des v?t?rans ?prouv?s par les batailles sont retourn?s aux USA en 1967 et 1968 apr?s avoir accompli un an au Vietnam. Ils ont partag? leurs exp?riences de guerre avec les nouvelles recrues, ce qui a permis de retourner beaucoup de ces derniers contre la guerre. Au d?but de 1968, la plupart des GI se consid?raient comme tout sauf des soldats professionnels. Beaucoup d’entre eux s’identifiaient ? la jeunesse civile r?volt?e, ils d?testaient le fait d’?tre dans l’arm?e, ils d?testaient leurs sup?rieurs et ne voulaient pas du tout participer ? la guerre du Vietnam. Les GI noirs s’identifiaient au mouvement des Droits Civiques, parfois aux Black Panthers, et dans certains cas, aux combattants vietnamiens.

Entre 1967 et 1971, j’?tais un coordinateur civil de l’ASU et charg? de la diffusion de The Bond, le journal mensuel de l’ASU. A la fin de 1967, nous n’avions qu’une poign?e de GI qui lisaient le journal. En cinq mois, vers mai 1968, la liste des abonn?s est mont?e en fl?che pour atteindre les 3000.

En ao?t 1968, et en octobre de la m?me ann?e, j’?tais ? Killeen et ? Fort Hood, au Texas, avec d’autres membres de l’ASU, pour participer ? la d?fense l?gale et politique du groupe de soldats noirs connus sous le nom des Fort Hood 43. Ces GI avaient refus? d’aller ? Chicago pendant la Convention Nationale du Parti D?mocrate du mois d’ao?t parce qu’ils ne voulaient pas ?tre utilis?s contre la communaut? afro-am?ricaine ? il y a eu des centaines de r?voltes organis?es par des Noirs en 1967 et apr?s l’assassinat de Martin Luther King en avril 1968?; parfois, des soldats ont ?t? utilis?s pour les r?primer.

Le journal The Bond a pu, finalement, ?tre diffus? parmi des centaines de milliers de GI, et l’ASU n’est devenue qu’une partie d’un mouvement plus large qui comprenait des ??caf?s?? anti-guerre (anti-war ‘coffee houses’) dans des villes h?bergeant des bases, et plus de 200 lettres d’information de GI ? travers le monde. La lutte h?ro?que du peuple vietnamien pour lib?rer son pays et la lutte de lib?ration des Noirs ont ?t? le moteur de la r?sistance au sein de l’arm?e US. Cependant, beaucoup de GI d?testaient ?galement les ordres qu’ils recevaient et ceux qui les donnaient?; ils d?testaient les privil?ges du grade. Certains GI ont m?me jet? des grenades ? fragmentation dans les tentes de leurs sup?rieurs au lieu de les suivre dans la bataille, ce qui a donn? le terme ??fragging?? [de frag, abr?viation argotique de grenade ? fragmentation, NdE].

Je n’ai jamais vu se d?velopper ? l’int?rieur des USA un mouvement plus dynamique et ayant plus de potentiel r?volutionnaire que celui des GI. Cela a m?me menac? de bouleverser la cha?ne de commande du pouvoir de l’?tat imp?rialiste. M?me le colonel des Marines, Robert D. Heinl Jr. a ?crit dans le Armed Forces Journal (7 juin, 1971)?: ??Selon tous les indicateurs concevables, nos forces qui restent au Vietnam sont au bord de l’effondrement, avec des unit?s qui ?vitent ou qui refusent d’aller au combat, qui tuent leurs propres officiers et sous-officiers, qui se droguent et qui, lorsqu’elles n’organisent pas de mutineries, sont d?moralis?es??.

Des ?tudiants manifestent contre la conscription. Photo Gary Schultz.
University of Wisconsin Digital Collections

Le Pentagone a ?t? oblig? de s’adapter en fonction de son exp?rience au Vietnam en mettant fin ? la conscription et en rendant le service militaire plus professionnel. Il a ??sous-trait? certaines op?rations logistiques ? des soci?t?s de mercenaires. Sa nouvelle technologie, comme l’usage des drones, a ?pargn? ? plus de troupes de s’exposer sur la ligne de feu. Le r?le du million de soldats actuels et la possibilit? de les organiser n?cessitent une discussion ? part enti?re sur les conditions actuelles.

Revenons-en ? notre discussion terminologique. Par respect pour le reste du continent am?ricain, en regardant la chose de fa?on r?trospective, nous aurions du ?viter d’utiliser le mot ??Am?ricain?? pour nous r?f?rer ? l’imp?rialisme US, et ??servicemen?? est incorrect, puisqu’il y a ?galement beaucoup de femmes dans l’arm?e. Nous aurions d? appeler le groupe (ASU) simplement l’Union des GI.

*Up Against the Brass — The amazing story of the fight to unionize the United States Army, by Andy Stapp, Simon and Schuster, 1970.


Courtesy of Tlaxcala
Source: tlaxcala-int.org
Publication date of original article: 18/01/2012
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