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? On peut nourrir 10 milliards d?humains en bio sans d?fricher un hectare ?

Il y a encore beaucoup d?autres arguments ? d?velopper en faveur du bio, comme la qualit? incomparablement sup?rieure des produits, l?absence de toxicit?, …, …, … et le d?bat de la souverainet? alimentaire entra?ne celui d?une refondation du monde, l?ann?e de l?agriculture paysanne ne fait que commencer et nous aurons toutes les occasions de revenir sur ce d?bat crucial pour l?avenir de l?humanit?.

? On peut nourrir 10 milliards d?humains en bio sans d?fricher un hectare ?

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Emmanuelle Vibert?????????
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Interview – R?soudre la question alimentaire ? l??chelle plan?taire, en se passant de l?agriculture conventionnelle ? ?a ressemble ? une utopie, mais c?est la r?alit? de demain, selon certains. Parmi eux, l?agronome Jacques Caplat. Entretien.

L?id?e que les rendements en bio sont plus faibles qu?en conventionnel est r?currente?

Si l?on consid?re que l?agriculture bio, c?est faire la m?me chose qu?en conventionnel moins la chimie, alors oui, c?est certain. Mais ?a n?est pas ?a du tout?!

Que faut-il comparer, alors??

Le syst?me conventionnel s?est construit sur l?id?e qu?on peut augmenter les rendements en s?lectionnant les semences. On les isole et on regarde comment on peut les faire produire au maximum dans un contexte artificiel. On obtient alors de tr?s hauts rendements, mais ils n?ont plus aucune relation avec la r?alit? biologique. Et dans le r?el, ces vari?t?s doivent ?tre soutenues en permanence par des pesticides et engrais chimiques. Elles deviennent tr?s fragiles. Les parasites se pr?cipitent dessus. Il faut multiplier les intrants. C?est un cercle vicieux. L?agriculture bio est un autre concept. C?est la mise en relation des trois grandes composantes de l?agriculture?: un ?cosyst?me (le sol, les points d?eau, des haies), un agrosyst?me (plusieurs esp?ces v?g?tales, des animaux) et des humains autonomes, en situation de prendre des d?cisions et non de se les voir imposer par des semenciers ou des politiques. Ce concept fonctionne de fa?on optimale avec un m?lange de cultures sur une m?me parcelle. Des l?gumineuses, parce qu?elles sont capables de capter l?azote de l?air. Des arbres, parce qu?ils vont chercher le potassium en profondeur et le restituent en surface. Il n?y a plus de concurrence entre les plantes, mais une compl?mentarit?. Cela permet de bien meilleurs rendements. En Europe, un?hectare de bl? conventionnel produit 10?tonnes par an. Sur une m?me surface consacr?e au mara?chage diversifi?, avec 20 ? 30?esp?ces diff?rentes, on atteint entre 20 et 70?tonnes. Les l?gumes contenant plus d?eau que le bl?, on peut ramener ces chiffres entre 15 et 25?tonnes de mati?re s?che. Le rendement est deux?fois plus grand?!

Vous soutenez que l?agriculture bio est le seul syst?me viable dans les pays tropicaux?

Le syst?me conventionnel ne marche qu?en milieu temp?r?. Il lui faut une stabilit? climatique. Dans les pays tropicaux, les exc?s de pluie ou de s?cheresse peuvent an?antir une ann?e de production en monoculture. L?agriculture associ?e est plus adapt?e. On peut semer des esp?ces r?sistantes ? la s?cheresse, d?autres ? des conditions plus humides. Le rendement de chacune n?est pas garanti, mais le rendement global l?est. Et s?il y a des arbres, ils stabilisent les sols et limitent l??rosion. Or, ces conditions al?atoires atteignent les milieux temp?r?s. Avec le r?chauffement, les incidents climatiques sont plus fr?quents. Et notre syst?me est d?autant plus fragile que les sols se sont appauvris.

Que disent les ?tudes scientifiques sur cette question??

L?universit? anglaise de l?Essex a r?alis? en 2006 une synth?se sur 57?pays et 37?millions d?hectares. Elle conclut que les rendements sont 79?% plus ?lev?s en agriculture bio dans les zones tropicales. Le Programme des Nations unies pour l?environnement ?valuait en 2008 que le passage en bio en Afrique permettrait de doubler les rendements. Olivier de Schutter, rapporteur des Nations unies pour le droit ? l?alimentation, ?crivait en 2010?:???Pour nourrir le monde, l?agro?cologie surpasse l?agriculture industrielle ? grande ?chelle.???Un b?mol cependant?: en 2006, l?universit? am?ricaine du Michigan montrait que la conversion int?grale en bio de l?Am?rique du Nord et de l?Europe ferait chuter leurs rendements de 5?% ? 10?%. Car il s?agirait, dans ce cas, de faire du conventionnel sans chimie, de la monoculture. Mais ? long terme, si l?on r?pand les techniques de cultures associ?es, on peut penser qu?il y aura une am?lioration. Et puis, comme dans les pays tropicaux les rendements augmenteront ?norm?ment, ? l??chelle plan?taire, tout ira bien?! On peut nourrir 10?milliards d?humains sans d?fricher un?hectare de plus. D?un point de vue agronomique, c?est ind?niable.

Cette transition est-elle possible??

Dans les ann?es?1960, on s?est donn? un objectif, celui d?une r?volution agricole industrielle, et on y est parvenu. Pourquoi pas aujourd?hui??

Qu?attendre de la r?forme de la PAC, la politique agricole commune, en 2013??

Elle ne va pas changer la donne. Mais sur la plan national, on peut expliquer aux paysans que l?agriculture bio, c?est l?avenir. Pour 90?% d?entre eux, c?est ringard. Alors que techniquement, c?est tr?s moderne. Beaucoup de progr?s r?cents en sont issus. On peut ensuite faire de l?accompagnement. Et une r?forme fiscale. L?agriculture bio r?clame plus de main-d??uvre. Or, aujourd?hui, il est plus avantageux d?acheter une machine que d?embaucher.

Que pensez-vous de la politique du gouvernement actuel??

Je suis sceptique et d??u. L?objectif du Grenelle d?atteindre 20?% de bio en 2020 n??tait pas mauvais. Sign? par tous les partis, il permettait de faire basculer les choses. Mais ? la Conf?rence environnementale de septembre dernier, l?objectif a ?t? fix? ? 7?% en 2017. Il n?y a aucune ambition politique. Il faudrait d?s aujourd?hui consacrer 20?% de la recherche et des moyens d?accompagnement ? l?agriculture bio. Or, ? l?Inra, seuls 2?% ? 3?% des chercheurs sont dessus. Et il s?agit de volont?s individuelles?!

Et au niveau international??

C?est tr?s complexe. Prenez la r?gion d?Atakora, au B?nin. Des associations se sont montr?es capables de nourrir l?ensemble du pays avec des m?thodes d?agro?cologie. Mais les paysans ne peuvent pas vendre leur mil ? Cotonou, la capitale, car le bl?, fran?ais ou am?ricain, y est vendu moins cher. Un m?canisme de compensation, prenant en compte les co?ts environnementaux (pollution des nappes, cons?quences sur la sant?) rendrait la concurrence plus juste.??

Jacques Caplat?est agronome et? et g?ographe.
Note 😕?L?Agriculture biologique pour nourrir l?humanit?, de Jacques Caplat (Actes Sud, 2012)

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