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? La nouvelle ru?e vers l?Afrique bat son plein ?

 

Tony Busselen

Depuis l??poque coloniale, ceux qui cherchent des mati?res premi?res peuvent faire ce qu?ils veulent en Afrique, pratiquement sans entrave. Apr?s la d?colonisation, la Banque mondiale et le Fonds mon?taire international ont affaibli bon nombre d??tats en leur imposant des r?formes structurelles. Aujourd?hui, toutefois, certains gouvernements africains tentent de r?sister.

Tony Busselen. Au temps du colonialisme, l?Afrique ?tait connue comme fournisseur de mati?res premi?res. Aujourd?hui, le continent semble surtout d?bord? par la mis?re, la guerre, des dictateurs corrompus ou des seigneurs de guerre. Pourtant, Raf Custers a estim? que c??tait le moment id?al d??crire un livre sur les grandes entreprises mini?res et les mati?res premi?res en Afrique.

Raf Custers.??a a commenc? en 2007 avec un rapport de l?UNCTAD (l?agence des Nations unies pour le commerce et le d?veloppement, NdlR) r?v?lant l?ampleur croissante des exploitations mini?res. C??tait une rupture car, pendant deux d?cennies, les prix des mati?res premi?res avaient ?t? bas et il y avait eu peu d?investissements. Le bouleversement est surtout venu des pays ?mergents, le Br?sil, la Russie, l?Inde et la Chine, qui avaient de plus en plus besoin de mati?res premi?res et se sont entre autres tourn?s vers l?Afrique. C?est pourquoi on a ?galement parl? d?une nouvelle ru?e vers l?Afrique de la part des grandes compagnies mini?res, tout comme il y a cent ou cent cinquante ans.

Le ministre malien des Finances a lui-m?me admis que le gouvernement ne savait pas combien d?or les entreprises mini?res exportaient?

L?Afrique doit-elle donc s?attendre ? une seconde vague de colonisation??

Celle-ci est d?j? en route depuis un bout de temps. Elle a commenc? dans les ann?es 1980 et 1990, avec les r?formes impos?es aux pays africains par la Banque mondiale et le Fonds mon?taire international. On n?appelait pas encore ?a aust?rit?, mais ajustement structurel. Mais ?a revient au m?me?: l??tat a d? d?graisser et les investisseurs priv?s ont pu agir en toute libert?. Nous savons depuis que ces r?formes ont ?t? un flop. C?est pourquoi on entend de plus en plus souvent, en Afrique, des voix qui r?clament une seconde ind?pendance.

Que signifiaient alors ces r?formes, en pratique??

Raf Custer
Qu?au Mali, par exemple, des entreprises priv?es allaient exploiter les mines d?or, mais ??a ?t? carr?ment du pillage. Des pays comme la Zambie et le Za?re de l??poque ont ?t? oblig?s de morceler leurs grandes entreprises mini?res et de les transformer en dizaines de joint-ventures o? les investisseurs priv?s occidentaux ?taient les patrons. Partout, ces contrats ?taient tr?s avantageux pour les soci?t?s mini?res. Pendant des ann?es, elles ont ?t? exempt?es d?imp?t et elles ne paient que de faibles royalties (le pourcentage des recettes pay? aux autorit?s par l?exploitant, NdlR). Et elles donnent du travail ? relativement peu de monde.

Les pays riches en mati?res premi?res restent souvent tr?s pauvres. Les ?tats africains ne sont-ils pas les premiers responsables de cette mal?diction des mati?res premi?res??

Un pays comme le Congo est un exemple typique de ce ? quoi peut aboutir un ajustement structurel. L??tat y est ramen? ? une esp?ce de carcasse dot?e d?un appareil d??tat impuissant. Les grandes entreprises transnationales y jouissent d?une libert? ?norme. L?administration n?a rien. Un exemple?: dans le bassin du fleuve Congo, on peut construire des centaines de micro-barrages afin de faire de l??lectricit?. Dans les ann?es 1990, on a ?tabli un inventaire de ces endroits. Mais, ? la soci?t? nationale d??lectricit?, ils n?ont toujours qu?un seul exemplaire de cet inventaire. Que peut faire une telle administration face aux entreprises priv?es??

Les entreprises font ce qu?elles veulent. Prenons le Mali, o? il y a des mines d?or. Le ministre des Finances a lui-m?me admis que le gouvernement ne savait pas combien d?or les entreprises mini?res exportaient?

Mais n?innocentez-vous pas les ?lites locales??

Au Congo, l?ancien dictateur Mobutu est ? la base de la corruption. Il ne faut pas oublier qu?il ?tait un ami des ?tats-Unis, pendant la guerre froide contre l?influence de l?URSS. Au d?but des ann?es 1980, il a lib?ralis? de grands pans de l??conomie. Il avait donn? comme directive litt?ralement?: ??D?brouillez-vous.?? Le secteur informel s?est fortement d?velopp?. Toutes sortes de r?seaux y sont actifs, qui s?infiltrent dans ce qu?il reste encore de l??tat, dans l?administration, l?arm?e, etc. L?Occident essaie d?avoir prise l?-dessus. Mais plus l?Occident exerce des pressions, plus ces r?seaux se replient sur eux-m?mes. Ce qui se passe ? la surface est une chose?; ce qui se passe en dessous, c?est tout ? fait autre chose. Je compare ?a ? une partie d??checs, mais avec un ?chiquier ? six c?t?s et quatre ?tages. Toute une s?rie de joueurs visibles et invisibles d?placent leurs pi?ces en m?me temps.

Au Congo, certains acteurs priv?s sont devenus immens?ment riches, alors que le peuple vit dans la mis?re. Les choses ont-elles fondamentalement chang? depuis l??poque Mobutu??

Mobutu a ?t? chass? par une insurrection populaire, mais le syst?me n?a pas disparu tout d?un coup. En outre, une guerre a ensuite ?clat?. Le Congo a v?cu pr?s de dix ans en guerre, avec des r?bellions attis?es de l?ext?rieur. Comment avoir emprise sur un tel chaos?? Comment s?en prendre aux r?seaux corrompus?? Le pr?sident pr?c?dent, Laurent-D?sir? Kabila, a essay? de le faire ? la fin des ann?es 1990. Les ?tats-Unis ?taient alors au sommet de leur puissance. Les mobutistes n?ont jamais enti?rement disparu et Kabila a ?t? assassin?. Joseph Kabila a succ?d? ? son p?re. Il parvient ? rester debout dans ce panier ? crabes, o? ont surv?cu en partie, forc?ment, les m?mes pratiques.

Mais, sous sa direction, le Congo progresse. Il se heurte au pouvoir des grandes entreprises mini?res, il a fait modifier les contrats miniers, il essaie d?agir en souverainet? face ? la tutelle de l?Occident. Cela donne des r?sultats. Le Congo produit aujourd?hui trente fois plus de cuivre qu?il y a dix ans. Et l??tat en tire davantage des revenus. Le dernier rapport de l?EITI, l?initiative destin?e ? rendre visible les flux d?argent entre les soci?t?s mini?res et l??tat, en dit long ? ce propos. En 2010, l??tat a per?u 875 millions de dollars des entreprises, soit deux fois plus qu?en 2007. Et ce, du fait que la perception fonctionne mieux et qu?il y a moins de fuites d?argent du syst?me. Cela reste une t?che difficile et de longue haleine. Les joueurs d??checs invisibles continuent ? saboter tout progr?s, mais il y a moins de joueurs autour de l??chiquier qu?il y a dix ans. Je vois la situation progresser, et je ne suis pas le seul.

Grondstoffenjagers (Les chasseurs de mati?res premi?res), Raf Custers, Ed. EPO, 2013, 264 p., (en n?erlandais)

tlaxcala-int.org

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