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Interview dans : http://www.economieetsociete.com/L-euro-a-affaibli-les-pays-du-noyau-europeen_a1427.html Entretien avec Michel Santi, économiste franco-suisse travaillant depuis 2005 pour des banques centrales. Il est l’auteur de « Splendeurs et misères du libéralisme » aux éditions L’Harmattan. Selon vous, pourquoi l’Europe s’enfonce-t-elle dans une telle crise ? Michel Santi : C’est une tare congénitale qui est responsable du déclenchement de la crise subie [...]

??L?euro a affaibli les pays du noyau europ?en??

Interview dans : http://www.economieetsociete.com/L-euro-a-affaibli-les-pays-du-noyau-europeen_a1427.html

Entretien avec Michel Santi, ?conomiste franco-suisse travaillant depuis 2005 pour des banques centrales. Il est l’auteur de « Splendeurs et mis?res du lib?ralisme » aux ?ditions L’Harmattan.

Selon vous, pourquoi l?Europe s?enfonce-t-elle dans une telle crise ?

Michel Santi : C?est une tare cong?nitale qui est responsable du d?clenchement de la crise subie par l?Union depuis trois ans. Cette superstructure, fiscalement et budg?tairement d?centralis?e, est effectivement aux sources de son amplification. Comme les nations europ?ennes p?riph?riques sont priv?es du monopole d??mettre la monnaie avec laquelle elles s?endettent, les pr?teurs consid?rent d?s lors qu?elles empruntent dans une devise qui leur est ?trang?re. En outre, cette absence d?int?gration fiscale et budg?taire des membres de l?Union y exacerbe les tensions financi?res, car les d?boires des ?tablissements bancaires nationaux contaminent irr?m?diablement leur pays de tutelle. Le syst?me financier et les ?tats interagissent en effet tr?s diff?remment selon que l?union mon?taire soit d?centralis?e ou qu?elle soit de type f?d?ral. La solvabilit? d?un ?tat membre des ?tats-Unis d?Am?rique n?est ainsi nullement remise en question par la faillite d?une banque incorpor?e et domicili?e dans l??tat en question. Les seules et uniques r?ponses de l?Allemagne et des fourmis nordiques consistent ? insuffler aux cigales sudistes la culture de la rigueur et de la discipline, pr?alables indispensables ? l?int?gration fiscale et budg?taire europ?enne.

 

"L?euro a affaibli les pays du noyau europ?en"
C?est parce que la s?quence exigeant d??quilibrer les budgets et de restreindre dettes et d?ficits fut en effet le point de d?part de cette Union, dont tout devait d?couler. C?est donc la forme qui fut privil?gi?e, au d?triment de la substance et au m?pris de la solidarit?. Ce faisant, cette construction d?centralis?e sous estimait grossi?rement les vuln?rabilit?s des pays ayant une inclination naturelle aux d?ficits, ou simplement confront?s ? des difficult?s ponctuelles. Pays particuli?rement d?pendants des influx de capitaux priv?s, dans un contexte o? ils n?avaient nulle latitude de battre leur monnaie. Autrement dit, le p?ch? originel fut de mettre en place l?euro avant l?union f?d?rale et en l?absence d?institutions organiques consacrant une int?gration en bonne et due forme. L?euro a ainsi affaibli les pays du noyau europ?en. Et il a rendu in?vitable la formation de bulles sp?culatives dans les pays p?riph?riques, qui ne pouvaient plus d?sormais compter que sur ces bulles pour entretenir et p?renniser leur activit? ?conomique. En r?alit?, les tourmentes financi?res de l?Union ne sont que le sympt?me profond du mal end?mique de la construction europ?enne rel?gu? au second plan la croissance et l?emploi.

Quelles solutions apport?es ? ces probl?mes ?

M. S. : C?est donc forc?ment de l?int?rieur de l?Union que viendra la solution et elle est une et unique car elle se r?sume en une consommation allemande (et nordique) plus importante. Il est vital pour l?ensemble de l?Union que ce ? gap ? de comp?titivit? intra europ?en soit rapidement combl? par des nations europ?ennes p?riph?riques qui intensifient leurs exportations. L?Allemagne devra donc imp?rativement stimuler sa croissance, probablement (mais pas seulement) en r?duisant sa taxation, afin de participer activement ? ce r? ?quilibrage intra europ?en. La zone euro, dans son ensemble, a ainsi d?sesp?r?ment besoin d?une relance de sa consommation int?rieure. Et ceci passera n?cessairement par une relance de la consommation allemande. Une nation souveraine et des dirigeants dignes de ce nom peuvent ? et doivent ? d?penser plus que leurs recettes ne leur permettent, si leur objectif est bien de juguler la r?cession. Une nation et un m?nage doivent donc appliquer des strat?gies diam?tralement oppos?es d?s lors que leurs revenus s?effondrent tandis que la diminution des d?penses de l?individu a un effet n?gligeable sur l??conomie de son pays, la r?duction du train de vie du secteur public a un impact d?sastreux sur le secteur priv? comme sur la consommation. Tout autre strat?gie est donc vou?e ? l??chec.
En outre, l?int?gralit? des pistes sont caduques et restent sans effet si l??tat d?cide de r?duire drastiquement son train de vie. Keynes nous l?enseignait d?j? : les dettes ne doivent ?tre rembours?es qu?en cas d?embellie ?conomique. Sinon : la croissance est condamn?e ? ?tre ?touff?e dans un environnement o? l?activit? est tr?s fragile. Hausses d?imp?ts, remboursement des dettes et r?duction de la d?pense publique ne peuvent se concevoir sans risque que dans un cadre ?conomique sain. Il faut donc refuser tout net ces programmes insens?s d??conomies, comme il est imp?ratif de s?opposer ? toute r?duction des d?penses sociales, dont l?efficacit? est syst?matiquement d?mentie par la r?alit?. Car l??tat doit au contraire se montrer g?n?reux et investir dans son ?conomie ? c?est-?-dire augmenter ses d?ficits ! ? tant que perdure ce contexte r?cessionniste. Les seules et uniques voies de salut consistent donc aujourd?hui en des mesures typiquement keyn?siennes. Seule l?intervention stimulatrice de l??tat ? m?me d?encourager l?investissement et la cr?ation d?emplois peut effectivement sauver l??conomie, en l?absence d?initiative priv?e et dans le cadre d?une demande an?mique.

« Il devient ? trop cher ? aujourd?hui d??tre honn?te ! »

"L?euro a affaibli les pays du noyau europ?en"
Et seule l?action d?termin?e des banques centrales dans le sens d?une compression des co?ts de financement motive les entreprises ? investir dans l??conomie r?elle, pour peu que le syst?me de l?interm?diation bancaire joue le jeu.? L?objectif ?tant la fameuse ? euthanasie des rentiers ? qui favorise la canalisation de l??pargne vers l?investissement et donc vers l?emploi. A cet effet, reprenons la ? Th?orie G?n?rale ? o? Keynes affirmait que ? les fautes majeures de la soci?t? ?conomique o? l?on vit sont de ne pas procurer le plein emploi et consistent en une redistribution arbitraire et in?quitable de la richesse et des revenus ?.? Voil? pourquoi les partisans du keyn?sianisme sont aussi pour un renforcement des pouvoirs et pr?rogatives de l?Etat, dont l?action seule est susceptible de lisser les in?galit?s criantes, tout en imposant une r?gulation protectrice des int?r?ts publics. Keynes avait d?montr? que le ch?mage durable ?tait caus?, non par la qu?te du profit, mais par un investissement priv? variable et volatil en des temps incertains. Comme c?est la chute de cet investissement priv? ? ou l?investissement ? mauvais escient ? qui est aux sources des ralentissements ?conomiques et de l?escalade du ch?mage, il est imp?ratif de ? socialiser ? cet investissement. Pour ce faire, les entreprises doivent assurer ? leurs salari?s du pouvoir d?achat autorisant en permanence un investissement priv?, garant du plein emploi. Dans la vision de Keynes, le secteur public se devait donc d?agir en compl?ment du secteur priv?, sans jamais chercher ? le remplacer. Aujourd?hui, soit soixante-dix ans plus tard, l??galit? et l?emploi sont toujours au c?ur des pr?occupations de nos nations d?velopp?es.

Comment expliquez-vous les d?rives de la finance ?

M. S. : Dans la vraie vie comme dans la nature, la s?lection darwinienne nous apprend que les plus forts survivent aux plus faibles. Dans l?univers de la finance ? qui d?teint h?las sur notre vie quotidienne ?, ce sont les malhonn?tes qui restent, voire qui prosp?rent, tandis sont damn?s ceux qui se conforment aux r?gles du jeu. Ce rouleau compresseur des escroqueries et des malversations porte un nom, la dynamique de ? Gresham ?, qui fut d?crite par George Akerlof, n? en 1940 et prix Nobel d??conomie 2001 : ? Les transactions malhonn?tes tendent ? faire dispara?tre du march? les transactions honn?tes. Voil? pourquoi le co?t li? ? la malhonn?tet? est sup?rieur au montant de la tricherie ; ce co?t doit aussi inclure la perte relative ? la faillite de l?intervenant l?gitime. ? Cette dynamique de Gresham ? devenue aujourd?hui une dominante dans les march?s financiers ? a donc pour cons?quence une volatilisation de l??thique au profit de la fraude qui devient d?s lors end?mique. Ceux qui respectent la loi et la morale sont donc appel?s ? dispara?tre alors que leurs rivaux peu scrupuleux se maintiennent gr?ce ? des artifices et ? des manipulations qui compriment leurs co?ts, ou qui gonflent leurs b?n?fices. En d?autres termes, il devient ? trop cher ? aujourd?hui d??tre honn?te !

Selon vous, quel r?le devrait avoir les agences de notation ? Et avec quels moyens ?

M. S. : C?est le fiasco des agences de notation qui devait par la suite ?tre aux sources de la crise des subprimes dont nous subissons tous encore aujourd?hui les effets pervers. Pourtant, ces agences ? responsables de la seconde crise la plus grave dans l?histoire ?conomique et financi?re mondiale ? ont depuis cet ?pisode tragi-comique paradoxalement b?n?fici? d?une mont?e en puissance de leur influence car elles sont aujourd?hui ?cout?es religieusement lorsqu?elles notent les ?tats souverains. S?il est absolument l?gitime de s?inqui?ter des cons?quences ? long terme des d?ficits publics, il serait tout aussi utile de se demander ce qui fait qu?une quelconque attention est encore accord?e aux agences de notation. Initialement cr??es afin de jouer les arbitres ? donc pour faire preuve d?impartialit? et de neutralit? ? entre le vendeur et l?acheteur d?un titre, ces agences ont donc lamentablement ?chou? dans cette mission d?utilit? publique, tout en s?arrogeant un pouvoir consid?rable sur nos niveaux de vie. Elles se sont totalement d?cr?dibilis?es, pour ne pas dire sabord?es.

Vous commencez et finissez votre livre avec la m?taphore du mythe de Sisyphe. Pourquoi ?

M. S. : Le ch?timent de Sisyphe consiste ? rouler un rocher jusqu’en haut d’une colline dont il redescendait chaque fois avant de parvenir au sommet. Le mythe de Sisyphe symbolise donc un ?ternel recommencement? – d?nu? de tout sens -, ? l?instar de celui que nous impose la finance et le n?o-lib?ralisme : bulles sp?culatives, in?galit?, malversations… Tandis que Camus disait qu?il fallait ? imaginer Sisyphe heureux ?, j?esp?re pour ma part qu?il sera un jour libre. C?est-?-dire que nous aurons pu nous lib?rer du joug des injustices.

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