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ZAD ou pas ZAD, les luttes se fédèrent à Bure contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires

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A Bure (Meuse), divers rassemblements se succèdent pour soutenir la lutte contre le centre d’enfouissement de déchets nucléaires Cigeo. Notamment un Camp estival autogéré, qui inquiète passablement les autorités. Les associations locales voient, elles, d’un très bon œil ces dynamiques de solidarité et imaginent des nouvelles formes de mobilisation.


La tension est montée d’un cran, ces derniers jours, autour de Bure (Meuse), lieu d’emplacement de Cigéo, le projet d’enfouissement de déchets nucléaire. Le 18 juillet, l’Altertour lançait son édition 2015 en faisant étape à la maison de résistance de Bure… accompagné d’un déploiement de forces de l’ordre impressionnant. « C’était un véritable bataillon, avec cinq ou six véhicules de policiers, équipés de gilets pare-balles, avec un hélicoptère survolant la zone pendant plusieurs heures », raconte Michel Marie, porte-parole du CEDRA (collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs), présent pour l’événement.

Forces de l’ordre et affolement médiatique

En fin de semaine dernière, des contrôles policiers ont été menés aux abords de Bure, menant à deux interpellations – dont l’une a débouché, depuis, sur une interdiction de territoire. Un dispositif dont le préfet de la Meuse s’est justifié, lundi 27 juillet, jugeant « logique de renforcer les forces de sécurité ».

Motif de l’inquiétude ? La succession des manifestations venues marquer leur opposition au projet Cigéo, ces dernières semaines. Outre l’Altertour, Les Amis de la Terre y ont tenu leur Assemblée Générale en mai, tandis que les Amis de Silence, la revue écologiste, organisent jusqu’à lundi 3 août leur rencontre annuelle, à quelques kilomètres de Bure, « en soutien à celles et ceux qui luttent sur place ». « C’est la première fois que ces groupes s’approprient cette lutte et viennent à notre rencontre. C’est un baromètre intéressant, cela montre que la mayonnaise prend », analyse Michel Marie.

Mais c’est surtout un autre événement qui attire l’attention des autorités. A partir de samedi 1 août, et jusqu’au 10, un rassemblement sous forme de campement autogéré s’est donné rendez-vous à Bure. « Leur vocabulaire, « anti-capitaliste » et « anti-autoritaire », n’est pas neutre », constate le préfet.

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Le terrain prévu pour le Camp VMC

Suffisant pour déclencher la machine médiatique : la semaine dernière, plusieurs médias s’inquiétaient de « l’ampleur » que prenait la mobilisation autour de Cigéo, se demandant si Bure,« prochain épicentre de la contestation anticapitaliste », pouvait devenir « le nouveau Sivens ».

Surinteprétation

Le ton est donné : attisée par le scandaleux passage en force du gouvernement sur ce dossier, la lutte contre Cigéo pourrait devenir le nouveau cauchemar des pouvoirs en charge du maintien de l’ordre. « On agite le spectre des hordes zadistes qui déferleraient cet été pour occuper les terres comme à Notre-Dame-des-Landes », écrit le comité organisateur dans un communiqué.

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Maison de la résistance à la poubelle nucléaire dans Bure

Problème, cette interprétation semble erronée. D’abord parce que sur place, les premiers concernés ne paraissent pas inquiets. « Il n’y a aucune tension particulière. Nous avons avec les premiers manifestants sur place une relation parfaitement normale. Quand on leur demande de retirer une pancarte parce qu’on la juge injurieuse, il la retire », dit Jean-Paul Baillet, le directeur du Cigéo.

Interrogé par Reporterre, il reconnaît que l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) a porté plainte suite à des dégradations volontaires sur les installations scientifiques, opérées lors de la manifestation des « cent mille pas ». Mais il veut faire la distinction avec ceux qui manifestent, « qui apportent un peu de folklore et rien d’antipathique ».

« Des pointures qui mènent une vraie réflexion »

Ensuite parce que ce camp estival est bel et bien déconnecté de toute actualité législative et politique : « L’idée est née, il y a plus d’un an, de faire une réunion de bilan des luttes anti-nucléaires des dernières années. D’où le lieu, Cigéo étant un étendard de l’opposition au nucléaire », explique Ian, un membre sous pseudonyme du collectif VMC.

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Chantier collectif du Collectif VMC

Né spécialement pour l’occasion, ce groupe a fini par s’ouvrir à d’autres réseaux de luttes. « Il y a ceux qui viennent de Valognes et ceux qui se sont connus sur des contre-sommets anticapitalistes, il y a les réseaux des Camps Climat et les militants anti-THT, il y a les militants urbains qui luttent contre la chasse aux pauvres en centre-ville et il y a les No Tav… Ce qui nous rassemble, c’est la dénonciation de ces grosses logiques économiques qui nous écrasent – ce qui peut être résumé sous le terme de GPII », décrit Ian (GPII signifie Grands projets inutiles et imposés).

Sur le terrain, l’arrivée de ces nouveaux opposants semble s’être très bien articulée avec les nombreuses associations locales déjà engagées contre ce projet, telle que l’EODRA, Bure Zone Libre, Bure-Stop 55, etc. « Ils ont tout de suite demandé à nous rencontrer, et cela fait plus de deux mois que l’on discute tous ensemble, témoigne Michel Marie. Ce sont loin d’être les hurluberlus que l’on veut décrire, au contraire : ce sont des pointures qui mènent une vraie réflexion à partir de leurs expériences vécues à Notre-Dame-des-landes, sur le Lyon-Turin ou encore à Roybon… »

Nouvelles formes de mobilisation

Une réflexion qui vise justement à dépasser l’étiquette de la « ZAD ». Loin d’en récuser l’histoire, le mouvement en a repris certains « codes » connus : pas de personnification du collectif, horizontalité totale, absence de logo et d’étiquette institutionnelle, refus du consumérisme et des rapports marchands, respect des tours de parole, etc.

Mais l’acronyme est devenu très médiatique : « Le « ZAD partout » est devenu un mot d’ordre pour toutes les luttes de territoire, et il y a eu un ré-accaparement du terme par les médias pour désigner tout et n’importe quoi. Son entrée dans le dictionnaire est l’incarnation de son dévoiement, souligne Ian. Et puis ce n’est pas très respectueux des associations locales qui portent cette lutte depuis si longtemps. »

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Dans la Maison de la résistance à Bure

Parmi elles, le CEDRA, créé en 1994. Pour son porte-parole, le concept de ZAD ne correspond pas au contexte local : « Etymologiquement, cela nécessite d’occuper un terrain, hors celui-ci l’est déjà par l’Andra. » Mais Michel Marie veut surtout y voir l’opportunité d’aller plus loin dans les formes de mobilisation : « Le concept est déjà dépassé, il faut envisager d’autres formes de lutte, comme l’installation de jeunes en maraîchage dans les environs. »

Que se passera-t-il si le campement se prolonge au-delà du 10 août ? « Ce n’est pas sa vocation première », dit Ian, qui insiste sur la nécessité de discuter préalablement. « Nous avons absolument besoin d’un temps de réflexion, qui prime quelque peu sur le temps d’action. » Les associations locales se montreraient presque plus enthousiastes, à l’image de Michel Marie :« La lutte de Bure n’appartient à personne mais surtout à tout le monde. Que Cigeo devienne un point majeur de cristallisation, ça ne peut être que bénéfique pour notre combat. »

Barnabé Binctin

Reporterre.net

 

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