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Zachary Richard: La Louisiane 5 ans après la marée noire

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Photo : AP Photo/Gerald Herbert

Cinq ans après l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon de BP dans le golfe du Mexique et la marée noire qui a suivi, l’auteur-compositeur-interprète Zachary Richard fait le point sur la situation environnementale et sur l’état d’esprit des Louisianais.

L’entrevue de Michel Désautels:

1. Est-ce que l’émotion et la commotion qu’on sentait il y a cinq ans sont encore présentes?

Non. On a la capacité quand on n’est pas au milieu de l’ouragan, pour utiliser une métaphore, d’oublier très vite. Cependant, les problèmes perdurent. Le 16 mars, BP a publié son rapport, qui prétend que le golfe du Mexique est complètement retourné à son état d’avant. Ce qui n’est pas du tout le cas.

Je veux juste rappeler qu’il y a eu 800 millions de litres déversés, 1600 km du littoral touchés et 20 millions d’hectares du golfe du Mexique fermés à la pêche. Mais si on va sur le site Internet de BP, on voit des plages de sable blanc avec des gens qui se promènent la main dans la main.

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L’eau polluée par le déversement de BP déferle sur Orange Beach, en Alabama, le 20 avril 2010. Photo : AP Photo/Dave Martin

2. Il faut souligner que tout le monde n’est pas d’accord sur les conséquences de la catastrophe. Il y a plusieurs scientifiques qui disent que certaines espèces ont été très très durement touchées. D’autres, moins peut-être. 

Les vrais scientifiques sont plus ou moins unanimes qu’il y a des problèmes majeurs dans le golfe du Mexique. Il n’y a que BP qui choisit les statistiques pour prétendre ce qu’il veut prétendre. Un juge fédéral va bientôt déterminer l’amende que BP devra payer sous le Clean Water Act.

Déjà, la compagnie pétrolière a créé un spill fund de 20 milliards. Ils ont dépensé plus de 13 milliards pour des individus. En fait, ils ont dépensé en tout quasiment près de 40 milliards. Mais les conséquences de ces versements d’argent sont un peu désolantes. Quand ils ont créé le fonds de 20 milliards, il y a eu plein de fraudes.

Tout le monde touché directement ou indirectement, y compris les tenanciers de bars et les prostituées à Houma, a porté plainte. Donc ça a donné une espèce de cirque.

Des milliards de dollars BP affirme qu’elle a pour le moment déboursé 27 milliards de dollars depuis le déversement, soit 14 milliards pour le nettoyage et 13 milliards en dommages-intérêts; des montants qui pourraient augmenter. Déjà en 2013, elle s’attendait à ce que la facture totale, incluant les amendes qu’elle aura à payer, grimpe à 42 milliards.

On devrait d’ailleurs connaître bientôt le montant de l’amende que la compagnie devra payer en vertu du Clean Water Act. La somme ne pourra dépasser 13,7 milliards, selon la décision d’un juge fédéral américain rendue en janvier dernier. Une somme calculée, dit-il, en se basant sur le nombre de barils de pétrole que BP a déversés. Quant à BP, elle affirme qu’une amende plus importante que 2,3 milliards de dollars compromettrait ses activités futures dans le golfe du Mexique.

Source : International Business Times, PBS NewsHour, The Times-Picayune

3. La Louisiane dépend de l’industrie pétrolière en bonne partie, et ce, depuis toujours. Ça explique la réaction partagée de la population de l’État. Même dans certaines familles, on a des pêcheurs de crevettes dont les frères travaillent sur les plateformes pétrolières.

Oui. Même les pêcheurs de crevettes ont été très très bien traités pendant la marée noire, et ça a créé ce qu’on appelle les spillionnaires. Il y a une partie de la communauté qui a bénéficié très très largement de la marée noire. Et qui espère que ça arrive encore, parce qu’ils se sont vraiment enrichis grâce à ça.

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Un crevettier circule dans le bayou près de Morgan City, en Louisiane, le 20 avril 2011. Photo : Reuters/Sean Gardner

4. Parlez-nous un peu d’un phénomène qui fait partie des effets de la pollution pétrolière et dont on parle moins parce que c’est moins spectaculaire que des oiseaux englués. C’est l’érosion de la côte. Parce qu’une bonne partie des plantes indigènes, dans ces bayous qui sont le poumon de l’État, sont mortes et ont laissé place à de la vase qui, sans les racines, finit par se disperser. 

Ici, on en parle beaucoup. Depuis les années 30, l’industrie pétrolière a creusé plus de 8000 kilomètres de canaux d’exploration. À partir du golfe du Mexique, ils sont allés dans les marécages. L’intrusion d’eaux salines a fait qu’il y a une érosion spectaculaire. Depuis les années 30, on a perdu l’équivalent de l’État du Delaware. Le temps de cette conversation, nous aurons perdu l’équivalent d’un terrain de football. C’est un problème qui perdure depuis très longtemps et qui est très grave.

Je pense que le meilleur symbole, c’est l’île aux Chats, qui se trouvait dans la baie de Barataria. C’était, avant la marée noire, un territoire de nidification des pélicans bruns et de plusieurs espèces de pélicans.

Aujourd’hui, l’île aux Chats a 20 pieds carrés. Il y a quelques vestiges des mangroves. Le reste a complètement disparu, parce que la marée noire a détruit les mangroves et qu’il n’y a plus de racines pour garder la terre en place. Mais aussi parce que l’ouragan Isaac nous a frappés durement, et aussi à cause de la hausse du niveau de la mer. Tous ces éléments ensemble font que l’île aux Chats, qui était un endroit spectaculaire d’un point de vue naturel, n’existe plus.

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Un pélican brun en bonne santé près de Myrtle Grove, en Louisiane, le 31 mars 2011. Photo : Reuters/Sean Gardner

5. Le pélican brun que vous avez si bien chanté a dû subir un sacré choc.

Les pélicans bruns ont perdu 12 % de leur population après l’ouragan. C’est une pilule très difficile à avaler, car tout est associé à l’incapacité de l’homme de décrocher des combustibles fossiles. On a un niveau de la mer qui augmente, on a une marée noire qui détruit la végétation et on a une perte du littoral qui fait qu’en Louisiane, on est de plus en plus en danger.

Cette entrevue est diffusée le 19 avril à l’émission Désautels le dimanche sur ICI Radio-Canada Première.

6. On ne peut pas baisser les bras devant l’adversité.

Il y a quand même une réalité difficile en Louisiane. L’année passée, on a mené une bataille qu’on a perdue, mais qui était désolante. Le New Orleans Levee Board, l’organisme du gouvernement qui est censé nous protéger et maintenir les digues, à lancé une poursuite contre 97 compagnies pétrolières pour la perte du littoral.

En réponse à ça, les compagnies n’ont pas décidé d’aller en cour défendre la cause. Elles ont décidé d’acheter la législature et de créer un projet de loi qui était le Senate bill 469. Celui-ci, qui a fini par passer, disait simplement que le Levee Board n’avait pas le pouvoir de poursuivre une compagnie pétrolière. Et ça c’est fait à coût de contributions politiques à la législature, qui ont commencé à 20 000 $ et qui ont fini au-dessus de 200 000 $ par tête.

C’est un peu risible. Cela dit, la vie est belle, la bière est froide et les filles sont belles. Et on continue à espérer qu’on va pouvoir passer au travers.

La baie de BaratariaLa baie de Barataria a été l’un des endroits les plus touchés par le déversement de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon. Cinq ans plus tard, les chercheurs y étudient toujours les impacts de la catastrophe sur l’environnement. Pour le moment, ils affirment que:

  • Les bactéries « mangeuses de pétrole », qui transforment les alcanes contenus dans l’or noir en déchets organiques, ont augmenté dans l’eau. Cela, disent-ils, pourrait accélérer l’érosion des berges.
  • Les fourmis acrobates sont disparues des sites contaminés. Elles semblent toutefois vouloir revenir, comme d’autres insectes.
  • Il y a moins d’escargots sur les sites contaminés. On observe toutefois des signes d’amélioration.
  • L’érosion s’est accélérée aux endroits où les plantes ont été détruites par le pétrole.
  • Le bruant maritime construit moins de nids et a des couvées réduites dans les zones contaminées. On ne remarque cependant pas pour le moment de réel impact sur sa population.
  • La population de crabes bleus ne semble pas avoir été touchée.
  • Les micro-organismes du sol, ainsi que les algues et les invertébrés, sont en voie de récupération.
  • Les populations de crevettes ont augmenté après le déversement dans les estuaires contaminés. On ignore pourquoi.
  • Le pétrole aurait tué des milliers de pélicans bruns. Toutefois, on ne constate pas d’impact évident sur l’ensemble du golfe.
  • Les dauphins sont en moins bonne santé que les dauphins qu’on trouve en Floride, qui n’ont pas été touchés par le déversement.
  • Le killi du golfe, un petit poisson considéré comme une « sentinelle » environnementale, montre des signes évidents d’exposition à des produits toxiques. Sa population ne semble toutefois pas avoir changé.

Source : Science


Zachary Richard utilise le néologisme spillionnaires pour désigner les gens qui se sont enrichis à la suite du déversement grâce à l’argent versé par BP. Comment pourrait-on traduire cette expression en français? Surprenez-nous! Faites-nous part de vos commentaires ci-dessous.

Source:  Ici-Radio-Canada.ca

 

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Zachary Richard (peu après la catastrophe):
Le Grand Gosier: Making of


Le Grand Gosier (Zachary Richard):  La chanson

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