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Wikileaks : h?ros ou escrocs ?

Par? ZDNet, NewsOfTomorrow

J?ai r?sist? pendant plusieurs semaines aux sir?nes du buzz « Wikileaks »?; mais mes fils RSS se sont inexorablement remplis ? 80% d?articles directement ou indirectement li?s ? ce sujet. J?ai donc d?cid? de boire la tasse jusqu?au bout, et de m?offrir une cure intensive de Wikileaks avant de passer ? autre chose. Le lecteur l?gitimement agac? de la r?currence de ce sujet pourra arr?ter ici la lecture de ce billet.

Commen?ons par un focus sur la naissance mouvement?e de Wikileaks, qui en dit d?j? long sur les orientations du projet.

4 octobre 2006?: Wikileaks.org est enregistr? par John Young, co-fondateur de Wikileaks et fondateur de Cryptome.org, autre site bien connu pour d?voiler des documents confidentiels. Le projet Wikileaks ne poss?de ? ce stade aucun site web ni aucune visibilit? ext?rieure?: tout se passe sur une liste de diffusion priv?e, o? les premiers membres d?finissent de concert les lignes directrices du projet. Le principe fondateur est de d?voiler des documents confidentiels d?rob?s ? des gouvernements, mais pas n?importe lesquels?: « les gouvernements autoritaires non-occidentaux » [« our focus is on non-western authoritarian regimes »]. L?id?ologie qui soude les membres fondateurs est bas?e sur le principe que le secret est forc?ment nuisible ? la d?mocratie. Le groupe s?efforce dans un premier temps de mettre en place des outils et des m?canismes permettant de prot?ger leurs sources.d?cembre 2006?: Wikileaks se d?voile au grand public avec la diffusion d?un document vol? ? l?un des leaders d?un tribunal islamique en Somalie. Dans leurs interviews initiales, les porte-paroles de Wikileaks affirment poss?der plus d?un million de documents confidentiels d?rob?s ? des gouvernements. En priv?, Julian Assange d?clare vouloir obtenir $5 millions en donations sur les six premiers mois?; un objectif excessif qui fait claquer la porte du projet ? John Young, qui accuse Wikileaks d??tre ? la solde de la CIA?: selon lui, il n?y a qu?une mani?re pour un site naissant d?acqu?rir autant d?argent en si peu de temps, c?est d??tre financ? par un service d?Etat. Julian Assange r?pond ? ces accusations par « Si escroquer la CIA peut ?tre utile au projet, alors nous l?escroquerons » [« If fleecing the CIA will assist us, then fleece we will »], et ajoute « Nous avons d?j? des soutiens de la part du NED (National Endowment for Democracy), du CFR (Council on Foreign Relations), de la Freedomhouse et d?autres t?tines de la CIA » [« We have pullbacks from NED, CFR, Freedomhouse and other CIA teats »]. Young met ? disposition ici et ici des archives compl?tes des e-mails ?chang?s par les fondateurs de Wikileaks lors des premi?res semaines du projet.

Avant 2006, des documents mentionnent Assange tant?t en tant que pr?sident de l?Australian National Cognitive Facility, tant?t de l?Australian Institute for Collaborative Research, deux organismes tr?s discrets domicili?s ? une m?me bo?te postale australienne, et dont on trouve fort peu de traces sur le web. Autant dire qu?on ne sait pas grand chose du pass? d?Assange, en dehors de sa « carri?re » de hacker, qu?il raconte dans son livre « Underground » publi? en 1997.

Apr?s la fondation de Wikileaks s?ensuivent plusieurs ann?es plus ou moins int?ressantes, o? Wikileaks va d?voiler des documents confidentiels de diverses sources. Ce qui nous am?ne aux pol?miques actuelles et aux ?v?nements de ces derni?res semaines, qu?on pourra r?sumer de la mani?re suivante?:

D?but juin, l?arrestation de Manning (l?analyste qui avait transmis ? Assange des dizaines de milliers de documents confidentiels sur les guerres d?Afghanistan et d?Irak), trahi par Adrian Lamo, est rendue publique. Kevin Poulsen d?voile dans son article que Manning avait ?galement transmis ? Wikileaks 260.000 c?bles diplomatiques confidentiels?; mais la publication des c?bles ne d?butera que le 28 novembre. Entre temps, les ennuis ont commenc? pour Assange?: le mandat d?arr?t international contre lui, ?mis fin ao?t par les autorit?s su?doises et annul? le lendemain m?me, refait surface le 1er septembre. On apprendra plus tard que l?une des plaignantes aurait des liens avec la CIA. Wikileaks en prend ?galement pour son grade?: un pirate patriote, « Th3j35t3r », s?en prend d?abord ? Wikileaks et met le site hors ligne pendant plusieurs heures, avant de revendiquer l?attaque. Wikileaks quitte alors son h?bergeur pour migrer sur la plateforme EC2 d?Amazon, pour s?en faire bannir ? peine deux jours plus tard. Le domaine Wikileaks.org est suspendu, Paypal, MasterCard et Visa coupent le robinet financier et cessent d?accepter des dons pour l?organisation. Les sites miroirs se multiplient ? pas loin de 1700 ? l?heure o? j??cris cet article. Des pirates, les « Anonymous », entament des attaques de d?ni de service contre les soci?t?s qui sont hostiles ? Wikileaks ? quelques milliers de volontaires sont enr?l?s pour l?occasion?; puis les Anonymous changent de strat?gie en incitant les volontaires ? dupliquer les m?mos sensibles le plus possible afin de rendre impossible leur suppression. Parall?lement, deux anciens de Wikileaks claquent la porte et fondent OpenLeaks, un projet concurrent. La dissidence interne chez Wikileaks se fait en effet sentir depuis des mois, l?attitude dictatoriale d?Assange ?tant d?nonc?e par ses proches collaborateurs. On apprend ainsi qu?Assange vivrait rubis sur l?ongle, avec pas moins de $225.000 de d?penses personnelles, de voyages en premi?re classe, d?h?tels de luxe et de v?tements rien que pour l?ann?e 2009?; tandis que le suppos? soutien financier au soldat Manning peine ? arriver.

Et pour couronner le tout, Dimitry Medvedev a publiquement annonc? en d?cembre que Julian Assange devrait ?tre candidat au Prix Nobel de la paix?! Une d?claration qui tente certainement de calmer le jeu apr?s qu?Assange ait d?clar? ? un journaliste moscovite que le Kremlin devait se pr?parer ? une nouvelle s?rie de fuites concernant la Russie…

Toute cette agitation, rappelons-le, a pour origine la publication?:

de c?bles relatant les manies et les petits d?fauts de chefs d?Etat du monde entier. Des « informations » dont, au mieux, on rit, mais qui ont leur place dans des magasines people, pas dans des journaux s?rieux?;d?un c?ble en particulier, vivement critiqu?, listant les infrastructures mondiales jug?es comme critiques pour les Etats-Unis. Mais ne cherchez pas de scoop?: on apprend de cette liste que les grands ports internationaux sont des enjeux critiques, au m?me titre que l?industrie pharmaceutique, les c?bles sous-marins, et m?me les ponts. Mais point de bunkers ou de sites militaires secrets. La publication de cette liste a ?t? vivement critiqu?e comme pouvant faciliter un attentat. Si c?est le cas, ? ce titre, il faut ?galement interdire la publication des annuaires et des cartes maritimes et routi?res?: tout est dedans?!

de plusieurs c?bles, publi?s en tout d?but de crise, portant sur la politique ext?rieure am?ricaine?: on y apprend par exemple que des pays arabes, dont l?Arabie Saoudite, ont fait pression sur les Etats-Unis pour intervenir contre l?Iran?; que la Cor?e du Nord aurait vendu ? l?Iran une technologie de missiles pouvant transporter des charges nucl?aires?; que la Chine serait pr?te ? revoir son alliance avec la Cor?e du Nord?; que le piratage de Google aurait vraisemblablement ?t? commandit? par le gouvernement chinois?; etc, etc. Des informations certes confidentielles, mais en rien embarrassantes pour les Etats-Unis, bien au contraire, puisqu?elles rendraient presque sympathique leur politique ext?rieure au moyen-Orient et en Asie.

R?sumons donc cette agitation ? cette observation?: les seuls vrais scoops publi?s par Wikileaks ces derniers mois sont tr?s favorables aux Etats-Unis.

Cette agitation a pour le moment r?ussi ? occulter les questions suivantes?:

Le premier principe de Wikileaks ?tait de s?attaquer ? des gouvernements autoritaires non-occidentaux. Comment Assange en est-il arriv? ? mener une croisade contre un ?tat (? peu pr?s) d?mocratique et occidental, les Etats-Unis??Le second principe de Wikileaks ?tait le refus radical du secret comme principe de gouvernance. Comment Wikileaks a-t-il pu lui-m?me devenir une organisation secr?te, au financement opaque, et dont les membres sont pour la plupart rest?s anonymes?? Et d?o? vient l?argent??

Si les r?v?lations de Wikileaks sont aussi fracassantes que ce qu?en disent les gouvernements du monde entier, comment se fait-il que rien n?ait ?t? fait pour emp?cher la diffusion de ces documents, qui ?tait pourtant annonc?e depuis des mois??

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