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WESTMOUNT (MONTREAL, QUEBEC) – ARCHITECTURE VICTORIENNE – FLORAISON ARCHITECTURALE

Serres de Westmount, dites Maison des Palmiers ? Photo gracieuset? des archives de l?Ordre des Architectes du Qu?bec

PATRICE-HANS PERRIER

Les jalons de la restauration de la Maison des Palmiers

Nous compl?tons, ici, notre s?rie d?articles ? propos de l?architecture victorienne de la municipalit? de Westmount. Ce dernier article a ?t? compos? pour un mensuel local et aura n?cessit? son lot de consultations de fonds d?archives, sans oublier la mise en perspective qui s?est inspir?e de nos lectures de sp?cialistes de l?histoire de l?architecture, tels que Michel Ragon ou Aldo Rossi.?

Cette s?rie se voulait un pendant ? notre premi?re reproduction d?article concernant l?art catholique et son rayonnement ? travers diverses ?poques. Nous allons poursuivre notre r?flexion en ?ditant une nouvelle s?rie ? d?s le d?but de mars 2014 ? qui traitera d?esth?tique et d?histoire de l?art, en abordant la question de l?influence de la th?ologie et de la pens?e chr?tienne sur un mill?naire d?art occidental. Cette derni?re s?rie constituera le prologue ? la mise en place d?une critique politique de l?art contemporain et de ses d?clinaisons en ce d?but de nouveau mill?naire.?

La Ville de Westmount organise ? chaque printemps une exposition horticole qui s?intitule ?Floralies du printemps?. Cette exposition horticole fait la part belle ? la renaissance de la ?Maison des Palmiers?, ces magnifiques serres qui t?moignent de la vivacit? d?un genre architectural qui a rendu l??me avec la crise de 1929. ?Le petit complexe a ?t? ench?ss?, tel un diamant, entre la Biblioth?que municipale de Westmount et le Victoria Hall. Ultime repr?sentant des ?tonnantes cr?ations de la firme?Lord & Burnham, cet ?difice vaut le d?tour, ne serait-ce que pour admirer la finesse de ses courbes d?inspiration mauresque.

C?est un secret de Polichinelle : le monde anglo-saxon a toujours ?t? s?duit par l?univers des fleurs. C?est ainsi qu?un ?tonnant ?Cristal Palace? vit le jour dans le cadre de l?Exposition Universelle de Londres, en 1851. Cette ?uvre d?un ancien jardinier, reconverti ? l?architecture d?exposition, Joseph Paxton, t?moignait de la puissance et du rayonnement de l?empire britannique ? cette ?poque. Couvrant une surface ?quivalente ? un million de pieds carr?s, le ?Cristal Palace? fut probablement le premier b?timent d?importance enti?rement pr?fabriqu?. Au-del? de la prouesse technique, ce b?timent historique allait cr?er un engouement sans pareil pour les constructions d?acier et de verre, alors que le monde occidental d?couvrait les plantes exotiques.

CRYSTAL PALACE DE JOSEPH PAXTON ? Aquarelle d??poque

Nouvelles technologies paradoxales

L??re victorienne porte en elle bien des paradoxes, puisque ses protagonistes allaient d?fendre des id?ologies parfois diam?tralement oppos?es. Les ?mules de l?historien d?art John Ruskin ou de grand designer William Morris mirent de l?avant une vision de l?architecture qui exaltait l??ge d?or de la p?riode des cath?drales gothiques. Au m?me moment, les progr?s de l?industrialisation permirent de remplacer graduellement la structure en bois des b?timents par la fonte, dans un premier temps, puis par l?acier triomphant. Par ailleurs, l?influence des contr?es exotiques se faisait sentir aux quatre coins de l?empire : art persan, influences mauresques, japonisme, art am?rindien.

La vapeur et l?acier permirent au train de couvrir des ?tendues gigantesques, favorisant une immigration sans cesse renouvel?e. Et l??tude des plantes et de leurs propri?t?s chimiques et pharmaceutiques (pigments, substances m?dicamenteuses, drogues) occupait une place pr?pond?rante au sein de le la communaut? scientifique. Les hommes et les femmes de cette ?poque voulaient s??manciper du poids, parfois, exorbitant des traditions ancestrales. Pourtant, l?industrialisation favorisa son lot d?exploitation, de d?vastation et de spoliation, ce qui amena les intellectuels et les artistes ? chercher refuge du c?t? d?une pens?e nostalgique pr?nant le retour aux sources. C?est alors que l?architecture allait s?allier aux forces de l?industrialisation afin de permettre ? la lumi?re et, par extension, ? la nature de p?n?trer en profondeur au c?ur des ?difices de la cit?.

La mode des expositions universelles et le d?veloppement rapide des forces industrielles pouss?rent les barons d?industrie ? se tourner vers une architecture favorisant une standardisation des proc?d?s de fabrication et d?assemblage.

La fonte fit son entr?e en qualit? d??l?ment structural, en raison de sa tr?s grande r?sistance en mode de compression. C?est ce qui amena les constructeurs ? utiliser la fonte pour couler des piliers et des colonnes r?sistantes, sans oublier ses ?tonnantes capacit?s de moulage qui permirent de cr?er une foule de petits ?l?ments techniques de connexion. Toutefois, la fonte ne poss?dait pas une tr?s grande capacit? de flexion, ce qui fait que les poutres r?alis?es au moyen de ce mat?riau ne pouvait pas supporter de tr?s grandes charges et, qui plus est, la fonte se fendillait sous l?action du gel.

Ditherington Flax Mill premi?re structure portante en fonte ? fin XVIIIe si?cle

Voil? pourquoi la production d?acier permis aux b?tisseurs de l??poque d?inventer de nouvelles formes et de r?aliser des assemblages qui pouvaient ?tre ?mont?s ? sec? (c?est-?-dire en usine, avant d??tre assembl?s sur le chantier). Une nouvelle fa?on de construire ?tait n?e et, avec elle, apparaissaient de nouvelles possibilit?s structurelles. Les ing?nieurs pouvaient proc?der ? des calculs de r?sistance quasi scientifiques, ce qui permit d??tendre consid?rablement les port?es architecturales. Il devenait donc possible d??riger de puissantes structures comportant des arches, reposant sur rien, s??lan?ant dans les airs pour le plaisir de visiteurs.

Des expositions universelles jusqu?aux serres horticoles

?Le dix-neuvi?me si?cle fut l??re des grandes performances d?ing?nieur et des d?couvertes techniques? (extrait de ?Eisenbauten? ? de l?historien d?art Alfred Gotthold Meyer).

Le g?nie de l??poque victorienne permit aux mat?riaux de s??manciper de leurs fonctions d?origine et de vaincre, rien de moins, les lois de la pesanteur. Par del? l?engouement vis-?-vis des expositions universelles, le d?veloppement des serres et des halles d?exposition d?di?es ? l?art horticole allait conna?tre son apog?e vers la fin de l??poque victorienne.

D?j?, sous l?Empire romain, des serres de fortune firent leur apparition. ?On utilisait, alors de fines feuilles de mica, ? moiti? transparentes, afin de permettre ? la lumi?re de venir fortifier les plantes en captivit?. Un peu plus tard, pendant tout le Moyen-?ge, de nombreux monast?res se firent un point d?honneur de cultiver les plantes et les herbes au sein de petits clo?tres trait?s sur le mode du jardin int?rieur. Au beau milieu de la Renaissance, des orangeries firent leur apparition. Les orangeries du Palais de Versailles et des Tuileries furent c?l?bres, alors qu?on y exposait des milliers d?orangers exhalant leur parfum exotique. La noblesse britannique reprit cette id?e du hall d?exposition florale en cr?ant des serres somptueuses, ? l?instar des ?Royal Botanic Gardens? de Kew.

L?Orangerie du Ch?teau de Versailles

La mode des serres d?exposition allait se r?pandre comme une tra?n?e de poudre jusqu?en Am?rique. La Villede Philadelphie investit une fortune ? mettre sur pied un hall horticole fabuleux, construit en 1876 dans le cadre de l?exposition c?l?brant le centenaire de la R?volutionam?ricaine. Comme le soulignait l?auteure Anne S. Cunningham ?la culture de cette ?poque favorisa l??mergence de lieux permettant au grand public de se rapprocher de la nature au sein m?me du tissu urbain (urban fabric)?.

Un b?timent qui ?tend ses p?tales?

La passion pour les serres culmina avec la cr?ation du Jardin Botanique de Montr?al, sous l?impulsion du Fr?re Marie-Victorin, en 1931. C?est ? la m?me ?poque, pr?cis?ment en 1927, que la ?Maison des Palmiers? de Westmount vit le jour pour le plus grand bonheur des amateurs d?expositions horticoles. Il s?agit d?un petit complexe d?licatement pos? sur le devant du Parc Westmount, invitant les curieux ? une promenade dans le temps. Bien avant son apparition, la municipalit? utilisait d?j? des serres de productions horticoles afin de pr?parer les expositions florales qui se tenaient dans le Victoria Hall. La ?Maison des Palmiers? reproduisait la d?licatesse des serres britanniques du XIXe si?cle et comportait un toit en double cascade.

Les serres de Westmount ? photo FLICKR

Il s?agit d?un des deux derniers repr?sentants de cette forme architecturale au Canada. Un petit toit, qui se profile tel un bulbe sensuel, a ?t? ajust? par-dessus la toiture principale du complexe. La structure du b?timent comporte un appareillage de briques, en guise d?assise. D?imposantes nervures d?acier ceinturent l?ensemble du b?timent en permettant ? des nervures secondaires en bois de supporter les bardeaux de verre. ? l?origine, il s?agissait de nervures provenant du Cypr?s jaune, une esp?ce menac?e ? l?heure actuelle.

La serre principale jouie d?un petit ?tang en son centre et son espace int?rieur est trait? de mani?re formelle, de fa?on tr?s classique en d?finitive. Un petit bassin, situ? dans une aile adjacente, d?nomm? ?Fish Pond?, permettait aux visiteurs de se reposer en admirant les poissons rouges qui nageaient autour de la statue d?un jeune enfant jouant de la fl?te (d?apr?s la fl?te enchent?e de Mozart, op?ra ma?onnique bien connu). Ce petit bassin a ?t? enti?rement restaur? avec son dallage de fines tuiles de c?ramique et de marbre. Une d?licate bordure en marbre d?limite cet espace b?ni des dieux et l?ensemble nous transporte tr?s loin, nous rappelant l??poque des Palais v?nitiens.

Le petit bassin aux poissons ?Fish Pond? ? Photo de Evelyn Reid

Les curieux et les amateurs d?art floral peuvent compter, d?sormais, sur un complexe qui vaut le d?tour. Ne serait-ce que pour venir y perdre la notion du temps et se laisser aller ? d?heureuses m?ditations. La ?Maisons des Palmiers? t?moigne, ? elle seule, de la grandeur d?une architecture utilitaire qui sut transcender les styles et les habitudes de son ?poque.

D?importantes r?novations ? partir de 1999

Le cabinet d?architectes Beaupr? et Michaud fut charg? de mener ? bien un chantier qui allait perdurer de 1999 jusqu?en 2003. Le complexe ouvrait enfin ses portes ? l?automne 2004.? C?est la pers?v?rance et l?esprit m?ticuleux de l??quipe d?architectes qui permit ? la structure de conserver la gr?ce de ses origines. Rien n?a ?t? n?glig? afin d??tudier les composantes et les m?thodes d?assemblage de l?ouvrage.

Coupe longitudinale des Serres de Westmount ? Gracieuset? Beaupr? Michaud Architectes

Des pi?ces de raccord en fonte furent command?es ? des firmes ?trang?res via Internet. Un d?versoir, taill? tout d?un bloc dans le marbre, fut r?alis? en Italie afin de compl?ter la fontaine de l?imposant bassin de la serre principale. Des nervures en bois de sapin de Colombie Britannique furent usin?es en respectant les profils d?origine et tous les bardeaux de verre furent remplac?s.

D?tail des travaux de restauration Serres de Westmount -? Gracieuset? Beaupr? et Michaud Architectes

Au-del? des probl?mes li?s ? la r?habilitation de la charpente, il fallait refaire de A ? Z tout l?appareillage de briques ? la base de l??difice. De plus, toute la m?canique complexe qui sert ? l?ouverture des fen?tres d?a?ration fut d?mont?e afin d??tre enti?rement restaur?e. Ce qui frappe l?imagination et suscite le respect, c?est d?finitivement ce tr?s grand respect de l??me du b?timent qui a contribu? ? la mise en ?uvre d?un chantier qui allait commander des investissements publics de l?ordre du million et demi de dollars.

D?tail des travaux de restauration Serres de Westmount ? structure de la toiture ? Gracieuset? Beaupr? et Michaud Architectes

 

Sources : ?L?Architecture du XXe si?cle?, de Peter G?ssel et Gabriele Leuth?user, ?ditions Tashen, 1991; ?Crystal Palaces ? garden conservatories of the United States?, de Anne S. Cunningham, ?ditions Princeton Architectural Press, 2000.

Remerciements ? Mesdames Doreen Lindsay, de l?Association Historique de Westmount, et Anne Moffat, de la Biblioth?que municipale de Westmount. Toutes nos consid?rations pour Monsieur Pierre Beaupr?, Architecte, pour son aimable assistance.

Serres Westmount ? Am?nagement paysager Fauteux et associ?s

 

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