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We need to talk about Fran?ois

Dans la vie, le plus difficile ? g?rer, c’est la d?ception. Et la plupart
des d?ceptions naissent de grands malentendus.

Lors de l’appel Skype de
bonne ann?e, nous parlions cin?ma avec mes Am?ricains pr?f?r?s. On cherchait
quels ?taient les films de 2013 qui nous avaient vraiment emball?s et on en
avait rapidement conclu que, finalement, on avait ?t? majoritairement plut?t
d??us par ce qu’on avait vu et m?me, d’autant plus d??us que pour certains,
nous avions nourris de grandes esp?rances. Apr?s avec pris une grosse baffe
avec District 9, on pensait en prendre plein la gueule avec le suivant
et l’on se retrouve juste d??us par Elysium, son sc?nario an?mique et
convenu, son propos politique niveau classe de CM1, alors que ?a reste un
honn?te actionner de SF, tout ? fait satisfaisant en tant que tel.
Outre Atlantique, c’?tait World War Z qui s’en tirait le mieux, non
pas que le film soit particuli?rement bon, mais c’est surtout que nos
Am?ricians avaient vu exactement le genre de spectacle qu’on leur avait vendu,
ni plus, ni moins.
Encore que Gravity nous avait tous plus ou moins chopp?s par surprise,
avec une exploitation rarement ?gal?e des possibilit?s concr?tes offertes par
la 3D en terme de r?cit immersif.
Malgr? George Clooney…

En fait, nous avons tout faux : le cin?ma de 2014 nous d?cevra au moins
autant que celui de 2013, tout simplement parce que nous n’avons pas tr?s bien
int?gr? ce que l’on nous vendait (et tr?s cher, d’ailleurs !) r?ellement. On
attend des ?uvres radicales, des points de vue d’auteurs assum?s, des r?cits
construits au cordeau. En face, c’est l’industrie du cin?ma, une machine ?
produire du fric sans risque et non plus ? produire du r?ve. Il n’y a plus que
des hordes de tacherons qui sont pay?s pour produire du popcorn movie
au kilom?tre avec comme seul et unique objectif, non pas de nous distraire et
encore moins de nous faire r?fl?chir, mais de ne froisser absolument personne
sur cette plan?te afin de pouvoir faire un max de bl? en fourguant la cam’ la
plus standardis?e possible, mark?table et bankable ?
l’infini. Le cin?ma grand public, c’est devenu le MacDo culturel : tu sais tr?s
exactement que tu vas y bouffer de la merde, mais tu sais aussi que tu ne seras
jamais surpris. Et donc, jamais d??u.

C’est un peu comme Fran?ois Hollande.

Si, si, vous allez comprendre !

M?me chez ses plus ardents supporteurs, chez les arch?osocialos qui ont le
respect du parti et du chef chevill?s au corps, on sent bien que l’heure est ?
la grosse, ? la tr?s grosse d?ception.

Vous avez entendu les v?ux du pr?sident ? Avouez, rien de tel pour vous
persuader aussit?t que de ce c?t?-l? 2014 sera de nouveau une ann?e de merde !
?tonnez-vous que le Medef soit le premier et quasiment le seul ? s?empresser
d?y r?pondre.

D?cid?ment, ce type n?a rien compris. Il enfonce son pays en 2012 et 2013
avec un plan de reprise de chaussettes. Et il r?cidive en 2014 comme si de rien
n??tait.

Meilleurs v?ux
coups de pied au cul
, Chronique du Y?ti, 1er janvier 2014.

Oui, parce qu’il y a encore des gens qui ont du temps ? perdre devant les
v?ux du pr?sident, des gens pour penser que la logorrh?e politique, la
propagande des petits matins, a encore une quelconque valeur, une quelconque
utilit?.

On retrouve un peu la m?me ambiance de franche amertume chez les camarades
de la premi?re heure, les ind?fectibles piliers du PS, les irr?ductibles
socialos de c?ur et d’esprit :

Le 1er janvier 2014 va, h?las, se pr?senter comme un mauvais jour pour la
gauche, pour notre parti, le parti socialiste et pour le gouvernement de la
gauche. La TVA va augmenter de 19,6 % ? 20 %. Ce, en d?pit de tout ce qui a ?t?
d?fendu lors de la campagne pr?sidentielle, et dans les tracts et affiche de
notre parti socialiste en fin 2012. Nous proclamions alors que la hausse de la
TVA serait ? injuste ? et une ? faute ?conomique ?. Mais voil? que le
gouvernement fait, h?las, maintenant, le contraire.

Le bilan social de l?ann?e 2013 n??tait d?j? pas fameux.


G?rard Filoche
, 28 d?cembre 2013

C’est acide comme une r?gurgitation de Coca-Cola un soir de r?veillon.

Personnellement, Fran?ois Hollande ne m’a pas du tout d??ue. Pas un poil,
rien, nada. Ce type est parfait de bout en bout. Il fait tr?s
exactement ce qu’attendaient de lui ceux qui l’on r?ellement mis au
pouvoir
… c’est-?-dire aucun de ces cons de cochons d’?lecteurs que
nous sommes !

Franchement, comment ?tre surpris par le blairisme revendiqu? de l’ex de

la nana qui a d?clar? ? l’issue d’une campagne pr?sidentielle perdue qu’elle
avait d?fendu des tas de trucs auxquels elle ne croyait pas un instant, comme
l’augmentation du SMIC
? Parce que S?gol?ne Royale, ce n’?tait pas pendant
la campagne qu’il fallait l’?couter, c’?tait juste apr?s qu’elle ait ?t?
battue, au moment o?, am?re et d??ue, elle s’?tait laiss? aller ? dire ce qu’il
convient de ne jamais d?voiler en politique.

Ceux qui sont actuellement d??us par Fran?ois Hollande sont surtout ceux qui
pensaient que ce mec ?tait de gauche ou m?me simplement socialiste. Il leur
aurait pourtant fallu connaitre un peu le gus pour savoir que si
Hollande est au PS, c’est uniquement parce que tous les arrivistes de sa
g?n?ration ne pouvaient pas tous rallier l’UMP
et qu’il en fallait
bien quelques-uns qui se d?vouent pour nous jouer encore un peu la
com?die de l’alternance politique
.

? Finis les r?ves, enterr?es les illusions, ?vanouies les chim?res. Le r?el
envahit tout. Les comptes doivent forc?ment ?tre ?quilibr?s, les pr?l?vements
obligatoires abaiss?s, les effectifs de la police renforc?s, la D?fense
nationale pr?serv?e, les entreprises modernis?es, l?initiative lib?r?e. ?

C’est beau comme du Sarko, mais non, c’est du Hollande!
Et pas du Hollande de la derni?re crise, non, du Hollande de 1985, dans un
petit pensum coo?crit avec quatre copains de promo, un concentr? de pens?e 100
% lib?rale et cynique.

Les auteurs de La Gauche bouge assument le
tournant n?olib?ral masqu? sous le th?me de la ? rigueur ? : ? En
r?habilitant, non sans opportunit?, l?entreprise et la r?ussite, la gauche,
avec l?ardeur du n?ophyte, retrouve des accents que la droite n?osait plus
prononcer, depuis des lustres, de peur d??tre ridicule
. Mais prenons
garde d?en faire trop : pour faire oublier nos frasques ?galitaristes, ne
gommons pas notre vocation sociale. ? Et le cynisme continue : ? Ce n?est pas
par calcul ou par malignit? que la gauche a accept? de laisser fermer les
entreprises ou d?entamer le pouvoir d?achat des Fran?ais. C?est par lucidit?.
Refuser ces ?volutions et c?en aurait ?t? fait de la perspective d?une gestion
r?guli?re du pays par la gauche. ? Finis les id?aux politiques, bienvenue ?
l?expertise et ? la gestion avec les postes et les positions de pouvoir li?s ?
une alternance entre la droite et la gauche en harmonie avec le n?olib?ralisme
anglo-saxon, ses ? d?mocrates ? et ses ? r?publicains ? aux ?tats-Unis, ses ?
travaillistes ? et ses ? conservateurs ? au Royaume-Uni. ? Depuis 1981, une
redistribution des cartes s?op?re sous nos yeux. Elle traduit l?aspiration
croissante des Fran?ais ? refuser les alternances brutales, et ? voir se
d?gager entre deux grands projets de soci?t?, l?un conservateur, l?autre
r?formiste, les compromis n?cessaires sur la gestion de l??conomie comme du
syst?me de protection sociale, sur la construction europ?enne comme sur les
grands axes de la politique internationale [?]. Face ? un Parti communiste qui
se durcit et se marginalise dans une opposition radicale ? la
social-d?mocratie, le Parti socialiste retrouve les marges de man?uvre
n?cessaires pour s?affirmer comme le p?le essentiel de rassemblement des
r?formistes et des modernistes. ? L?alternance doit d?sormais appara?tre
naturelle, normale et durable. ? Il n?y a donc plus pour les socialistes de
perspective concevable d?union avec le Parti communiste fran?ais note. ? C?est
tout naturellement que le club des cinq se revendique ? lib?ral de gauche
?.

Hollande 2014 joue l’?tonn? que la rigueur joue les prolongations ? Hollande
1985 devait chercher le pr?texte pour appliquer de force la seule politique
?conomique possible ? ses yeux : la rigueur.

L?histoire b?gaie. Les sp?culateurs ont mis en p?ril la finance
mondiale. Les travailleurs devront payer les pots cass?s.
La part des
profits passe de 28 ? 37 % dans le partage de la valeur ajout?e entre 1982 et
1989. Apr?s Thatcher, ils ont eu Blair. Apr?s Sarkozy, nous avons
Hollande
. Il va falloir que l?histoire parle clair.

Fran?ois Hollande est, semble-t-il, conscient du pr?judice que lui causerait
la r?v?lation de sa coop?ration ? cette profession de foi n?olib?rale puisqu?il
ne mentionne pas l?ouvrage La Gauche bouge parmi ses
?uvres dans sa notice du Who?s Who de 2013.

Le tournant n?olib?ral du Parti socialiste en 1983 est ainsi confirm? par
cet ouvrage particuli?rement important ? lire puisque Fran?ois Hollande
s?est fait ?lire pr?sident de la R?publique en annon?ant de faux combats contre
les riches et contre la finance soi-disant sans visage
. Il fallait en
finir avec le ? pr?sident des riches ?, et nous avons vot? au second tour pour
Fran?ois Hollande, il est vrai sans beaucoup d?illusions. Mais nous avons ?t?
d??us objectivement tant le bilan est alourdi, avec la mont?e des licenciements
boursiers, et aussi subjectivement, avec la perte de tout espoir et de tout
cr?dit en la parole politique des socialistes.


La violence des riches
, Michel Pin?on & Monique Pin?on-Charlot,
?ditions Zones, septembre 2013.

Fran?ois Hollande n’est pas sorti des urnes en 2012 par hasard, mais parce
que ces copains les riches, les affairistes, les accapareurs de tous poils
savaient que la
pseudo-crise
et Sarko avaient bien balis? le terrain pour pouvoir mettre la
gomme sur la grande purge ?conomique. Cette politique propagandaire qui
consiste ? appeler rigueur ce qui n’est jamais que la continuit? et le
durcissement du plus grand holdup de
tous les temps
, celui qui consiste ? faire croire au populo que non
seulement, c’est le merdier, mais qu’en plus, c’est enti?rement de sa faute et
que la seule solution, c’est de l’enfoncer chaque jour un peu plus dans
la merde
.

C’est tout.
Ce n’est que ?a.
La justification id?ologique de l’appauvrissement ? marche forc?e du plus grand
nombre. Servi par le gars dont la posture politique lui permet d’aller
plus loin et plus fort que n’aurait jamais pu le r?ver la droite dure et le
patronat r?unis
.

Forc?ment, de ce point de vue, je ne risquais pas d’?tre d??ue, non ?

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