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Voter avec ses pieds

Quelles sont les raisons qui font qu’un électeur choisit un candidat plutôt qu’un autre ? Une réflexion politique ? Son éloquence, son programme politique ?… ou d’autres raisons bien plus surprenantes.

Voter avec ses pieds est une expression qui nous viendrait du Sénat romain, lorsque des sénateurs venaient se placer derrière l’orateur dont ils partageaient le point de vue. lien

Rien donc à voir avec ceux qui votent comme des pieds…

Sociologues, et politologues de tout crin, se sont penchés sur la question, et ont fait des découvertes surprenantes…

Antonio Fischetti est l’un deux, et dans un ouvrage paru en 2012, « questions idiotes et pertinentes sur le genre humain », (Albin Michel éditeur), il nous fait partager d’originales réflexions. lien

S’il est admis couramment qu’une petite partie des électeurs est fixé sur un choix mûrement réfléchi, il faut savoir que dans les derniers jours qui précèdent un suffrage, il reste au moins 20% de la population qui hésite encore.

Il serait fallacieux d’en déduire qu’au fond, 20 % d’indécis, ça ne fait pas une élection, et pourtant, quand l’on songe que, quasi régulièrement, l’élection se joue souvent à 49% contre 51%, ça n’est pas anodin.

Et les critères qui vont faire choisir tel ou tel candidat sont divers et variés.

Si, selon plusieurs études, la taille du candidat peut jouer, il n’en reste pas moins que ce n’est pas toujours celui qui est le plus grand qui gagne…Hollande, ou Sarközi ou Berlusconi, tous faisant 1,70 m ou moins, en sont entre autres la preuve flagrante.

Pourtant, grâce à des études menées entre 1789 et 2008, il apparaît que dans 58% des cas, ce sont les plus grands des candidats qui l’ont emporté.

Le visage du candidat peut être lui aussi déterminant.

D’après Antony C. Little, ce sont les gueules dites viriles, un peu le genre cow-boy, qui ont tendance à séduire l’électeur.

Cela viendrait du fait que les hommes qui ont ce type de morphologie possèdent généralement un taux élevé de testostérone. Ce type de visage est particulièrement apprécié en temps de guerre, car le besoin de leader est alors exacerbé, ce qui expliquerait le choix des électeurs américains, lors de la guerre d’Afghanistan, se portant plutôt sur Bush, aux dépens du démocrate John Kerry.

Et Fischetti d’en conclure qu’en période d’attentat, ce genre de candidat aurait plus de chances de l’emporter…

Mais le sociologue est allé plus loin, évoquant une étude menée par John Antonakis, spécialiste du comportement à l’université de Lausanne.

Ce dernier a présenté à de nombreux suisses des photos de candidats aux élections législatives françaises, en s’assurant qu’ils ne les connaissaient pas, et leur a demandé qui, selon eux, avait gagné.

Or uniquement en observant le visage des candidats, les Suisses ont identifié dans 72% des cas ceux qui l’avaient emporté. lien

Ce qui permet au chercheur d’en conclure que le jugement se serait fait aussi sur l’apparence physique du candidat.

Ce même Antonakis, en duo avec un autre chercheur, Olaf Dalgas, a mené une autre étude destinée aux enfants.

Ils ont demandé à 681 d’entre eux, « qui devrait être le capitaine d’un navire »… et là aussi, dans 71% des cas, c’est l’apparence physique du candidat qui a été déterminante.

Les sciences sociales nomment ce phénomène « l’effet Halo ». lien

D’ailleurs une autre enquête a été réalisée en 2009 par Jeremy Bailenson, de l’université de Stanford, travail qui a consisté à demander à des gens de juger des photos d’hommes (ou de femmes) politiques qu’ils ne connaissaient pas.

Certaines photos avaient été retouchées par ordinateur de façon à créer des ressemblances avec la personne appelée à porter un jugement.

Et ce sont les personnes qui représentaient une ressemblance avec lui, ou elle, qui ont été le mieux jugées. lien

L’aspect physique des candidats primerait dont sur leur programme, voire leur compétence à diriger un pays ?

Différentes études le confirment.

On peut lire sous la plume d’Asfané Sabouhi un article étayé de nombreux exemples affirmant que, selon 2 études menées aux Etats-Unis, un candidat en surpoids ou une candidate n’affichant aucun signe féminin réduisent leurs chances d’être élu.

C’est le Professeur Roehling, de l’université du Michigan qui a mené l’une d’entre elles, concluant qu’en cas de surpoids, les femmes sont pénalisées, recueillant moins de suffrages que leurs adversaires plus minces.

Quant à l’autre étude, elle a été menée entre 1998 et 2010, et a porté uniquement sur les candidates, faisant apparaitre qu’un maquillage soigné, le port de bijoux, voire la longueur des cheveux, sont des véritables facteurs prédictifs de succès électoral. lien

Au-delà de ces supputations qui peuvent interroger sur notre système électoral, il n’en reste pas moins que ces théories peuvent être battues en brèche si l’on veut bien s’interroger sur « la séduction physique » d’un Trump… d’une Merkel… et de quelques autres.

En effet, affirmer que TrumpThatcher, ou Merkel… seraient des canons de beauté serait s’aventurer en terrain délicat, et pourtant ils ont bien été élus.

Par contre, Marine Le Pen, n’a toujours pas été portée au poste suprême… et elle n’est pas éligible au titre de « miss France ».

Mais ce n’est pas tout, comme les mots ont un sens, le seul fait de se placer à gauche de l’échiquier est dévalorisant pour le candidat.

En effet, le mot « gauche » est étymologiquement pénalisant… être gauche, c’est être maladroit… peu habile, on est dans le droit fil de ce qui se dénomme « maladresse »…alors qu’au contraire le mot « droite », est valorisant, faisant appel aux notions de « droiture »…à la dextérité.

En anglais, gauche signifie « socialement inadapté »… en italien, c’est aussi « être fourbe »… et chez nos voisins teutons, droite est synonyme de « vrai, bon, juste »… lien

Pourtant, d’après les politologues, alors que la droite défend des valeurs conservatrices, basées sur l’ordre, et la défense des libertés individuelles, la gauche fait la promotion de la liberté, de l’égalité, du progrès social, et de la solidarité.

Le candidat qui va donc se présenter comme situer à gauche de l’échiquier politique part donc avec un certain handicap.

Est-ce ce qui a fait choisir au président actuel le fameux concept « en même temps »… sous-entendu, ni de gauche, ni de droite ?

Mais revenons aux indécis du dernier moment…

Le fameux débat du second tour est lui aussi déterminant.

Il est souvent loin d’opposer un programme contre un autre, et la langue de bois s’invite plus souvent qu’à son tour.

Ce débat consiste le plus souvent à ce qu’un candidat fait tout son possible pour déstabiliser l’autre.

Ainsi le succès de Macron contre Le Pen est probablement dû à une manœuvre habile : Macron ayant fait courir le bruit que si Le Pen l’agressait trop violemment, il quitterait le plateau…(lien) message bien entendu par la candidate d’extrême droite qui s’est couverte de ridicule en agressant, en vain, son opposant, lequel restant serein reprochait à son opposante de ne pas avoir potassé ses sujets…lien

On se souvient aussi du débat opposant Mitterrand et Chirac, le premier s’adressant à l’autre en le qualifiant de « Monsieur le 1er Ministre », déclenchant en vain l’ire de Chiraclien

Et quid du débat opposant Sarkozy à Royal, cette dernière perdant son sang-froid avec le célèbre « non je ne me calmerai pas ». lien

Tout se jouerait-il donc sur d’une part le physique du candidat, son aptitude à mener un débat, son habileté à manier la langue de bois ?… sur les moyens financiers à sa disposition afin de construire sa propagande, et non pas sur le programme qu’il veut mettre en œuvre ?…

Faut-il pour autant se rassurer en continuant de penser que les électeurs sont toujours perspicaces, ou s’inquiéter de leur jugement ?

La démocratie est-elle morte pour autant ?…

Peut-être pas, mais il est certain que cette démocratie a du plomb dans l’aile, car comme l’a écrit Noam Chomsky « la propagande est à la démocratie ce que la matraque est à la dictature  ».

Devant un gouvernement qui semble décidé à mener la vie dure à tout le service public, lui imposant une rentabilité discutable, la « réforme des retraites pourrait être la goutte d’eau qui fera déborder le vase, et il est logique dès lors que le peuple descende dans la rue, lorsqu’il comprend qu’il se fait confisquer le pouvoir, comme il pourrait le démontrer le 5 décembre prochain.

Comme le dit mon vieil ami africain : « le malheur est l’école de la sagesse  ».

L’image illustrant l’article vient de wakeupinfo.

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

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