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La règle du capitalisme actuel

Volkswagen? Pas une exception, mais la règle du capitalisme actuel

VW

Le capitalisme doit redevenir l’affaire de tous car il est aux mains d’une infime minorité qui est aux commandes. Un glissement imperceptible s’est déroulé depuis le début des années 80: le pouvoir de l’argent étant passé des mains des capitaines d’industrie à ceux de la haute finance. Ce faisant, l’oligarchie financière a progressivement étendu sa domination pour finir, vers le milieu des années 2000, par régner sur l’ensemble de l’économie réelle qui en est devenue totalement accro, via le levier de la financiarisation. Cette sophistication ultime de la finance (ayant accouché de la crise des subprimes dès 2007) a su se rendre indispensable à l’économie en l’arrosant de liquidités. L’ensemble des entreprises et des acteurs économiques a dès lors adopté le marché comme référence suprême sans se rendre compte que cette financiarisation revenait en fait à une monopolisation accrue des pouvoirs. Pouvoirs qui étaient imperceptiblement passés depuis les mains des capitaines d’industrie et des entrepreneurs (qui avaient au moins le mérite d’être familiers avec leurs ouvriers et avec leur production) entre les mains d’une élite de financiers. La tradition entrepreneuriale avait jusque-là réellement créé une valeur ajoutée pour notre société. Et les révolutions technologiques laissé une marque profonde pour avoir constitué les authentiques forces motrices ayant autorisé prospérité des sociétés et réalisation de l’individu. En effet, le profit n’avait jamais été qu’un instrument pour ces entreprises et non le but ultime comme il l’est pour la finance, car il était constamment réinvesti, certes dans l’intérêt de ces entrepreneurs, mais également de toute la chaîne humaine qui y participait.

Aujourd’hui, le profit est l’horizon unique de cette financiarisation qui a tout contaminé sur son passage et qui ne considère désormais les entreprises que comme un levier à profits, ou une machine à sous dans un casino planétaire qui achète, qui vend des entreprises, qui embauche et qui licencie des salariés, avec pour seuls critères les bénéfices escomptés. La dichotomie entre industrie et finance a en effet totalement disparu. Le scandale tout récent de Volkswagen achève, si besoin est, de nous convaincre que la production n’est finalement qu’un accessoire, tout juste bon pour justifier et pour alimenter un secteur financier qui s’avère bien plus lucratif que les activités traditionnelles. Le mélange des genres est donc devenu global, intégralement en faveur de la finance et au mépris de tout intérêt commercial et de toute stratégie industrielle. C’est l’ensemble du spectre qui se retrouve aujourd’hui contaminé par la financiarisation: l’énergie, l’immobilier, les denrées alimentaires. Toutes les facettes de l’activité économique se retrouvent ainsi enchevêtrées dans une toile complexe tissée par la financiarisation. Du reste, les domaines d’activités n’importent nullement à cette financiarisation capable de sévir aujourd’hui sur un secteur donné pour l’abandonner sans crier gare au profit de placements en faveur d’un autre plus rentable. Le seul et unique objectif étant de dégager dans les meilleurs délais des bénéfices sonnants et trébuchants : telle est en effet la spécialisation ultime à l’exclusion de toute autre.

Organiser le sous-effectif, négliger les conditions de travail, moderniser à reculons l’outil de production, telles sont donc devenues les lignes de conduite des gestionnaires de ces entreprises modernes, désormais sous le joug des financiers. Cet objectif unique du profit, érigé au rang de religion pragmatique, a défini de nouveaux codes dont l’ensemble de la société doit s’imprégner et s’inspirer. Voilà pourquoi l’Allemagne se focalise entièrement sur les gains de productivité comme seul et unique moyen pour résorber les déficits. Comme les seules améliorations tolérées sont celles qui touchent à la productivité, tous les critères, toute optimisation et toute recherche de solutions sont scrutés et décortiqués à l’aune de la productivité. Ce mépris suprême de la valeur travail que nous acceptons tous dans l’intérêt des gonflements des revenus spéculatifs n’est-il pas la marque de la décadence de notre civilisation ? À l’aide de ses produits toujours plus sophistiqués, la finance a fait main basse sur le management comme sur l’outil de travail, considérés dès lors comme une simple variable négociable à la hausse ou à la baisse, selon les besoins et les profits du moment. Le travail est devenu une simple denrée, une vulgaire matière première, privée de toute considération morale et même humaine. De fait, les entreprises qui licencient sont quasiment toujours récompensées par les marchés via une augmentation de leur titre en bourse tandis que, parallèlement, celles qui embauchent courent le risque d’être jugées avec grande circonspection par l’armada des analystes financiers confortablement installés dans leur fauteuil.

De la pression intense exercée sur leurs salariés (à tous les niveaux de la hiérarchie) pour atteindre et dépasser les objectifs, au stress permanent auquel sont soumises les directions générales quant à l’évolution du cours en bourse de la société qui les emploie. Des retours sur investissements, des chiffres relatifs à leurs ventes nationales et internationales à leurs économies de fonctionnement. Les violations de la loi et la corruption semblent faire aujourd’hui partie des règles du jeu de ces entreprises et du monde de la finance, seulement préoccupés par réaliser de bons chiffres, dépasser les concurrents, conquérir de nouveaux marchés et clients jusqu’à ce que certains se fassent «pincer». Allègrement piétinées, l’éthique et la morale sont priées de s’éclipser face aux promotions, aux bonus, aux comptes et aux rapports falsifiés. Volkswagen ne constitue à cet égard qu’une péripétie supplémentaire sur un long chemin de corruption et de scandales ayant touché (depuis une petite quinzaine d’années) Worldcom, News Corp ou Wal Mart… C’est donc l’ensemble du spectre du monde du travail (et pas seulement la finance) qui se retrouve infecté par le conflit d’intérêt, par la comptabilité frauduleuse, par les fausses déclarations et par les atteintes à la vie privée. Le capitalisme moderne est-il donc condamné à générer des monstres ? Milton Friedman affirmait que le capitalisme est la liberté. Certes, à condition que cette liberté reste l’apanage d’une infime minorité qui coexiste à côté et au-dessus d’un océan de serfs.

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