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Nous sommes devant un cas de tromperie manifeste du consommateur et de dommage à l’environnement

Volkswagen : la fin d’une réputation ?

« Nous sommes devant un cas de tromperie manifeste du consommateur et de dommage à l’environnement. » (Jochen Flasbarth, Secrétaire d’État à l’Environnement, à la protection de la nature, à la construction et à la sûreté nucléaire de la République fédérale d’Allemagne, le 21 septembre 2015).

Les publicités à la télévision m’exaspèrent souvent, notamment celles vantant du parfum ou des voitures. Celles de Volkswagen m’agacent plus particulièrement car elles se finissent toujours par ces petits mots, sur fond noir : « Das Auto ». Comme si les autres marques n’étaient pas des automobiles. Et surtout, en allemand, ce qui, selon moi, contribue en France à nourrir un sentiment de germanophobie qui ne devrait pas exister. L’arrogance industrielle allemande, en somme. En 2012, le constructeur allemand avait dépensé 245 millions d’euros en publicité (le budget le plus élevé de l’industrie automobile allemande).

Quand on voudrait acheter une grosse voiture, on achèterait allemand, cela devrait être automatique, selon ce genre de message publicitaire. Et visiblement, en France, l’idée est bien ancrée. Il suffit de rouler sur les autoroutes de France pour voir le nombre de grosses cylindrées de marque allemande immatriculées en France.

Le début de la fin ? Le 21 septembre 2015 a été un lundi noir pour la marque allemande. L’action Volkswagen a chuté à 133,70 euros, c’est-à-dire qu’elle a perdu 17,14% de sa valeur à la clôture de la Bourse de Francfort. Cela correspond à une perte sèche de près de 14 milliards d’euros de capitalisation boursière ! En trois mois, le titre a chuté de 34%.

Le groupe VW a vendu en 2013 pour un CA de 197 milliards d’euros, avec un résultat opérationnel de 9,8 milliards d’euros. Il emploie 570 000 salariés dont 23 000 nouveaux emplois en 2013. Dans ses 106 sites de production au monde, il a produit 9,728 millions de véhicules en 2013, dont 2,458 millions fabriquées en Allemagne. 100 nouveaux modèles sur ses douze marques ont été lancés ces deux dernières années et 11 milliards d’euros ont été investis en recherche et développement et dans les usines.

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La cause de ce krach automobile ? Les accusations de fraude aux États-Unis contre le constructeur allemand. Selon ces accusations, Volkswagen aurait délibérément escroqué les tests anti-pollution de 500 000 véhicules diesel exportés aux États-Unis (y compris de la marque Audi). Le constructeur a d’ailleurs reconnu qu’il avait manipulé les données sur les émissions polluantes pour contourner la législation américaine, au moyen d’un logiciel très subtil. Le porte-parole du constructeur a expliqué : « Nous avons reconnu les faits devant les autorités. Les accusations sont justifiées. Nous collaborons activement. ». Le verbe « collaborons » est peut-être maladroit…

On imagine sans peine que la justice américaine sera intraitable en s’occupant de cette affaire, et que Volkswagen devra à terme payer une très lourde amende (de plusieurs milliards de dollars).

L’objectif du groupe Volkswagen était de devenir en 2018 le premier constructeur automobile au monde, avec une marge de 8%. Les États-Unis restaient encore le point faible de son marché. Son objectif était d’y vendre 1 million de véhicules pour 2018 et en finir avec un marché de niches (avec Audi et Porsche).

En Allemagne, cette arnaque à grande échelle est unanimement condamnée au point que certains réclament déjà la démission du PDG de Volkswagen, Martin Winterkorn (68 ans), patron depuis le 1er janvier 2007 et docteur en métallurgie et physique des métaux de l’Institut Max-Planck (en 1977). On comprend que cette divulgation a de quoi choquer les Allemands qui voyaient dans Volkswagen l’un des fleurons de la réussite économique de l’Allemagne.

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Ce scandale va profondément entamer la confiance que les consommateurs pourraient avoir de la marque Volkswagen qui était jusque là la fierté de l’Allemagne à l’industrie victorieuse. Une réputation basée sur la qualité et aussi (il ne faut pas rire) sur ses préoccupations environnementales.

Le président du groupe parlementaire CSU au Bundestag, Max Straubinger, a déjà compris les risques économiques d’une telle affaire : « C’est un dommage énorme pour l’industrie allemande. La perte de prestige est une catastrophe pour l’entreprise comme pour l’ensemble de l’industrie automobile. » tandis que le numéro deux du gouvernement, Sigmar Gabriel (SPD), Vice-Chancelier et Ministre de l’Économie, en est resté stupéfait : « Il s’agit d’un incident très grave. Chacun peut comprendre que nous nous faisons beaucoup de soucis pour la réputation de toute l’industrie automobile allemande, considérée avec raison comme excellente. ».

Le « avec raison » n’est peut-être plus justifié, justement. La justice allemande est d’ailleurs en train de réfléchir pour savoir si une instruction judiciaire pourrait également s’ouvrir en Allemagne, car la fraude pourrait avoir pour origine l’usine de Wolfsburg, au siège de Volkswagen.

Certains en Allemagne et aux États-Unis soupçonnent d’autres constructeurs automobiles d’une même escroquerie aux contrôles des émissions de gaz polluants par le même type de logiciel trompeur.

En quelques sortes, Volkswagen aurait même intérêt à ce qu’il ne fût pas seul dans la fraude et que ce scandale rejaillisse sur toute l’industrie automobile mondiale.

Pour l’heure, et sous réserve que les concurrents ne soient pas eux-mêmes impliqués dans la même escroquerie, Volkswagen a de quoi s’inquiéter pour son avenir économique. Le point fort de sa politique commerciale risque bien de devenir un handicap lourd. Celui d’une qualité bidonnée et trompeuse. Peut-être est-ce le moment pour Peugeot d’en profiter pour se repositionner sur le marché et devenir un constructeur de véhicules à haute valeur ajoutée reconnu et réputé ? Autrement que la « French touch » de Renault…

Sylvain Rakotoarison (22 septembre 2015

NDLR:  Image à la une:   Salle des Géants, scène dite « La Chute des Géants » et détail, 1530 – après 1534, Jules Romain, (Mantoue, Palazzo Té)

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3 Commentaire

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    ils ont un nouveau slogan

    au lieu de DAS AUTO

    https://ideasinspiringinnovation.files.wordpress.com/2011/03/tagline_vw_das-auto_de-1.jpg

    ils ont maintenant

    DER BETRUG
    http://economie.fgov.be/de/consommateurs/Betruegereien/LL_betrug/

    c’est simple, on n’a qu’à s’y faire… et ne plus utiliser que celui-là.

    Cela fait des années que les magazines spécialisés dénoncent les tests maisons des bagnoles…

    la aussi der betrug

    http://en-voiture.blog.leparisien.fr/archive/2013/01/22/la-fiabilite-des-voitures-allemandes-un-mythe-qui-s-ecroule.html

    http://s1.dmcdn.net/EQnNu/1280×720-7e1.jpg

  2. avatar

    La tricherie est de taille car elle s’est faite en plusieurs étapes… Volkswagen a délibérément choisi de poursuivre dans cette voie, puisque la compagnie avait été forcée de rappeler ses véhicules en décembre 2014 et n’a pas apporté les correctifs demandés, s’en remettant une fois de plus au dispositif qui permettait de tromper les tests.

    On sait aujourd’hui que les correctifs nécessaires auraient eu des conséquences financières énormes pour Volkswagen, les moteurs et autres pièces étant en cause. Volkswagen a donc délibérément trompé les autorités américaines plus d’une fois. Voyant que les agences américaines menaçaient de lui retirer la certification pour les véhicules diesel 2016, la compagnie Volkswagen est passée aux aveux.

    En fait ici, c’est plutôt la pointe de l’iceberg à mon avis. La conclusion de l’histoire (les aveux) ne cadre pas avec tout le scénario. Comment penser que pour empêcher la non certification des véhicules 2016 aux USA, Volkswagen ait jugé préférable de se saboter mondialement par une telle révélation? La compagnie sabotait du même coup la cuvée 2016 à l’international (que cette dernière présente ou non la même anomalie). Bien sûr elle n’aurait fait que retarder le scandale car d’autres pays se seraient penchés sur l’interdiction visant Volkswagen aux USA. Pourquoi avoir gagné du temps avec ce récent rappel dont elle a aussi déjoué les règles et ne pas chercher à en gagner maintenant, en présumant que son souhait devait être de régler définitivement ce scandale qui couvait maintenant qu’elle ne pouvait plus échapper à ses responsabilités, soit en passant par un second rappel et en acceptant que soit mise sur la glace la certification aux USA tant que cette fois le problème ne serait pas réellement corrigé ? On est forcé de penser que le problème est mondial et qu’elle savait qu’elle ne pourrait plus compter sur la conformité de ses véhicules ailleurs aussi pour lui assurer un certain soutien, une certaine couverture aussi.

    A moins qu’elle ait calculé qu’il valait mieux faire l’annonce de sa tricherie qui allait tout de même lui faire subir d’énormes pertes sur la vente des véhicules 2016 (dans l’optique qu’ils ne présentent pas la même anomalie), car ces véhicules étant déjà produits, il était préférable de pouvoir les écouler tout de même que de les voir se faire refuser une certification?

    Peut-être aussi est-ce pour limiter les poursuites des concessionnaires à son égard, ceux-ci se retrouvant sans véhicules à vendre en l’absence d’une telle certification… Il semble qu’en catastrophe Volkswagen ait donc choisi d’annoncer la tricherie. Mais est-ce bien tout ?

    L’autre chose à considérer est la dynamique financière. Volkswagen était en mesure de juger l’ampleur de sa responsabilité financière. Il y aura assurément des recours collectifs des usagers ainsi que des concessionnaires. Et l’histoire déborde mondialement. Il serait étonnant que les normes soient respectées à certains endroits et d’autres pas (surtout aux USA qui aurait dû être ceux à qui éviter de déplaire). Tant d’actionnaires (de gestionnaires de fonds publics aussi) font face au gouffre financier prévisible qu’agir pour que l’onde de choc soit la plus puissante possible crée l’obligation de renflouer un bateau prêt à couler. Il ne serait pas étonnant que Volkswagen bénéficie de soutiens financiers extraordinaires (pour éviter plus de dégâts) par ceux qu’elle entraînerait sinon assurément dans sa chute. Ainsi, que la compagnie ait mis sa tête sur le billot de façon aussi inattendue tend à prouver qu’elle ne pouvait plus que compter sur un énorme scandale pour sauver ce qui peut être sauvé. Quant aux actionnaires, peut-être verront-ils la nécessité de se demander si on n’avait pas choisi ainsi une façon de rafler leurs mises pour préparer les mauvais jours qu’eux ignoraient être à l’horizon… Un audit permettrait peut-être de découvrir que le scandale arrivait au bon moment et que l’entreprise quant à elle a bénéficié de décembre 2014 à ce jour pour annoncer: rien ne va plus, temps qui a pu lui servir à préparer le pack de survie à la tempête.

    Il faut chercher à voir pourquoi Volkswagen a délibérément décidé de ne pas se conformer (le défaut toucherait les voitures depuis 2009). Les coûts bien sûr… mais encore ? Il est peut-être plus question d’assurer des bénéfices en hausse constante que d’augmenter les coûts de production ayant pour effet de diminuer les bénéfices aux actionnaires. La compétitivité du marché n’est probablement même pas en cause dans toute cette tricherie puisque des fabricants arrivent à répondre aux normes du marché mais aussi à dégager suffisamment de profit pour faire vivre l’entreprise. Il y a ici des odeurs de profits facilement réalisés… les actionnaires sont-ils au courant de cette plus-value ou ont-ils été bernés eux aussi ? Il pourrait s’agir d’une fraude à l’interne doublée d’une tricherie mondiale. A ce stade, savoir qu’il y a fraude ne fait pas une énorme différence, car il faut partir du principe qu’une majorité d’actionnaires se retrouvent floués peu importe pourquoi. Une fraude par contre aurait comme conséquences des accusations criminelles et des recours exceptionnels envers les fraudeurs.

    Qui paiera ultimement les pots cassés ? voulons-nous vraiment la réponse ? Austérité un jour… austérité toujours.

    Extrait d’un article sur le déroulement des événements qui ont conduit au scandale:
    http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2015/09/22/001-volkswagen-origine-scandale-diesel-ong.shtml

    « Le début de la fin

    En mai 2014, l’ONG a alerté l’agence américaine de protection de l’environnement et l’agence californienne de protection de l’environnement (California Air Resources Board), qui ont aussitôt ouvert une enquête. Les agences ont également entamé des discussions avec Volkswagen.

    Le constructeur a effectué de nouveaux tests pour ses véhicules et a proposé un correctif. Le constructeur a attribué les émissions excédentaires à des problèmes techniques et aux conditions inattendues qui pouvaient se présenter lors d’essais sur route. En décembre, tous les véhicules diesel américains produits entre 2009 et 2014 ont été rappelés pour y installer le correctif.

    Le gouvernement de la Californie a effectué une nouvelle étude en conditions réelles, en mai 2015. Résultat : les émissions étaient encore supérieures aux limites. Le gouvernement fédéral américain et Volkswagen ont été mis au courant.

    Mais c’est seulement quand les agences américaines ont menacé de retirer leur certification aux modèles diesel 2016 que le constructeur a admis l’existence du logiciel qui limitait la libération de gaz polluants seulement lorsque le véhicule passait des tests sur ses émissions. »

  3. avatar

    Personnellement, je pense qu’oil n’y a pas que Wolkwagen qui ait mis ça en place…

    Un logiciel, je ne suis pas persuadé qu’il ait été fait maison… et il a très bien pu être vendu à d’autres…

    tous les magazines spécialisés ont toujours critiqué la CONSOMMATION donnée par TOUS les constructeurs : il doit bien y avoir une raison à cela….

    on affiche MOINS au tableau de bord que ce qu’on consomme vraiment : et ça c’est un logiciel qui peut le faire… toutes les consommations moyennes données sont FAUSSES.

    à mon avis, c’est tout sauf un cas isolé…

    L’industrie pétrolière a pourri cette planète, et en ce moment ça s’accélère avec le fraking générateur de tremblement de terre mais qui permet aux USA de devenir bon producteur..

    le pays le plus mal emmanché dans le genre étant le Venezuela : il est assis sur la plus grosse réserve mondiale, mais son pétrole est du pétrole LOURD qui est difficile à faire remonter. Les Venezueliens n’ont pas développé de technicité permettant de le faire, c’est leur erreur fondamentale, plus une gestgion calamiteuse de leurs plateformes de forages, de vieilles qui sont dangereuses. Résultat, il n’en vend pas assez… et l’exploitation américaine de pétrole bitumeux est en train de le RUINER. Maduro n’a plus un sou en caisse… (dans quoi peut-il en trouver, çà vous d »imaginer….) Les USA peuvent pavoiser : le régime va tomber tout seul. Sans intervention tordue de la CIA.