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Volks Populi, Vox Dei

Oui, la voiture du peuple. C?est bien ce que voulut en faire Hitler?

***

Apr?s un voyage qui dura un an, Dan descendit la c?te Ouest am?ricaine, fila vers le Mexique et l?Am?rique du Sud. Puis en revenant, passant ? Vancouver, il s?acheta une Volkswagen.

Il arriva avec son amour et ils se planqu?rent tous les deux dans un petit village perdu au fond des bois. L? o? il n?y a pas d?asphalte. Mais de la poussi?re qui retourne ? la poussi?re.

Je l?avais connu ? 16 ans. Sa m?re l?avait v?tu comme les lys des champs, et il promenait son violon, lui, cravat? quand il entrait dans la salle de quilles. C?est l?, qu?un jour, nous avons parl? musique. Et c?est l? que tout a commenc?? Une belle amiti?. Je distingue deux sortes d?amiti?s?: celle des circonstances fragiles et ?ph?m?res , celle des amours qui n?ont rien ? voir avec le sexe, mais celle des ??mes.

T?tu, il troqua son violon contre une guitare.

Et nous pass?mes 3 ann?es ? jouer, ? bourlinguer, ? se chercher.

Il fit sa route, et moi la mienne?

Il est mort ? 49 ans, des suites d?une vie ? la ???Jack Kerouac??? Il ne comptait ni les bi?res, ni son amour de la bouffe, ni le collier de femmes qu?il avait rencontr?es et s?duites.

La vie ?tait une f?te?

Les angoiss?s se rongent les ongles. Lui, n?en avait jamais. Il ?tudia la philosophie pour comprendre le ??monde??, mais il pr?f?ra l?intensit? ? la dur?e.

***

Comme disait Le Cl?zio?: ??C??tait pendant la canicule?.(Le proc?s-verbal ) , et la poussi?re envahissait la Volks. 1974. Il sortit un sac de sac de pot derri?re le banc, derri?re lui. Pas un petit sac. Un sac vert ? ordures. Du pot qu?il avait lui-m?me cultiv?.

Nous ?tions quatre dans la Volks. L?un prit un bout de papier et roula un joint. Je n?avais jamais ?t? amateur de drogue, et je pense que celui-l?, bien faiblard, me d?couragea. Je pr?f?rais la lucidit??

C??tait au temps o? l?ambition ?tait d??tre pauvre et mal v?tu. Je passais sans doute troisi?me.

Quand il me fit faire le tour de ses ??amis?? du village, ce fut un choc. Tous ces gens venus de la ville avaient achet? des maisons et des terres abandonn?es. Ils se promenaient ? cheval dans le village, au grand d?sespoir de ceux qui avaient ?chapp? ? la mis?re des petites terres en Qu?bec. Temps de Duplessis, tant de religion, temps du petit pain.

Ils ?levaient des poules, semaient un jardin, et s?arrangeaient pour vivre libres, dans des maisons anciennes, de bardeau noirci, les murs un peu pench?s, et les herbes folles m?l?es au chiendent et aux marguerites ballant aux vents. Rien ? couper. Pas de gazon, pas de produits chimiques, pas de tondeuse. Rien que la valse des odeurs dans les champs s?ch?s. Les pousses rud?rales alentours des vieux b?timents?

Mais c??tait le temps des r?ves.

Ils ?taient tous philosophes, artistes,? ou, encore mieux, artisans. Ils s?adonnaient au troc? Ils pr?f?raient tous ne pas travailler. Instrument de torture?: trepalium.

Les dessins avaient l?air d??uvre d?araign?es pomp?es au LSD.

Leurs cheveux ressemblaient ? l?herbe derri?re les maisons?: s?che, sans coupure, imparfaite, longue.

***

La maison lou?e ?tait situ?e aux abords d?un lac. Le lendemain, ce fut la baignade ? nu. Telle ?tait la coutume. J??tais d?contenanc?. J?arrivais d?Ottawa et il n?y avait rien de semblable?: des soldats, des fonctionnaires, des rues vides. Mais ici et maintenant, on entendait le chant des grillons le soir qui r?p?taient avec nous, pendant que nous jouions de la guitare.

Ce n??tait pas qu?un monde, mais une pi?ce de th??tre. Je fis connaissance de J., une jeune femme ?dent?e, tra?nant ses deux marmots, vivant ici et l? de la charit? des autres. Elle filait dans les champs, nue, avec ses deux marmots de 4 et 5 ans, pour se jeter ? l?eau chaque matin. Mince, le corps cuivr? par le soleil, elle passait comme sous un stroboscope ? travers les arbres qui crachait ses pans de lumi?re selon la danse des feuilles. Mais le plus ?tonnant, en cette fin de journ?e, fut celui o? elle choisit de vivre pour quelques semaines?: un vieux poulailler abandonn?.

Les poules avaient depuis longtemps quitt? le poulailler. Pas d?odeur, sauf celui de la paille s?che en dormance sur le plancher accident?.

Elle y passa deux semaines.

***

C??tait le temps des fleurs

On ignorait la peur?

Les lendemains avaient un go?t de miel?

 

??Le syst?me va exploser??.

Dan avait toujours cette phrase en t?te et en bouche. Comme si la soci?t? ?tait en train de prendre une route dont il ne voulait pas.

Apr?s avoir ?tudi? en philosophie, il d?cida de simplifier sa vie. Alors, il s?acheta une vieille maison dans les Cantons de l?Est et travailla dans un atelier de fabrication de guitares.

La derni?re fois que nous nous sommes rencontr?s, il amassait les pi?ces d?fectueuses pour chauffer sa maison? et fabriquer la guitare de ses r?ves en prenant ce qu?il y avait de meilleur.

Miller avait dit?: ??Le jour o? je rencontrerai Dieu, je lui cracherai au visage??.

Ce n?est pas tant au visage de ??dieu?? que nous en voulions, mais ? la tendance qui se d?coupait ? l??poque.

Personne n?en voulait.

Il resta ceux qui se convertirent au ??syst?me?? et ceux qui d?c?d?rent jeunes. Pas tant par le d?sir de mourir que la clairvoyance de l?abandon d?un ?tre supr?me. Ils aspiraient tous ? une soci?t? respectueuse de la Vie.

Les dieux, c??taient eux.

Et peut-?tre avaient-ils raison.

Dans le cirque n?buleux et incompr?hensible de la vie ? malgr? ceux qui se targuent d?avoir compris ? il demeurait cette certitude de la faillibilit? de cette existence. En m?me temps, on reconnaissait une sorte d??ternit? ? travers les ?ges, les modes, les r?sistances et le triste constat?:

Quand nous roulions, et que chacun voulait fumer un peu d?herbe, boire, regarder la ??direction?? de ce monde qui venait de passer au travers de la guerre ??froide??, l?art ?tait devenu ? et l?artisanat encore plus ? le moyen d??tre, par observation, la m?me chose que l?arri?re cour tout en friche.

On avait compris une chose?:

Il n?y avait pas de diff?rence entre la mouche qui s??crasait sur le pare-brise de la voiture et nos vies.

Alors, par un matin de juillet, alors qu?apr?s une longue absence, nous avions d?cid? de nous rencontrer, quelques heures avant le d?part je re?us un coup de t?l?phone?: Dan ?tait d?c?d?, t?t le matin, devant? l??vier de la salle de bain, victime d?une embolie c?r?brale.

Un fait divers, en plein ?t??

***

Depuis son d?part, je constate qu?il avait raison?: ??Le syst?me va exploser??.

Je pense avoir compris pourquoi? Il va exploser parce que les ?leveurs de pelouse vous vendent de la pelouse en lani?re, et des produits chimiques pour la garder verte et bien distante de ce qui existe dans la nature.

Oui, ce n??tait en rien conformiste.

Mais la v?ritable r?volution est sans doute de cesser de l??tre?

 

Ga?tan Pelletier

29 ao?t 2012

 

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