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Vladimir Poutine: Vérité remastérisée, ignorance ou perte de mémoire ?

Dans une vidéo de janvier 2015, à propos de terrorisme et du rôle des Etats-Unis, Vladimir Poutine, par souci de démontrer la mansuétude dont il faisait preuve envers les Etats-Unis, et ce malgré les crimes qu’il pouvait leur reprocher, a fait la déclaration suivante (2,15 à 2,55), laquelle rend les Etats-Unis d’autant plus indignes à ses yeux:

« Ils ont jadis parrainé des mouvements islamistes extrémistes pour combattre l’Union Soviétique. Ces groupes se sont formés au combat et aguerris en Afghanistan et ont plus tard donné naissance aux Talibans et à Al-Qaida. L’Occident les a sinon soutenus, du moins a fermé les yeux sur cela, et, je dirais, a fourni un soutien politique et financier à l’invasion de la Russie et des pays de la région d’Asie centrale par les terroristes internationaux. Nous ne l’avons pas oublié.

C’est seulement après que des attaques terroristes horribles aient été commises sur le sol américain lui-même que les Etats-Unis ont pris conscience de la menace collective du terrorisme.

Permettez-moi de vous rappeler que nous avons été le premier pays à soutenir le peuple américain à l’époque, le premier à réagir comme des amis et partenaires après la terrible tragédie du 11 septembre. »


« Permettez-moi de vous rappeler … » a-t-il dit.  Il faudrait bien que 14 ans plus tard, Vladimir Poutine fasse devoir de renseignements et possiblement d’humilité et revoie l’histoire d’un Canada qui a accueilli tous les avions incapables de se poser aux Etats-Unis ce jour-là (l’espace aérien ayant été fermé), lesquels avions n’avaient plus assez de carburant pour rebrousser chemin… le tout ayant débuté pendant que les événements continuaient de se dérouler à New-York et en Pennsylvanie.

Le Canada n’avait aucune garantie que dans ces avions ne se trouvaient pas d’autres terroristes, ni même que l’un d’eux n’était pas sur le point de diriger un avion sur une cible.  Si tel avait été le cas, c’est le Canada qui aurait subi un attentat alors qu’il n’était pas visé au départ…  Malgré les événements en cours, il a cependant ouvert son espace aérien, afin que 255 avions (un total de plus de 33,000 passagers) qui avaient pour destination les Etats-Unis, puissent se poser.  Les passagers ont dû demeurer au Canada quelques jours, le temps qu’il y ait bien sûr des vérifications mais aussi que les Etats-Unis ouvrent à nouveau leur espace aérien.  Le Canada a de plus aidé tous les passagers qui ne souhaitaient plus se rendre aux Etats-Unis à retourner dans leur pays.

C’était un pan d’histoire …. 100% vraie celle-ci.  Le Canada a donc été le premier à réagir et à porter secours (le Québec, Terre-Neuve et l’Ontario particulièrement puisqu’ils sont situés plus près de New-York), n’en déplaise à M. Poutine.  Il faut rendre à César ce qui est à César et ici César était canadien.

 

Article paru dans Le Soleil (La Presse.ca) le 7 septembre 2011 et qui relate les événements tels que le Canada les a vécus…

Le titre de l’article:
David Collenette, le ministre qui a vidé le ciel

(Québec) On ne fait pas de politique pendant 30 ans sans développer un certain flair. Et, en ce matin du 11 septembre 2001, David Collenette sent bien qu’il perd l’attention de son auditoire.

Là-bas, dans le fond de la salle du Palais des congrès de Montréal, où se tient par un hasard vertigineux l’assemblée réunissant les pdg des principaux aéroports du monde, des participants parlent entre eux et ne prêtent plus attention à leur hôte, le ministre fédéral des Transports.

Mauvais discours, se dit-il. Jusqu’à ce qu’un de ses adjoints lui fasse glisser une note sur le lutrin. «Achevez votre allocution. Une tragédie s’est produite. Et ne prenez pas de questions!»

Fin du discours «ennuyant», mais le ministre n’a pas le choix. S’il évite de parler aux congressistes, il est prévu qu’il rencontre les journalistes. «Le pire point de presse de ma vie», se souvient-il aujourd’hui. La rumeur court : un petit avion a heurté un gratte-ciel à New York. Heure de l’impact : 8h46.

«Tous les journalistes se doutaient qu’il se passait quelque chose de gros. Mon instinct me disait que c’était gros : les avions ne [percutent] pas les buildings à New York!»

«C’est noir de journalistes», se remémore son sous-ministre adjoint, Louis Ranger. David Collenette commence à répondre. Accident terrible, débite-t-il. Puis il ajoute que «si c’est un attentat terroriste, c’est épouvantable».

Louis Ranger sursaute en entendant son patron évoquer une hypothèse tellement invraisemblable. Il prend amicalement le ministre par les épaules et l’entraîne hors du point de presse.

David Collenette se trouve maintenant dans le long escalier roulant qui amène les visiteurs hors du Palais des congrès. Le sous-ministre Ranger est à son cellulaire. «Un [autre] avion a frappé l’autre tour [du World Trade Center, à 9h03, précisément]. Et on confirme que ce sont deux [Boeing] 767», se rappelle avoir entendu le politicien.

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David Collenette, ministre fédéral des Transports, en 2001

ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Opération sans précédent

C’est à partir d’une minifourgonnette que le ministre décidera d’une opération sans précédent dans l’histoire de l’aviation civile canadienne

Il n’est plus question de prendre un vol pour Toronto. Le ministre, Louis Ranger et l’attachée politique Marie-Hélène Lévesque retournent en toute urgence à Ottawa. Ils grimpent à bord d’une minifourgonnette de Transports Canada.

Ils ont deux heures et demie de route devant eux – «le trafic est aussi pire qu’à Toronto», nous signale M. Collenette. Ils ont trois téléphones cellulaires. Et c’est à partir d’une Dodge Caravan que le ministre décidera d’une opération sans précédent dans l’histoire de l’aviation civile canadienne, sans autorisation de son gouvernement, pas même du premier ministre Jean Chrétien.

Le ciel de l’Atlantique Nord est l’autoroute aérienne la plus fréquentée du monde. Lorsque les kamikazes lancent les gros porteurs sur les tours jumelles du WTC de New York, il y a exactement 494 appareils en provenance de l’Europe ou de l’Afrique.

Une des premières nouvelles qui rattrapent la minifourgonnette, c’est la décision de la Federal Aviation Authority. Les Américains ferment unilatéralement l’espace aérien du pays. C’est contraire aux conventions internationales, se rappelle David Collenette.

Mais c’est la panique chez nos voisins. Deux autres avions de ligne ont été détournés. Un s’abat sur un autre symbole de la puissante Amérique, l’édifice du Pentagone. Un quatrième aéronef, en route probablement vers Washington, le siège du gouvernement, s’écrase dans un champ, en Pennsylvanie, après que les voyageurs ont tenté de maîtriser les terroristes.

Équipe de crise

Ces deux dernières tragédies sont inconnues des passagers de la Caravan. Nous ne sommes pas encore à l’ère des textos, des BlackBerry et des micro-écrans des iPhone. Les renseignements fiables sont relayés par l’équipe de crise rassemblée par la sous-ministre en titre Margaret Bloodworth, au quartier général de Transports Canada, à Ottawa.

Pour les informations en direct des médias, il n’y a que la radio. Et là, c’est plutôt le festival de la rumeur sur les ondes, raconte Louis Ranger, qui, avec le recul, sourit au souvenir du chauffeur Robert Rivard qui accélérait de 10 km/heure à chaque mauvaise nouvelle.

Les pistes d’atterrissage américaines bouclées, «nous avions à prendre une décision», reprend M. Collenette. À l’autre bout des trois cellulaires, l’équipe de fonctionnaires de Mme Bloodworth relance les ordres de marche vers NavCanada, la société privée responsable des aéroports au pays.

Plus de la moitié de la flottille qui a mis le cap sur l’Amérique du Nord – très précisément 255 – se fait ordonner de rebrousser chemin. Le reste «a passé le point de non-retour», mentionne l’ancien dirigeant de Transports Canada.

«Le seul endroit où ils peuvent atterrir, c’est le Canada.» À bord des appareils, plus de 33 000 personnes.

Montréal et Toronto peuvent tous les accueillir. Mirabel peut reprendre du service. Mais voilà, «des rapports signalent qu’il y a davantage de terroristes impliqués» dans le complot, reprend David Collenette.

À ses yeux, cela «laisse Montréal et Toronto plus vulnérables», mais, surtout, ces deux villes sont toutes proches d’une série de grandes cités américaines, à 30 minutes des Boston, Detroit, Chicago, Cleveland. De toute façon, confie Louis Ranger, dans un cas d’urgence, la priorité de tout pilote, «c’est de toucher le sol le plus rapidement possible».

À bonne distance de l’espace aérien des États-Unis

La minifourgonnette roule toujours sur la 417, vers la capitale fédérale. Le ministre consulte ses aides. Il décide que les 239 avions que le Canada devra accueillir seront tenus à bonne distance de l’espace aérien des États-Unis, désormais gardés par des chasseurs F-18 et F-16.

Ce sont les aéroports des Maritimes qui recevront la visite survolant l’Atlantique. M. Collenette fait remarquer qu’au moins, à cet égard, le sort a bien fait les choses. Reliquat de la Seconde Guerre mondiale, il se trouve plusieurs pistes d’atterrissage de 10 000 pieds, comme à Gander, petit hameau de Terre-Neuve, qui verra les aéronefs se poser à la queue leu leu.

Les 10 000 citoyens de la petite localité terre-neuvienne accueilleront 6600 visiteurs impromptus – les plane people, rapporte André Duchesne, dans Le 11 septembre et nous. Ils débarquent de 38 avions transatlantiques. Il n’y a que Halifax qui en recevra davantage, 47.

Les longues pistes des Maritimes, c’est idéal pour les gros porteurs, quoique la reprise de l’activité aérienne en sera compliquée, souligne le sous-ministre Ranger. Le premier avion à atterrir sur un des aérodromes sera le dernier à repartir…

En parallèle avec l’ordre de détourner les vols, le ministre Collenette donne une autre directive. Tous les appareils en partance d’un aéroport canadien sont cloués au sol jusqu’à nouvel ordre. Les coûts de cette paralysie ne peuvent être qu’énormes, mais dans la crise en cours, laisse tomber M. Ranger, cela ne peut entrer dans les considérations à prendre en compte.

Le bureau du premier ministre Jean Chrétien, lui, n’est «qu’informé» des décisions de David Collenette. La loi permet à ce dernier de décréter les gestes qu’il pose, s’est fait assurer ce dernier. La sous-ministre Bloodworth ne fait qu’aviser le «PMO», le puissant «Prime Minister’s Office».

De toute façon, le ministre des Transports ne saurait espérer une sanction du Conseil des ministres : aucun ne se trouve à Ottawa, cette journée-là, à part Jean Chrétien.

Grand silence

La minifourgonnette a effectué les trois quarts du trajet lorsque le dernier cellulaire rend l’âme. La cellule de crise roulante se trouve alors à Cassleman, à 45 minutes d’Ottawa. Le sous-ministre en conserve un souvenir très net.

Un «grand silence» s’est installé pour les 50 derniers kilomètres. «Nous commencions à réaliser ce qui s’était passé… Avec le recul, cela a été bénéfique. Nous som­mes arrivés avec une idée pas mal claire de ce que nous devions faire.»

Mais les décisions les plus critiques étaient déjà prises. Au terme d’une équipée marquée par des actions certes sans précédent dans l’histoire de l’aviation canadienne et sans feu vert du chef du gouvernement.

Mais des actions qui portent une autre particularité : le ministre comme ses aides les ont arrêtées sans jamais avoir vu les images terrifiantes des avions se jetant sur les tours du World Trade Center pour les anéantir.

C’était avant le BlackBerry et les iPhone…

 

Article de Michel Corbeil

Le Soleil (7 novembre 2011)

Source:  http://www.lapresse.ca/le-soleil/dossiers/11-septembre-2001/201109/06/01-4432054-david-collenette-le-ministre-qui-a-vide-le-ciel.php

Vidéo Youtube (janvier 2015):  https://youtu.be/kTTMAWUDBCI

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2 Commentaire

  1. avatar

    Super!
    On… avait oublié…

    • avatar

      Ce fut toute une période. Il ne faut pas s’en faire: Bush lui avait oublié de remercier le Canada. D’ailleurs il avait oublié de se rendre à New-York aussi 🙂