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Vivre sans argent : le cheminement de Heidemarie

En 1989 , Heidemarie Schwermer , une professeur fin quarantaine, ?mergeant d’un divorce difficile, d?cide de d?m?nager avec ses deux enfants en ville ? Dortmund, dans la r?gion du Rhin en Allemagne.

Elle nota imm?diatement que la population des sans-abris ?tait en croissance constante . Sa r?action imm?diate fut d’?tre choqu?e « ce n’est pas normal, il faut faire quelque
chose » , elle a donc lanc? ce qu’on appele en Allemagne un Tauschring , un espace o? les gens peuvent ?changer leurs comp?tances ou leurs possessions , une zone sans argent, o? une coupe de cheveux peut ?tre ?chang?e contre des r?parations m?caniques, o? un grille pain sera ?chang? contre un manteau . Elle appela cet espace Gib and Nimm ( Donner et prendre).

Cela avait toujours ?t? la croyance de Heidemarie que les sans abris n’avaient pas juste besoin d’argent pour re-entrer dans la soci?t?, mais qu’en leur redonnant une estime de soi malgr? les dettes, le manque de travail ils retrouveraient leur place dans le monde. »M?me quand tu n’as rien, tu vaux beaucoup » dit elle souvent.
Mais les sans abris de Dortmund ne particip?rent pas beaucoup au « Donner et prendre » , peu utilis?rent le Tauschring, et certains lui jeterent m?me ? la face qu’une femme de la classe moyenne avec une ?ducation comme la sienne ne pouvait pas comprendre les circonstances de leur d?ch?ance sociale. Au contraire, ce furent les ch?meurs et les retrait?s qui commenc?rent litt?ralement ? inonder son Tauschring, avec des tonnes de mat?riel inutilis?s depuis des ann?es dans leur maison, ou des comp?tances qu’ils n’exer?aient plus. Des coiffeurs retrait?s qui ?changent une coupe de cheveux contre une r?paration ?lectrique, des profs retrait?s
qui donnent des le?ons priv?s en ?change de sortie pour leur chien, le point ?tant que jamais une seule pi?ce de monnaie ne fut ?chang?e.

Le succ?s du Tauschring fit poser ? Heidemarie de nouvelles questions sur lle m?me et sa mani?re de vivre  » J’ai commenc? ? r?aliser que j’avais beaucoup trop de choses inutiles. J’ai alors d?cid? que je n’ach?terai quelque chose que si je donnai quelque chose , c’est comme ?a que j’ai commenc?. Puis j’ai pens? ? ce dont j’avais r?ellement besoin, et je me suis rendu compte que je pouvais fonctionner tr?s bien en v?tements par exemple avec ce que j’accroche sur 10 porte manteaux , donc j’ai donn? le reste. j’avais tellement de choses superflues, c’?tait fou ! »
Apr?s quelques temps, c’est sa vaste collection de livres qu’elle remarqua dans sa maison , donc un jour elle marcha jusqu’? une bouquinerie usag?e avec sa biblioth?que au complet.  » j’ai pens? que donner mes livres ?tait une bonne chose, j’adore les livres, mais il me fallait les sortir. Ils ne me manquent pas, ce qui me surprend toujours, je voulais revenir ? l’essentiel ».

Ces prises de conscience provenaient en partie apr?s ces s?ances de psychanalyse, qu’elle suivait suite ? son divorce.  » C’?tait une ann?e difficile, se souvient elle. je pleurais ? chaque session, mais en bout de compte, je voulais juste vivre plus simplement, et ?tre plus heureuse .. » Elle a donc commenc? ? suivre des cours pour devenir elle aussi psycho-th?rapeute afin d’aider d’autres personnes. d’autres choses vinrent s’ajouter ? ces changements. Elle commen?a ? faire de la m?ditation, et bient?t r?alisa ? quel point elle ?tait insatisfaite de son travail. «  j’?tais tout le temps malade, et n’avais pas encore fait la relation entre mes symptomes physiques et mon m?contentement au travail ».
Donc, en plus du Tauschring et de ses cours en psycho-th?rapie, elle commen?a ? exprimenter d’autres types de travail «  j’ai travaill? dans une cuisine au salaire minimum et les gens n’arr?taient pas de me dire quel dommage d’avoir ?tudi? ? l’universit? pour faire ce genre de boulot ! Mais moi je r?pondais, pourquoi un professeur ou un th?rapiste devrait avoir plus de valeur qu’une cuisini?re ?  »

Plus elle vivait lib?r?e des choses, et plus elle devenait heureuse. En 1995, toujours impliqu?e dans le Tauschring, elle commen?a ? ?changer de l’h?bergement contre des travaux m?nagers … Elle n’achetait plus rien .. » quand j’avais vraiment besoin de quelque chose, on dirait que cela me tombait dessus dans la vie. « .

En 1996, elle d?cide d’aller encore plus loin, et prend la d?cision la plus radicale de sa vie : vivre sans argent. Elle a donn? son appartement , renonc? ? son travail de prof, et a commenc? ? vivre en nomade, bougeant de maison en maison, en ?change de petits travaux. Elle s’?tait donn? 12 mois comme p?riode de tests , mais en bout de compte elle a tellement aim? ?a qu’en 2011, ? 67 ans, ce n’est pas fini.


« la Vie est devenue de plus en plus belle, je ne pourrai jamais plus revenir en arri?re, j’ai tout ce qu’il me faut, un sens de la Joie profond, et physiquement je me sens en pleine forme « .
Elle a des ?conomies d’urgence ( 250$/200 euros) et donne tout l’argent qu’elle peut gagner .Elle collecte sa retraite pour se payer ses billets de trains et donne le surplus. Elle n’a aucune assurance m?dicale et a donc d?velopp? sa propre m?thode d’auto-gu?rison  » Quand j’ai mal quelque part, je mets mes mains et je me dis que j’ai le pouvoir de me gu?rir moi m?me .. mourir ? je me suis d?j? pr?par? ? mourir plusieurs fois .. il est arriv? que je pensais que ?a y est, je vais mourir, et hop, je me levais la journ?e d’apr?s en pleine forme ! »

Son monde tient dans une valise ? roulette et un petit sac ? dos . Pas de photographies  » Je n’en aie plus besoin« . Elle a eu quelques relations amoureuses  » je peux tomber en amour, mais me demander de rester dans une maison avec quelqu’un, impossible ». Elle a ?crit deux livres racontant ses aventures et donn? les royalties, a d?j? ?t? invit? ? la TV au milieu de millionnaires et gagnats de loto o? tout le monde fut renvers?e par cette dame qui avait tout donn?. «  je n’aime pas passer ? la t?l?vision, cela me rend nerveuse, mais au moins je peux toucher beaucoup de monde « .


« je me vois comme plantant des graines dit elle. Peut ?tre que des gens vont me rencontrer et d?cider de consommer moins, ou d’autres vont m?diter, le point ?tant qu’il est possible d’avoir un autre type de soci?t? . Je voudrai que le gen se demandent : mais de quoi aie r?ellement besoin, comment est ce que je veux r?ellement vivre ? chaque personne devrait se demander qui elle est , et o? elle veut aller, ce qui va automatiquement cr?er une recherche en soi … nous vivons comme nous vivons parce que nous suivons le syst?me, nous achetons tout ce que nous voulons, mais en fait nous n’avons pas besoin de toutes ces choses, il est ridicule de penser que ce syst?me est le seul possible »

Traduction perso tir?e d’un article trouv? dans le Times.

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  1. avatar

    Superbe!
    Merci pour ce beau témoignage.
    En fait, c’Est la seule issue de l’avenir. Ou quelque chose d’approchant.
    Mais combien s’y rendront? Qui sait si on n’assistera pas à une société en « double » système: ceux qui garderont le « vieux » pensant que c’est le meilleur, et ceux qui changeront leur vie… en même temps que ceux des autres.
    Il ne peut y avoir de vie sans contact humain véritable.
    C’Est la plaie actuelle de notre « monde ». L’argent fait des îles…
    Bonne journée!