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Vivement, doubler les frais de scolarit? !

Vivement doubler les frais de scolarit? ! Au moins pour commencer ; ensuite, il faudrait les augmenter s?rieusement…

Je sens que je vais me faire des ennemis. Je sens d?j? des milliers de petites aiguilles transpercer mon portrait et pas question que je laisse tra?ner une m?che de cheveux ou une rognure d’ongle. Je sens que tous les pouvoirs de la pens?e magique vont s’activer contre moi. C’est comme ?a que r?agissent les tenants de la pens?e magique quand on les contredit.

La pens?e magique, c’est celle qui croit et affirme que ce qui est gratuit ne co?te rien, alors que ce qui est gratuit, en fait, est pay? par quelqu’un d’autre. Parfois votre voisin, mais bien souvent par VOUS. Quand on comprend que la moiti? du revenu brut des citoyens va ? l’?tat, qui directement ou indirectement le redistribue, il ne reste qu’? sortir de la pens?e magique pour comprendre aussi que c’est vous et moi qui payons ce qui est gratuit.

« Eux » aussi – les riches – payent une part de ce qui est gratuit, mais si vous croyez qu’ils en absorbent la grosse part, c’est que vous ?tes sous hypnose. Ils sont peu, nous sommes nombreux et c’est surtout nous qui payons. Les choses pourraient ?tre autrement, mais c’est une autre histoire. Hic et Nunc , Here and Now, Icitte et Astheure,’ stie, c’est surtout le monde ordinaire qui paye. Il paye, entre autres, l’?ducation.

Le monde ordinaire, c’est ceux qui gagnent le revenu moyen, disons plus ou moins 100 %, pour ratisser large. Disons, encore plus largement, tous ceux qui gagnent entre rien du tout et 100 000 $ par ann?e. Ils sont nombreux. Vous vous sentez chez-vous ? C’est eux – nous – qui payons l’?ducation gratuite. On paye toute l’?ducation de tout le monde. Oh, on peut demander des frais de scolarit?, mais on ne couvre ainsi qu’une petite part des frais r?els de l’?ducation, l’?quivalent d’un ticket mod?rateur.

Vous en ?tes heureux ? Vous ?tes d’accord avec cette proposition socialement progressive ? Tout va bien.. tout va bien… Tout va bien… 1, 2, 3 Click ! SNAP ! Sortez de la transe.

Ouvrez les yeux. Voyez-vous que, lorsque vous payez l’?ducation gratuite du futur ing?nieur, du futur MBA, du futur m?decin sp?cialiste, vous ?tes en train de financer ? fond perdu le fond de commerce que constitue le dipl?me du futur professionnel, lequel, dans 5 ou 10 ans et jusqu’? sa retraite, exploitera ce fond de commerce ? SON profit ?

? SON profit et non au v?tre, car le futur sp?cialiste ? 200 000 $ par ann?e ne fera de cadeaux ? personne. C’est l’?tat – vous, encore un fois – qui lui payerez alors, bon an mal an, 3, 4, 5 fois le revenu moyen de la population. Vous ?tes bien bon. Seriez-vous pr?t ? payer aussi de vos deniers la construction de stations-services qu’on donnerait clef-en-main ? des pompistes, lesquels vous vendraient ensuite l’essence au prix fort ? Non ? O? est la diff?rence ?

Je suis un homme de gauche depuis bien longtemps, mais je nevois pas ce qu’il y a de socialement progressiste ? faire payer par la classe moyenne la formation d’une ?lite qui gagnera plusieurs fois le salaire moyen de cette classe moyenne. Il y a ici un ?quivoque entre ?ducation et formation qu’il faut courageusement dissiper. Une vache sacr?s ? abattre.

Il est BON qu’une soci?t? paye ? tous, toute l’?ducation qu’elle donne ? tous. Il est socialement progressiste que l’on augmente l’investissement dans ce tronc commun de l’?ducation ? la hauteur de nos moyens collectifs et en accord avec le consensus social. Il est MAUVAIS qu’une soci?t? prenne sur elle – et fasse donc porter par tous – le co?t de la formation sp?cifique dont l’acquisition b?n?ficiera ? quelques uns seulement.

Une g?n?rosit? d’autant plus perverse. que les b?n?ficiaires se situeront dans les classe les plus ?lev?es de revenu. On a ainsi un transfert syst?matique de richesse, direct ou en moins prenant, des pauvres vers les riches de la soci?t?. Ce n’est pas le seul de ces tranferts, h?las, mais celui-ci n’est pas plus vertueux, du seul fait qu’il se camoufle derri?re l’?tudiant imp?cunieux pour enrichir ? terme le professionnel bien nanti.

On devrait doubler, peut-?tre tripler, les frais de scolarit? pour toute formation professionnelle qui exc?de du tronc commun. On devrait, en fait, vendre cette formation ? l’?tudiant au prix qu’elle co?te. Pas plus, pas moins. On ne devrait rien donner ? celui qui poursuit des ?tudes professionnelles sup?rieures, car il n’?tudie pas pour nous, il ?tudie pour lui. Il est ? b?tir SON avenir. Il travaille activement ? SON enrichissement.

Cela dit, m?me si collectivement ces comp?tences nous seront ensuite vendues et non donn?es, la soci?t?, vous et moi, avons int?r?ts ? ce qu’elles soient disponibles. . Nous devons donc faire en sorte qu’elles soient acquises. Comment pouvons nous faciliter la pr?paration des ressources humaines comp?tentes dont nous aurons besoin demain ? En PR?TANT aujourd’hui ? ceux qui ont prouv? leur aptitude et leur ferme volont? ? suivre des ?tudes universitaires.

Il ne faut pas donner, mais pr?ter aux ?tudiants. Il n’y a rien de scandaleux ? ce que le jeune professionnel entre dans la carri?re avec une dette, tout comme commencerait ses activit?s avec une dette le fabricant ou le commer?ant qui lancerait une affaire aussi rentable qu’un cabnet de dentiste… s’il pouvait trouver aussi facilement qui le finance !

Il faut pr?ter ? l’?tudiant, pour poursuivre ses ?tudes sup?rieures, les sommes n?cessaire pour qu’il puisse non seulement payer des frais de scolarit? qui deviendront beaucoup plus on?reux quand on vendra la formation ? son co?t, mais aussi pour vivre au-dessus du seuil de la pauvret? durant ses ?tudes sans faire autre chose qu’?tudier. Etudier est son travail.

Dans une soci?t? vraiment juste et socialement progressiste, ce travail d’?tudiant pourrait ?tre r?mun?r?, comme tout autre travail, mais, comme nous l’avons dit, ceci est une autre histoire. Aujourd’hui, il est malsain qu’une caste de travailleurs-entrepreneurs – les ?tudiants – jouissent d’avantages disproportionn?s dont le co?t est assum? par les autres travailleurs qui ne sont pas plus riches et qui ne sont pas, eux, sur une voie royale vers la « bourgeoisie »

Pierre JC Allard

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    Catherine-Aimée Roy

    Bonjour !
    Je me garde habituellement d’intervenir dans les sujets qui provoquent davantage mes passions que ma raison. Toutefois, je dois vous dire que j’ai bien du mal à lire « Vivement doubler les frais de scolarité ! Au moins pour commencer ; ensuite, il faudrait les augmenter sérieusement… ».

    Vous savez, je n’adhère pas à la pensée magique et je ne crois pas que tout doit être gratuit et accessible à tous. Je comprend que certaines décisions ont été prises et qu’on se retrouve maintenant dans une situation de sous-financement au Ministère de l’éducation.

    Toutefois, grâce à mes études universitaires, je ne serai jamais ingénieur ou dentiste. Et comme vous dites plus haut, je ne ferai jamais 200 000$ par année. Si tout va bien, dans 3 ans, j’aurai un baccalauréat en histoire, un certificat en rédaction, une maîtrise en histoire et je serai endettée d’au moins 15 000$ (ce qui est très peu !) Je n’ai droit à aucune bourse du programme de prêts et bourses du gouvernenement parce que j’ai choisi d’étudier dans la ville où habitent mes parents, même s’ils ne contribuent pas au financement à mes études et même si je ne loge pas chez eux. Je dois donc, comme un bon lot d’étudiants, travailler à temps partiel et souvent au salaire minimum pour manger, payer le loyer etc.

    Le dégel des frais de scolarité, ça fait mal. Heureusement, il ne me reste que 3 ans sur les bancs d’école et avec un peu de chance, je ne subirai qu’une hausse de 300$ à ma dernière session. Cependant, il faut comprendre que pour moi et pour bien des étudiants, la situation financière est déjà précaire. J’ai des voisins qui bénificient de l’Aide sociale et ils vivent mieux que moi. C’est choquant.

    Je ne suis pas pour un gel total des frais de scolarité. Je pense que le réel problème, c’est le programme de prêts et bourses puisqu’il présente des irrégularités effrayantes. Il y a des étudiants pour qui les parents payent tout (scolarité, loyer, bouffe etc) qui recoivent des bourses du gouvernement ! Et oui, c’est là que vous payez pour les goss de riche !

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    Catherine-Aimée Roy

    Les idées et concepts que vous exposez prennent tout leur sens lorsqu’ils sont placés dans un cadre précis. Le plus drôle, c’est que vous m’avez convaincu et que je vais me faire un plaisir de consulter le site Web de la Nouvelle Société.

    Comme vous dites, une divergence d’opinion a permis un débat. Parfois ce genre de débat nous fait réaliser qu’au fond, nos idées sont pas opposées, mais plutôt complémentaires.

    Bonne journée !

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    M. Allard, votre propos m’a frappé et m’a fait réfléchir. Vos idées sont foncièrement justes : il est inacceptable que la majorité paie des dépenses qui ne profiteront qu’à une minorité de la population. Appliquer ce concept à l’éducation post-secondaire est certainement tentant, mais injustifié car l’éducation supérieure rapporte à la société en général et à l’état en particulier.

    Étudier pendant trois ou quatre ans à l’université est certe un excellent investissement pour l’étudiant qui en fait l’effort. Je crois qu’il s’agit d’un investissement encore plus alléchant pour l’état qui, à même les taxes et impôts, s’assure des revenus plus substantiels dans le futur (en tant que diplomé imposé à 50%, l’état ne manque pas de me le faire réaliser sur chacun de mes chèques de paie !)

    Vous vous dites de gauche. Je souscris pour ma part à plusieurs idées dites de droite. Je crois qu’un citoyen responsable devrait assurer les coûts de son assurance automobile et de sa facture d’électricité selon les prix du marché ; faire rouler son entreprise sans l’aide du gouvernement ; avoir la possibilité de se faire soigner dans un hopital privé s’il le désire ou de faire garder ses enfants par la personne de son choix sans que l’état ait à dire son mot. L’éducation post-secondaire, pour sa part, comporte trop d’enjeux stratégiques à long terme pour qu’on la compare à un luxe comme vous le faites. L’importance de la chose dépasse, il me semble, l’éternel débat gauche versus droite.

    Ce n’est pas de dégel des frais de scolarité dont le Québec a besoin, mais plutôt d’une stratégie menant tout droit à la gratuité scolaire. Totallement, purement, et simplement.

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    Merci de vos commentaires, mais voyons ça plus en détail. Que l’éducation supérieure rapporte à la société en général et à l’État en particulier est indéniable et on peut en dire autant de tout apport de l’individu à la production de biens et services. Parce que l’éducation supérieure « rapporte » à la société, c’est la responsabilité de l’État de veiller à ce qu’il y ait de l’éducation supérieure et j’ajouterais que c’est aussi sa responsabilité de s’assurer que les ressources humaines compétentes existent en quantité et qualité adéquate pour répondre à la demande. Je défend cette thèse dans un dossier de mon site auquel je vous invite.

    Le problème de la gratuité se pose quand il faut décider de l’accès aux ressources de formation qui sont nécessairement limitées. En « homme de gauche » j,e devrais proposer une sélection au strict mérite à l’entrée ou sur la base des résultats obtenus en cours de formation, les deux options étant compatibles avec une totale gratuité. Maia je ne peut recommander ni l’une ni l’autre,

    1) les tests d’entrée ne sont prédictifs que s’ils sont sur-discriminants, rejettant donc la majorité des candidats compétents. Ceci est non seulement une source de frustration sociale à ne pas mésestimer, mais ne permet même pas de choisir vraiment les meilleurs, puisque le facteur effort et motivation est laissé pour compte qui est pourtant un déterminant essentiel. N’est-il pas empiriquement évident que la courbe de la réussite ne suit pas celle d Q.I ?… ni quelqu’autre variable identifiable ?

    2) la deuxième, celle qui prévaut dans le système français hors les Grandes Écoles, peut éliminer efficacement (90% + à certains D.E.S !), mais, ne posant pas de barrières à l’entrée, ne peut servir que si la formation est du type magistral pur. S’il y a une composante atelier ou laboratoire, le coût par « unité complétée » devient prohibitif.

    Si, pour permettre l’accès à la formation universitaire, on ajoute à un succès préalable significatif le critère d’un investissement personnel. on assure à mon avis le respect du facteur motivation qui est lui aussi essentiel.

    Ceci n’est équitable, bien sûr, que si la disponibilité des fonds n’est pas une contrainte pour le candidat qualifié… et motivé, d’où la nécsssité d’un système universel de financement de l’éducation supérieure.

    La gratuité pure, à mon avis, serait non seulement si coûteuse qu’on en sacrifierait vite la qualité – voyez la médecine au Québec ! – mais créerait aussi des distortions sur le marché du travail en orientant vers des disciplines « glamour » plus de ressources que nécessaire, au détriment de celles dont on peut prévoir l’émergence avant qu’elles ne suscitent l’engouement qu’on souhaiterait.

    Pierre JC Allard

    P.S Je partage presque toutes vos idées de droite ; je les vois simplement à gauche… 😉

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    Il faut oublier les produits gratuits, mais penser plus argent gratuit ! Le progrès désembauche, alors il ne restera qu’à se spiritualiser en activités libres. Comme la production peut se passer de plus en plus de salariés, une autre entrée d’argent doit permettre à la population d’acheter leur production issue de plus en plus de leur progrès. Un dividende gratuit pour tous, venant d’un trait de plume. Comme cela se fait présentement à la naissance de l’argent.

    Le minimum vital nous l’avons les 2 doigts dans le nez.

    Ce que l’étudiant achète durant ses études est déjà là et n’attend qu’à être consommé. Il n’enlève pas de pains, ni de loyers… Au contraire, les patrons et travailleurs n’attendent que ça et seraient heureux d’en fournir plus.

    Donc la personne a son dividende social et a le choix allant de travailler à 100% ou jusqu’à étudier à 100% ou même regarder les nuages, il est libre et a son argent de la liberté venant du progrès.

    S’il décide d’étudier, son coût de renonciation est un salaire en moins et du bon temps… C’est son coût et il le vie et l’assume, alors pas besoin de l’endetter, en plus avec la société de surcroît s’il se pète la gueule, pour avoir consommer une production existante, pour ensuite se priver d’une production future, souvent de base, qui va finalement rester en rade.

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    Seul le travail crée la richesse. Il est clair que le minimum vital est disponible – et bien plus ! – mais pas les doigts dans le nez… Travailler mieux et mieux repartir la charge de travail, bien sûr, mais il faudra toujours travailler et l’étudiant ne peut pas travailler de façon discrétionnaire, surtout qu’il est clair que le rapport du temps de formation au temps de production ne peut aller qu’en augmentant à mesure que la production se complexifie. http://www.nouvellesociete.org/713A.html

    Quant au concept de dividende social, j’ai déjà souligné que, depuis la fin de l’étalon-or, tous les gouvernements occidentaux sont devenus en fait « créditistes« , le crédit, toutefois, étant plus ou moins « social » selon leurs agendas politico-sociaux.

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    Education payante, sante payante.. si c’estca votre gauche. oz commence lsa droite ?

  8. avatar

     🙂

    Il ne reste qu’à faire de nous tous des capitalistes ! À mort les taxes ! Fini les dettes publiques ! Dividende pour tous, office comptable Crédit-Québec sans intérêts sur argent nouveau pour la production-consommation. Si inflation, baisse des prix et remboursement aux vendeurs. La vraie démocratie économique !

    Tant qu’on ne saura et demandera pas ceci, nous ne ferons que changer de plaster, être divisés et chercher en vain des perles dans le fumier.

    Pour ma part, je n’ai aucunement le goût de vivre et mourir dans un siècle parmi tant d’autre, avec comme seule différence le décor.

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    Bravo, Georges, vous avez anticipé ma pensée : si ce gars-là est quelqu’un de gauche, ils sont comment, ceux de droite, dans votre pays ?…

    La réponse à tous ces discours ( pénibles !) s’appelle, en France,  » l’ Education Nationale  » !… Elle a été fondée par Jules Ferry et depuis, elle fonctionne, à travers des tas de vissicitudes, de péripéties, de réussites … et d’échecs ….
    Mais elle toujours là , depuis plus de 120 ans ; et on se la garde, comme un trésor !…