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Vision d’un citoyen sur un an de politique dans la « France de Sarkozy »

5 f?vrier 2007 : Loin de la “valeur travail”, la vie active vue par Hannah Arendt
Pour tout lecteur de “La Condition de l’homme moderne”, traduit en 1961, le d?bat sur la “valeur travail” ne peut ?tre qu’affligeant. Comment peut-on 45 ans apr?s r?duire la vie des hommes au seul travail ? Les quelques lignes ci-dessous essaient de donner envie de lire cette œuvre majeure ou d’y acc?der par l’interm?diaire de passeurs.
Arendt propose des distinctions inhabituelles entre trois sortes d’activit? de la vita activa.
L’activit? ?l?mentaire est le travail, qui est corr?latif du cycle biologique de la vie, entendu comme zo? et non comme bios. L’?tre humain en tant qu’il travaille est membre de l’esp?ce et non un individu poss?dant une bio-graphie. Le travail est donc immerg? dans la nature, et la consommation appartient ? son cycle. Le travail est circulaire, it?ratif, anonyme et l’on comprend que l’on parle d’animal laborans et d’homo faber. Si le travail est, comme l’action et contrairement ? l’œuvre, un processus, ce processus biologique, incommunicable, ne peut d?livrer aucune individualit?, ne r?v?ler aucun « qui ». Si toutes les activit?s ont rapport ? la naissance et ? la mort, ici ce sont celles de l’esp?ce dont il est question.
Arendt voit d’abord dans l’œuvre l’?dification d’un monde, non naturel, plus exactement b?ti contre la nature, qui construit des objets, et non des produits de consommation, et qui est fait pour durer. Durer veut dire d’abord fournir un cadre humanis?, qui soit plus permanent, plus endurant, que la vie d’une g?n?ration. Sur le fond de cette objectivit?, de cette endurance des objets du monde, qui s?pare et relie les individus, « quelqu’un peut appara?tre », une individualit? peut se dessiner et rompre, par la trajectoire rectiligne qui va de la naissance ? la mort, la cyclicit? de l’esp?ce. Sans un monde durable, nulle bio-graphie n’est concevable, naissance et mort ?tant alors insignifiantes en regard de la perp?tuation de l’esp?ce et de ses membres ; ce n’est que face au monde que naissance et mort peuvent ?tre appara?tre, ?tre per?ues. L’homo faber est l’homme de la ma?trise, celui qui impose, magistralement, et en toute souverainet?, sa marque, sa volont?, son projet au donn?. L’utilitarisme est la philosophie de l’homo faber qui a tendance ? transgresser les limites de son activit? et ? g?n?raliser l’exp?rience de la fabrication, or cette transgression est politiquement dangereuse. « L’utilitarisme anthropocentrique de l’homo faber » qui culmine dans la notion de fin en soi, d?grade « la nature et le monde au rang de moyens, en les privant l’un et l’autre de leur dignit? ind?pendante ». C’est pourquoi La Condition de l’homme moderne insiste sur la diff?rence entre sens et utilit?, entre le « en raison de » et le « afin de ».
Mais pour que la sph?re de la signification se fasse jour, il faut faire intervenir une autre activit?, l’action proprement dite. Ainsi, par l’action d’?changer, et dans l’espace public du march?, l’homo faber ne vient pas voir des hommes, mais des produits, et l’objet montre moins « qui » est le fabriquant que « ce qu’il est » et ce qu’il est capable de faire. Certes, malgr? l’isolement, et la protection du priv?, n?cessaire ? l’excellence et ? la comp?tence, le fabricant reste indirectement li? aux autres, et au monde d’objets. Mais existe une frustration de l’individualit?, que seule l’action parmi des pairs peut v?ritablement combler.
Arendt souhaite mettre en lumi?re que l’action seule permet la r?v?lation du « qui », est capable de rendre manifeste l’individualit? sp?cifiquement humaine. C’est pourquoi, alors que La Condition de l’homme moderne souligne sans cesse que le peuple le plus politique est le peuple romain, elle ?tudie surtout les Grecs, parce que ce caract?re de r?v?lation y est marqu? au mieux. L? encore nous devons lutter contre l’identification implicite de l’action (dont nul humain en tant que tel ne peut se dispenser) avec l’action politique, tout comme on ne saurait confondre en toute rigueur public et politique.
Si l’action et la parole (praxis et lexis) permettent ? chacun de se manifester, de s’exprimer, de se communiquer, et si l’action ne peut donc exister que dans la pluralit?, dans un r?seau qui double en quelque sorte le monde, il doit ?tre clair, d’une part, que l’action n’est possible que par le monde, puisque aucune individualit?, aucune subjectivit?, ne peut se faire jour sans l’objectivit?, construite par l’homo faber, mais que, d’autre part et r?ciproquement, le monde serait d?pourvu de sens sans action et parole. « A moins de faire parler de lui par les hommes et ? moins de les abriter, le monde ne serait plus un artifice humain, mais un monceau de choses disparates auquel chaque individu isol?ment serait libre d’ajouter un objet ; ? moins d’un artifice humain pour les abriter, les affaires humaines seraient aussi flottantes, aussi futiles et vaines que les errances d’une tribu nomade ». Action et parole sont comprises par Arendt comme essentiellement fragiles, cette fragilit? tient aux trois caract?ristiques de l’action ; elle se joue dans la pluralit?, s’enracine dans la natalit?, et de ce fait est menac?e d’hubris, de d?mesure, et de cette futilit? inh?rente ? l’absence de ma?trise.

14 f?vrier 2007 : courte remarque sur un carcan
Depuis dimanche la mode, dans la bullocratie, est au chiffrage. Ce terme traduit bien l’emprise d’une id?ologie, c’est ? dire d’une id?e dont la logique est pouss?e jusqu’au bout (le XX?me si?cle nous a montr?, avec ses deux totalitarismes, ? quelles horreurs cela pouvait conduire). Cette id?e, aberrante, est celle que tout peut, tout doit ?tre chiffr?, mesur?. Elle vient du d?veloppement, depuis la Renaissance de la relation marchande et de sa transformation en raison ?conomique toute puissante.
Nos politiques ne doivent pas se soumettre ? ce carcan et renvoyer les ?conomistes ? leurs ch?res ?tudes (de pr?f?rence pour travailler les “humanit?s” comme on disait autrefois).
Il est vrai que nous vivons dans un monde qui flatte les cr?ateurs et entrepreneurs et paie tr?s cher, en fait, quelques analystes financiers et dirigeants !

15 mars 2007 : Disparition de Lucie Aubrac
Je viens d’apprendre la disparition de la grande r?sistante Lucie Aubrac.
Je vous renvoie ? un de ses derniers textes ?crit avec son mari Raymond : la pr?face au livre “L’autre campagne”, d?marche d?j? pr?sent?e. Retenons en les derni?res lignes :
“On r?siste contre un ?tat de choses, mais on r?siste aussi pour cr?er quelque chose. D?finir les injustices actuelles et montrer de quels mat?riaux pourrait ?tre construit un monde meilleur, c’est cr?er les premi?res conditions pour que s’engage le combat victorieux. R?sister, c’est cr?er”.

24 avril 2007 : ? m?diter avant le 6 mai
« L’action politique ressemble ? ces arts d’ex?cution, telles l’interpr?tation musicale ou la danse, qui ont leur fin en eux-m?mes, et ne laissent subsister aucune œuvre derri?re eux. Ce n’est ni ? des normes techniques (l’efficacit?), ni ? des normes morales (la bont?) que le jugement politique doit ?tre r?f?r?. C’est seulement au sein de l’espace publico-politique, en tant qu’espace d’apparence, que l’on peut juger les actions politiques. Selon Arendt, c’est la « gloire » qui constitue la norme du jugement politique : entendons par l? la bonne ou mauvaise renomm?e, la r?putation qui se construit au cours de l’?change des opinions et des d?bats contradictoires – mais non une myst?rieuse aura charismatique qui transcenderait le monde commun ». (Hannah Arendt)

28 avril 2007 : retour de la Pluralit? dans la Politique ?
Arendt fait de la pluralit? un des ?l?ments majeurs de l’action entre les citoyens, nous y reviendrons.
Le remarquable d?bat de ce jour entre Royal et Bayrou marquera probablement le retour de la pluralit? dans le gouvernement de la France, pluralit? dont l’absence de plus en plus criante (rappelons nous l’exemple du r?f?rendum de mai 2005) est une des origines majeures du blocage de la France et de l’Europe.

2 mai 2007 : le temps des femmes : une chance pour la France
Difficile de nier une sp?cificit? f?minine dans une soci?t? construite par des hommes pour des hommes. Royal repr?sente probablement le premier cas d’une m?re de famille arriv?e ? ce niveau en politique. Son approche sonne diff?remment de ce fait et c’est pourquoi elle a eu tant de mal ? ?tre comprise aussi bien dans le PS, ? gauche que plus largement. Dans notre soci?t? l’?ducation des enfants est encore plus le fait des femmes, souvent seules. Elles jouent donc un r?le essentiel par rapport ? la natalit? et la r?novation du monde et de l’action politique qui est associ?e, concept sur lequel Arendt a beaucoup insist?. C’est une chance pour nous que l’une d’entre elles puisse acc?der ? la plus haute responsabilit? politique en France. En face la droite est repr?sent?e par une caricature de m?le agressif et arrogant. Il n’y a pas photo.

7 mai 2007 : dommage !
Les Fran?ais ont fait hier un choix tr?s conservateur. Ils, et elles pour beaucoup, n’ont pas per?u ce qu’a vu quelqu’un comme Edgar Morin : le potentiel d’intuition politique de S?gol?ne Royal. Dans un monde complexe la volont? ne suffit pas. Nicolas Sarkozy va en faire l’exp?rience. S?gol?ne Royal a su d?montrer pendant sa campagne, sa capacit? ? tenir une ligne directrice malgr? tous les impr?vus et les coups foireux (n’est-ce pas Eric Besson !). Son intervention d’hier soir ?tait remarquable.
A suivre….

17 mai 2007 : Sarkozy et la vision consommatrice de l’histoire
Remplacer le travail de pens?e, de r?flexion sur le totalitarisme par l’appel ? l’?motion brute cr??e par la lecture de la lettre d’un jeune h?ro communiste de 17 ans. Tout cela par Sarkozy d?fenseur d’une soci?t? o? il n’est plus demand? ? l’individu que de produire (travailler) et de consommer.
Comprendre, agir, penser sont des armes ? retrouver. L’?tude de l’œuvre de Hannah Arendt est beaucoup plus pertinente mais aussi dangereuse pour notre soci?t? qui, plus que jamais, a en elle les ?l?ments qui se sont cristallis?s dans les deux totalitarismes du si?cle dernier et qui pourraient conduire ? une troisi?me forme de “totalitarisme du march? et de la marchandise”. L’?volution de l’Europe est, en particulier, ? surveiller de pr?s.

18 mai 2007 : la France n’est pas une entreprise
L’action politique n’est pas la fabrication de produits ou de services. L’approche de Sarkozy copi?e sur les th?ories et d?marches manag?riales n’est pas adapt?e ? la complexit? de l’action concert?e d’?tres humains qu’est la politique. L’avenir le d?montrera et le volontarisme de Sarkozy se heurtera ? l’impr?visibilit? des r?actions humaines. Hannah Arendt l’a lumineusement expliqu? il y a plus de 40 ans !

19 mai 2007 : mieux vivre ensemble et laisser un monde meilleur
Je crois ? la volont? de rupture de Nicolas Sarkozy, pas sur le fond toujours plus ? droite, mais quant ? la m?thode. Il quitte le monde de l’action politique pour celui du management. Mais un pays ne se manage pas. Il ne s’agit pas de produire biens ou services mais de mener l’action politique qui permet de mieux vivre ensemble et de laisser ? nos enfants un monde meilleur. Les exp?riences anglo-saxonnes ont toutes ?chou? de ce point de vue avec cette approche manag?riale.

28 mai 2007 : le pari et la strat?gie pour affronter l’inconnu de l’aventure humaine
Texte adapt? de la conf?rence d’Edgar Morin “A propos des sept savoirs” (Editions Pleins Feux, 2000). Utile apr?s une campagne ?lectorale marqu?e par le sceau du volontarisme et la confusion entre conduite de l’action et production.
Nous disposons de deux instruments pour affronter l’inattendu : le premier est la conscience du risque comme de la chance. Il s’agit de prendre l’id?e du pari de Pascal dans tous les domaines Le deuxi?me instrument est la strat?gie, c’est ? dire la capacit? de modifier le comportement en fonction, des informations, des connaissances nouvelles que nous apporte le d?veloppement de l’action.
D?s qu’un individu entreprend une action, quelle qu’elle soit, celle-ci commence ? ?chapper ? ses intentions. Cette action entre dans un univers d’interactions et c’est finalement l’environnement qui s’en saisit dans un sens qui peut devenir contraire ? l’intention initiale. Cela nous oblige ? contr?ler l’action, ? essayer de la corriger – s’il est encore temps – et parfois ? la torpiller comme les responsables de la NASA qui, si une fus?e d?vie de sa trajectoire, la font exploser. L’?cologie de l’action c’est en somme tenir compte de la complexit? qu’elle comporte, avec al?as, hasards, initiatives, d?cisions, impr?vus, et elle n?cessite la conscience des d?rives et des transformations.
La riposte aux incertitudes de l’action est constitu?e par le choix r?fl?chi d’une d?cision, la conscience du pari, l’?laboration d’une strat?gie qui tienne compte des complexit?s inh?rentes ? ses propres finalit?s, qui puisse en cours d’action se modifier en fonction des al?as, informations, changements de contexte et qui puisse envisager l’?ventuel torpillage de l’action qui aurait pris un cours nocif. Aussi peut-on et doit-on lutter contre les incertitudes de l’action ; on peut m?me les surmonter ? court ou moyen terme, mais nul ne saurait pr?tendre les avoir ?limin?es ? long terme. La strat?gie, comme la connaissance, demeure une navigation dans un oc?an d’incertitudes ? travers des archipels de certitude.

31 mai 2007 : ce ne sont pas les armes qui d?fendent un tyran…
Toujours d’actualit? « Le discours de la servitude volontaire ou le contre’un » d’Etienne de La Bo?tie (1549).
“(…) J’arrive maintenant ? un point qui est, selon moi, le secret et le ressort de la domination, le soutien et le fondement de toute tyrannie. Celui qui penserait que les Hallebardes des gardes et l’?tablissement du guet garantissent les tyrans, se tromperait fort. Ils s’en servent plut?t, je crois, par forme et pour ?pouvantail, qu’ils ne s’y fient. Les archers barrent bien l’entr?e des palais aux moins habiles, ? ceux qui n’ont aucun moyen de nuire ; mais non aux audacieux et bien arm?s qui peuvent tenter quelque entreprise. Certes, il est ais? de compter que, parmi les empereurs romains il en est bien moins de ceux qui ?chapp?rent au danger par le secours de leurs archers, qu’il y en e?t de tu?s par leurs propres gardes. Ce ne sont pas les bandes de gens ? cheval, les compagnies de gens ? pied, en un mot ce ne sont pas les armes qui d?fendent un tyran, mais bien toujours (on aura quelque peine ? le croire d’abord, quoique ce soit exactement vrai) quatre ou cinq hommes qui le soutiennent et qui lui assujettissent tout le pays. Il en a toujours ?t? ainsi que cinq ? six ont eu l’oreille du tyran et s’y sont approch?s d’eux-m?mes ou bien y ont ?t? appel?s par lui pour ?tre les complices de ses cruaut?s, les compagnons de ses plaisirs, les complaisants de ses sales volupt?s et les co-partageants de ses rapines. Ces six dressent si bien leur chef, qu’il devient, envers la soci?t?, m?chant, non seulement de ses propres m?chancet?s mais, encore des leurs. Ces six, en tiennent sous leur d?pendance six mille qu’ils ?l?vent en dignit?, auxquels ils font donner, ou le gouvernement des provinces, ou le maniement des deniers publics, afin qu’ils favorisent leur avarice ou leur cruaut?, qu’ils les entretiennent ou les ex?cutent ? point nomm? et fassent d’ailleurs tant de mal, qu’ils ne puisent se maintenir que par leur propre tutelle, ni d’exempter des lois et de leurs peines que par leur protection. Grande est la s?rie de ceux qui viennent apr?s ceux-l?. Et qui voudra en suivre la trace verra que non pas six mille, mais cent mille, des millions tiennent au tyran par cette fili?re et forment entre eux une cha?ne non interrompue qui remonte jusqu’? lui. Comme Hom?re le fait dire ? Jupiter qui se targue, en tirant une pareille cha?ne, d’amener ? lui tous les Dieux. De l? venait l’accroissent du pouvoir du s?nat sous Jules C?sar ; l’?tablissement de nouvelles fonctions, l’?lection ? des offices, non certes et ? bien prendre, pour r?organiser la justice, mais bien pour donner de nouveaux soutiens ? la tyrannie. En somme, par les gains et parts de gains que l’on fait avec les tyrans, on arrive ? ce point qu’enfin il se trouve presque un aussi grand nombre de ceux auxquels la tyrannie est profitable, que de ceux auxquels la libert? serait utile. C’est ainsi qu’au dire des m?decins, bien qu’en notre corps rien ne paraisse g?t?, d?s qu’en un seul endroit quelque tumeur se manifeste, toutes les humeurs se portent vers cette partie v?reuse : pareillement, d?s qu’un roi s’est d?clar? tyran, tout le mauvais, toute la lie du royaume, je ne dis pas un tas de petits friponneaux et de faquins perdus de r?putation, qui ne peuvent faire mal ni bien dans un pays, mais ceux qui sont poss?d?s d’une ardente ambition et d’une notable avarice se groupent autour de lui et le soutiennent pour avoir part au butin et ?tre, sous le grand tyran, autant de petits tyranneaux. Ainsi sont les grands voleurs et les fameux corsaires : les uns d?couvrent le pays, les autres pourchassent les voyageurs ; les uns sont en embuscade, les autres au guet ; les uns massacrent, les autres d?pouillent ; et bien qu’il y ait entre eux des rangs et des pr??minences et que les uns ne soient que les valets et les autres les chefs de la bande, ? la fin il n’y en a pas un qui ne profite, si non du principal butin, du moins du r?sultat de la fouille. Ne dit-on pas que non seulement les pirates Ciliciens se rassembl?rent en si grand nombre qu’il fallut envoyer contre eux le grand Pomp?e ; mais qu’en outre ils attir?rent ? leur alliance plusieurs belles villes et grandes cit?s dans les havres desquelles revenant de leurs courses, il se mettaient en s?ret?, donnant en ?change ? ces villes une portion des pillages qu’elles avaient rec?l?s.(…) “

3 septembre 2007 : retour de La Rochelle : un tr?sor perdu
De retour de l’Universit? d’?t? de La Rochelle et au del? de la chaleur et de l’excitation li?es ? un travail en ateliers particuli?rement bien organis?, je sens flotter chez moi une interrogation profonde et une inqui?tude. Ayant du mal ? en exprimer le contenu je me tourne vers le texte ci-dessous qui constitue la quatri?me de couverture d’un livre remarquable d’Etienne Tassin sur Hannah Arendt
“Au cœur de la vie politique des hommes g?t un tr?sor, aujourd’hui perdu. Les r?volutionnaires du XVIII?me si?cle pouvaient encore le nommer. En Am?rique on l’appelait “bonheur public”, dans la France des Lumi?res son nom ?tait “libert? publique”. En certaines circonstances, rares et pr?caires, ce tr?sor sans ?ge resurgit dans l’action politique conduite ? plusieurs, lorsqu’avec elle se cr?e un espace public o? la libert? peut para?tre. Alors un lien se noue, qui d?ploie entre les hommes un monde commun. Tel est le bien public.
En ?voquant ce tr?sor perdu, la philosophie d’Hannah Arendt nous invite ? retrouver, ? l’?cart de tout pragmatisme comme de tout moralisme, le sens instituant de l’action politique qui a le monde comme condition et comme fin. C’est dans la mesure o? les actions sont politiques que le monde peut ?tre partag? ; et dans la mesure o? elles visent un monde commun que ces actions sont proprement politiques. Toute politique s’appr?cie au regard du monde qu’elle est capable d’instaurer.
N’est-ce pas pourtant ? l’ali?nation du monde que la politique moderne nous condamne au contraire ? Le tr?sor serait-il pour nous d?finitivement perdu ?
(…) loin de proposer une philosophie politique parmi d’autres, la r?flexion arendtienne inaugure une intelligence de l’action politique qui redonne sens au “vivre ensemble”. En son cœur se tient l’analyse originale et d?cisive de ce qu’on peut nommer l’acosmisme du monde moderne, cette perte du monde ?prouv?e aussi bien dans le syst?me totalitaire que dans la pr?tention technoscientifique de nos soci?t?s ? ma?triser les conditions d’existence.”

12 septembre 2007 : Rappel : Histoire, une utilisation consommatrice par Sarkozy
Dans ce blog j’ai d?j? dis ce que je pensais de l’utilisation de la lettre de Guy M?quet par Sarkozy. Laporte a fait pire depuis avec le r?sultat que l’on sait. Mettre au service d’un jeu (business ?) la lettre d’un jeune fusill? de 17 ans. Quel respect ! Quel discernement ! Typique de l’approche manag?riale qui tente de remplacer l’action politique.

12 septembre 2007 : la question humaine
Le dernier film de Nicolas Klotz “La Question Humaine” est ? voir absolument par tous ceux qui sont int?ress?s par les questions trait?es dans ce blog. Il est un ?cho terrifiant de l’article publi? sur le livre de Zygmunt Bauman “Modernit? et Holocauste” et bien sur du travail de Arendt autour de la banalit? du mal. Nous y reviendrons.
Extrait de l’interview du Monde :
Le film ?tablit un parall?le entre le lib?ralisme ?conomique et le syst?me nazi. Un tel rapprochement n’est-il pas abusif
E. P. : Le but n’?tait pas d’?tablir un parall?lisme. Ce serait r?ducteur, idiot, et ?a n’apprendrait rien ni sur le monde lib?ral ni sur la Shoah. Il s’agit plut?t d’une r?flexion qui vise ? ne pas d?connecter l’?v?nement Auschwitz de l’Histoire, de rendre lisible ce qui l’a rendu possible hier et ce qui s’en perp?tue aujourd’hui. Si le syst?me qui a permis Auschwitz est un syst?me de planification industrielle, fond? sur la technocratie et la d?shumanisation, alors nous sommes en devoir de penser ce que signifie un tel syst?me.
N. K. : C’est une question tr?s d?licate. Nous ne disons ?videmment pas que le monde de l’entreprise, aussi inhumain qu’il devienne aujourd’hui, est identique ? celui du camp de concentration, nous sugg?rons seulement que, si les conditions ?taient r?unies, il pourrait bien le devenir. Le film essaie juste de montrer ? quel point les choses sont poreuses, ? quel point la m?moire est quelque chose qui se r?active en permanence.

20 septembre 2007 : Test ADN
Jusqu’o? irons-nous dans l’ignoble ? Il semble que la m?moire des totalitarismes du XX?me si?cle s’estompe et que nous reproduisions des actes (d?lation, stigmatisation, tests scientifiques,…) qui ont d?j? conduit au pire. Au vu de r?actions sur diff?rents forums nous pouvons nous poser la question de Hannah Arendt. Est-ce que le d?sastreux manque de ce que nous nommons conscience n’est pas finalement qu’une inaptitude ? penser ?
A lire de toute urgence : Consid?rations Morales de Hannah Arendt (Rivages poche/Petite biblioth?que). Vous y trouverez aussi un superbe hommage de Mary McCarthy ? son amie.
A voir de toute urgence : La Question Humaine de Nicolas Klotz

5 octobre 2007 : Dangers de totalitarisme
J’ai supprim? hier du blog deux courts articles (Col?re et R?veillons-nous) ?crits en r?action aux deux nouvelles lib?ralisations annonc?es ou projet?es : celle du courrier et de la distribution des m?dicaments. Les quelques commentaires auxquels ils avaient donn? lieu m’ont, en effet, prouv? que l’exercice avait, de ma part, ?t? trop rapide et que la qualit? d’?criture de ces billets ?tait insuffisante.
Sur le fond je confirme ma th?se. Les technocrates et les politiques europ?ens persistent dans une approche et une mise en œuvre totalement id?ologique d’un march? o? la concurrence serait libre et non fauss?e. Une telle approche dogmatique et rigide n’existe nulle part ailleurs et s?rement pas aux Etats-Unis. Cette d?marche, non pas dans son fond, mais dans sa forme rappelle les heures tr?s sombres du XXe si?cle o? deux id?ologies fond?es, l’une sur des pr?tendues “lois de la nature”, l’autre sur des pr?tendues “lois de l’histoire”, ont conduit aux r?gimes totalitaires remarquablement analys?s par Arendt. En quoi ? Dans le d?veloppement de la logique d’une id?e, ind?pendamment de toute r?f?rence aux enseignements de l’exp?rience. Dans le monde r?el aucun march? ne fonctionne selon les lois de la concurrence pure et parfaite. Dans le monde r?el, la concurrence ne conduit pas forc?ment aux meilleurs prix, ? la meilleure qualit? et surtout ? la satisfaction des vrais besoins. Dans le monde r?el, les lois de l’?conomie ne sont pas des lois naturels mais des lois des hommes fond?es sur des conventions, des r?gles et des institutions cr?es par et amendables par les hommes.
Les deux totalitarismes du XXe si?cle (nazisme et stalinisme) se sont adoss?s ? une id?ologie dont l’important n’?tait pas le pr?tendu « contenu » (qui varie du tout au tout entre la tradition socialiste et l’ineptie raciale) mais bien le « mouvement » de d?duction, une sorte d’infaillibilit? et de sur-sens absurde. Le terme de mouvement est ? prendre de mani?re quasi litt?rale. Il s’agit de s’immuniser contre la r?alit?, contre l’exp?rience, de survivre ? la perte du sens commun (ce qu’illustre parfaitement le « cas Eichmann »). En ce sens les totalitarismes pensent que « tout est possible » alors que selon la formule de David Rousset « les hommes normaux ne savent pas que tout est possible ».
Nous ne vivons pas en r?gime totalitaire en Europe, et ? fortiori en France. Il n’existe pas de camp de concentration et la terreur n’est pas la nature de nos r?gimes politiques. Par contre, alors m?me que le lib?ralisme, sous ses deux versants ?conomique et politique, s’est construit par opposition aux totalitarismes, il en reprend un des maux majeurs, l’id?ologie, et un des effets majeurs : la d?solation et le caract?re superflu de plus en plus d’homme dans des soci?t?s de travailleurs o? le travail dispara?t.
Un livre, « L’empire du moindre mal » de Jean-Claude Mich?a, et un film, « La question humaine » de Nicolas Klotz, adapt? du livre de Fran?ois Emmanuel, jettent un regard particuli?rement pertinent sur ce qui nous arrive. Mich?a d?montre notamment, que les lib?raux de droite et de gauche, en voulant construire un monde du « moindre mal » nous conduisent plut?t vers le « Meilleur des mondes » au sens de Orwell.

14 octobre 2007 : un peu de Rugby, pour nous d?tendre
Laporte repr?sente le type m?me du manager born? montant en puissance dans les entreprises fran?aises. Loin de s’appuyer sur les qualit?s des joueurs fran?ais, apr?s un travail de “benchmarking”, il a choisi de copier un mod?le, celui des Anglais. Nos joueurs se sont muscl?s mais ont perdu toute inspiration cadenass?s dans un jeu impos? par un coach autoritaire et sans g?nie. Le mod?le a gagn? contre la copie. Dit autrement, le risque de l’action a ?t? refus? et l’œuvre est inachev?e par des joueurs ramen?s ? un r?le de t?cheron.

3 novembre 2007 : r?flexion citoyenne
Le concept de journalisme citoyen est une impasse. Il reste en effet dans le paradigme du journalisme et ne porte, le plus souvent, que sur la collecte et la v?rification de l’information. Or ce dont nous souffrons actuellement ce n’est pas d’un manque d’information mais d’un manque de r?flexion. Nous sommes de plus en plus incapables de penser ce que nous faisons, comme le disait d?s la fin des ann?es 50 Hannah Arendt. Ce mal s’est dramatiquement accentu? depuis. La raison d’?tre de sites citoyens devrait se situer l?. Fournir des lieux d’?laboration de r?flexion plurielle et collective. Le seul exemple r?cent d’un tel travail est celui du r?f?rendum sur la constitution europ?enne. En privil?giant l’actualit? imm?diate, en r?gissant aux “manques” d’information des m?dias traditionnels, les sites citoyens, en particulier Agoravox, se fourvoient. Le d?bat porte en effet sur le contr?le des informations alors que la vraie question est celle de pluralit? et de la richesse des r?flexions. Un axe privil?gi? d’attaque : prendre le risque du travail en d?calage de temps par rapport aux m?dias, prendre le risque de travailler sans commentaires mais avec la confrontation de courts textes. Trop de commentateurs, pas assez d’acteurs… Merci ? Esprits libres d’avoir ouvert ce d?bat.

4 novembre 2007 : Recherche, action et œuvre
Politiques et industriels fran?ais ont une caract?ristique commune. Malgr? leurs beaux discours ils ont peur de prendre le moindre risque et adoptent une vision gestionnaire de la recherche qui tue l’impr?vu et donc la d?couverte et l’innovation. L’action libre ? priori et ?valu?e ? posteriori dispara?t au profit du projet, mode d’organisation du travail qui tente de reproduire les caract?ristiques finies de l’œuvre. Adapt? au d?veloppement et ? l’industrie mais pas au laboratoire et ? la politique cette g?n?ralisation de projets st?rilise l’imagination et l’audace de nos politiques et de nos scientifiques. O? sont les entrepreneurs dont on nous rabat les oreilles ?

13 novembre 2007 : pourquoi tant de haine
Courage, nous serons bient?t d?barrass?s du, parait-il, dernier privil?ge existant en France : celui des r?gimes sp?ciaux. Mais pourquoi tant de haine, alors qu’il serait si facile, dans un contexte de d?faite politique majeure ? gauche, de r?former en douceur ?
C’est une conception du pouvoir vu comme la domination sur les autres qui est simplement en cause. Une bonne vieille lutte des classes.
Dommage que bien des citoyens (plus de 90% de salari?s) ne comprennent pas que s’ils sont pris en otage, expression horrible quand on pense aux vrais otages, c’est plut?t par un syst?me ?conomique et politique fou qui leur demande soit de travailler de plus en plus non pour gagner plus mais pour survivre et consommer ou de dispara?tre de l’espace public (cachez ces pauvres que je ne saurai voir comme dirait la tr?s chr?tienne Madame Boutin).
Ceci dit les supp?ts de Sarkozy et bien des dirigeants socialistes sont plus dangereux que notre pr?sident lui-m?me qui a conserv? le go?t du politique. Eux ne sont plus int?ress?s que par la gestion, (c’est si facile de g?rer plut?t que de s’exposer aux risques de l’action), l’exclusion et la charit?.

14 novembre 2007 : une r?forme triplement injuste
La r?forme des retraites est triplement injuste.
1. Injuste parce que ne prenant pas en compte l’ensemble du probl?me en ne se limitant qu’? un seul indicateur : la dur?e de cotisation. Sont ainsi ?vacu?s le taux de cotisation et le taux de remplacement qui seuls permettent de mesurer l’effort demand? et le gain obtenu.
2. Injuste parce que ne prenant pas en compte l’?ge r?el de d?part en retraite et le refus actuel des entreprises de maintenir dans l’emploi les salari?s ?g?s de plus de 55 ans voire de plus de 50 ans ainsi que des nouvelles organisations du travail de plus en plus usantes.
3. Injuste parce que ne prenant pas en compte, au del? m?me de la p?nibilit?, la diff?rence de nature des activit?s rassembl?es sous la d?nomination travail : simple moyen de gagner sa vie, possibilit? d’œuvrer ? construire un monde durable et habitable ou, plus rare, possibilit? d’agir.
4.
16 novembre 2007 : Prise d’otages, disent-ils
Prise d’otages. Ce terme est scandaleux quand on pense aux vrais otages. Utilisation serait le terme juste. Utilisation par le gouvernement et par les syndicats. Logique puisque notre soci?t? de march? est bas?e sur l’utilitarisme. Chacun utilise l’autre. Le collectif n’int?resse plus personne…L’?conomie a tout gangr?n? y compris le politique r?duit ? la dimension de la domination sur l’autre. Analys? et d?cortiqu? d?s 1958 ( !) par Hannah Arendt dans The Human Condition.

23 novembre 2007 : Revenons sur l’utilisation du terme usager
Le terme Usager a ?t? longtemps associ? ? Service Public. Il ?tait employ? au singulier par les d?fenseurs de ce dernier et symbolisait avec un grand U la grandeur de leur mission et l’absence d’esprit marchand qui y r?gnait. Les utilisateurs de ces services trait?s le plus souvent de fa?on anonyme se vivaient plut?t comme des usag?s n’existant pas comme individus. Avec la mise en concurrence le terme client a pris le dessus en g?n?ral au pluriel pour bien marquer la n?cessit? de r?pondre ? des personnes bien r?elles. Par contre ce double changement a eu pour cons?quence une diversification importante des r?ponses appel?es offres, un traitement de plus en plus marchand et donc tr?s in?galitaire des clients ?liminant progressivement l’int?r?t collectif qui se cachait derri?re le singulier de Usager
La r?forme des r?gimes sp?ciaux, absolument inutile au niveau ?conomique voire m?me contreproductive, a eu pour seule justification « l’?quit? de traitement devant la retraite » (vaste fumisterie quand on conna?t les d?tails techniques du dossier et comme devrait le d?montrer le r?sultat concret des n?gociations). Les JT et politiques ont mis alors l’accent sur la prise en otage des usagers. Ce retour du terme usager n’est pas fortuit. Il permet de remettre au centre l’?galit? de traitement dans les transports. Mais il le fait dans une situation n?gative, quand les usagers sont priv?s de l’aide que leur apportent les transports en commun pour aller travailler. Par contre dans une situation positive on voit r?appara?tre les clients et leur in?galit? de traitement comme le d?montrait tous les jours la direction de la SNCF par ses choix de lignes desservies : par ordre Eurostar, Thalys, TGV vers et de Paris, Transiliens, TER, et enfin TGV de province ? province (aucun pendant toute la gr?ve).

30 novembre 2007 : R?action ? chaud ? une intervention politique
Sarkozy a de l’impact parce qu’il donne l’impression d’?tre le dernier ? croire ? l’action politique. Il d?voile clairement sa m?thode. Se positionner sur le probl?me du moment, r?el mais solidement mont? en mayonnaise par les m?dias : le pouvoir d’achat. Montrer qu’il a la volont? et qu’il s’y attaque. Pour les r?sultats on verra. C’est cette posture, en contraste avec le tout gestion utilis? ? sati?t? par les “politiques de droite” et de “gauche”, ? de rares exceptions qui fait mouche. L’effet de la campagne s’?tant estomp?, Sarkozy en remet une louche. Il nous faut vraiment une gauche de combat qui croit qu’il est possible de changer les choses, sinon on en a pour dix ans et plus. Un exemple, toute la journ?e les repr?sentants de l’UMP ont serin? que sur les 15 milliards de cadeaux les 3/4 concernaient les couches populaires via les heures sup. En m?me temps aucun effet n’est perceptible ce que Sarkozy a reconnu. Il doit donc ?tre encore possible de r?affecter cette d?pense budg?taire. Autre exemple. Travailler plus pour gagner plus pour quoi faire ? La soci?t? du tout production-tout consommation doit ?tre d?nonc?e comme une impasse, pas simplement au niveau ?cologique, mais pour le type de monde qu’elle construit. J’ai l’impression d’avoir r?gress? de plus de quarante ans …

30 novembre 2007 : Travailler plus : relisons S?n?que
Au moment o? les adeptes de la mesure de toute chose veulent capter “tout gain d’esp?rance de vie” sans d’ailleurs s’interroger sur ce qu’est la bonne vie, le texte ci-dessous extrait de Apprendre ? vivre de S?n?que (Lettres ? Lucilius) m?rite d’?tre relu.
“Oui, c’est cela, mon cher Lucilius, revendique la possession de toi-m?me. Ton temps, jusqu’? pr?sent, on te le prenait, on te le d?robait, il t’?chappait. R?cup?re- le, et prends en soin. La v?rit?, crois- moi, la voici : notre temps, on nous en arrache une partie, on nous en d?tourne une autre, et le reste nous coule entre les doigts. Pourtant il est encore plus bl?mable de le perdre par n?gligence. Et, ? bien y regarder, l’essentiel de la vie s’?coule ? mal faire, une bonne partie ? ne rien faire, toute la vie ? faire autre chose que ce qu’il faudrait faire. Tu peux me citer un homme qui accorde du prix au temps, qui reconnaisse la valeur d’une journ?e, qui comprenne qu’il meurt chaque jour ? Car notre erreur, c’est de voir la mort devant nous. Pour l’essentiel, elle est d?j? pass?e. La partie de notre vie qui est derri?re nous appartient ? la mort. Fais donc, mon cher Lucilius, ce que tu me dis dans ta lettre : saisis-toi de chaque heure. Ainsi, tu seras moins d?pendant du lendemain puisque tu te seras empar? du jour pr?sent. On remet la vie ? plus tard. Pendant ce temps, elle s’en va. Tout se trouve, Lucilius, hors de notre port?e. Seul le temps est ? nous. Ce bien fuyant, glissant, c’est la seule chose dont la nature nous ait rendu possesseur : le premier venu nous l’enl?ve. Et la folie des mortels est sans limite : les plus petits cadeaux, ceux qui ne valent presque rien et qu’on peut facilement remplacer, chacun en reconna?t la dette alors que personne ne s’estime en rien redevable du temps qu’on lui accorde, c’est ? dire de la seule chose qu’il ne peut pas nous rendre, f?t-il le plus reconnaissant des hommes. “

13 d?cembre 2007 : Sommes-nous encore en d?mocratie ?
Si les d?put?s et s?nateurs respectent l’engagement pris par leur candidat lors de la campagne pr?sidentielle, le r?f?rendum sur le trait? europ?en, dit simplifi?, aura lieu. Sarkozy et l’UMP ne disposent pas seuls des 3/5 des voix du congr?s n?cessaires ? la modification de la constitution.
Si cette modification est vot?e ce sera donc du fait d’un non respect par deux fois (r?f?rendum de mai 2005, pr?sidentielle) de leur engagement soit par la gauche, soit pas le centre, soit par les deux (en totalit? ou en partie).

9 janvier 2008 : retrouver le sens et le chemin du vivre ensemble
L’ann?e 2007 aura vu le triomphe du tout argent, habill? d’oripeaux plus ou moins s?duisants et trompeurs. Finie la solidarit?, place ? la compassion et la piti?. Termin? le projet de construire une Europe o? mieux vivre ensemble, place ? la concurrence de tous contre tous. Finie la reconnaissance de la cr?ation et de l’imagination, place ? la valorisation de la rente et des h?ritiers. Termin? le respect du travail et du labeur, place ? l’exploitation sans limite des salari?s avec la disparition de toutes les r?gles et garanties. Fini l’espoir d’une vie plus longue et meilleure gr?ce aux progr?s de la m?decine, place au travail tout au long de la vie. Il serait facile de sombrer dans le d?sespoir, le cynisme ou le repli sur la seule famille.
Mais l’ann?e 2007 aura aussi vu ?merger, parfois de fa?on surprenante, des ?l?ments d’espoir. Prise de conscience que nous habitons et partageons une terre dont les ressources sont limit?es. Quarante ans apr?s, retour du message de mai 1968 –m?me si c’est parfois pour le combattre – de l’impasse d’une civilisation bas?e sur le seul cycle production/consommation. Et, plus surprenant et int?ressant, retour de l’action politique –m?me si c’est sous des formes personnelles et d?voy?es – dans une soci?t? malade du tout gestionnaire. La pr?sidence de Sarkozy en France, repr?sente une chance historique pour les quelques hommes et femmes qui, ? gauche, ne confondent pas politique et gestion. Ils sont peu nombreux (Royal, Fabius, M?lenchon, Besancenot,..), souvent en d?saccord, et sans ligne coh?rente. Mais ils partagent, avec, ? droite, le seul Sarkozy le go?t et l’envie de l’action politique. C’est l’opportunit? de sortir de l’engourdissement qui, depuis 1983 (tournant de la rigueur par la gauche au pouvoir en France) puis 1989 (chute du mur de Berlin) a gagn? toute la vie politique fran?aise et europ?enne.
La conf?rence de presse du 8 janvier 2008 aura ?t? particuli?rement significative. J’invite les femmes et hommes de gauche ? sortir de la facilit? de la critique, justifi?e, du « Sarkoshow » et ? s’interroger. Comment se fait-il que c’est ? droite que la question de la civilisation est pos?e ? Pourquoi les travaux d’Edgar Morin ne sont-ils pas parvenus ? irriguer la pens?e et l’action de la gauche ? La question du pouvoir d’achat, et plus largement du travail, peut-elle ?tre le centre d’une politique, alors qu’elle enferme les individus dans l’impasse d’une vie consacr?e uniquement ? produire et consommer ?
Il nous faut sortir de la seule vision gestionnaire (dominante ? droite mais contaminant beaucoup la gauche) et sociale (tr?s dominante ? gauche mais quasiment ignor?e ? droite). Cinquante apr?s la publication, en langue anglaise, d’un de ses livres majeurs, The Human Condition, la pens?e de Hannah Arendt, qui a consacr? sa vie ? d?couvrir, apr?s la rupture de la tradition qu’ont provoqu? les horreurs in?dites des totalitarismes du XXe si?cle, les nouvelles conditions du vivre ensemble, est particuli?rement actuelle. Sa vision, le plus souvent ternaire (travail, œuvre, action – pens?e, volont?, jugement) de la condition et des capacit?s des ?tres vivants que nous sommes, son besoin irr?pressible de « comprendre ce que nous faisons », sa volont? d’agir et de penser par elle-m?me et avec les autres, sont totalement adapt?s aux enjeux de ce si?cle.

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