Accueil / T Y P E S / Articles / Violence en garderie: le prochain fléau ?

Violence en garderie: le prochain fléau ?

Des éducatrices en garderie se voient contraintes de mettre des enfants en isolement et parfois de sanctionner leurs comportements en les expulsant du service de garde.

On accuse ces enfants d’intimidation!  On a expulsé de la garderie un enfant de 14 mois qui mordait.  On parle d’agression!  Il y aurait: 70% des enfants de 2-3 ans qui frappent leurs pairs, 80% s’emparent de force d’un objet et 25% mordent fréquemment ou à l’occasion (selon un rapport du Centre d’excellence pour le développement des jeunes enfants, intitulé:  Prévenir la violence par l’apprentissage à la petite enfance).

Le chercheur Richard E. Tremblay, de l’Université de Montréal, affirme que les comportements agressifs apparaissent très tôt dans la vie des enfants.

Même si 60% de la population pense que ce sont les adolescents de 12 à 17 ans qui ont le plus recours à la violence, il s’avère que la fréquence des agressions atteint son apogée autour de deux ans.  Dans certains cas, on peut compter une agression aux quinze minutes, a observé M. Tremblay, qui est l’auteur de plus de 400 articles sur le sujet.

Selon d’autres études, plusieurs garderies n’offrent pas assez d’espace et les éducatrices se voient confier trop d’enfants, ce qui ne leur permet pas de répondre aux besoins affectifs des enfants.

La loi prévoit qu’en garderie, une éducatrice peut se voir confier jusqu’à 5 enfants de 18 mois et moins, sinon jusqu’à 8 enfants de 18 mois à 4 ans ou jusqu’à 10 enfants de 4 ans et plus.

Le Québec obtient le triste record de 40% du total des prescriptions de Ritalin faites au pays.  Selon IMS Brogan, en 2011 il y aurait eu au Canada 1,5 million d’ordonnances de Ritalin, soit une augmentation de 12% par rapport à 2010 et de 129% cinq ans plus tard.

Voilà pour les statistiques! 

Et tout ce beau monde cherche à comprendre pourquoi tous ces troubles du comportement, en multipliant les études et les types d’interventions.

Il faut chercher la cause de ces troubles en amont. Ce ne sont pas tant les conditions, l’éducation, le développement de l’enfant, la longueur de ses orteils ou le nombre d’éducatrices qui sont responsables. Ce sont les carences que les enfants développent par l’absence prolongée et régulière de contacts privilégiés.  Les enfants ont besoin de s’identifier: d’abord au contact de leurs parents qui sont les mieux placés pour les connaître et les aimer, puis à un milieu de vie qui soit sécurisant, ce qui implique un lieu qu’ils s’approprient et des objets qui lui appartiennent. Tout comme les adultes, ils se sentent bien à la maison, entourés de personnes et de choses qui ne lui sont pas étrangères.  De même, les enfants n’ont pas la même notion du temps que les adultes.  Les faire patienter ou espérer ne doit pas être une question d’heures, encore moins de jours ou de mois.  C’est inutile et parfois cruel.  Ils ont besoin de recevoir des marques d’affection.  Ils ont besoin de sentir que quelqu’un les aime, d’avoir des bras dans lesquels se réfugier.  Ils ont besoin d’explorer, de questionner.  Tout comme les adultes, ils n’ont pas toujours envie d’être en groupe.

La cause de ces troubles serait donc souvent simple. Peut-on leur fournir des solutions en les exposant de façon prolongée, en bas âge, à un milieu de vie où trop de gens interviennent? En conformant les enfants à un mode de vie qui n’est pas naturel, la société leur enlève une part d’identité importante, tout en compromettant leur équilibre émotionnel.

Il y a quatre grandes émotions : la peur, la colère, la tristesse et la joie. Au-delà se déclinent toute une série d’émotions secondaires ou de sentiments comme la culpabilité, la rage, l’envie, l’excitation, la tendresse, l’amour, etc.

Selon Daniel Goleman, psychologue et auteur, les qualités qui favorisent l’équilibre émotionnel et la réussite, en dehors du potentiel strictement intellectuel, reposent sur la conscience de soi, c’est-à-dire le fait de pouvoir identifier ses émotions ainsi que les liens qu’elles entretiennent avec nos pensées et nos comportements.

Les émotions sont l’expression d’un besoin vital. Le prix de ce refoulement? Exorbitant, selon des psychologues, puisqu’on le paye en tension intérieure permanente, en solitude affective réelle ou ressentie, en absence de relations authentiques avec les autres et en méconnaissance de soi. Toute émotion exprime un besoin vital, c’est une clé pour comprendre ce qui se joue en nous.

Aussi, selon Jerome Bruner psychologue, lors d’absence de dialogue adulte-enfant, les capacités potentielles de l’enfant ne peuvent pas s’actualiser, il y a une privation du développement qui peut être irréversible.

Réprimer les émotions, les ignorer, les punir (sans avoir la possibilité d’offrir un raisonnement ou un modèle qui ne soit pas que comparatif ou un accompagnement fidèle qui renforce les efforts d’amélioration) entraînent un déséquilibre émotionnel. Ainsi on entend parfois certains parents déclarer avec incompréhension que leur enfant se comporte différemment à la maison.

 

Bichounet et le train:

5h15

– Debout mon bichounet !

Un lapin bleu qui joue de la guitare en sautant sur des nuages au coin des yeux, le chant d’un oiseau accroché à mi-rêve, bichounet ouvre péniblement les yeux sur une maman qu’il a aperçue hier au souper, puis une heure plus tard au bain. Il se doute qu’elle lui refera le coup de le balancer chez les terroristes qui l’ont kidnappé depuis des mois sans jamais demander une rançon.

Et il pleure, que faire d’autre.

– Maman, tu sais si le lapin de grand-papa peut marcher sur les nuages? On y va quand chez grand-papa?  Parce que j’ai dormi? Il avait dit que nous irions à la pêche.

– Un autre jour bichounet. Lève-toi et ne pleure pas, il faut te préparer.

– Est-ce que les poissons dorment aussi?

– Non pas là: ils sont levés et se préparent à rejoindre leurs amis eux aussi.

– Mais comment ils font s’ils n’ont pas de sac? Et leur maman va les chercher le soir?

– Tiens vite prépare le tien.

– On attrape à la pêche que les poissons qui attendent leur maman?

– Allons viens, tu sais bien que tu vas t’amuser avec tes amis (elle semble convaincue qu’il a des amis parce que d’autres partagent la même pièce et s’emparent de ses jouets. Elle est convaincue qu’il s’amuse).

– On va retrouver Carole et Martine!  Il ne s’en ennuie pas du tout. Comment s’ennuyer de deux formations sur pattes qui parlent un langage uniforme et ne savent pas qu’hier son grand-papa lui a promis de l’emmener à la pêche alors qu’il jouait à faire l’hélicoptère avec lui. D’abord savent-elles ce qu’est l’hélicoptère? Il se doute bien qu’elles ne voudront pas y jouer.

5h30

Assis somnolent devant un bol de gruau, une tranche de pain aux confitures toujours coupée en deux à la diagonale et le tic tac de l’horloge. Le son de maman court en dolby stéréo de part et d’autre des murs de la maison, tantôt étouffé, tantôt par écho.

5h45

Bichounet est dans la salle de bain, peigne dans les cheveux, brosse à dents dans la bouche et il sait qu’il a oublié de dire au revoir à sa tortue. Il va lui flatter le nez et la carapace en lui chuchotant qu’il reviendra, mais il sait qu’elle est déjà triste, car elle s’ennuiera de longues heures tout comme lui.

6h00

Ceinture bouclée, moteur inhumain en route. Il a dû abandonner son ours en peluche car un des terroristes est allergique. Départ chrono, habituel, d’un ennui impossible. Arrivée précipitée au lieu de nulle part, cet endroit que l’on a élu sa maison de jour mais où il ne retrouve rien qui lui appartienne totalement. Visages souriants et vaguement impersonnels des surveillants terroristes qui savent son prénom. Il n’a pas envie de les laisser encadrer ses rires. D’ailleurs il a résolu de ne plus rire. Marche étudiée et prévue vers un casier, toujours le même qui contient l’arsenal d’un étranger qu’on dit ami. Dépôt du petit sac qui contient les feuilles que maman a dû signer hier. Un grand papier avec 2 petites feuilles et des sourires dessinés dans les coins. Il ne sait pas pourquoi il se transforme trop souvent en facteur et cela l’ennuie. Il sait que sa vie ici se résume à ce transport de papiers secrets.

La porte de la salle s’ouvre sur une jungle sauvage. Un terroriste par mètre carré. Une chaise qu’il faudra échanger 100 fois. Des jouets pas tous invitants, nommés aux étoiles de la pédagogie, faits de couleurs et de significations et dont il faut jouer d’une certaine manière, jamais différemment.

On l’invite à rejoindre C’est-à-moi et Heye avec qui il devra partager ses moments de joie. Peut-être en aura-t-il si Heye ne lui chipe pas tous ses jeux ou si C’est-à-moi ne lui tourne pas le dos. Il y aura la sortie dans la cour bientôt. Il pourra faire la file pour grimper à la glissade 2 fois, s’il est chanceux 3. Même si le jais bleu revient, il ne pourra pas le regarder voler longtemps, pas plus qu’il ne sera autorisé à courir vers l’écureuil Coco.  On le lui interdit: ça mord.  C’est gentil uniquement quand les terroristes ont prévu encadrer sa présence en expliquant de quoi il se nourrit. Et là elles parlent, elles parlent, et on n’entend plus ses petits cris. Pédagogie feutrée de cour… Se tenir à distance de l’écureuil comme c’est la norme lui fait craindre un danger qu’il ne saurait nommer. Il sait que l’écureuil partira sans attendre qu’il soit repu d’informations sur la faune, issues d’un autre papier, peut-être celui que sa maman a signé?  Le doute s’installe. Coco l’écureuil est parti et les terroristes ignorent toujours son nom. Bien fait pour eux.

8h00

– Carole tu sais s’il y a des garderies pour les poissons?

– Mais non. Quel imbécile t’a dit ça! Autant te raconter que les lapins marchent sur les nuages!

– Si !  C’est possible, mais pas tous.

– J’en parlerai à ta mère sois en sûr (annotation au dossier faisant état d’un problème sous-jacent, nécessitant une médication fulgurante et une évaluation psychologique).

8h30

Retour dans la salle des terroristes, branle-bas de combat car c’est l’heure de l’apprentissage, sorte de jeu solitaire puisqu’il n’y a que les terroristes qui ont envie d’y jouer. Il n’y a aucun coin rassurant, aucun moyen d’échapper à la foule, de reprendre peut-être ce train bleu et vert qui a perdu sa cloche et tenter de lui faire rejoindre les routes dans la montagne. Mais il n’y a rien pour faire une montagne. Ah si!  Miracle!  3 amis terroristes assis ensemble. C’est assez haut, ça peut le faire. Etre discret surtout! car le train bleu a ses heures de sortie. S’il parvient à l’extirper de la gare où il est rangé en permanence, il aura franchi le premier obstacle. Maintenant là bien au sol, roues un peu branlantes, surtout bruyantes, sol inégal, et aucun rail… mais eureka une montagne de terroristes au loin. Propulser l’engin avec force !

17h52

Maman me gronde. Pourtant j’avais hâte de la voir et de quitter le pays étranger. Une terroriste lui remet à elle cette fois un papier qu’elle agite avec bruit. Apparemment, il raconte l’histoire de mon train qui une fois lancé dans la vallée, blocs legos servant d’obstacles, fort et puissant les a propulsés pour terminer sa course dans la montagne. J’avais presque réussi. Mais la montagne bougeait et Heye n’aime pas jouer avec les trains. Il lui a foutu une savate, a renversé sa cargaison et Carole et Martine m’ont fait venir dans une pièce toute blanche avec un néon bruyant. La cargaison allait se perdre.  Les indiens viendraient la voler. J’ai appris que le train allait être envoyé dans une armoire fermée à clef. Peut-être qu’en cherchant bien je retrouverai sa cloche.

19h00

Je vais au lit. Je suis puni. Bonne nuit Lola, petite tortue mignonne, ma seule amie. Un jour toi et moi nous partirons.

5h15

– Debout mon bichounet.

Zut Carole et Martine qui vont me foutre des remontrances et des conséquences, et des ences diverses.  Je ne les connais pas toutes:  ce sont des histoires de grands. Je sais par contre que quand les ences sont là, c’est l’enfer. Cette histoire de train me suivra jusqu’à l’université j’en ai bien peur. Quand je serai grand j’achèterai tous les trains. J’irai voir Carole et Martine pour qu’elles me vendent le train bleu. Si Heye est encore là je lui dirai que c’est un con.

–  Je suis malade maman.
– Ne t’en fais pas, Carole et Martine vont te soigner. Elles vont te donner une pilule.

 

There’s no way out of here.

 

Je ne crois pas que la société, par une approche globale, puisse réussir à répondre adéquatement au développement de l’enfant. Dans les très petits villages et chez certaines sociétés matriarcales où les figures d’autorité ont un rapport intime avec celui-ci, la communauté peut mieux répondre aux besoins de l’enfant du fait de sa proximité et de ses liens. Il n’en est pas ainsi pour les garderies qui demeurent des lieux publics, donc déshumanisés, malgré que l’on en tapisse les murs du mot bienvenue et que l’on sache nommer l’enfant par son prénom.

Les toutes premières années de vie sont un passage douillet et feutré vers la vie publique. En supprimer des étapes essentielles aura ses conséquences. Que l’on pense à Michael Jackson ou à d’autres gens connus dont l’enfance en dormance fut la pénible tragédie qui les a poursuivis et cela illustre la nécessité de ne pas bousculer l’enfance. Dès leur jeune âge, ils ont rejoint le monde des mesures, des apprentissages concis et étudiés. Ce qu’ils sont parvenus à devenir, ce qu’ils ont réussi ou obtenu n’a pas suffi à combler le vide. Ils ont été entourés, trop parfois et pas de la façon qu’il convenait de le faire. Ils ont traîné une vie d’adulte avant que l’enfant ait pu s’épanouir.

On doit pouvoir faire un heureux mélange des étapes de notre vie et comme on ne peut pas refaire la vie à l’envers, on ne peut redonner à chacune d’elles la chance de s’exprimer. Tout au plus on aborde certaines étapes, certains passages avec plus de difficulté lorsque la confusion règne depuis longtemps. Et les rêves fous, les délires, les rires sans image, l’innocence et la fraîcheur ne savent plus exprimer les mots que l’on a enchaîné à l’enfance coupable d’avoir grandi et disparu. On peut vivre sans enfance, mais on recherchera toujours les paysages qu’elle n’a pu immortaliser.

 

ELYAN

Commentaires

commentaires

A propos de elyan

avatar

Check Also

Coke en stock (CCXXV) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (54)

Le Brésil est comme le Paraguay pourri jusqu’à la moelle. Les gangs y sévissent impunément ...

One comment

  1. avatar

    Enfants « élevés » par une…structure. L’horaire et tout. Heureusement, j’ai passé l’étape. Les enfants sont trop vite « pris en charge ». Mais la vie actuelle, deux parents au travail, des horaires chargés et chargés.
    Finalement, on s’y est habitués. Et voilà que c’est normal…
    Je connais toutefois quelques parents qui ont abandonné un temps leur carrière pour que les enfants aient une vie d’enfant.
    Merci!
    Et quelle est sublime la chanson de Cat Steven!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.