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Vingt ans de malheurs !

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« Absurdes », les propositions formulées en fin de semaine à la Grèce par la Commission Européenne? En réalité, ce qualificatif employé par le chef de l’exécutif grec dévoile son dépit face à une Europe qui ne semble vraiment pas intéressée au sort de son pays, encore moins à finaliser un accord qui convienne aux deux parties. A moins que la volonté délibérée des élites européennes ne soit d’affamer les grecs, de saper leur tourisme, d’encourager le marché noir et, tout compte fait, d’ancrer ce pays dans une spirale déflationniste durable.

La majoration de la TVA à 11% pour les aliments de base et à 23% pour la consommation électrique dictée à la Grèce indique-t-elle l’indifférence totale de la Commission Européenne de parvenir à un accord? Ou est-elle un degré supplémentaire franchi dans la spirale de la mort savamment orchestrée par une Europe mercantile royalement indifférente aux pauvres et aux classes moyennes qui seront seuls à en subir les conséquences? Une certitude: les autorités européennes et les responsables politiques allemands entendent punir les grecs pour avoir voté Syriza, eux qui étaient persuadés que Tspiras rentrerait dans le rang et se mettrait au garde à vous moyennant quelques tapes sur le dos généreusement prodiguées par Juncker.

Aujourd’hui, cinq mois après les élections en Grèce ayant consacré la victoire de Syriza, les responsables européens reviennent de loin et se sont enfin rendus compte que Tspiras ne bluffait pas, pour la simple et unique raison qu’il a reçu un mandat limpide de la part de ses électeurs. Que cette Europe du business, des marchés et des profits se méfie quand même, et que son intelligentsia y prenne garde, car – aujourd’hui dans notre monde tourmenté de 2015 – la Grèce est un maillon géopolitique fondamental de l’Union. La perdre constituerait une véritable catastrophe pour l’Europe, car elle basculerait dès lors sous influence russe, voire chinoise, sans oublier bien-sûr que ce pays est aux avant postes de toutes les zones dangereuses de la Méditerranée. Tsipras, grand négociateur, en est parfaitement conscient comme il sait très bien qu’une sortie de son pays propulserait dès lors l’euro vers des sommets qui font déjà frémir d’angoisse les allemands, les français et les espagnols.

Brillant tacticien, Tsipras comprend également que les postures tranchées des protagonistes sont redevables aux considérations de politique intérieure, et principalement en Allemagne, théâtre d’une authentique bataille pour le leadership entre Merkel et Schauble. Ce dernier, qui en veut toujours à Merkel de l’avoir empêché de succéder « naturellement » à Kohl en 2000 à la tête de la CDU, manœuvre aujourd’hui afin de récupérer ce qu’il estime être son droit, et semble en effet devoir remporter la partie contre Merkel et, ce, quelle que soit l’issue du drame grec. Schauble sera certainement le premier à blâmer la capitulation de Merkel si elle se compromettait avec Tspiras, sachant qu’il serait considéré comme un ardent défenseur des intérêts allemands en cas de Grexit.

Toujours est-il que la Grèce se retrouve prise en tenaille par la basse politique politicienne allemande et par les mauvais calculs stratégiques de la Commission Européenne qui, à force de se persuader que les grecs bluffaient, est aujourd’hui acculée dans une posture où elle sera perdante à tous les coups. Perdante si la Grèce sort de l’Union, et perdante si elle y reste car il va de soi que Podemos exigera pour l’Espagne les mêmes concessions obtenues par la Grèce, à une envergure et à une dimension n’ayant évidemment aucune mesure avec les montants en jeu pour la Grèce.

Tout ça pour ça?, serait-on tenté de s’exclamer aujourd’hui en juin 2015, tandis que de trop rares économistes et analystes stigmatisent l’austérité qu’il fallait logiquement répudier dès 2010? Alors que la rigueur est à l’évidence contre-productive dans un contexte de récession et de crise financière, comment se fait-il que des nations entières s’accrochent toujours, avec leurs leaders, à l’escroquerie intellectuelle de la rigueur budgétaire? Ma seule réponse, que je répète inlassablement depuis cinq ans, est que « l’austérité est la version moderne de la lutte de classes ».

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