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Justin Trudeau premier ministre du Canada

Victoire écrasante du Parti libéral du Canada grâce à une posture anti-austérité

Le Parti libéral, qui a été pendant longtemps le parti de gouvernement favori de la grande entreprise canadienne, retourne au pouvoir pour la première fois en une décennie après avoir remporté une victoire écrasante aux élections fédérales de lundi dernier.

Un peu plus de 4 ans après avoir encaissé leur pire résultat électoral de l’histoire, les libéraux ont reçu 39,5% des voix, plus que le double de ce qu’ils avaient reçu en 2011. Ce fut suffisant pour les catapulter de la troisième place à une majorité parlementaire de 14 sièges à la Chambre des Communes, qui compte 338 sièges.

Sous Justin Trudeau, le fils de l’ancien Premier ministre libéral Pierre Elliot Trudeau, les libéraux ont fait des gains considérables dans presque toutes les parties du pays, y compris dans les provinces maritimes, le Québec, l’Ontario, le Manitoba et la Colombie-Britannique.

Le vote de lundi constitue un rejet massif du premier ministre Stephen Harper et de son gouvernement conservateur au pouvoir depuis une décennie. Les conservateurs ont perdu 67 sièges. Plusieurs ministres, y compris le ministre des Finances Joe Oliver, ont perdu leur propre siège.

Harper a annoncé qu’il quittait la direction du parti conservateur avant même de prononcer son discours de défaite.

Justin Trudeau premier ministre du Canada

Photo:  TheGlobeandMail.com

Les libéraux ont profité de l’opposition de masse à un gouvernement conservateur qui a imposé de vastes mesures d’austérité, intégré davantage le Canada aux offensives militaires et stratégiques de l’impérialisme américain, et attaqué les droits démocratiques et sociaux des travailleurs.

La capacité des libéraux de se présenter comme de «véritables» agents du changement est entièrement due à la politique de droite des syndicats et du Nouveau parti démocratique (NPD).

Pendant des années, les syndicats et le NPD ont travaillé pour remplacer Harper par un gouvernement «progressiste» dans lequel les libéraux auraient joué un rôle clé.

Depuis l’automne dernier, les syndicats ont été le fer de lance de la campagne «n’importe qui sauf Harper», dépensant des millions de dollars dans des publicités anti-conservateurs et des campagnes de protestation.

De plus, dans l’espoir de convaincre la grande entreprise de lui confier les rênes du pouvoir, le NPD a orchestré une campagne à peine différente de celle de Harper. Il s’est notamment engagé à équilibrer le budget à chacune des quatre prochaines années, à ne pas augmenter l’impôt sur les riches et les super riches, à accorder d’autres baisses d’impôt aux entreprises et à accroître les dépenses militaires.

Suite aux efforts conjoints des syndicats et du NPD, les libéraux ont été en mesure de se faire passer pour des opposants à l’austérité. La dernière fois qu’ils ont formé le gouvernement, les libéraux avaient implanté les plus grandes coupes sociales de l’histoire canadienne pour ensuite remettre les dizaines de milliards économisés à la grande entreprise et à l’élite financière en baissant les impôts sur les entreprises, les gains en capitaux et les revenus personnels.

Le NPD a subi une débâcle électorale. Formant l’opposition officielle dans le dernier parlement, il était en tête lorsque la campagne a commencé il y a 11 semaines. Mais ses positions pro-austérité, ainsi que sa promotion des Libéraux comme un confrère «progressiste» et un partenaire potentiel dans une coalition, ont poussé une grande section des travailleurs à se rallier aux libéraux.

La représentation du NPD au parlement a été réduite de plus de la moitié passant des 103 élus en 2011 à seulement 44 députés. Sa part du vote populaire a diminué de plus du tiers pour s’installer sous la barre des 20%.

Les reculs du NPD ont été particulièrement marqués au Québec. Le NPD a perdu non seulement des sièges au profit des libéraux, mais aussi des conservateurs et du Bloc Québécois (BQ) indépendantiste, dont le parti frère au niveau provincial, le Parti Québécois, est soutenu depuis longtemps par la bureaucratie syndicale. Durant la campagne électorale, les conservateurs et le BQ ont dans les faits travaillé en tandem. Ils ont tous deux lancé des appels réactionnaires et islamophobes, exigé que des restrictions soient imposées sur le port du niqab et défendu le rôle du Canada dans la plus récente guerre des États-Unis au Moyen-Orient.

Trudeau et ses libéraux vont utiliser leur majorité pour imposer les diktats de l’élite capitaliste. Avec l’intensification de la crise économique au Canada, dans le contexte d’une chute vertigineuse du prix du pétrole et des matières premières, d’une croissance internationale anémique et d’une montée des tensions entre les grandes puissances, le gouvernement libéral sera appelé à intensifier l’assaut contre les droits des travailleurs au pays et à promouvoir plus agressivement les intérêts prédateurs de l’impérialisme canadien à l’étranger. Cela consiste entre autres en l’adoption du Partenariat transpacifique (PTP), un élément clé de la campagne des États-Unis pour isoler stratégiquement la Chine et pour l’encercler militairement.

Durant la campagne, il est devenu évident que d’importantes sections de la classe dirigeante se rangeaient derrière les libéraux. La Presse, le plus important quotidien de langue française au Canada, a donné son appui à un gouvernement Trudeau, tout comme Conrad Black, fondateur du National Postnéo-conservateur et principal partisan de la fusion de l’Alliance canadienne de Harper avec ce qui restait du Parti progressiste-conservateur en 2004.

Les élites dirigeantes évaluent qu’après neuf ans de gouvernements conservateurs, l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement en apparence «progressiste» les mettra en meilleure position pour promouvoir leurs intérêts tout en muselant la colère sociale grandissante.

De plus, elles savent très bien que les libéraux ont une très longue histoire consistant à faire des promesses «progressistes» durant les campagnes électorales pour mieux imposer les politiques de leurs opposants ouvertement plus à droite lorsqu’ils prennent le pouvoir. En 1993, les libéraux de Jean Chrétien ont été élus en force après neuf ans de gouvernements progressistes-conservateurs. Chrétien avait fait une campagne «progressiste», promettant de mettre fin à l’«obsession» des conservateurs pour le déficit afin de se concentrer sur «l’emploi, l’emploi, l’emploi» et renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA). Son gouvernement a ensuite entrepris le démantèlement des services publics et de l’assurance-emploi par des coupes radicales qui sont encore présentées aujourd’hui par le FMI comme un modèle d’austérité pour les gouvernements à travers le monde.

Cette fois-ci, les libéraux promettent de faire respecter la loi C-51, la loi digne d’un État policier que les conservateurs ont adoptée le printemps dernier avec leur appui. Elle donne à l’appareil de sécurité nationale l’accès illimité à toutes les informations que détient le gouvernement sur les personnes, augmente ses pouvoirs de détention «préventive» et permet au Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) de transgresser en pratique n’importe quelle loi afin de «perturber» toute vague menace à la sécurité nationale et économique.

Trudeau a promis d’augmenter la taille des Forces spéciales canadiennes déployées en Irak pour l’entraînement des milices qui combattent l’État islamique au sein de la coalition de guerre dirigée par les États-Unis. Il s’est aussi engagé à renforcer la relation d’Ottawa avec Washington et à augmenter les dépenses militaires afin de mieux équiper les Forces armées canadiennes pour des interventions avec l’armée américaine autour du globe.

Et quant à la fameuse promesse des libéraux de s’opposer à l’austérité, leur propre plan économique prévoit une réduction des dépenses de 6 milliards de dollars d’ici leur quatrième année au pouvoir.

Par Keith Jones
21 octobre 2015

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