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Vers une révolution coronavirale ?

« À toute chose, malheur est bon », dit un proverbe. Ce dicton populaire devrait une nouvelle fois être illustré dans les prochains mois et les prochaines années. En l’occurrence, au plan socio-économique. Et cela grâce, si l’on peut dire, à la pandémie de coronavirus qui frappe de plein fouet nos sociétés, de plus en plus dominées, avant l’apparition du Covid-19, par une doxa néolibérale synonyme de régressions sociales. Mais le prix à payer sera sans nul doute élevé en termes de disparations de proches, d’amis, de voisins, de collègues…

Les tenants du néolibéralisme cynique et triomphant vont devoir se rendre à l’évidence lorsque les pays occidentaux sortiront de la grave crise sanitaire qui impacte si durement leur modèle économique : le temps de l’individualisme forcené et de la quête insatiable du profit par les dirigeants des grands groupes financiers et industriels aura sans doute été fortement remis en cause sous les formes débridées qui ont prévalu durant les dernières décennies ; plus important encore, le temps des dogmes budgétaires, attentatoires à la pérennité des services publics et aux besoins essentiels des populations en termes de solidarité, aura vécu.

Qui peut croire en effet que les critères du Pacte de stabilité et de croissance auront encore une chance de s’imposer aux nations européennes dans les conditions antérieures, caractérisées par une approche comptable et technocratique de la gouvernance des peuples du continent au détriment de la dimension humaine ? À la sortie de la grave crise engendrée par la pandémie de Covid-19, c’est de facto une économie dévastée qui devra être gérée par les chefs d’état et de gouvernement de l’Union européenne. De même devront-ils faire face, dans ce contexte douloureux, à une demande légitime de renforcement significatif des services publics et des systèmes de protection des personnes.

La rigueur budgétaire et le pacte de stabilité imposés par les traités européens sont en train de voler en éclats sous nos yeux, pulvérisés par des événements sanitaires que nul n’a vu venir dans le personnel politique, et dont nul ne peut dire qu’ils n’auront pas de répliques analogues, voire pires, dans les prochaines années. Il y a eu un avant coronavirus, il y aura forcément un après Covid-19, les dirigeants des pays de l’UE étant contraints de mettre en place, tant sur leur territoire qu’au niveau continental, de nouvelles structures socio-économiques s’ils ne veulent pas, dans un avenir plus ou moins proche, voir s’effondrer la société occidentale et son organisation politique. À cet égard, c’est à une « révolution coronavirale » que nous devrions assister dans les mois qui suivront la sortie de crise.

Relever l’économie, via un ambitieux plan de relance, et restaurer les services publics, en voie de déliquescence accélérée avant la survenue de la pandémie, vont devenir des priorités qui, à l’évidence, ne s’accommoderont pas des traités européens tels qu’ils existent. Et cela d’autant moins que, partout sur le continent, est monté ces dernières années un rejet croissant des politiques d’austérité dont les classes populaires et moyennes ont subi les effets les plus rudes.

Certes, des mesures dérogatoires aux obligations communautaires peuvent être décidées le temps que les économies des nations européennes se redressent. Mais il n’est personne de sérieux dans l’UE – pas même Angela Merkel – qui ne comprenne, au vu des événements en cours, que le fonctionnement de l’Union devra être peu ou prou réformé dans le sens d’un assouplissement des règles de fonctionnement et des prises de décision, sauf à faire monter toujours plus haut les partis extrémistes et à engendrer, un peu partout, des mouvements de type « Gilets jaunes » qui, ici et là, pourraient prendre des formes insurrectionnelles incontrôlables.

Nul doute à cet égard que la peur engendrée dans les populations par la pandémie, avec ses trop nombreuses victimes et ses interminables périodes de confinement, et la forte demande d’un retour des états protecteurs, devraient mettre un coup d’arrêt aux dérives néolibérales, accélérer les processus de relocalisation des industries les plus sensibles, et jeter les bases d’une société plus solidaire. Si, la crise passée, ces messages ne sont pas compris par les dirigeants, tant français qu’européens, alors c’est tôt ou tard vers le chaos qu’iront nos sociétés !

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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