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Urbanit? contre Rusticit? ?

Par?Patrick Mignard

Le sens des mots en dit long sur ce que l’on veut bien leur faire inconsciemment exprimer. Ainsi les mots ??urbanit??? et ??rusticit??? directement issus des termes ??urbain?? et ??rural?? expriment des valeurs diff?rentes et pas du tout innocentes.

URBANIT??- politesse, courtoisie, affabilit?, mani?res… Ainsi le terme signifie – ou a la pr?tention de signifier- les ??qualit?s exquises?? de celles et ceux qui habitent les villes, la cit?.

RUSTICIT??- simple, balourdise, grossier, barbare… Ainsi le terme signifie – ou pr?tend signifier – les traits ??grossiers?? de celles et ceux qui habitent la campagne, l’espace rural.

Le distinguo n’est certes pas d’aujourd’hui,… mais dans beaucoup d’esprits, il persiste… et aggrave les rapports entre la ville et la campagne. Historiquement, quoi qu’elle ait repr?sent? jusqu’? la deuxi?me moiti? du si?cle dernier, le milieu dans lequel vivait la majorit? de la population,… la campagne a toujours ?t? d?valoris?e. Les villes ont ?t? de tout temps le lieux privil?gi? de la pens?e, de la conscience, du pouvoir…et ce, m?me au Moyen ?ge durant lequel une partie du/des pouvoirs est/sont d?centralis?s,… la hi?rarchie vassal/suzerain aboutit in?luctablement ? la ville. Les grandes cit?s, m?me quand elles avaient un rapport ?troit, et pour cause, avec le milieu rural, tenaient ce dernier comme mineur. Les termes de ??paysans??, ??vilains??, ??jacques??, ??cul terreux??, ??bouseux??, sont de mani?re g?n?rale, p?joratifs, m?prisants, d?valorisants… et s’?tendent ? tous les statuts des travailleurs de la terre.

UNE MARGINALISATION PERMANENTE ? L’AVANTAGE DES VILLES

Au fur et ? mesure que la civilisation progresse, elle s’urbanise. La cit? fait l’?v?nement. Le pouvoir y r?side. Les d?cisions s’y prennent, les changements sociaux et politiques s’y produisent… La r?volution industrielle au 19?me si?cle en Europe et aux ?tats-Unis consacre d?finitivement – du moins jusqu’? aujourd’hui – la ville dans la ??fonction noble?? d’?tre le lieu des arts, de la culture, du savoir et du pouvoir, des d?couvertes, des innovations. L’importance de la campagne commence ? se relativiser dans les esprits et dans les perspectives de d?veloppement ?conomique. Les liens qui unissaient les villes et les campagnes continuent ? se distendre.

Au 20?me si?cle, la campagne, encore majoritaire sur le plan d?mographique, est utilis?e pour fournir lors de la premi?re Guerre Mondiale la ??chair ? canon?? pour une guerre industrielle, faite entre nations industrielles pour des raisons industrielles et financi?res. Les paysans sont envoy?s massivement (voir les monuments aux morts de nos villages) ? l’abattoir pour une cause qui leur est totalement ?trang?re. Le ??d?clin?? massif de la campagne continue et s’acc?l?re apr?s 1918. Commenc?e avec l’industrialisation qui absorbe les paysans pour les transformer en ??prol?taires?? pour l’industrie, la d?sertification de la campagne se double d’un exode vers les villes o? se cr?ent d?sormais les emplois sources du ??d?veloppement ?conomique??, du confort et de la relative stabilit? sociale.

Les transformations qu’ont connus les petits m?tiers ??industriels?? au 19?me si?cle, l’agriculture les conna?t au 20?me si?cle avec le d?veloppement de la m?canisation et l’emploi de plus en plus massif des engrais. La population rurale a de ??bonnes raisons?? ?conomiques de se r?duire… La productivit? du travail agricole croit comme jamais dans le pass?. Parall?lement ? cette ?volution, la ??richesse?? glisse de plus en plus de la campagne vers les villes. Le riche est de moins en moins celui qui ??poss?de des terres??, des exploitations agricoles. La richesse est d?sormais dans les villes, dans les usines et dans les banques. La richesse ne se compte plus en hectares, mais en actions, en placements boursiers. La campagne, a ?t? pr?dominante sociologiquement pendant quasiment la totalit? de l’histoire de l’humanit?. 2007 marque, ? l’?chelle mondiale, le basculement de la majorit? de la population qui habite d?sormais les villes… les paysans devenant minoritaires.

LA TERRE NOURRICI?RE

Les temps de crises dont le capitalisme est coutumier renvoient in?luctablement ? ce qu’il y a d’essentiel pour l’?tre humain, comme pour toutes les autres esp?ces, le rapport ? la terre. L’adage, ??la terre qui ne ment pas??, cher ? la R?volution Nationale du r?gime P?tain, rappelle ?trangement le pr?cepte des Physiocrates du 18?me si?cle qui proclamaient face ? la mont?e de la nouvelle classe sociale, la bourgeoisie, qui allait r?aliser la r?volution industrielle?: ??Seule la terre cr?e de la valeur??. La deuxi?me guerre mondiale, et ses restrictions, illustre parfaitement ce retournement vers la terre pour des populations urbaines en peine de ravitaillement. ??Il y a toujours ? manger sur la table du paysan??. C’est l’?poque durant laquelle le paysan est r?habilit? dans les esprits, les c?urs et… les estomacs. La rusticit? vaut alors beaucoup plus que l’urbanit?.

Le d?veloppement ?conomique de l’esp?ce humaine et ses vicissitudes ne saurait finalement faire totalement oublier le lien charnel, essentiel, vital qui relie l’homme ? la terre. Le caract?re d?valoris?, et d?valorisant de la rusticit? n’est que le reflet d’une vision trompeuse de l’urbanit?. Cette derni?re a cr?? des canons de beaut?, une esth?tique originale qui a la pr?tention d’?tre en rupture avec ce qu’il y a de simple et primaire?: le rapport ? la terre, ? la nature. Les d?rives industrielles de l’urbanit? cens?es exprimer sa sup?riorit? sur la rusticit?, exemple les cultures ??hors sols?? – et ce n’est qu’un exemple – tournent ? la farce, voire ? la d?cadence et ? la trag?die quand elles ont des implications sur la qualit? des aliments, le go?t -plut?t le ??non go?t?? et plus gravement sur la sant?.

Le besoin d’un ??retour ? l’authentique?? remet en question les principes de l’urbanit? qui les fait appara?tre comme des artifices, ? terme insupportables. La rusticit? rythme alors, ? nouveau, et dans un contexte progressiste, avec qualit? et respect de ce qui fait une bonne part de l’essentiel de l’existence?: le bien vivre. Les exc?s de l’urbanit?, de l’industrialisation ? outrance, de l’asservissement du rural aux lois du capital et du march? ont abouti ? des catastrophes sanitaires point de d?part d’une, il est vrai encore, timide, prise de conscience. Il est trop t?t pour diagnostiquer un renversement des mentalit?s et des pratiques, mais le gouffre vers lequel nous entra?ne le syst?me capitaliste mondialis? et hyper industrialis? contribue ? une r?flexion et m?me ? des pratiques qui montrent que le d?veloppement actuel ne saurait se poursuivre de mani?re lin?aire.

Le saccage de la campagne, corr?latif ? celui plus g?n?ral de l’environnement, a atteint un degr? critique. Il est temps de r?agir?!

Patrick MIGNARD
Janvier 2013

altermonde-sans-frontiere.com

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