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Une théorie monétaire (MMT) qui n’a rien de moderne

 

Je l’écris depuis 2010. J’ai fait plusieurs livres et des centaines d’articles qui défendent méticuleusement cette position. Les Etats souverains – c’est-à-dire ceux qui émettent leur propre monnaie hors de toute indexation – devraient apprendre à aimer, à tout le moins à apprivoiser, leurs déficits publics. Car une nation qui contrôle sa monnaie est à même de relancer sa croissance et de soutenir son emploi grâce au levier de la dépense publique et, ce, sans risquer le défaut de paiement. La seule limite à la dépense et à la générosité d’un Etat étant l’inflation, même si l’on constate depuis nombre d’années que la stagnation séculaire où sont empêtrées les économies modernes et intégrées a annihilé ce spectre qui naguère hantait les banquiers centraux.

Le Japon – qui a dépensé sans  compter depuis plus de vingt ans – et dont la dette publique, la plus massive du monde, dépasse le double de son P.I.B. se débat toujours, non pour lutter contre une inflation qu’il appelle désespérément de ses vœux, mais pour juguler la malédiction déflationniste ! Le Japon est donc l’exemple vivant qu’en 2019 la distinction entre politique monétaire (appliquée par les banques centrales) et politique budgétaire (par les gouvernements) est devenue extraordinairement ténue. En réalité, bien des gouvernements occidentaux se sont adossés sur les banques centrales et se sont soustraits de leurs propres responsabilités en attendant des miracles de la part de la politique monétaire.

La crise démarrée en 2007, le vieillissement des populations occidentales (dont le Japon fait partie), les inégalités aberrantes ayant cours dans certains pays, doivent donc inciter nos responsables politiques et économiques à conjuguer les deux actions avant que les taux négatifs – et qu’un nouveau paradigme qu’ils instaureront fatalement – ne se mettent en place chez nous, avec leurs lots de misère et de volatilité macroéconomique exacerbée. Que la BCE et que la Fed achètent encore et toujours plus d’obligations émises par les Etats qu’ils contrôlent. Qu’elles en achètent même du secteur privé. Car nos gouvernements ont une obligation morale de relancer pour de bon et croissance et emploi.

Ce dilemme: rigueur comptable versus soutiens budgétaire et fiscal de la part de l’Etat résonne en effet bien au-delà du Japon car les taux 0, voire négatifs dans certains pays, font désormais face à leurs limites car pas suffisamment puissants pour redémarrer une économie, remonter les salaires, améliorer l’investissement, diminuer les inégalités. Et que les esprits chagrins ne s’avisent même pas de mentionner les risques inflationnistes, croyant ainsi provoquer les angoisses et les appréhensions de l’immense masse des citoyens peu versés à la chose économique. En présence de taux si bas qu’ils le sont aujourd’hui, le dépense publique – aussi importante fût-elle – ne génère pas d’inflation. En d’autres termes, si l’inflation est effectivement la seule limitation à une dépense publique massive, il est néanmoins impératif de remettre en question tous les canons – plutôt les préjugés – qui sapent systématiquement toute velléité de reprise.

Notre système a besoin d’une refondation en profondeur car nous devons collectivement repenser l’action et la dépense publiques, le rôle des impôts et taxes, et la finalité de l’argent. A cet égard, l’exemple japonais doit être notre mode d’emploi, ou notre boîte à outils, dont devront s’inspirer tous les Etats qui – comme celui-ci – jouit du contrôle absolu sur sa monnaie car toutes ces nations n’ont – par temps de crise – strictement pas besoin d’augmenter leurs impôts ni de diminuer leurs dépenses publiques dans une conjoncture de stagnation endémique telle que la connaît l’Europe depuis plus de dix ans. Le soulagement de la précarité et le rétablissement de l’emploi valent bien un déficit, non ?

Quant à la Théorie Moderne Monétaire, si elle a le mérite aujourd’hui de mettre un nom sur une action prônée depuis une décennie par quelques rares économistes aussi hétérodoxes que courageux (comme votre serviteur), sa substance remonte à Keynes qui, dès les années de la Grande Dépression, suggérait aux Etats d’enrayer la crise et de mettre de l’huile dans les rouages en donnant des emplois aux chômeurs appelés à creuser des trous pour y enterrer des billets de banque… N’oublions jamais que la Grande Dépression ne fut vaincue que grâce à la machine de guerre américaine qui remit tout le monde au travail lors de l’entrée en guerre de ce pays dans la second conflit mondial.

 

Michel Santi

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