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Une nation alerte en voit de toutes les couleurs

Jadis, il y avait un adjectif pour exprimer la bonhommie, la joie de vivre et la santé. Nous admirions alors ceux et celles qui en dépit de leur grand âge avaient le bonheur de garder bon pied bon œil. On disait d’eux : « Ils sont alertes ! », nous les envions un peu, espérant à notre tour, pouvoir vieillir dans les mêmes conditions tout en gardant toute notre tête. Seule la marraine du panda conserve l’usage de ce qualificatif.

C’est hélas du chef que tout est parti à vau-l’eau. Nous ne pouvions imaginer que l’état dans sa grande bienveillance, allait tant et si bien se préoccuper de nous que tout désormais serait soumis à son appréciation pour évaluer à notre place les risques éventuels que nous risquerions de croiser sur notre chemin faute d’avoir été en mesure de faire preuve de prudence et de circonspection.

Bon d’accord, ma formule vous semble alambiquée ! Pourtant force est de reconnaître qu’elle ne parvient que très faiblement à rendre compte des circonlocutions officielles pour faire en sorte que nous devenions en toutes circonstances des êtres mineurs, sous la tutelle d’un préfet, d’un ministre ou d’une grande instance éclairée située au sommet d’une pyramide qui ignore tout de ce qui se trame à sa base.

L’alerte est devenue permanente, universelle et omnidirectionnelle. Toutes nos activités peuvent un jour passer dans les mains des hauts ripolineurs de la vie publique. Comme nous sommes considérés comme des abrutis notoires, des êtres totalement déraisonnables et surtout des idiots incapables de saisir un message écrit, on nous agite des drapeaux de couleur sous le nez.

Orange : on peut s’en payer une tranche sous notre seule responsabilité en prenant en compte que les éventuels soucis ne seront imputables qu’à notre légèreté. Rouge : plus question de mesurer les risques, nous sommes assignés à résidence, interdit de tout pour notre plus grand bien. Rouge écarlate : nous n’avons plus aucune liberté d’agir en notre âme et conscience. Pour nos dirigeants, nous n’avons plus aucune conscience et eux sont privés d’âme depuis si longtemps qu’ils ne peuvent imaginer que nous disposions encore de cet outil pour appréhender la vie.

Alerte aux vents, sans nous préciser s’il s’agit des flatulences de l’assemblée. Alerte aux orages afin que nous n’allions pas nous abriter sous les arbres de la liberté, tous abattus depuis belle lurette. Alerte aux précipitations, certains que nous sommes que ce n’est pas le peuple qui reçoit l’argent liquide sous la table des négociations. Alerte aux chutes de neige, plus certaines que celle d’un régime qui a aboli la Démocratie. Alerte au Virus en oubliant que c’est la corruption, le mensonge, la prévarication et les privilèges qui gangrènent notre République factice.

Les Alertes pleuvent comme à Gravelotte tandis que seules les sirènes du Capitalisme résonnent aux oreilles de nos dirigeants. Un peuple soumis, aliéné, réduit à l’état de moutons bons à tondre n’est sans doute pas capable de juger par lui-même comment agir en cas de péril. Et si par étonnant il venait à se rebeller, l’Alerte serait donnée pour que le bras séculier vienne réduire à néant les protestations infondées.

Si jamais quelques irréductibles venaient quand même à se dresser contre les forces de l’ordre totalitaire, des armes de persuasion massive viendraient les rendre beaucoup moins alertes pour le restant de leurs jours. La boucle est bouclée, l’adjectif ancien est rayé de la carte. Les seules alertes qui vaillent nous en feront voir de toutes les couleurs, elles s’abattront sur nous, venant du ciel ou des hommes. Nous n’avons qu’à plier l’échine, baisser la tête, tendre le dos pour y recevoir une bastonnade et libérer notre bras pour la piqûre de rappel.

Alerte ! Alerte ! Nous ne sommes plus maîtres de nos destinées. L’aliénation est la règle, la soumission absolue son corollaire. Le libre arbitre est parti dans les fumées lacrymogènes de nos libertés publiques. Le couvre-feu constituant la cerise sur le fardeau. Coercition, Iniquité, Délation constituent la nouvelle devise de notre bonne Monarchie qui piétine ses sujets aux pas cadencés des marcheurs démoniaques.

Alertement vôtre.

 

 

C’est Nabum

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