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Une nation ? na?tre

Qu’est-ce qu’on f?te le 24 juin? ??a d?pend… On a dit que ceux qui ignorent l’Histoire sont condamn?s ? la r?p?ter; il n’est donc pas mauvais de se rappeler que, de m?moire d’homme – j’en suis la preuve vivante – la Saint-Jean-Baptiste a ?t? d’abord la F?te de la Race. Nous ?tions « n?s d’une race fi?re », notre berceau avait ?t? b?ni et notre carri?re trac?e par le Ciel. Le genre de contexte qui n’incite pas ? des remises en question, de sorte que l’on ne s’en posait pas trop, des questions.

La « parade » de la St-Jean montrait des zouaves pontificaux, moins nombreux chaque ann?e; les orph?ons des orphelinats – ils ?taient encore pleins – jouaient des marches mussoliniennes, pudiquement pr?sent?es en chants scouts; le petit Saint-Jean-Baptiste fermait la marche, gagnant d’un concours de beaut? entre enfants de notables. Des enfants blonds, bien s?r. En ce temps-l?, les notables se portaient bien et le blond se portait beaucoup. Pas de questions.

Quand est venue la R?volution tranquille et le temps des questions, Saint-Jean-Baptiste s’est mu? en Pr?curseur. Un proph?te adulte, muscl?, v?tu d’une peau de b?te. Un type s?rieux qui erre dans le d?sert et qui pourrait chercher des ennuis. On les a eu, les ennuis: les bombes de l’ALQ et des deux FLQ, les « trois colombes » – dont Pierre Trudeau – et, pour finir, les ?v?nements d’Octobre « 70. Apr?s ?a, Saint-Jean-Baptiste version II a ?t? mis en veilleuse, comme un ?cran d’ordinateur.

Quand la St-Jean s’est rallum?e en version III, il y a quelques ann?es, c’?tait en F?te nationale, avec r?jouissances populaires et all?gories triomphalistes, commandit?es par le gouvernement et le secteur priv?. Le secteur priv? se porte bien, la coop?ration entre l’?tat et les nouveaux notables est revenue au z?nith. Plus de questions. Ou plut?t, si: on f?te quoi, le 24 juin? Il faudrait le dire vite et le redire souvent, avant qu’il ne se cr?e des malentendus: nous f?tons une nation qui n’existe pas. Nous f?tons une nation ? na?tre.

Une nation ? na?tre? ?Mais la « nation qu?b?coise », alors? « Nous-autres », au sens de Jacques Parizeau le soir du r?f?rendum? « Nous-autres », nous sommes un peuple de blancs, francophones, ?tant ou ayant ?t? catholiques et comptant au moins un anc?tre ?tabli ici avant 1760. Nous sommes une grande famille, une tribu, un clan, une ethnie, un peuple … Nous sommes conscients d’?tre un tout et d’avoir des affinit?s. Une nation? Mais oui, pourquoi pas! Le malentendu, soigneusement entretenu depuis trente ans, ne consiste pas ? dire que nous sommes une nation, mais ? nous ?tre appropri? le vocable « Qu?b?cois ».

On dit « Qu?b?cois », c’est plus commode; comme »Am?ricain » sonne mieux que « ?tats-unisien ». Mais quand vous et moi nous disons « nation qu?b?coise » ou « culture qu?b?coise », c’est ? « nous-autres » que nous pensons: les « blancs, francophones, ?tant ou ayant ?t? catholiques et comptant au moins un anc?tre ?tabli ici avant 1760 ». Nous ne pensons pas ? un million d’Autres qui ne sont pas « nous-autres », mais qui cohabitent avec nous sur le territoire du Qu?bec. Pas plus que les « Am?ricains » ne pensent aux Boliviens ou aux Guaranis quand ils d?finissent la culture am?ricaine.

Mais le Autres sont ici, tout comme les Guaranis sont bien en Am?rique. De sorte que, malgr? le vocabulaire politiquement correct qu’on nous sert – avec souvent, d’ailleurs, pour des motifs ?lectoraux, le ton de ne pas vraiment y croire – nous savons bien que la notion d’une nation qu?b?coise tirant son sentiment d’appartenance de ce qu’elle habite au Qu?bec et se d?finissant comme telle est une fiction. La nation qu?b?coise « territoriale » n’existe pas. Pas encore.

Ce qui est l? aujourd’hui, sur le territoire du Qu?bec – et qu’on partage ou non les options de Jacques Parizeau ne change rien ? cette r?alit? – c’est « nous-autres » … et les autres. Les Autres peuvent chanter et danser avec nous, mais nous savons que, m?me si officiellement c’est aujourd’hui la f?te nationale du Qu?bec, l’immense majorit? d’entre eux ne croient pas plus ? une « nation qu?b?coise » que le Qu?b?cois moyen ne croit que cette f?te soit encore celle de Saint-Jean-Baptiste.

Or, si les Autres ne commencent pas ? y croire, nous sommes perdus. Perdus, parce que ce million d’?trangers parmi nous – que personne ne songe ? chasser ni ? exterminer, mais qui sont l? pour rester – rend in?vitable que la population du Qu?bec, bient?t, ne soit plus ni si blanche ni si post-catholique… mais qu’elle se r?clame en nombre croissant d’anc?tres venus non pas il y a longtemps de Normandie ou du Poitou, mais de quelque part « ailleurs » et au cours du vingti?me si?cle.

Pour que se perp?tue une nation qu?b?coise de « nous-autres », il aurait fallu, il y a cent ans, pour le meilleur ou pour le pire, choisir la colonisation ? »? la Cur? Labelle », ?plut?t que l’expatriation. Il aurait fallu, il y a cinquante ans, ? tort ou ? raison, continuer la revanche des berceaux. D?sormais, il n’y aura de nation « qu?b?coise » – au sens territorial du terme, qui est le seul politiquement correct – que si cette nation int?gre les Autres. Ce que nous f?tons aujourd’hui, c’est notre espoir que cette nation na?tra.

Notre espoir que les Qu?b?cois de demain – qui ne seront certes plus tout ? fait « nous -autres » – garderont n?anmoins une culture que nous leur transmettrons et qui les gardera semblables ? nous-m?mes. Une culture francophone. Le 24 juin est d’abord l’affirmation de notre volont? de garder le Qu?bec fran?ais. Il n`y a pas de logique formelle ? ce choix, mais c’est sur ce terrain que nous avons d?cid? de jouer notre honneur.

Pas de logique formelle, car nous ne serions pas morts de honte, si nous ?tions n?s au sein de ces 97% de l’humanit? qui ne parlent pas fran?ais, mais disent n?anmoins parfois, en leurs propres mots, des choses int?ressantes; la question n’est pas l?. Nous serions honteux, toutefois, si, ?tant de ceux qui l’ont appris de leur m?re, nous ou nos enfants CESSIONS de parler fran?ais. Honteux comme quelqu’un ? qui on a coll? les ?paules au plancher; parce que nous serions conscients alors que moi, vous, « nous-autres », n’avons simplement pas dit assez de choses int?ressantes pour que les « autres » jugent indispensable de venir nous ?couter.

En ce 24 juin, pour que naisse la nation qu?b?coise, prenons donc la r?solution de dire des choses « int?ressantes ». Il ne s’agit pas de contraindre les Autres ? l’usage du fran?ais, mais de les s?duire. Faisons-le. Disons, en fran?ais, plus de choses int?ressantes. Rappelons-nous cette r?alit? triviale qu’il ne faut pas de Loi 101 pour que tous les grands restaurants du monde pr?sentent leur menu en fran?ais; il suffit d’?tre les meilleurs…

Pierre JC Allard

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    @ Monsieur Paul JC Allard,

    « Mais quand vous et moi nous disons « nation québécoise » ou « culture québécoise », c’est à « nous-autres » que nous pensons: les « blancs, francophones, étant ou ayant été catholiques et comptant au moins un ancêtre établi ici avant 1760. » (U)

    Pendant quelques minutes,j’ai ressenti l’exclusion. Moi qui porte un nom d’après 1760. Je crois être maintenant capable de l’empathie nécessaire pour évaluer l’impact qu’a eu chez « Les Autres » cette phrase de Monsieur Parizeau.:-O

    Je comprends maintenant pourquoi « Vous Autres » me percevier come « Un Autre » avec ses conséquences.

    C’est toute une prise de conscience que ce non-dit.;-(

    Alors, pour être certain de faire partie de « Nous Autres »,je vais changer mon nom de famille pour qu’il tempère cette peur des « Autres ».

    Jean-François Bolduc-Belliard. 😉

  2. avatar

    Excellente conclusion PJCA.

    Excellente, également, la description du fait « Québécois » qu’on tente actuellement d’attribuer exclusivement à la démographie du Québec.

    C’est probablement pour cette raison qu’inconsciemment, je me suis retourné vers la « nation canayenne » qui est, à mon point de vue, le seul moyen de nous identifier « Nous autres » sans dénigrer les « Autres » habitants du Québec.

    Les « Canayens » parlent Français et possèdent une ascendance impossible à contourner, sans être circonscrits à une démographie territoriale.

    Bonne St-Jean à tous.

    Amicalement

    Élie l’Artiste

  3. avatar

    La phrase a retenir, c’ st la citation archiconnue de Ethel Watts Mumford qui dit que Dieu nous donne des parents, mais que, Dieu merci, on peut choisir ses amis. Si on réunissait tous les Tremblay, il faudrait réserver le Stade de France, mais je ne suis pas sûr que tous les Gaulois pure-laine rempliraient l’Olympia…. Pensons fraternité plutôt que frères. Cela dit, Belliard, t’es un chum, mais Bolduc t’es de la parenté :-))

    Pierre JC Allard

  4. avatar

    (Y) (B) 🙂

    http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Petite_Mosqu%C3%A9e_dans_la_prairie

    Le Canada est inclusif ?

    Bientôt à Radio Canada, français.