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Une le?on pour Ch?vez, une le?on pour l’opposition

Avec 51 % pour le non, 49 % pour le oui (un peu plus de 100.000 voix de diff?rence), la d?faite n’est pas vraiment humiliante, mais elle est significative et surtout symbolique. Quelles le?ons les adversaires du jour peuvent-ils en tirer ?

Humilit?

Hugo Ch?vez doit incontestablement en tirer une le?on d’humilit?. Il sait maintenant qu’il ne peut pas faire tout et n’importe quoi. Qu’il doit mesurer ses ?lans et ses impulsions. En clair, avec cette r?forme, il voulait aller trop vite : en quelques mois seulement, il voulait mener le Venezuela ? un changement aussi consid?rable que le passage au socialisme. C’?tait faire fi des in?vitables pesanteurs sociologiques : une soci?t? ne se change pas par d?cret, elle ob?it ? des r?gles lourdes qu’il faut savoir ?valuer correctement avant de se lancer dans l’ar?ne politique. Dans son volontarisme extr?me, Hugo Ch?vez ne l’a pas fait. Il a fonc?, croyant que tous ses partisans le suivraient. Ils ne l’ont pas tous suivi.

Les chiffres parlent d’eux-m?mes : trois millions de personnes qui avaient vot? pour Ch?vez lors des ?lections pr?sidentielles de d?cembre 2006 ont disparu dans la nature… Des 7 millions de voix recueillies en 2006, il n’en reste plus que 4 en 2007. C’est l? la marque exacte du ph?nom?ne, nouveau dans cette campagne, du chaviste qui dit non. Parmi ces partisans de Ch?vez, une minorit? a effectivement vot? NON, au c?t? de l’opposition (lui donnant son faible avantage), mais la plupart n’ont pas voulu de cette promiscuit? avec une opposition souvent peu rago?tante. Ils ont pr?f?r? s’abstenir, entra?nant la d?faite.

Jouer le jeu

Pour l’opposition, la le?on ? retirer est tout simplement celle de l’existence de la d?mocratie au Venezuela. Paradoxalement, en reconnaissant sans ambages sa d?faite, c’est Hugo Ch?vez qui la lui a donn?e avec superbe, cette le?on : oui, il est maintenant prouv? qu’une opposition qui joue le jeu peut gagner d?mocratiquement une ?lection au Venezuela. Du coup, les voil? d?molies ces suspicions de fraude, annul?es ces accusations de dictature, ridiculis?es ces attaques ? la partialit? du Conseil National ?lectoral.

Encore faut-il que l’opposition accepte majoritairement et massivement ces r?gles d?mocratiques, ?touffant en elle ses tendances extr?mistes et ses ?l?ments putschistes. Rien n’est moins s?r lorsqu’on l’entend tirer certaines conclusions triomphalistes des r?sultats pourtant serr?s du r?f?rendum. ? l’en croire, on serait devant le d?but de la fin pour Ch?vez. Elle aussi devrait faire preuve de plus d’humilit? et « savoir g?rer sa victoire », comme le lui a conseill?, non sans une certaine ironie, Hugo Ch?vez.

Et maintenant ?

? quoi faut-il s’attendre maintenant ? Sans doute pas ? un changement substantiel dans la conduite du pays. Hugo Ch?vez l’a clairement dit : il ne renonce pas ? son projet ? long terme, qui est d’instaurer le socialisme au Venezuela. Mais il tentera d’y parvenir sans l’outil juridique qu’allait constituer la r?forme constitutionnelle. Pas de recul sur les principes, donc, mais, peut-?tre, une nouvelle strat?gie qui tiendra mieux compte, cette fois, des r?alit?s sociologiques du pays. Beaucoup souhaitent un Ch?vez moins virulent, moins impulsif, moins imbu de sa personne, mais plus r?fl?chi et plus attentif aux critiques de ses amis. Est-ce r?ver ?

Quant ? l’opposition, acceptera-t-elle de jouer sur le terrain de la d?mocratie ou bien se laissera-t-elle ? nouveau emporter par ses d?mons ? Grande question. Mais l’espoir d’un changement profond d’attitude reste faible. Il n’est pas indiff?rent que, dans cette bataille, l’opposition ait h?rit? d’un nouveau leader, et non des moindres : le g?n?ral Ra?l Isaias Baduel, ancien ministre de la D?fense de Ch?vez, et proche de ce dernier. Il s’?tait ouvertement prononc? pour le non, collaborant ainsi ? la victoire de l’opposition. Le voici qui se maintient au cœur de l’?chiquier politique. Ce candidat fort, qui pourrait devenir le parfait cheval de bataille pour l’opposition dure et pour Washington, ne laisse pas d’inqui?ter, ?tant donn? les liens qu’il continue ? entretenir avec une partie non n?gligeable de l’arm?e.

Et l?, un triste pr?c?dent revient ? l’esprit : un certain Augusto Pinochet, lui aussi, avait ?t? chef d’?tat-major et « proche » de Salvador Allende…

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