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Une journée avec le pharmacien

Ayant une irritation à un oeil, je me rends en soirée à la pharmacie la plus près de chez moi pour y acheter le tube d’onguent que l’on y vend depuis l’âge de pierre: Polysporin ophtalmique avec antibiotique, vendu en onguent ou en gouttes. Du tout bête: le médicament vers lequel on tend la main aussi facilement que pour atteindre un flacon d’aspirines. Il a normalement quelques concurrents qui tentent de lui voler la vedette, Optimyxin ou tout simplement la marque maison des pharmacies à bannière. J’ai cru trop vite que ce serait simple et que l’affaire était dans le sac.

Constat: le d?sert s??tait install?. Je m?informe donc ? une pr?pos?e et celle-ci m?annonce que ce produit est en rupture de stock. Vers 9:30 heures le lendemain matin, je d?cide d?emprunter la voie du t?l?phone et de contacter la pharmacie ? laquelle je confie depuis quelques ann?es le soin de remplir les ordonnances de mon m?decin.

Avant de poursuivre, je pr?cise que depuis environ deux ans, suite ? une r?organisation majeure entreprise par cette pharmacie, dont elle se f?licitait en claironnant ? droite et ? gauche que le tout allait contribuer ? am?liorer le service ? la client?le, chaque fois que j?ai eu affaire avec celle-ci, j?ai eu cette tenace impression que le concierge s?en ?tait port? acqu?reur en catimini. Jusqu?? ce D-Day du Polysporin, n?ayant que rarement eu recours aux services de cette pharmacie, pr?sumant que sa r?organisation porterait un jour ses fruits, puisqu?auparavant elle semblait fonctionner normalement, je n?avais donc pas jug? opportun de la larguer.

Une assistante pharmacienne me r?pond et je lui demande s?il y aurait en magasin le Polysporin en gel ou en gouttes.

– Euh non. Il n?y en a plus pr?sentement.
– Pouvez-vous regarder pour n?importe quelle marque alors, s?il-vous-pla?t?

Attente (je me fais un caf?, flatte le chat, ouvre deux ou trois pages sur internet):
– Malheureusement nous n?avons plus rien.
– Comment se fait-il qu?il n?y ait plus aucun produit en gel ou en gouttes pour les yeux dans une si grande pharmacie?
– Il y a une rupture de stock.
– Mais vous n??tes pas la seule pharmacie qui fait face ? une rupture de stock pour ces produits, ce qui semble plut?t curieux. Vous pr?voyez en recevoir tr?s bient?t?

Et l?, elle me bafouille un cours 101 pour client fatiguant qu?on aimerait endormir mais qui r?siste.
– C?est parce que dans ces produits il y a une mol?cule, qui, que, qui, euh, ne serait plus disponible.
– Une mol?cule?? J?ai failli m??touffer. Je venais de prendre une gorg?e de caf?.

(Non ?coute ma Charlotte, quand on est rendu ? dire ? une cliente qui est ? 100 bornes de la chimie des m?dicaments qu?une mol?cule l?emp?che de soulager une irritation, il faut ?tre plus convaincante, avoir au moins l?air d?y croire. C?est le minimum.)

– En fait, tant qu?il y aura une p?nurie de la mol?cule, nous ne recevrons pas ces produits.
– Pourrais-je parler au pharmacien s?il-vous-pla?t?

Il est 10 heures, j?entends chanter Marie-Mai dont la chanson est entrecoup?e par des publicit?s de la pharmacie, retour ? la bande musicale, cette fois ce sont des annonces d?une station de radio et d?bute une chanson navrante d?Herbert L?onard. Je d?cide de me pr?parer un autre caf? pour subjuguer l?attente et je mets le t?l?phone sur mains-libres. Le chat s?est endormi, je m?endors ? attendre. Je le flatte, il ronronne. Apr?s une dizaine de minutes d?attente, pendant lesquelles j?ai souhait? plusieurs fois qu?un incapable ne coupe pas la communication (comme il arrive trop souvent lorsqu?on vient d?aiguiser sa patience au seuil de la tol?rance), je tombe sur un bruit de transfert d?appel qui me rapproche du but, le fameux bip feutr??. silence?. et re bip feutr??. et finalement clic!:

– Oui Jean ? pharmacien?
– J?aimerais me procurer un produit ophtalmique avec antibiotique, en gouttes ou en onguent, normalement vendu sur les tablettes.
– Nous n?avons plus rien.
– Vous comptez en recevoir bient?t? dans le cas contraire pourriez-vous m?en procurer par une autre de vos succursales (et le service ? la client?le mon Gaston, c?est en rupture de stock aussi?)
– Non malheureusement ce type de produit n?est pas disponible. Je vous conseille d?aller chez un optom?triste.
– Un optom?triste? ?a n?a aucun sens dans la pr?sente situation, puisqu?il s?agit d?une simple irritation. Il me faudrait prendre un rendez-vous, acquitter des frais de consultation pour acheter un produit ? 7.99$ que j?ach?te librement depuis dix ans?
– Non madame, il n?y aura pas de temps d?attente. Vous n?avez qu?? pr?ciser qu?il s?agit d?une urgence.
– ?a ne r?pond pas au reste de mes observations. Comment se fait-il que vous ne puissiez pas me le faire avoir sans que je sois oblig?e d?acquitter des frais de consultation chez un optom?triste, puisque le gouvernement a annonc? que dor?navant les pharmaciens peuvent prescrire certains m?dicaments?
– Euh non. Il y a encore plusieurs ajustements que nous devons faire avant de rendre cette pratique courante.
– Ah?

Silence total de sa part. De toute ?vidence, il n?avait pas l?intention de me d?tailler quels ?taient les ajustements qui satisferaient ma qu?te de v?rit?, ? savoir qui se tra?ne les pieds dans le dossier puisque l?annonce a ?t? faite depuis plusieurs jours. Dor?navant vous pouvez? mais vous ne pouvez pas. On s?entend que je me sentais pr?te ? ?tre farcie comme une dinde.
– Sinon, vous pouvez aller consulter votre m?decin ou vous rendre ? l?urgence.

Il a cru ? tort pouvoir ?luder toute question et retourner ? son monde de pilules avec d?sinvolture? Mal lui en prit:

– Dites-moi de quelle fa?on, en pr?sumant que je puisse obtenir un rendez-vous chez l?optom?triste ou chez le m?decin, ce qui risque de prendre plus de jours qu?il n?en faut pour que l?irritation ne se transforme en d?sastre ou que j?opte sinon d?aller ? l?urgence o?, ?tant donn? que?l?irritation est ? un stade mineur pour l?instant, on d?terminera que je peux attendre jusqu?? Noel sur une chaise dans la salle d?attente, je pourrai tout de m?me obtenir ce fameux produit s?il y a carence d?une mol?cule pour le fabriquer?

Et paf, le boomerang de la mol?cule. Non mais?.

– Non madame, nous avons de ces produits sur prescription, il n?y a aucune crainte ? avoir.
– Ah bon? (J?ai r?veill? le chat. Je crois que j?ai d? hausser le ton). En fait la mol?cule est allergique aux tablettes si je comprends bien. On peut facilement la fabriquer pour les produits sur prescription. Donnez-moi votre num?ro de fax s?il-vous-pla?t.

J?ai l?impression qu?il a senti que la dinde r?sistait ? la cuisson et que la madame n??tait pas contente de tout cette valse qu?on tentait de lui faire faire depuis presqu?un avant-midi, ni de l?annonce qu?on venait de lui faire qu?il faudra qu?elle se tape un round de tout l?apr?s-midi et de peut-?tre quelques autres journ?es avant de pouvoir voir la lueur au bout du tunnel et de pouvoir se mettre deux ou trois gouttes dans les yeux.

Il bafouille, ne se souvient plus du num?ro de fax.
– C?est le ?.ah non ? le ?. ah oui c?est le ??.. euh non c?est ?.

Il est presque 11 heures. Je d?cide de t?l?phoner ? quelques autres pharmacies et d?s que je sens que l?interlocuteur commence ? bafouiller au sujet de l?absence du produit en question, je coupe court ? ses tentatives de m?endormir, en lui posant la question simple:

– Quand en aurez-vous?
Bafouille et re-bafouille. Nous en avons sur prescription par contre.

Paf, paf, paf, paf. Il n?a plus aucune pharmacie ? rejoindre. J?ai ?puis? la liste. Je suis ?puis?e. J?ai entendu tout ce qui se faisait de chansons de No?l. Je sais qu?il y a un sp?cial chez Brault et Martineau avant No?l, qu?? l?occasion de No?l il y a une promotion chez un concessionnaire de voitures avec z?ro comptant et que certaines pharmacies n?ont pas de bande sonore sur la ligne en attente. Bon sang. No?l j?ai mal au coeur!

Je me r?signe ? t?l?phoner ? mon m?decin qui demeure ? 160 km de chez moi. Tout le monde sait maintenant que, quitte ? prendre l?avion, il ne faut pas se d?partir de son m?decin de famille. Ce m?decin travaille dans une clinique o? deux secr?taires assurent la r?ception, dont l?une souffre en permanence du syndrome pr?menstruel. Comme la journ?e d?bute bien p?niblement, je me dis qu?un peu de r?pit serait le bienvenu et je souhaite par-dessus tout que l?autre secr?taire, celle qui parle normalement, me r?ponde.

C??tait compter sur trop de chance. J?ai redonn? un peu de vigueur ? ma voix. Elle trahissait trop ma lassitude du dossier ?oeil qui n??tait plus le seul ? ?tre irrit?? et j?ai somme toute r?ussi ? aborder cette secr?taire difficile ? la d?tente avec une relative bonne humeur. On aurait presque pu croire que je l??tais.

– Le m?decin n?est pas l?. Il y sera l? vers 11:30 heures ou 11:45 heures. Tu ne peux pas aller en voir un autre?

Merde? Elle aurait d? ?tre colonel.
– Non pas vraiment. J?aurais aim? pouvoir lui parler, il sera l? un peu avant midi?
– Oui, rappelle et je te le passerai au t?l?phone.
MMMMMMMMMMMMerci.

Je flatte le chat, je lui verse ? boire, lui donne ? manger. Ol? c?est la f?te! J?entame enfin ? mon bureau le travail qui m?attendait pour ce jour, tout en gardant l?oeil riv? sur l?horloge afin de ne pas manquer l?heure.

Je me retiens un peu pour ne pas me pr?cipiter ? 11:30 heures pile sur le t?l?phone, ni m?me 11:45 heures au cas o? le m?decin aurait encore ses bottes et son chapeau. A 11:50 heures, je d?cide d?affronter le colonel en jupon, toujours aussi peu affable.

– Je te transf?re. (au revoir ou bonne journ?e sont tr?s optionnels chez elle).

D?bute la longue attente. Le m?decin est en consultation avec un patient et lui n?a pas tout ce d?corum de chansons de No?l et d?annonces de Brault et Martineau. Bip.. bip?bip?bip? Ce fut long, mais cette fois, j?en ?tais s?re, j?approchais du but.

Je lui explique vitement l?objet de mon appel et lui mentionne que ce fameux produit qui lui aurait ?vit? de devoir me faire une prescription serait indisponible ? cause de la raret? d?une mol?cule qu?on ne retrouve que derri?re le comptoir, ce ? quoi il me r?torque:
– Ils sont en train de devenir fous dans les pharmacies. Avec quelle pharmacie tu fais affaires? Jean Coucou? ah oui ?a ne m??tonne pas. Tu as tout compris: pas sur les tablettes mais en arri?re il n?en manque plus. Donne-moi leur num?ro de fax.

Je m?ex?cute et lui donne le num?ro que le pharmacien m?avait fourni. Au revoir et merci beaucoup. Oh yeah.

L?attente d?bute. Je dois allouer suffisamment de temps au m?decin pour pr?parer la prescription, la faire transmettre par fax, avant de rappeler ? la pharmacie, de me taper Petit papa No?l chant? par la pastorale du coll?ge A-mi-temps accompagn?e ? l?harmonica par un lutin fr?n?tique qui se tape un burn-out et de pouvoir reparler au pharmacien, en escomptant qu?il y en ait un qui soit l? car c?est l?heure de la pause du d?ner. Qu?? cela ne tienne. Je me laisse difficilement rebuter.

Vers 12:30 heures je reprends le t?l?phone dont je remercie le fabricant car l?appareil qu?il vend assure de longues heures sans recharge de batterie avant de rendre l??me. C?eut ?t? le bouquet.

Bienvenu chez Jean Coucou! (longue pause th??trale)
La suite? Je joue du piano sur mon bureau pour tromper l?impatience ? coups de r? mineur.
Pour le service en fran?ais appuyez sur le 1 ? (Nous n?en sommes plus ? quelques irr?gularit?s pr?s, autant faire la barjot ce sera moins compliqu?, donc zapons le paradoxe du service en fran?ais)
Paf 1: active un peu, la fin du monde est dans 3 jours.
Si vous ?tes un professionnel de la sant? appuyez sur le 1
Pour les services de prescriptions appuyez sur le 2
Paf 2: le compteur tourne
Si vous d?sirez renouveler une prescription et connaissez le code du produit, appuyez sur le 1
Pour le comptoir prescription appuyez sur le 2
C?est le bon 2: Eureka
Paf 2 (je prie secr?tement qu?il n?y ait pas une infime coupure internet, ce qui arrive parfois, mon t?l?phone ?tant par c?ble)
Je sais maintenant, avec la nouvelle bande sonore que le papier de No?l est en promotion, de m?me que les couches de taille 3 pour les enfants et qu?il fait -12 degr?s.

– Bonjour
– J?aimerais savoir si vous avez re?u par fax une prescription que mon m?decin, le docteur ?. vous aurait fait parvenir il y a quelques minutes?
Entre le ?fait parvenir? et le ?il y a quelques minutes? j?ai entendu un clic. J??tais sur ma lanc?e et n?ai pu retenir le reste de la phrase qui est tomb?e dans le n?ant. Cela s?appelle parler dans le vide mais au point o? j?en ?tais, je pouvais me permettre d?avoir l?air imb?cile sans souci. On venait de me mettre en attente sans autre forme de discours. De toute ?vidence, on en avait marre que j?en aie marre.

Le chat s?excitait, car depuis plusieurs minutes, j?avais oubli? de mettre son bol de nourriture au sol. Lui suivait tr?s bien la situation. Je r?pare mon erreur et j?entame en ?cho ?So this is Christmas? de John Lennon qui jouait sur la ligne en attente.
– And so this is Christmas, for weak and for strong, for rich and the poor ones
– Madame, nous ne l?avons pas.
Je termine dans ma t?te la chanson: The world is so wrong

Une id?e me vient en t?te, tel un ?clair de g?nie. Une fois de plus, au point o? j?en ?tais? il y avait tant d??clairs dans ma t?te que le contraire eut ?t? ?tonnant!
– Pourriez-vous s?il vous pla?t me donner votre num?ro de fax, car le pharmacien semblait h?siter et j?aimerais ?tre s?re qu?il s?agissait du bon num?ro.
– Oui madame, c?est le ?.
– Ah tiens il y a deux chiffres qui sont diff?rents?. Je me retenais ? deux mains pour ne pas lui balancer mon chapelet, jugeant qu?elle ?tait irresponsable, ce qui dans mon dictionnaire n?est pas toujours le contraire de responsable. Elle me r?pond avec l?aplomb d?un enfant pris la main dans le sac:
– Bon enfin! on vient de trouver le probl?me.

J?avais peine ? ne pas d?truire son innocence?. Je recompose le num?ro de t?l?phone du m?decin, en priant ? genoux que le colonel avare de pr?liminaires ait quitt? pour le repas du midi. Miracle oui! La secr?taire de service, celle qui compose ses phrases avec un sujet, un verbe et un compl?ment me r?pond. ?Je lui fais part de la b?vue de la pharmacie, lui donne le nouveau num?ro de fax et elle me dit qu?elle fera une recherche dans les papiers du colonel pour retracer ma prescription et ses dol?ances. Elle m?assure avec gentillesse qu?elle fait le tout avec rapidit?: deux denr?es rares depuis ce matin?

Je d?cide donc d?attendre environ 1 heure pour lui permettre de fouiller dans la paperasse de la lionne (de toute ?vidence elle est inconsciente ou courageuse), de retransmettre la prescription pour ?.. ah oui j?ai failli l?oublier? le gel avec antibiotique. L?oeil me pique ? force, il faudrait bien que je regarde dans le miroir si la pupille ne s?est pas barr?e sous la paupi?re.

J?en profite donc pour r?gler quelques trucs personnels et je me pr?cipite au ralenti sur le t?l?phone pour rappeler ? la pharmacie. Appuyez sur le ?. (j?en ferai une s?quence macro pour la prochaine fois). Me voil? avec mademoiselle ?enfin nous avons trouv? le probl?me? qui part ? la recherche de la put.. de?cib? de prescription. Si elle me refourgue Herber L?onard, je ne r?ponds plus de rien. Eh non, j?ai eu droit ? la totale? Quelqu?un a une id?e de ce que peut repr?senter le fait de se faire larguer avec White Christmas de Frank Sinatra? Je vous en ?pargne les souffrances.

– Madame non. Nous ne l?avons pas re?ue.
– Hum, il y a 1 heure que j?ai rappel? chez mon m?decin et la secr?taire m?a dit qu?elle devait s?en charger imm?diatement.
– Attendez. Je vais rev?rifier.

Pitiiiiiiiiii? dreaming of a white Christmas?.. Mon chat a l?air malade je lui trouve un gris terne.
– Madame non. Nous ne l?avons pas re?ue. Il faudrait que vous rappeliez chez votre m?decin.
– Snif oui. Merci. Snif (j?ai la voix de plus en plus faible). Je me d?sagr?ge on dirait.

Bureau du docteur?.
Bon sang le colonel en jupon?.
– Bonjour, je m?excuse de vous d?ranger (on la d?range toujours de toute fa?on autant d?buter par cette phrase), j?aimerais savoir?
– Je sais, la secr?taire m?a appel?e CHEZ MOI (un demi-ton plus haut et c??tait un hurlement) sur l?heure de d?ner (et pif paf pif paf j?entendais claquer sa rage comme des obus). C?est fait.

Que r?pondre ? part le pharmacien me dit qu?il n?a rien re?u, ce qui m?aurait valu ma radiation ? vie de la liste des clients susceptibles de traverser la barri?re entre le t?l?phone du colonel et le m?decin? J?ai fait l??ne (il faut faire l??ne quand on veut? sauver sa peau? changeons le dicton).
– Je vais rev?rifier. Merc?
CLAC. Elle n?est pas port?e sur les politesses.

Il est presque 14:00 heures. La saga a d?but? vers 9:30 heures ce matin. J?ai 3 tasses de caf? vides sur le comptoir. Je n?ai rien mang?. L?oeil pique de plus en plus. J?ai du travail jusqu?? minuit et je sens que si on me refourgue n?importe quel crooner je suis m?re pour qu?on me couche dans un petit lit ? roulettes avec une couverture blanche et des murs capitonn?s. Mais je me dis que je vais bouffer de la pilule with or without prescription. Client oblige! J?en r?ve presque.

J?en conclus que je sais exactement, mais l? tr?s exactement quel est le probl?me avec ce tube d?onguent pour les yeux. Il lui manque une mise en garde pour le rendre l?gal: ce produit peut entra?ner une d?pendance et cr?er des d?sordres psychologiques en cas de sevrage.

Je prends alors une d?cision qui changera le cour de ce labyrinthe digne des douze travaux d?Ast?rix. Je t?l?phone chez une pharmacie situ?e dans la ville voisine (une trentaine de kilom?tres). La premi?re, avec banni?re, a la r?ponse toute faite:
– Nous n?en avons plus, il y a rupture de stock.

A la deuxi?me pharmacie que je choisis avec vice sans banni?re, on me r?pond plus vite maintenant que mon cerveau peut l?assimiler, l?ayant d?croch? momentan?ment du monde des dingues, histoire de lui fournir un peu de r?pit :

– Oui madame, par contre nous n?avons que celui en gouttes.
QUOIIIIIIIIIIIIII? Qu?entends-je?

Minou cette fois nous pouvons vraiment f?ter. Il y a encore quelque part sur cette plan?te un peu de normalit?. Forte de ma solution de rechange ? toute ?preuve, je rappelle mon pharmacien:

Appuyez sur ? Attends toi! tu ne croiras pas comment je les sais par coeur tes 1-2-2. Op?re, d?branche Sinatra du respirateur et passe-moi le pharmacien! ?I?m alive.

– Bonjour (presque bonsoir en fait), j?aimerais savoir si vous avez re?u ou non une prescription que mon m?decin a envoy?e au mauvais num?ro de fax que vous m?aviez fourni et qu?il a d? r?exp?dier au nouveau num?ro de fax qui m?a ?t? donn? par la suite? J?ai appel? il y a d?j? plus d?une heure et apparemment vous n?aviez pas re?u le deuxi?me fax?
– Un instant s?il-vous-pla?t madame
– C?est bien j?attends (mais j?ai ce ton du syndrome pr?menstruel que le colonel m?a retransmis et ?a s?entend: mes dents grincent).
– Madame? nous ne l?avons pas re?ue.
– Alors monsieur (sus ? l?ennemi, les femmes et les enfants d?abord! ?l?heure n?est plus ? la rigolade!) seriez-vous assez gentil (pour ?viter de lui dire professionnel mais il n?est pas idiot il a aussit?t saisi l?allusion que mes dents articulaient tout de m?me en silence par un subtil frottement d??mail contre plombage) de t?l?phoner vous-m?me au bureau de mon m?decin, parce qu?au rythme o? votre pharmacie m?a fait faire le tour du Qu?bec depuis ce matin, si je t?l?phone une fois de plus chez mon m?decin, je sens que je devrai m?en trouver un autre la prochaine fois.
– Oui (petit rire en bo?te) je comprends madame. Je m?en charge.
– Merci monsieur (2 mots c?est propre et suffisant).

Je raccroche?. J?en ai mmmmmmmmmarre. Il est bient?t 15:00 heures. Le t?l?phone sonne, un ami doit venir chez moi et il demeure dans la ville o??se trouve la pharmacie qui a de ces tubes sur les tablettes. Affaire class?e.

Non en fait. Il manque la conclusion: Le pharmacien ne m?a jamais rappel?e pour me dire qu?il avait la prescription. Ce n??tait pas dans ses priorit?s il faut croire.

C?est fou comme les d?tails comptent dans la vie? En fait, cette situation est tout ? fait courante dans plusieurs secteurs. Sa cause est simple: ?l?irresponsabilit?.

Il y a des jours o??je pr?f?re ignorer ce qui se joue dans les m?andres administratifs de nos soci?t?s, car on parle exactement des m?mes supplices, de la m?me incoh?rence, de la m?me d?responsabilisation et du??je m?en foutisme? ind?cent. De plus, s?agit-il ici de manoeuvres que l?ensemble des pharmaciens tente d?entreprendre pour forcer la r?mun?ration ? l?acte, en supprimant des tablettes tout ce qui nous obligera ? faire la file au comptoir avec la carte d?assurance-maladie? ?Sinon je me doute que tout ceci profite tout de m?me aux fabricants de comprim?s pour le mal de t?te, parce que si apr?s tout ?a on a pas un mal de t?te carabin? c?est qu?on en a plus.

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    « De plus, s’agit-il ici de manoeuvres que l’ensemble des pharmaciens tente d’entreprendre pour forcer la rémunération à l’acte, en supprimant des tablettes tout ce qui nous obligera à faire la file au comptoir avec la carte d’assurance-maladie?  »

    On se demande pourquoi le système de santé est engorgé…
    Pour les « petits soins », avec ce qui s’en vient, j’ai l’impression qu’il va falloir revenir aux vieilles recettes maison et fabriquer certains médicaments nous-mêmes.
    Le « trajet » d’un simple médicament jusqu’à l’obtention est un vrai calvaire…
    Et les pharmaciens veulent plus de pouvoir…
    Je ne suis pas certain que ce soit une bonne chose. Qui donc en profitera vraiment?
    Nous?
    Encore une manoeuvre pour le pouvoir et …l’argent.
    Je vais aller relire l’article sur les jurons québécois…
    🙂
    Bonne journée!

    • avatar

      On se demande pourquoi le système de santé est engorgé…
      Encore une manoeuvre pour le pouvoir et …l’argent.

      Vous mettez le doigt sur le bobo. Ce gouvernement a décidément un karma avec la santé. On peut voir dans les faits à quel point ces mesures faciliteront ce qui l’était déjà et compliqueront ce qui ne l’était pas… au dépens du citoyen qui devra franchir l’Everest au moindre rhume. Ce qui coûtait 10$ risque d’avoir un coût final astronomique sans compter qu’on peut s’attendre à plus de mainmise de la part des sociétés pharmaceutiques. La machine a faim. Elle bouffe du citoyen. En apparence, elle se fend en quatre pour le satisfaire…

      Elle pourra aussi mieux déployer le système de dossier médical électronique qu’elle a offert au secteur privé et dont les retombées financières se chiffreraient à environ 1,000$ annuellement par lit d’hôpital (donc par patient potentiel). Vrai qu’avant sans ce Klondyke les soins étaient impossibles… Les affaires de santé risquent de tourner rondement, même avec moins de patients.

      Et le plus troublant c’est qu’avec les lois qu’on tripote depuis plus d’un an, nous ferons face à un bilan annuel duquel on aura de moins en moins de détails vu l’accès à l’information restreint dans le cas des entreprises privées. On dirait presque un modèle de société secrète.
      (F)
      Bonne journée!