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Une journ?e ? repenser la social-d?mocratie qu?b?coise

Les Notes de Sutton sont r?dig?es par Christian Lamontagne.

 

Image Flickr par martinphotonic

Lundi dernier, 24 octobre, avait lieu ? Montr?al une journ?e de r?flexion sur le th?me ?Pour une sociale d?mocratie renouvel?e?. L??v?nement ?tait organis? ? l?occasion de la sortie du dernier film de Hugo Latulippe, R?publique, un ab?c?daire populaire (j?y reviendrai, en terminant). Je m?y suis point? parce que le citoyen Lamontagne, 30 ans apr?s avoir mis de c?t? l?engagement politique pour se consacrer au journalisme et ? l??dition ? Le Temps Fou (1978-1982) le Guide Ressources (1985-1996) et PasseportSant?.net (1998-2011) ? a l?impression que son exp?rience de vie et ses fr?quentations intellectuelles lui donnent un point de vue rarement exprim? ? l?heure actuelle au Qu?bec. Il est donc curieux d?aller v?rifier son impression sur le terrain, dans cette p?riode d?instabilit? aigu? destin?e ? engendrer une reconfiguration du monde.

L?assembl?e de 150 personnes ?tait h?t?rog?ne: une majorit? de baby-boomers, bien s?r, puisqu?un certain nombre sont d?j? ? la retraite et ont du temps libre, mais aussi des jeunes dans la vingtaine et la trentaine, sensibles aux d?sordres de l??poque comme l??taient leurs a?n?s, il y a 40 ans. Le panel invit? refl?tait sensiblement la salle: Fran?oise David, pr?sidente de Qu?bec Solidaire, et l??conomiste Pierre Fortin repr?sentaient la g?n?ration des ?a?n?s?, Laure Waridel, co-fondatrice d??quiterre et Paul St-Pierre-Plamondon, fondateur de G?n?ration d?id?es, celle de la rel?ve. Autrement dit, ?taient pr?sents des vieux et des jeunes souhaitant un certain nombre de changements dans la soci?t?, dans une perspective de solidarit? sociale.

Trois points de vue

Les propos des conf?renciers peuvent se ramener ? trois perspectives: celle de la col?re devant les in?galit?s, de la d?fense des conditions minimales de la justice sociale et du besoin de changements radicaux (Fran?oise David); celle des conditions d?une sociale-d?mocratie durable et de la n?cessit? de passer des protestations aux id?es et solutions (Paul St-Pierre-Plamondon et Pierre Fortin);? et du besoin d?une utopie tirant parti de la cr?ativit? de la soci?t? civile et des groupes communautaires (Laure Waridel).

?videmment, ce r?sum? ne rend pas justice aux conf?renciers et je m?en voudrais de ne pas souligner le discours nuanc? et r?fl?chi de Fran?oise David. Bien que je reconnaisse la g?n?rosit? manifeste des gens de Qu?bec solidaire, je n?ai pas beaucoup d?affinit?s avec ce que je per?ois comme un vieux discours de ?gauche?, en partie d?connect? de la complexit? et des conditions r?elles des soci?t?s. Mais, selon ce que j?ai entendu lundi apr?s-midi, j?enverrais volontiers Fran?oise David ? l?Assembl?e nationale car elle y apporterait une bonne dose d?intelligence, de dignit? et de sensibilit? trop souvent absente des d?bats politiques. Cette remarque vaut ?galement pour Paul St-Pierre-Plamondon, dont les analyses et les points de vue ? la fois ?l?vent et ancrent les d?bats dans la r?alit?.

Cela dit, c?est l??conomiste Pierre Fortin qui, ? mon sens, a pos? la question de fond: comment r?g?n?rer l?enthousiasme pour l?action collective et le sens de l??tat, dans le contexte particulier o? les succ?s du mod?le qu?b?cois de la social-d?mocratie (syst?me de garderie,? cong?s parentaux, assurance-m?dicaments,? plus haut salaire minimum du continent, ?quit? salariale, etc.) sont pris pour acquis (ou oubli?s) devant les difficult?s de l??tat ? maintenir les infrastructures de transport et le syst?me de sant?, et ? mettre fin aux abus en tous genres dans les contrats publics.

Un instantan?

Il va de soi qu?on ne peut attendre de r?v?lations lors d?un pareil ?v?nement qui ressemble ? une photo instantan?e de l?opinion plut?t qu?au sc?nario d?un projet de soci?t?. Mais une observation ?tait ?vidente: mis ? part le th?me de la repr?sentation proportionnelle, les solutions aux pr?occupations r?v?l?es lors des discussions en petits groupes supposent toutes une vision globale et ? long terme dans la perspective d?un d?veloppement durable. ?ducation, transport en commun et sant? ?tant les priorit?s absolues, tout en devant r?duire les contraintes impos?es par une trop importante dette publique.

J?ai ?t? particuli?rement frapp? par l?intervention d?une jeune femme, probablement la plus jeune de notre petit groupe, qui semblait pratiquement souhaiter une crise environnementale grave pour faire bouger les choses. Elle avait peut-?tre l?intuition inconsciente que les soci?t?s sont comme les individus: sauf avantage clairement identifi?, elles ne se transforment que lorsqu?elles n?ont? plus le choix.

R?publique : le constat des culs-de-sac plus que l?enthousiasme devant les d?fis

Si l?apr?s-midi ?tait consacr? ? la discussion, la soir?e ?tait celle du lancement du film de Hugo Latulippe, R?publique, un ab?c?daire populaire. Environ 700 personnes emplissaient la salle et ce qui me fait croire que le film, tourn? en moins de deux mois imm?diatement apr?s l??lection du gouvernement Harper, va avoir une carri?re surprenante. Vu sous l?angle des constats n?cessaires, il est tout ? fait pertinent et parfaitement en phase avec l??poque.

Dans un montage tr?s cr?atif, Latulippe nous fait entendre une brochette de figures connues ou moins connues de la sc?ne artistique et intellectuelle qu?b?coise, en r?ussissant ? nous faire compl?tement oublier que tous ces gens sont assis sur des chaises devant un fond de sc?ne. Seront particuli?rement remarqu?s l?anthropologue Serge Bouchard (?tout ce chemin depuis le Big Bang pour en arriver au Canadian Tire??), l?auteur et humoriste Christian Vanasse qui exsude la col?re, la passion et l?humanisme, Luc Ferrandez, maire du Plateau Mont-Royal (?l??cologie est un humanisme?), et le rire d?vastateur de Brigitte Haentjens ? l?endroit de Stephen Harper. Je ne vous livre pas le ressort de ce rire, sinon pour vous dire qu?il constitue probablement la critique la plus radicale de la dynamique de fond du gouvernement choisi par les Canadiens et rejet? par les Qu?b?cois en mai dernier. Ce rire-l? passera ? l?Histoire et je souhaite que tous les Canadiens aient l?occasion de l?entendre.

Cela dit, R?publique est avant tout le reflet du d?sarroi, du cul-de-sac et? de la col?re devant le g?chis et les impasses de la soci?t?. On sait ce qu?il faut prot?ger et mettre de l?avant en priorit? (l??ducation, l?acc?s aux soins de sant?, une redistribution minimale de la richesse) mais aucune vision ne parvient ? int?grer les diverses perspectives dans un ensemble coh?rent. J?ai regrett? que le film ne pr?sente pas davantage de figures d?exp?rience, de gens ayant la vie derri?re eux pour donner davantage de perspective aux propos. Quel doit ?tre l??quilibre entre le besoin de cr?ativit? individuelle (que les artistes connaissent bien) et le fait que nous sommes aussi redevables ? la soci?t? et ? la plan?te o? nous vivons? Mis ? part Claude B?land, ancien pr?sident du Mouvement Desjardins, pas un seul entrepreneur ou dirigeant de grande compagnie pour nous entretenir des d?fis d?une entreprise ? visage humain. Tant que la gauche ne comptera pas son lot d?entrepreneurs et de scientifiques ? c?t? de ses travailleurs sociaux et de ses artistes, elle ne pourra ?tre le point de ralliement qu?elle souhaite ?tre. Et si, pour ce faire, on devait mettre de c?t?, ou relativiser, les cat?gories de gauche et de droite? Et si, pour relever les d?fis actuels, on devait prendre un tout autre point de vue?

Sur la pointe des pieds

Une fois la projection termin?e, j?ai quitt? la salle rapidement, sur la pointe des pieds, en ayant un peu l?impression de retourner aux ann?es ?60 et ?70, ? l??poque du militantisme gauchiste. Je sais que Fran?oise David a mis derri?re elle depuis longtemps sa p?riode En lutte! mais, pendant le film, certains applaudissements m?ont rappel? l?atmosph?re typique du ?nous? contre ?eux?, o? les solutions sont simples, l??coute et la discussion une perte de temps, et les ennemis bien identifi?s. Mais je n?en ferai pas une maladie, personne n??tant en mesure de passer aux actes.

On pourra constater l?ampleur du d?sarroi actuel ? gauche en lisant La libert? comme fin du politique, un texte de Sophie Heine, qui pronon?ait la conf?rence d?ouverture du colloque. Alors que certains proposent la coop?ration et la solidarit?, Mme Heine propose plut?t de s?appuyer sur un ?go?sme bien compris pour remettre en cause les rapports de domination et cr?er les espaces de libert? auxquels tout le monde aspire. Bien qu?on puisse ?tre d?accord avec elle sur le principe de r?formes r?alistes pour am?liorer le sort de tous et chacun, cela ne constitue ni un programme ni une r?v?lation. Quant aux justifications et aux raisonnements qu?elle met de l?avant pour justifier tout ce discours, je serai g?n?reux en disant que leur coh?rence et leur pertinence ne sont pas manifestes.

Alors, quels principes et quelles m?thodes d?observation pourront nous aider ? y voir clair? Un de mes principes les plus chers est de me rappeler qu?il est tr?s rare que quelqu?un soit 100% dans l?erreur. Cela me permet g?n?ralement d??tablir un climat de discussion. ? partir de l?, tout devient possible. Si on pouvait prendre l?habitude de tenter d?int?grer les diff?rents points de vue plut?t que de n?en garder qu?un seul, je ne doute pas que les n?cessaires consensus appara?traient plus rapidement.

Pour votre information

Site du colloque Pour une sociale d?mocratie renouvel?e
Site du film R?publique, un ab?c?daire populaire

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