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Une journ?e ? Gaia, ?covillage argentin

Par Sophie Chapelle

Mener une vie ??soutenable???: c?est le choix fait par les habitants de l??covillage de Gaia, en Argentine. Respecter la biodiversit?, inventer des ?changes ?conomiques alternatifs, cr?er l?autosuffisance ?nerg?tique, repenser l?architecture? Les membres de la communaut? de Gaia exp?rimentent une vie diff?rente, fond?e sur une simplicit? volontaire. Reportage.

? la descente du bus ce dimanche-l?, les rues de Navarro sont quasi-d?sertes. Au bout de quelques minutes, un remis ? un taxi argentin ? appara?t sur la route. ? l??vocation du nom de Gaia, le chauffeur ne demande pas plus de pr?cisions et nous embarque sur un chemin de pampa. Dans cette ville de 9.000 habitants situ?e ? 120 kilom?tres de Buenos Aires, tout le monde conna?t l??covillage Gaia. Il y a 14 ans, les membres de l?association du m?me nom ont achet? un terrain d?une vingtaine d?hectares ? sept kilom?tres de Navarro. ??Ceux qui connaissent Gaia ?taient assez circonspects au d?but, se souvient le chauffeur de taxi, mais maintenant ils se disent que s?ils veulent vivre diff?remment, c?est un choix, et ils le respectent. ?

Au bout d?une piste non goudronn?e, une cl?ture signale la fin d?une zone enti?rement d?di?e aux automobilistes et le d?but du sentier qui m?ne ? l??covillage. Apr?s avoir p?n?tr? une for?t verdoyante, on traverse des clairi?res richement plant?es d?arbres fruitiers. Un peu plus tard, Gustavo Ram?rez, l?un des fondateurs de l?association, pr?cisera qu?ils cultivent au c?ur des 3,5 hectares de for?t, 850 arbres fruitiers de 40 vari?t?s diff?rentes. ? l?or?e du bois, des habitations ? la beaut? singuli?re se d?coupent?; les murs en pis? de ces maisons affichent les couleurs brunes de la terre cuite.

Militer activement pour le changement

La d?marche assur?e, Silvia Balado vient ? notre rencontre. Th?rapeute, elle vit ici depuis le d?but du projet, qu?elle a initi? avec Gustavo, son compagnon. Pour elle, ??Gaia est une proposition de vie soutenable mise en pratique, une mani?re de militer activement pour le changement de monde dont nous r?vons ?. Une exp?rience ouverte ? l?ensemble des personnes d?sireuses d?apprendre, de rechercher et de vivre d?une fa?on diff?rente. Attabl?es autour d?un menu maison avec tartes sal?es et salade du jardin, plus d?une quinzaine de personnes sont venues pour quelques heures renouer avec ??l?alternative authentique et r?elle ?. Le dimanche est l?une des deux journ?es r?serv?es aux visites guid?es.

Le reste du temps, les douze habitants permanents de Ga?a partagent ce centre de vie et d?apprentissage avec ceux venus participer aux cours et ateliers. D?une dur?e de deux jours ? une semaine, ces formations payantes, principales sources de revenu de la communaut?, vont de la permaculture (pratiques agricoles p?rennes) ? la construction naturelle, en passant par les ?nergies renouvelables et la cuisine bio, et m?me… la vie communautaire?! ??Nous nous organisons comme une communaut? ?galitaire, explique Gustavo, mais ce type d?organisation sociale, avec ses relations interpersonnelles, la r?solution des conflits et la prise de d?cisions, est un d?fi quotidien. ? S?il pr?ne notamment ??une ?conomie communautaire ?, Gustavo reconna?t qu???il y a aussi des personnes qui conservent leurs ?conomies personnelles ?.

Une vie monastique??

Jusqu?? pr?sent, Gustavo et Silvia ont vu de nombreuses personnes d?sireuses de s?installer ? Gaia sur le long terme qui sont finalement reparties au bout de quelques semaines. ??Vivre ? Gaia requiert beaucoup de travail sur soi et de d?vouement, la vie ici est parfois per?ue comme celle d?un ?co-monast?re, ? admet Silvia en souriant.?Renoncer ? ses biens priv?s pour aller vers un travail commun, au profit de chacun, rel?ve encore du d?fi pour beaucoup.

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La cinquantaine, Monica a d?cid? de venir s?installer dans l??covillage en janvier dernier. Depuis 2005, elle venait r?guli?rement passer quelques jours dans ce lieu ??par go?t pour la nature, mais pas forc?ment pour l??cologie ?, tient-elle ? pr?ciser. Elle se dit heureuse d?avoir fait ce choix m?me si elle reconna?t qu?il n?est pas d?nu? de contradictions. Travaillant ? Buenos Aires, elle fait chaque jour plus de 200 km en voiture. Dans les prochaines semaines, Monica n??carte pas l?id?e de vivre quatre jours ? Buenos Aires et trois jours dans la communaut?. Son compagnon qui l?a rejoint pour le week-end consid?re la vie ? Ga?a ??comme un changement radical encore plus difficile ? assumer lorsque l?on vieillit ?.

Autosuffisance ?nerg?tique

Mais pour Gustavo, ce changement rel?ve non plus d?un id?alisme utopique mais d???une urgence environnementale ?. Avec force et patience, il a construit avec les habitants de Gaia, mais aussi avec l?appui des volontaires et stagiaires, un espace harmonieux et d?une grande beaut? o? coexistent habitat et r?serve de biodiversit?. 92% de l??lectricit? est produite par des ?oliennes domestiques, le reste provient de panneaux photovolta?ques. Au moyen de fours solaires paraboliques et de collecteurs solaires, les habitants de Gaia utilisent cette ?nergie pour cuisiner v?g?tarien.

Dans l?espace ??agroforestier??, 650 vari?t?s de c?r?ales, l?gumes et plantes m?dicinales sont maintenues et cultiv?es, estime Gustavo. Qu?il parle d?activit? ?conomique, d?habitat ou d?organisation sociale, Gustavo revient toujours ? l?id?e de permaculture. Pour lui, nul besoin de labour, de pesticides ou d?engrais chimiques. ??Il nous faut concevoir l??cosyst?me comme un cycle continu, sans d?chet, et c?est la raison pour laquelle nous copions le plus possible la nature dans ce syst?me agroforestier. Notre seul investisseur est la « pachamama », la terre-m?re, qui donne tout en ?change d?int?r?ts nuls. ?

Des b?timents ? l?architecture durable

L?architecture des b?timents a aussi ?t? pens?e pour ne g?n?rer aucun co?t ni pollution. Ainsi, prend-elle en compte les diff?rentes inclinaisons du sol pour que les logements soient frais en ?t? et chauds en hiver. Des ouvertures orient?es c?t? nord, un auvent qui permet le passage des rayons du soleil en hiver et les retient en ?t? quand le soleil est plus haut dans le ciel. Et pour pr?server une banque de semences dans l?un des b?timents, une temp?rature de?18?C ? l?int?rieur toute l?ann?e, m?me lorsque l?on atteint les 35?C en ext?rieur. Une diff?rence thermique ?galement permise par la cire d?abeille, les imperm?abilisants naturels et les pigments fonc?s int?gr?s aux ?tages en pis? qui absorbent la chaleur.

Dans les coins des maisons aux courbes d?licates, du bois, des branches, du verre color? et de l?argile en relief composent la texture des murs. Sur le toit, un m?lange de p?turage sec et d?argile assurent l?isolation. ? l?int?rieur, le choix des toilettes s?ches appara?t comme une ?vidence. L?urine quotidienne, dilu?e en eau, est utilis?e pour arroser, et les excr?ments solides, une fois transform?s en humus, sont incorpor?s au jardin et au syst?me agroforestier. Parmi les derni?res r?alisations, un lieu de vie en commun a ?t? construit?: ??cela ?vite que chaque maison ait son propre syst?me de chauffage, de machine ? laver et de traitement des eaux us?es ?, d?crit Gustavo.

Simplicit? volontaire

Loin des pressions du consum?risme, Gustavo pr?tend vivre dans l?abondance. Mais les habitants de Gaia ne cherchent pas l?autosuffisance, continuant par exemple ? acheter une partie de leurs aliments. Sur ce point, Silvia est sans appel?: l?autosuffisance ? 100% constitue un leurre. Elle implique une vie de simplicit? absolue. ??L?enjeu n?est pas l?autosuffisance mais la soutenabilit?, qui inclut l??change et la consid?ration que d?autres personnes produisent des choses que l?on ne peut pas faire, ?, explique-t-elle. La diff?rence est claire entre aust?rit? et simplicit? volontaire, dans laquelle elle se reconna?t compl?tement?: ??c?est apprendre que les n?cessit?s de base sont tr?s simples et qu?elles sont l?essence du bonheur et de l?abondance. En se d?pouillant des besoins que le syst?me nous met dans la t?te et qui ne sont ni vrais ni authentiques, on se rend compte que l?on peut ?tre heureux avec tr?s peu. ?

Gaia a sa propre ?cole et maintient des liens ?troits avec une ?cole p?dagogique alternative ? quelques kilom?tres. ??Plus que leur enseigner, nous accompagnons les enfants dans leurs d?couvertes ?, affirme Silvia. Elle est convaincue qu?il est plus facile pour les enfants de vivre ainsi ??parce qu?ils sont purs et pas encore travers?s par le syst?me ?. ??Face ? la folie de la soci?t? capitaliste, nous construisons un nouveau type de soci?t?, rench?rit Gustavo. Gaia est une sorte d?universit? o? se concentrent la recherche, la vie et l?enseignement dans un espace-temps, pour g?n?rer la base d?un nouveau paradigme en harmonie avec la plan?te. ?

Venu de la Plata, une ville ? plus de 130 kilom?tres de Navarro, Mariano s?appr?te ? repartir de Gaia avec plus de questions qu?? son arriv?e. Accompagn? par sa femme et ses deux enfants, il ressentait le besoin de venir dans cet ?covillage pour assouvir une recherche int?rieure?: ??cela fait plus d?un demi-si?cle que l?on nous forme en nous d?connectant totalement de la terre. C?est difficile de rompre avec ce syst?me mais c?est possible ?. S?enfon?ant avec sa famille dans la for?t, Mariano r?fl?chit ? devenir ??socio ?, membre de l?association Gaia, afin de s??tablir dans l??covillage. Et de voir si lui et sa famille, une fois coopt?s par les membres de l?association, seront capables de franchir le pas.

Sophie Chapelle

Photos?: Sophie Chapelle et association Gaia

http://www.bastamag.net/article1370.html

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