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Une guerre commerciale contre-productive

Les Etats-Unis “ont lancé la plus grande guerre commerciale de toute l’histoire économique” d’après le ministre du commerce chinois, Zhong Shan. L’entrée en vigueur des premiers droits douaniers le 22 Janvier 2018 sur les machines à laver (20%) et les panneaux solaires (30%) à l’encontre des importations chinoises ne laissait pas présager une guerre commerciale d’une telle violence.

L’escalade protectionniste

Les premières mesures protectionnistes prises par l’administration Trump sont la conséquence du rapport du représentant du commerce américain, Robert Lighthizer.

Ce dernier conclut que “le système commercial mondial est menacé par les grandes économies qui n’ont pas l’intention d’ouvrir leurs marchés au commerce et de participer équitablement.  Cette pratique est incompatible avec l’approche fondée sur le marché expressément envisagée par les membres de l’OMC et contraire aux principes fondamentaux de l’OMC ».

Le président américain décide alors de prendre des mesures afin de rééquilibrer le déficit commercial de son pays, de préserver les emplois américains, de réduire la dépendance aux importations – surtout lorsqu’il s’agit d’industries stratégiques – et enfin de sanctionner la Chine pour ces nombreux vols de propriété intellectuelle. Fidèle à son slogan de campagne, il veut redonner le pouvoir aux Etats-Unis sur la scène internationale.

En Mars, Trump lançait sur Twitter : “Nous devons protéger notre pays et nos travailleurs. L’industrie de l’acier est en mauvais état.  SANS ACIER, VOUS N’AVEZ PAS DE PAYS !”.

Dès lors, les mesures tarifaires à l’importation se multiplient pour plusieurs partenaires commerciaux. Pour un détail de ces mesures et des pays concernés, cette infographie offre une chronologie des événements.

Les guerres commerciales : faciles à gagner ?

Le FMI a tiré la sonnette d’alarme:  si le conflit commercial entre les deux plus grandes puissances commerciales perdure, alors toutes les économies risquent de perdre en croissance. Bien avant le FMI, la Banque d’Angleterre avait elle aussi mise en garde contre une escalade de ce conflit qui pourrait apporter des incertitudes et stagnation des marchés. L’impact au cours des trois prochaines années d’un conflit commercial d’une telle envergure pourrait faire perdre jusqu’à 5 points au PIB aux Etats Unis en PPP (parité du pouvoir d’achat) alors que l’impact pour le monde serait d’environ 2,5 points.

Les pays attaqués par l’administration de Trump, imposent des mesures de représailles aux importations américaines. Cette escalade est néfaste pour le commerce mondial et potentiellement dangereux pour la sécurité mondiale, le commerce étant l’un des premiers vecteurs de stabilité.

Les premiers à payer le prix seront les américains

L’économie américaine affiche une santé affolante.  Le taux de chômage est tombé à 3,7% en Octobre 2018, son niveau le plus bas depuis Décembre 1969 et la croissance économique avoisine les 3,5%. Les réformes économiques de Donald Trump ont baissé l’impôt sur les sociétés, de 35% à 21%. et l’impôt sur les revenus. Bien que l’embellie économique soit sous l’administration Trump, elle avait déjà commencé durant la présidence Obama.

Dans une économie mondialisée, les pays sont dépendants les uns des autres. Une dépendance induite par l’internationalisation des processus productifs à travers des investissements directs à l’étranger cherchant à tirer profit des avantages que chaque pays à offrir, pour au final satisfaire les consommateurs.

Augmentation des prix finaux : le consommateur perdant

L’indice des prix à la consommation pour les machines à laver a augmenté de 16% entre Mars et Mai, résultat direct de l’augmentation du prix des matières premières. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Les entreprises voyant leurs coûts de production augmenter sont obligées de le répercuter sur les prix finaux.

La solution la plus simple pour éviter de subir les contrecoups du conflit commercial sino-américain serait de délocaliser la production dans un pays où les droits douaniers restent inchangés. Trump, en voulant sauver les emplois manufacturiers américains, risque de faire le contraire. La riposte douanière chinoise pourrait faire mettre en péril jusqu’à 1,47 million d’emplois. En 2009 lors de la présidence d’Obama, l’entrée en vigueur de droit douanier de 35% sur les pneus chinois avait abouti à une perte de 3700 emplois.

L’enveloppe pour faire taire les agriculteurs

Les représailles chinoises avaient frappé exactement là où ça fait mal, en plein coeur de l’électorat de Trump.  En Juillet, la Chine décidait de riposter en imposant à son tour des tarifs douaniers sur de nombreux produits agricoles dont le soja, massivement exporté. 12 milliards de dollars ont alors été débloqués pour compenser les pertes des agriculteurs. Ce pansement de l’administration américaine vient guérir à court terme une blessure infligée par ses propres soins. La situation est risible d’autant plus que Trump a souvent critiqué les subventions étatiques chinoises et leur impact pour la concurrence.  

Au final, tous les états usent d’un savant dosage de protectionnisme et de libre échange afin de protéger certaines industries naissantes, c’est un outil à part entière d’une politique commerciale.

L’homme d’affaires, en fin négociateur, espère sûrement à travers ce rapport de force faire revenir la Chine à la table des négociations comme il l’avait fait avec le Canada et le Mexique pour la re-négociation de l’ALENA qui laissera place à l’USMCA après la ratification des parties.

Quoi qu’il en soit, toutes les parties ont à perdre dans cette guerre commerciale, car elle redéfinit les tendances commerciales mondiales. La Chine exaspérée par le manque de bonne foi du dirigeant américain pourrait renverser le rapport de force et sortir gagnante de ce conflit.

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