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Une fugue, bien dans ses cordes

Symphonie pour Carlos

Carlos s’est fait la belle, au creux de la vague, il est sorti de sa malle. Pour échapper au violon, il s’est glissé dans un coffret de contrebasse. Grand mélomane, il a vu dans la fugue l’occasion d’échapper aux soupirs et à cette vallée de larmes et de régime des vaches maigres. Il a pris la clef des champs, fussent-ils surveillés, afin de clamer son innocence à la terre entière. Il nous jouera pour cela un petit air de musique entre deux jets privés. Quittant le sol japonais, il ira se faire dorer la pilule dans un pays ami, bienveillant et bien plus dans ses cordes.

Il tiendra une conférence de presse, entonnant lui-même son concert de louanges afin de narrer son numéro de soliste, celui qui se libère des portées et des croches pour s’offrir une partition à sa mesure. La représentation attirera les journalistes spécialisés, les experts en musicologie, les adeptes de la scie musicale, les admirateurs de l’accord majeur et tous les joueurs de pipeau. Carlos s’émancipe de toutes règles et se présente comme le chef d’orchestre de l’évasion symphonique.

Si nous ne sommes pas en phase avec ce curieux soliste, il y aura sans doute beaucoup de spectateurs pour s’accorder sur la subtilité de son jeu. L’artiste s’émancipe de la mélodie, fixe le tempo et sort les gros sous pour taper sur la grosse caisse claire. Pas besoin de facteur ni de luthier, il sort de son chapeau un curieux instrument, un instrument sans corde – il refuse de s’attacher – mais plus sûrement à vent, lui qui aime jouer les filles de l’air.

Monté sur quatre roues, l’instrument est capable de développer ses ailes pour que la musique décolle en nous donnant ce sentiment que rien ne peut la contraindre. Si la fugue débute en Sol, tout le développement cherche à s’en libérer afin de prendre de la hauteur, à tutoyer les anges pour nous conduire vers les paradis musicaux. Carlos est un oiseau, une alouette qui n’est certes pas celle de la gendarmerie.

Ne cherchez pas la malle dans les soutes de l’orchestre, notre ami a su se mettre au diapason de l’époque. Avec beaucoup d’argent, on ferme aussi bien les yeux que les oreilles pour laisser s’envoler notre charmant canard. La police nippone, circonspecte, restera le bec dans l’eau tandis qu’en France, les orchestres militaires se réjouissent de cette charge de la brigade légère qui libère le meilleur d’entre nous.

Du côté du Palais, c’est sabre au clair qu’on claironne sa satisfaction. Voilà bien injustice réparée de la meilleure des manières. Il est vrai que Carlos aurait pu présenter la note à ses choristes, ceux qui ont toujours chanté ses immenses qualités. Dans le petit monde des compositeurs de la décomposition sociale, il convient de se tenir les coudes tout en jouant la même partition. Ce n’est certes pas au chapeau qu’il convient de rémunérer de tels artistes, seuls les gens de peu risquent de l’avaler gardant en travers de la gorge l’hymne national.

La conférence de presse sera donc un formidable spectacle. Les fauteuils d’orchestre, capitonnés à la manière des voitures de luxe, sont déjà pris tandis que les représentants du gouvernement français se placeront au balcon, histoire de se faire un peu discrets. Nulle cacophonie n’est attendue même si le bon Carlos est adepte forcené de la disharmonie et de l’épuration des sons. Il suffira de mettre un triangle en tête de cortège pour signaler que le concert risque fort de déplaire à la morale et à l’éthique.

Carlos exécutera un requiem pour honorer la mémoire défunte de la justice à moins que ce ne soit une mélodie hors sol. Il a démontré de main de maître que l’argent permet tout dans cet univers où les fausses notes sont réservées aux sans voix, aux sans dents et aux sans papiers. Comment du reste font-ils pour ne pas avoir comme lui plusieurs passeports ? Il expliquera ses quatre raisons et nous narrera sa fugue héroïque sous les applaudissements d’une foule si peu soucieuse de la justesse du morceau de bravoure. Un après-midi pour un aphone ayant retrouvé la parole et sa liberté pour une interprétation très fallacieuse à mon sens.

Mélodieusement sien.

 

C’est Nabum

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